Charles Lefrançois (1/2) “Le Supercross US m’avait toujours fait rêver”

Charles Lefrançois (1/2) “Le Supercross US m’avait toujours fait rêver”

Suite de notre entretien avec Charles Lefrançois après la rubrique “Une course, une histoire“.

Charles Lefrançois est du genre bavard, et ce n’est pas pour nous déplaire. Présent sur l’Elite de Rauville-la-Place et sur le National 450 d’Ecublé en cette fin de saison 2020, le pilote Français était resté discret depuis son retour des Etats-Unis, s’adonnant à des projets personnels. On est allé lui poser quelques (30 !) questions pour prendre des nouvelles et revenir sur quelques moments marquants de sa carrière… Un entretien scindé en deux parties, pour deux fois plus de plaisir …

Charles, tu te souviens de ton premier GP ?

Oui, c’était en 2010. Mon premier grand prix en MX2 à Saint Jean d’Angely. C’était un bon premier grand prix, j’avais pris de bons départs dans le top 5, top 10 des manches, et j’avais terminé aux portes des points (21-22) et de souvenir, il y avait des qualifications en MX2. Pas comme aujourd’hui où on se retrouve parfois avec 22 ou 23 pilotes derrière la grille.

C’est un peu triste ça, non ?

C’est vrai que parfois, quand on regarde la grille de départ des grands-prix et qu’on voit qu’ils ne sont que 22 ou 23 en MX2 ou en MXGP, c’est quand même triste pour le sport, c’est dommage, mais c’est comme ça.

Quand on voit ça, on se demande pourquoi certains Français ne s’alignent pas derrière une grille de l’EMX Open juste pour avoir un titre Européen …

Quand on prend des top pilotes du SX Tour où moi-même, au bout d’un moment, il faut aussi qu’on gagne notre vie. Malheureusement, en GP, à part les 10 premiers en MXGP et quelques pilotes en MX2, ce n’est pas ça … Soit ils amènent des gros sponsors, soit les pilotes ont un gros portefeuille.

Même si on fait un bon GP, ou une bonne épreuve Européenne, il n’y a rien à gagner. C’est juste pour le résultat. Moi, j’aime beaucoup le Supercross et du coup j’y roule pour gagner ma vie, c’est un choix de carrière.

Souvent, papa et maman son derrière où les pilote ramènent des gros sponsors. Sincèrement, j’aime mon choix de carrière; je prends vraiment du plaisir en Supercross, je vais dans pas mal de pays à l’étranger et c’est sympa. Sur certains événements, on est vraiment bien reçu, on arrive dans des hôtels sympas, les courses sont cool avec de beaux spectacles. Sincèrement, je préfère avoir le choix de carrière de Soubeyras qui reste le meilleur Français actuel en Supercross en Europe que de faire 10ème ou 15ème tous les weekends en grands prix.

Après, les GP font rêver certains pilotes. Personnellement, je rêvais de Supercross US. Il en faut pour tout le monde.

En 2011, tu te bats contre Romain Febvre et Dylan Ferrandis en Europe 250. Des souvenirs ?

C’était une belle saison. Mi-championnat, j’ai porté la plaque rouge pendant une épreuve. Dylan était vraiment le pilote le plus rapide de nous tous à l’époque mais il tombait beaucoup et se blessait pas mal, il était assez frêle. Il y a eu de belles bagarres, plusieurs podiums sur l’Europe, et j’avais fini troisième du championnat. C’était vraiment une belle année pour moi et Bruno Losito du team NGS, un bel accomplissement.


Dylan Ferrandis était plus jeune que moi et Romain; il avait déjà intégré la structure Bud Racing. On voyait tous qu’il avait un très gros potentiel. Moi, je me battais pas mal avec Romain Febvre, il en voulait vachement, il était teigneux, très volontaire.

Après avoir fini troisième de l’Europe, je n’avais pas plus de propositions que ça des équipes pour aller en MX2. Je pouvais rentrer dans certaines équipes mais il fallait apporter une grosse enveloppe en début d’année, et financièrement, je ne pouvais pas.

Je n’avais pas envie de prendre ce risque, d’apporter 60.000€ pour peut-être me blesser dès le troisième grand prix. Après, ça aurait peut-être pu marcher, on ne sait pas. Je n’ai pas voulu prendre ce risque, faire ce sacrifice financier, je n’ai pas voulu imposer ça à mes parents pour une seule saison.

Après la saison 2011, tu prends d’autres directions ?

J’avais quelques propositions de 4 ou 5 équipes.

En 2012, j’ai eu l’aide de Suzuki France, je suis monté en 450, j’ai trouvé mes propres partenaires et j’ai monté ma petite structure personnelle. J’ai fait le championnat de France Elite en 450, j’ai fait des bons résultats et j’ai terminé la saison dans le top 10. J’ai commencé à faire pas mal de Supercross. Je crois d’ailleurs que je réalise un de mes meilleurs Supercross de Bercy cette année-là, dans le top 10, et quatrième pilote Français au cumul des trois soirs.

Je faisais beaucoup de Supercross, d’épreuves internationales. Sur l’Europe, j’avais dépensé beaucoup d’argent, je ne voulais plus imposer ça a mes parents qui trimaient pour moi, je voulais gagner ma vie tout seul grâce à la moto.

Le plaisir était là en Supercross, j’aime bien le Motocross mais j’ai une préférence pour le Supercross. C’était un choix de carrière que je ne regrette pas.

De ta génération, Izoird, Coulon, Soubeyras, vous avez beaucoup tablé sur le Motocross ET le Supercross. On voit par contre que ce n’est plus du tout le cas pour les jeunes qui arrivent.

C’est vrai que la nouvelle génération rêve de l’Europe, du mondial. Je pense qu’ils se voient plus à faire carrière en Europe qu’aux USA comme Dylan où Marvin. J’ai l’impression qu’il y a moins de jeune qui voudraient se lancer dans la filière SX Tour. Ceux qui se rabattent sur le Supercross sont ceux qui voient au final que l’Europe et le mondial, c’est compliqué, des pilotes qui manquent un peu de vitesse.

C’est dommage, on ne voit plus de très bons pilotes qui veulent s’impliquer dans le SX Tour et aussitôt partir aux USA pour faire une belle carrière en Supercross US.


Marvin ne sera pas éternel, Dylan Ferrandis a déjà dans les 26 ans, après eux, qui ?

C’est vrai … Je pense que Marvin et Dylan avaient la fibre du Supercross encrée en eux, c’est pour ça qu’ils ont été aux USA. Ils sont quand même passés par le mondial. Mais derrière, on voit quand même beaucoup plus les jeunes se concentrer sur le Motocross et je les vois plus – même ceux qui vont réussir – rester en championnat du monde. Je ne vois pas l’un d’eux se dire “tiens je vais tenter ma chance aux USA”.

Et toi, tu te souviens de ton premier Supercross US ?

Ouai, je m’en souviens. C’était en 2016 à Santa Clara. C’était assez compliqué pour moi car je m’étais blessé lourdement à Dortmund au mois de Janvier, trois ou quatre mois avant ce Supercross. Je m’étais blessé aux vertèbres mais on avait programmé ce voyage avec ma petite-amie depuis pas mal de temps et tout était déjà organisé. Il y avait pas mal d’appréhension ce jour-là, j’étais passé à une place près de la qualification pour la finale donc j’en garde tout de même un très bon souvenir.

Le Supercross US m’avait toujours fait rêver, être assis là dans les gradins, c’était quelque chose. Quand on voit l’intensité des pilotes Américains en Supercross, les enchaînements qu’ils font sur 20 minutes, c’est vraiment beau à voir, c’est un show à l’américaine et c’est quand même quelque chose, j’en garde un très bon souvenir.

J’ai fait deux SX US cette année-là, et deux MX US. J’avais roulé à Glen Helen et à Hangtown, beaucoup de plaisir sur des terrains préparés aux tops.

@Antoine Forget

Tu t’étais débrouillé comment sur place ?

J’avais contacté mes partenaires Français également implantés aux USA. Mon partenaire Motul avait contacté Motul USA pour avoir de l’huile sur place, Suzuki France avait contacté Suzuki USA pour avoir une moto, etc. J’avais une moto de prêtée par American Suzuki pour mon séjour et tout ça mis bout à bout m’enlevait une bonne épine du pied niveau budget et c’était vraiment top d’avoir ce soutien là.

J’avais également contacté David Vuillemin qui m’avait donné des conseils, qui avait été très cool avec moi; il avait reçu des dotations chez lui. Il fallait ensuite trouver l’hébergement, le véhicule.

C’est beaucoup d’organisation mais quand on veut vraiment le faire, on se donne les moyens. J’avais trouvé les bons filons.

Tu fais ton retour aux USA en 2019, et tu participes à trois finales.

En 2019, et grâce au team SR75 de Geoff Walker, j’y retourne. En 2016, j’avais fait la place du con et j’avais loupé la finale; ça me tenait vraiment à cœur de me qualifier au moins une fois de ma carrière sur une finale 450 de Supercross US, c’était l’objectif.

J’ai retenté l’aventure en m’alignant sur 4 épreuves cette année-là et je me suis qualifié à trois reprises.

@FredSauvourel

Je me souviens avoir vu ta réaction en live à la TV, c’était magique de te voir heureux comme ça.

Pour la première épreuve, c’était assez spéciale. Elle se déroulait à Houston et un copain de France arrivait à l’aéroport de Los Angeles. Il avait son boulot, il ne pouvait se libérer qu’au dernier moment et c’étiat short au niveau du timing. Il est arrivé le mercredi à Los Angeles et on devait être à Houston le Vendredi. Il y avait 2.600KMS à faire … On avait fait la route non-stop, on se relayait. Pendant que l’un dormait, l’autre conduisant, c’était vraiment sport !

À 400 bornes de l’arrivée, on a eu un problème avec le camion prêté par le team manager de l’équipe SR75, on avait pété le joint de culasse et on n’était même pas sûr d’arriver sur place.

Le team Suzuki JGR m’apportait une moto d’origine pour l’épreuve de Houston; on devait récupérer la moto le vendredi mais on était arrivé carrément en retard dans la nuit du vendredi au samedi. Le samedi, je n’étais même pas sur d’être prêt. Il fallait faire l’enregistrement, passer la moto au sonomètre, faire le pointage la licence vu que c’était la première épreuve de la saison pour nous, c’était chaud.


Cette course, c’était une triple crown, j’ai fait le track-walk à l’arrache, j’ai collé les fonds de plaque sur la moto, tout était vraiment limite.

C’était mon rêve de me qualifier et j’y suis parvenu lors du repêchage; dernier qualifié. Toutes les galères qui nous étaient arrivées avec un de mes meilleurs amis finissaient pas payer, on était soulagé, c’était une belle récompense après tout ce qu’on avait vécu. J’étais vraiment content.

Il y avait trois finales, j’étais rincé avec le décalage horaire, le rythme était très relevé et j’ai fait ce que j’ai pu. C’était un peu difficile.

J’avais une Suzuki d’origine avec mes suspensions, mon guidon, mes pneus, ma transmission. J’étais parti à la première séance d’essais pile poil à l’heure, on n’a pas pris le temps de visiter du tout (rires).

Le camion qu’on avait, c’était un vieux tacos tout rouillé, il était pourri. Quand les gars de chez JGR nous ont vu arriver à l’arrâche, en retard, ils ont dû se dire qu’ils étaient tombé sur deux guignols (rires).

Du coup, c’était assez marrant. Je m’étais qualifié au repêchage et certains bons pilotes regardaient un peu ce qu’ils se passait. J’avais eu les félicitations du team JGR, de Dean Wilson, c’était cool, un bon moment.

@Michael Antonovich

2019, premier contact avec l’équipe JGR du coup ?

Lors de cette épreuve-là, ils avaient été étonnés que je me qualifie. La course suivante n’était pas très loin de la Caroline du Nord où est basée l’équipe JGR.

Vu que j’étais pilote Suzuki, ils m’ont proposé de venir m’entraîner avec eux sur leur terrain pendant deux ou trois jours avec les pilotes de l’équipe.

Ça t’a fait prendre de la vitesse de rouler avec eux à l’entraînement, sans la pression de la course ?

Les pilotes avaient leurs programmes. J’avais roulé un peu avec Kyle Peters et ça m’avait donné du rythme. Le plus, c’était de rouler sur des circuits préparés comme le jour des courses. C’est vrai que quand on arrive aux USA, les terrains sont plus grands que chez nous, tout est plus gros, les réglages des motos changent des nôtres car en France, les terrains sont plus petits, plus faciles, on n’est pas obligé de rouler avec des suspensions aussi dures.

Quand on arrive là-bas, on voit des enchaînements vraiment gros, il faut un temps d’adaptation. Rouler là-bas, ça facilitait la vie, c’était un beau terrain, bien préparé. En plus, il y avait deux ou trois bons pilotes, on peut les observer, regarder ce qu’ils font.

Le deuxième jour, on faisait des manches avec des tests de départ avec Kyle Peters et tout de suite, ça donne du rythme, ça fait progresser.


@Michael Antonovich

Alors du coup, c’est quoi le Supercross le plus insolite de ta carrière, jusqu’à présent ?

Il y en avait un plutôt marrant, en Slovaquie. Le terrain – si on peut appeler ça un terrain – n’était même pas vraiment typé Supercross. L’événement se déroulait sur une journée. Quand on est arrivé là-bas, le stade était tout petit. Le saut d’arrivée, c’était un petit double.
Je pense que le gars qui avait tracé la piste ne savait pas réellement ce qu’était le Supercross et le terrain était plutôt bidon. La soirée se déroulait uniquement sur des duels.

L’après-midi, on faisait un essai libre de 5 ou 10 tours, ensuite, on enchaînait par des chronos à tours de rôle sur quelques tours. Le programme du soir, c’était de mettre face à face celui qui avait signé le meilleur temps avec celui qui avait signé le moins bon temps. Tout se déroulait par élimination sur deux tours.

J’avais gagné ce Supercross là face à Mickael Musquin. Même niveau moto, sur place, ce n’était pas ça (rires). J’avais peur de ne pas finir la soirée parce que le pignon de sortie de boîte était HS de chez HS. À chaque face à face, je vérifiais de ne pas avoir perdu des dents sur le pignon. Les gars n’avaient pas beaucoup de matériel, c’était un Supercross assez spécial.

Ils avaient fait venir quelques bons Français et quelques bons étrangers pour relever le niveau. Ce n’est pas le meilleur souvenir, loin de là, mais c’était vraiment marrant quand même.

Question; est-ce que ça t’a déjà intéressé de faire le Supercross Australien ? S’il y a bien un endroit où tu peux faire de l’argent en roulant, c’est là-bas.

C’est vrai que ça m’avait vraiment botté de faire ce championnat là. J’avais été en contact avec quelques teams pour faire le SX Australien. Le problème, c’est qu’il y avait des concurrences de dates avec le championnat Allemand et le SX Tour, du coup, ce n’est pas évident. Le championnat de Supercross Australien se déroule sur peu de courses et ces dernières ne s’enchaînent pas, donc il faut rester assez longtemps sur place. Il faut donc faire l’impasse sur le championnat Allemand et le SX Tour, ça empiète beaucoup sur nos programmes.

En plus, on arrive rapidement aux mêmes problèmes qu’aux USA, il faut se loger, trouver un véhicule, etc … Pour un team Australien, c’est plus simple de prendre un pilote Australien où quelques tops Américains comme Brayton, ou Jace Owen.

Il faudrait vraiment faire l’impasse sur une saison complète en SX Tour ou en Allemagne pour aller en Australie.

[À suivre… ]

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