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Jordi Tixier « notre sport a besoin de ce renouveau »

Jordi Tixier ferme un chapitre de sa carrière pour en ouvrir un autre. Après douze années passées sur le championnat du monde, avec notamment un titre de champion du monde MX2 à la clef en 2014, le pilote Français délaisse à présent le mondial et met également un terme à l’activité de sa structure perso, JT911, pour se lancer sur le mondial de Supercross. Signé par l’équipe Honda Nils pour le World Supercross, le pilote Français s’engage sur un nouveau championnat, avec une nouvelle moto, et une nouvelle équipe. Toujours engagé sur l’ADAC avec Sarholz KTM à quelques jours du Supercross de Cardiff, Jordi Tixier n’a disposé que de très peu de temps pour se préparer au guidon de la 450 CR-F. On s’est entretenu avec Jordi Tixier pour recueillir ses impressions sur ce World Supercross, sa saison 2022, sa participation au mondial MXGP en tant que pilote privé, et bien plus encore …

Jordi, tu passes du mondial MXGP au World Supercross. Quel bilan tires-tu de cette première soirée du côté de Cardiff ?

Du côté de l’organisation, c’était ouf. Je pense que beaucoup de monde attendait de savoir comment ça allait se passer au niveau de l’organisation. Je pense qu’au niveau du paddock on peut dire que c’était le top, tous les teams étaient logés à la même enseigne, c’était clean, parfait. En tant que pilote, on a été super bien accueillis avec une pièce pour se changer, chauffée, on avait tout a notre disposition pour manger, boire, c’était royal. Il y avait vraiment beaucoup de public et pour notre sport, c’est super. Le reste a été parfait aussi, au niveau de la réfection de la piste, on n’a jamais eu une piste dangereuse et pourtant, le format était super serré et ils n’avaient que très peu de temps pour refaire le tracé. Ce bilan est top, rien à dire, un régal.

Sur le bilan sportif, j’ai eu très peu de temps sur la Honda, très peu de temps en Supercross car j’avais aussi l’ADAC ces derniers temps et c’était compliqué de mixer les deux. Je ne suis pas arrivé ici en me disant que j’allais casser la baraque; ce n’était pas possible, et ce n’était pas l’objectif. L’objectif était de progresser de sortie en sortie pour être prêt en 2023, et combatif. Je me suis amélioré tout au long du week-end avec des temps au tour sont descendus petit à petit. En finale, le départ était primordial. Je n’ai pas fait une bonne qualif’ donc je me suis retrouvé placé à l’extérieur, trop pour pouvoir faire de bons départs. J’étais dans le paquet à chaque fois, en bagarre, j’ai fait quelques petites chutes, commis des erreurs, mais j’ai progressé lors des finales. Je termine 9ème en superfinale, avec la vitesse du sixième donc il y a du positif; sachant la façon dont j’ai roulé, il est possible de faire beaucoup mieux donc le bilan est positif, on ne va pas regarder les résultats mais la façon de rouler et ce qu’il y a à travailler.

Jordi termine 12eme du SX de Cardiff

Concrètement, tu as roulé combien de fois en SX sur cette moto avant de prendre la direction de Cardiff ?

Exactement 7 fois. Entre-temps, il a tout de même fallu développer un petit peu les suspensions avec Jérome de chez H.R.S. Sept roulage, et entre temps il a fallu reprendre la KTM pour préparer l’ADAC donc à chaque fois en reprenant la Honda, il y avait un temps d’adaptation. C’est 7 fois, mais pas vraiment que la Honda. La semaine avant de venir à Cardiff, je n’ai roulé qu’une fois.

Est-ce que tu t’attendais à une piste comme celle-ci et, est-ce qu’en France, tu peux te préparer à retrouver une piste comme celle-ci ?

Non, impossible. C’est compliqué car j’ai fait quelques pistes, on a été chez Angelo Pellegrini qui a quand même une piste assez grande et beaucoup plus raide que ce qu’on retrouve d’habitude mais c’était encore différent. Là, on arrivait dans un stade avec un terrain typé US, des enchaînements raides et très rapprochés. Maintenant, on sait à quoi s’attendre. Tout le monde se demandait comment ça allait se passer, quelle genre de piste ils allaient faire etc, et maintenant on sait à quoi s’attendre, on a vu à quoi ça allait se passer et ça va être plus facile de s’entraîner en fonction de ça même si sur les pistes qu’on à, ce sera difficile. L’objectif de cette année, c’était vraiment de progresser et de voir pour 2023 et je pense que dès l’hiver prochain, on attaquera les choses différement pour être vraiment prêts.

Le format était assez particulier; qu’est-ce que tu en as pensé ?

Honnêtement, c’était tout nouveau pour tout le monde. Moi, en vrai, j’ai kiffé. J’ai kiffé car c’était nouveau, et comme ce n’est pas quelque chose dont tu as l’habitude, tu kiffes car le nouveau, c’est excitant. Je pense que pour que ce soit mieux pour les pilotes ou le public, le mieux aurait été d’alterner entre les manches 250 et les manches 450, ça laisserait une dizaine de minutes de repos pour avoir vraiment les pilotes à 100% pour chaque finale. Lors de la dernière finale, on a bien vu qu’au bout de 12 tours les places sont figées, les mecs se disent qu’ils vont rester là et que ça ira bien pour ce soir. Au niveau du format, les gens peuvent critiquer mais ils veulent essayer de faire quelque chose de nouveau et je pense qu’avant de parler, il faut quand même regarder. Pour une première l’organisation était ouf et je pense qu’ils écoutent aussi beaucoup les pilotes et les managers d’équipe pour évoluer et je pense que pour 2023, ils vont beaucoup évoluer et ce sera cool.

Pour un pilote MXGP, j’ai trouvé que tu avais une certaine facilité dans les whoops, je ne m’attendais pas à autant de facilité de ta part.

Il faut savoir que je fais du Supercross depuis que je suis petit, mon père me faisait faire du Supercross. En 65 je faisais déjà du SX, après j’ai fait le championnat de France 80, le championnat de France 125 et tous les ans je fais le Supercross de Paris. Je faisais aussi Genève quand il y avait Genève. Ça a toujours été une discipline que j’adore, chaque année je m’entraîne un peu en prévision du Supercross de Paris et c’est pour ça que cet objectif de faire le mondial de Supercross, c’était vraiment cool pour moi. Après, les whoops, j’en ai quand même mangé pas mal dans ma carrière donc je sais comment les prendre. Je ne dis pas que je vais passer comme un mec comme Roczen ou Tomac mais si j’ai une moto avec laquelle je me sens en confiance, j’y vais. Ce n’est pas quelque chose qui me fait peur.

Est-ce qu’on peut tirer un bilan global de ta saison 2022; le mondial, le titre de vice-champion ADAC ?

Elle était dure parce qu’avec son propre team, c’est difficile. J’ai zéro regret, c’était une expérience de fou. J’ai pu faire tout ça grâce a des gens qui me sont très proches comme mon père, ma copine, mes plus gros sponsors et mes amis. Sans ces personnes là, je n’aurais jamais pu faire ça. Ça a été trois ans de folie mais cette dernière année a été plus dure que les autres. Pour être honnête, je ne me suis pas entraîné une seule fois la semaine entre les GP. C’était impossible entre le fait d’être à l’atelier en journée, faire mon sport en soirée et déjà, il est 22 heures. Tu manges, tu te douches et tu vas te coucher pour recommencer. Tu dois partir sur les GP le jeudi pour monter la structure même si elle n’est pas très grande, on fait la course, on rentre, et on reprend la semaine. Je n’avais pas le temps de m’entraîner et sans entraînement, on ne peut pas espérer faire quelque chose de fou. Je me suis quand même bien battu tout au long de l’année, j’ai fait des manches dans les 10, dans les 8 avec une moto d’origine et je pense qu’à l’heure actuelle – quand on voit le niveau qu’il y a – on ne peut pas espérer de faire mieux sans une moto d’usine. Le bilan ? Il y a eu du bon, du moins bon, du positif, du négatif, j’en tire des leçons. Je finis vice-champion sur l’ADAC, qui est un très beau championnat. J’avais une très bonne équipe avec KTM Sarholz, ils sont devenus des amis plus qu’un team pour moi avec le temps. On a été deux fois champion avec eux, vice-champion cette année en gagnant quelques courses dont la finale à Drehna la semaine dernière. Aucun regret. Là, on part sur de nouveaux objectifs avec une nouvelle moto, une nouvelle équipe et un nouveau championnat.

Est-ce que ça veut dire qu’on ne te revoit plus en MXGP, ni sur l’ADAC ?

Non, je tourne une page. Mon objectif – comme celui de beaucoup de pilote – c’est un titre de champion du monde. J’ai été champion du monde Junior, champion du monde MX2, j’ai gagné les nations. Sur le papier, ce n’est pas mal. J’en suis arrivé à un point où j’ai fait onze ans de grand prix, j’ai eu cette opportunité de faire le mondial de Supercross pour une très bonne équipe, avec une très bonne moto. Il faut tourner la page, regarder vers le futur et j’ai de très bons souvenirs en championnat du monde mais maintenant, des nouveaux objectifs.

Maintenant que tu as eu cette expérience de rouler en MXGP avec ta propre structure, est-ce que tu envisages – un jour – de monter ta structure sur le mondial ou l’Europe non pas pour rouler, mais pour faire évoluer des pilotes ?

C’était l’un de mes objectifs, c’était aussi l’une des raisons de la création du team JT911, pour aider des jeunes à évoluer en championnat d’Europe, en championnat de France, pour qu’ils puissent atteindre un bon niveau. C’est un petit peu délicat à dire mais quand je vois la tournure que prend notre sport à l’heure actuelle, que ce soit sur le mondial ou l’Europe, je ne me voyais pas y aller. Pour moi, à l’heure actuelle, il y a vraiment un manque de passion de la part des gens et c’est plus le business qui prend le dessus. Je suis un passionné à la base et je ne me voyais pas le faire. La structure JT911 existe toujours, j’ai tout ce qu’il faut au besoin pour créer quelque chose mais pour l’heure ce n’est pas dans mes objectifs. À voir à l’avenir. Par contre, aider des jeunes – sans ma structure – pour les faire évoluer, que ce soit en France ou en Europe, c’est quelque chose qui m’intéresse vraiment; pouvoir partager mon expérience. Je ne sais pas de quoi mon futur sera fait, il reste encore Melbourne puis la saison 2023, et fin 2023 on verra ça.

Tu es engagé pour 2023 sur le World Supercross avec Honda Nils ?

Oui, on a signé un contrat de 2 ans avec Livia. 2022, c’était pour moi l’occasion d’apprendre la moto, de faire connaissance avec tout le monde, essayer de progresser sur ces deux courses avant de vraiment faire un bon hiver pour me préparer pour 2023 donc c’est pour ça que c’était intéressant de signer jusqu’à fin 2023. En deux courses et 7 entraînements sur la Honda, on ne pouvait pas casser la baraque.

Tu as une équipe, des gens qui s’occupent de tout pour toi. Tu peux monter sur la moto et t’occuper de toi; ça doit te changer la vie.

C’est vrai que ça change. Quand tu as eu un team pendant 3 temps avec l’habitude de tout faire, ça change la vie. De toute façon, soit je trouvais une équipe pour 2023, soit j’arrêtais la moto car j’en étais arrivé a un point où je ne prenais plus de plaisir, je n’avais plus envie d’aller rouler, de faire de courses parce que j’avais tellement la tête partout. Quand on veut trop faire, à un moment, on ne peut plus.

Tu t’attendais à ce que ce soit aussi compliqué à gérer cet aspect quand tu t’es lancé avec ta propre structure ?

Je pense que tant qu’on n’a pas essayé, on ne peut pas savoir. Je ne me suis pas dit que ce serait simple, mais je ne me suis pas dit que ce serait compliqué non plus. Après, j’ai eu de la chance d’avoir un entourage autour de moi pour m’aider à le faire car tout seul sans eux, rien de cela n’aurait été possible. J’ai aussi eu des sponsors qui ont été présents pendant 3 ans, et qui ont été derrière moi à 100%. C’est juste qu’on était arrivé à un point où c’était trop, on ne pouvait plus tout gérer. On avait besoin de très bon personnel mais pour avoir du très bon personnel il faut le budget; le budget devenait de plus en plus compliqué à trouver et l’ensemble faisait que l’aventure n’était plus possible. On a essayé, on a été au bout de la saison, on a respecté nos engagements mais là, il était temps de trouver autre chose.

Tu me parlais du côté business qui prenait le pas sur le côté passion. En dehors du fait qu’il y a le sport, la passion, il faut aussi que vous en viviez. Le World Supercross, ça payera forcément mieux que les grands prix.

Il n’y a pas photo. Je pense que tout travail mérite salaire; il n’y a pas une personne qui va travailler toute la journée sans gagner d’argent mais je pense qu’à l’heure actuelle, il y a des managers et des chefs d’équipe qui en profitent un petit peu. Ils savent que les pilotes sont des passionnés – on est tous passionnés – et ils en profitent pour ne pas payer les pilotes, ou alors très peu, ou même ils demandent que les pilotes amènent des sponsors pour pouvoir rouler. Je pense que c’est un très, très gros problème qu’on a en championnat du monde et c’est moche. J’ai toujours dit que je ne roulerai jamais pour zéro; c’est trop de risques, d’investissement, de travail pour rouler pour rien. Ce n’est pas possible de faire ça. Quand on voit le championnat du monde de Supercross … Tous les pilotes sont payés avant même d’avoir roulé, quand on voit les primes de résultat, on sait qu’on viendra pour gagner quelque chose. Que tu roules bien, ou pas bien, tu repars quand même avec quelque chose et tous les frais sont payés alors quoi de mieux ? J’espère vraiment que ce championnat là, et que le SuperMotocross World Championship avec 10 millions de dollars à la clef, vont faire bouger notre sport parce que notre sport a besoin de ça, de ce renouveau. Les gens ont beau critiquer ce championnat du monde de Supercross, mais ils n’avaient qu’à être là à Cardiff car c’était un truc de fou et ce n’était que la première, alors ça ne peut qu’évoluer. Pour tous les jeunes qui arrivent derrière, c’est un championnat qui, j’espère, va grandir, grossir. Notre sport va dans le bon sens grâce à ce championnat là selon moi.

Jordi Tixier « notre sport a besoin de ce renouveau »
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