Lars Van Berkel « L’an dernier, j’étais l’outsider, les gens ne me connaissaient pas »

Lars Van Berkel « L’an dernier, j’étais l’outsider, les gens ne me connaissaient pas »

Du BMX au Motocross, du national à l’Europe en passant par le Mondial. Champion dans les deux disciplines, Lars Van Berkel a également connu l’enfer d’un Touquet ou encore relevé le challenge d’un Red Bull Knock Out. L’ancien vainqueur d’épreuve en championnat d’Europe 250 s’est magnifiquement illustré sur l’Enduropale du Touquet en 2020 en surprenant un bon nombre de ses concurrents avec une belle 6ème place au terme des 3 heures d’une course éprouvante.

Après un bon résultat sur le Touquet, Lars Van Berkel a enchaîné avec un top 15 en mondial MXGP dans le sable de Valkenswaard, lui ouvrant ainsi les portes de l’équipe SR Honda Motoblouz pour la saison de championnat de France des sables. Le pilote Néerlandais s’est confié sans détours dans cet entretien qui dresse le profil d’un garçon bosseur et déterminé; un très gros client à suivre de près dans le sable cet hiver.

Lars, tu as signé avec l’équipe Honda SR Motoblouz pour participer au championnat de France des Sables cette saison. Comment le deal s’est conclu ?

J’ai toujours porté un intérêt tout particulier aux courses de sables, j’ai toujours adoré ça et j’en faisais autant que possible. Je n’ai pas eu l’opportunité de rouler sur toutes les courses du championnat de France des sables car j’étais dans un team Néerlandais. Il y a 2 ans, j’ai brièvement parlé avec Josse à Saint Austreberthe. À l’époque, il ne me connaissait pas et j’ai roulé comme un débutant ce jour-là, donc il n’y avait pas de place pour moi dans l’équipe.

Cette année, et parce que j’adore le Touquet, je me devais de faire la course. J’ai terminé 6ème et ça a éveillé l’intérêt de Josse; quelques semaines plus tard, j’ai terminé 14ème en mondial MXGP et Josse est devenu vraiment intéressé, il m’a contacté pour savoir si ça me branchait toujours. Bien sûr que je l’étais. On a donc signé ensemble.

Tu roules depuis pas mal d’années, mais tu n’as jamais vraiment été un pilote à temps-plein. Je me souviens que tu travaillais la semaine et roulait le weekend, c’est toujours le cas ? Ça ressemble à quoi, une semaine de Lars Van Berkel ?

C’est vrai. J’ai fait du BMX de 2000 à 2005 avant de combiner le Motocross et le BMX en 2006, avant de ne faire plus que du motocross à partir de 2007. Jusqu’en 2015, j’allais à l’école, j’ai fini mes études et j’ai décroché mon diplôme. Je ne voulais pas commencer à travailler immédiatement donc je n’ai pas travaillé pendant quelques mois, mais je ne gagnais pas d’argent non plus. Je suis allé voir une entreprise pour décrocher un sponsoring et finalement, on m’y a offert un job.

Vu mon âge – 22 ans à l’époque – et le chemin que prenait ma carrière, je me suis dit qu’il était intelligent d’accepter le boulot et de faire de l’argent. Le Motocross, c’est vraiment top, mais je voulais avoir une base pour l’après carrière. J’ai travaillé dans cette entreprise pendant 2 ans, je suis passé pro 5 semaines quand je suis devenu pilote remplaçant chez HSF mais je n’étais pas payé pour rouler, donc en fait, je n’étais toujours pas vraiment pro.

New face for HRC MX2 heading into Valkenswaard - ASC - Action Sports Connection

En 2018, je travaillais 45 heures par semaine, je m’entraînais physiquement le soir et je roulais les weekends, mais c’était trop; je me défonçais. En fin de saison, j’ai été voir mon boss qui était également mon sponsor (BAS Trucks) et je lui ai dit « Ecoute, l’an prochain je ferais du 30 ou 32 heures par semaine, sinon, j’arrête ».

Au départ, il m’a dit que ce n’était pas possible, ce à quoi j’ai répondu que si, c’était possible, mais peut être pas avec lui, et que s’il ne faisait pas en sorte que ce soit possible, j’irai voir ailleurs (rires). J’ai commencé à travailler 32 heures par semaine après ça (rires).

L’an dernier, j’ai travaillé de 8h à 17h le lundi, jeudi et vendredi et de 8h à 12h le mardi et mercredi pour pouvoir rouler à moto l’après-midi.

Maintenant, avec cette belle offre chez SR Honda Motoblouz, avec les déplacements et le travail que je dois fournir, il ne m’est plus possible de combiner avec le travail. J’ai dit à mon employeur que j’allais saisir cette opportunité, au moins jusqu’en février 2021. Chez Bas Trucks, ils n’étaient pas vraiment contents au début mais ils ont compris. Ils m’ont déjà offert un boulot pour la suite, donc je pense avoir plutôt bien travaillé ces dernières années chez eux !

Désormais, je suis pro. Je m’entraîne avec Nathan et Christophe tout le temps, et j’aime vraiment cette vie. Au début, il fallait s’y habituer, mais j’adore ça. C’est une chance que je saisis à bras le corps.

En 2015, tu gagnes une épreuve de l’Europe 250 devant Thomas Kjer Olsen, tu loupes de peu le podium à Assen l’année suivante en mondial MX2 en terminant 4ème derrière Covington, Herlings et Bogers …. Malgré ça, j’ai l’impression que tu n’as jamais eu l’opportunité de faire tes preuves sur une saison complète alors que tu étais un pilote capable de faire dans les 12/15 en MX2 et MXGP.

C’est vrai. En 2014 j’étais parti pour rouler sur toutes les épreuves Européennes du mondial MX2 mais je me suis blessé avant la première épreuve, et je ne suis seulement revenu que pour les deux ou trois dernières épreuves.

En 2015 j’ai effectivement gagné à Lommel mais l’équipe est tombée en ruines juste après, donc j’ai signé avec un team Hollandais pour rouler un peu plus aux Pays-Bas, et sur quelques grands-prix. Sur un de ces grands-prix à Assen j’ai terminé 4ème d’une manche et 9ème du général, puis 8ème du général à Lommel.

J’ai signé avec l’équipe Vamo Honda pour la saison suivante mais cette saison s’est vite transformée en désastre et j’ai quitté l’équipe après 2 GP; la moto avait eu des problèmes 6 fois en 8 manches. Par la suite, j’ai fait quelques remplacements mais c’était toujours très bref et je ne pouvais pas vraiment montrer mon potentiel donc je suis retourné sur les courses en Hollande l’année suivante.

J’étais peut-être aux mauvais endroits aux mauvais moments, et je n’avais plus 18 ans, j’étais un peu plus vieux, et mes partenaires ne pouvaient pas payer 40.000€ pour me faire intégrer une équipe et je ne voulais pas qu’ils le fassent de toute façon. Je n’ai donc jamais eu la bonne opportunité pour rejoindre une équipe de grand prix. J’aurai dû être plus rapide, peut-être …

Cette année, tu as roulé sur le mondial MXGP à Valkenswaard et tu termines derrière les pilotes usines (Paulin, Jonass, Prado) en seconde manche. Tu t’attendais à te battre avec ces gars-là ?

Franchement, non ! Simplement car toute ma préparation était axée sur le Touquet ! Je n’avais roulé que sur des terrains très défoncés dans les bois. À cause de la météo, je me souviens n’avoir roulé qu’une seule fois sur un « vrai » terrain de Motocross, une semaine avant l’épreuve, depuis le Touquet. Je m’étais préparé différemment des autres pilotes on va dire. J’y suis allé « pour voir », mais j’avais confiance en ma technique dans le sable; j’étais prêt.

J’ai marqué des points en première manche et c’était déjà de la pression en moins sur mes épaules. J’ai pris un bon départ en seconde manche, j’étais dans le top 10 au début et ça ne me semblait pas anormal, je sentais que c’était ma place ce jour-là. J’ai rencontré un problème d’embrayage plus tard dans la manche donc j’ai dû rouler plus prudemment mais je me suis bien battu avec Jorge Prado, je l’ai doublé sans embrayage ! [Rires] Je m’en souviens très bien ! Je me suis dit « Mer*e, il est deux fois champion du monde, il gagne beaucoup d’argent, et moi je vais devoir aller au travail demain ».

J’ai terminé 14ème de cette manche, et j’étais vraiment content. Je pense avoir ouvert les yeux de quelques Néerlandais, et j’ai gagné le respect, j’ai montré que je savais piloter.

Encore de nos jours, on voit certains pilotes être capable de rouler devant sur le dur et galérer dans le sable … D’où te viens cette aisance dans le sable ?

C’est la même chose pour moi, mais dans l’autre sens. Je peux me battre avec les tops pilotes dans le sable, mais sur le dur je manque de vitesse. Je pense que ça vient principalement de la préparation, du chemin que tu suis depuis que tu es jeune. Je suis né dans le sable, j’y ai roulé toute ma vie. Quand on va faire un entraînement après l’école où le travail, on va dans le sable. C’est une technique différente et il faut un gros bagage physique pour garder de la vitesse pendant 35 minutes dans le sable.

Le championnat de France des sables est désormais programmé sur 3 épreuves. Est-il possible de te voir sur certains grands-prix avec Nathan et Benoit en 2021, voire sur des épreuves de l’Europe ?

Quand on était à l’entraînement dans le sud de la France, j’ai bien évidemment demandé à Josse. Je lui ai dit que je serai prêt pour effectuer un remplacement si quelqu’un se blessait. Je lui ai également dit que j’aimerais bien rouler sur mon grand prix à domicile à OSS, car c’est à seulement 15 kilomètres de chez moi.

Quoi qu’il en soit, je suis vraiment très content d’avoir l’opportunité de rouler en championnat de France des sables car je pense que c’est là que je peux vraiment exceller; c’est là qu’est mon objectif principal pour l’instant. On verra ensuite quels sont les plans de Josse. De mon côté, je verrai si je dois retourner au travail et à la vie de pilote amateur de nouveau où si je peux faire quelques GP, quelques épreuves de l’Europe … Il faut que ça en vaille la peine !

L’an dernier, tu fais ta première apparition au Touquet et tu surprends beaucoup de monde avec une 6ème place. Tu t’attendais à ce résultat ? Avec l’expérience acquise sur cette course, quels sont les nouveaux objectifs sur le Touquet 2021 ?

En fait, c’était ma deuxième apparition sur le Touquet ! J’ai terminé 11ème en 2018. Je ne connaissais pas vraiment la course, je savais simplement qu’elle durait 3 heures et qu’elle allait être difficile. J’ai été surpris par beaucoup de choses. En 2019, je n’ai pas pu faire la course car mon équipe voulais que je me concentre sur le championnat Néerlandais.

En 2020, j’étais mieux préparé, je savais un peu plus sur quoi travailler et je voulais vraiment bien faire. J’ai passé beaucoup d’heures à rouler à Dunkerque pendant les weekends. Certains jours, on partait à Dunkerque à 5h30 du matin, je dormais pendant que mon père conduisait. Je faisais une manche de 2h30 avec 3 minutes d’arrêt aux « stands » et on rentrait à la maison. C’était dur mais avec mon père, on était très motivé, car on pense que c’est sur ce genre de course que je peux bien figurer.

En ce qui concerne cette 6ème place, je ne m’y attendais pas vraiment, mais je visais un bon résultat donc je me voyais quand même bien finir dans ces eaux-là. Tu sais, au Touquet, tout peut arriver, il faut aussi un peu de chance ! Le nouvel objectif est de monter sur le podium sur cette épreuve, on a beaucoup travaillé sur ma technique dernièrement. Christophe Meyer me botte les fesses à l’entraînement à chaque fois, mais ça marche et je pense que ma technique est meilleure maintenant, j’essaye de tout imprégner comme une éponge, de comprendre comment fonctionnent les courses, pour savoir comment être vraiment bon à ce jeu-là ! Je ne peux pas vraiment dire que je sois expérimenté, mais j’essaye d’apprendre rapidement. Je veux bien faire.

Par le passé, tu as roulé sur le Red Bull Knock Out. C’est quoi, le plus dur ? Le Touquet ou le Knock Out ?

Ces courses sont différentes. Sur le Knock Out on roule 2 fois, parfois 3. Tu es fatigué avant la dernière manche mais il faut quand même prendre le départ; le terrain est plus large donc on n’a pas autant de problèmes avec les retardataires ou les collisions. C’est une grosse course aux Pays-Bas. J’ai terminé 4ème la première année, j’ai été interviewé en live à la TV après les manches. À ce jour, on me reconnait même 3 ans après l’épreuve; ce n’est jamais arrivé sur aucun grand prix (rires).

Je pense que le Touquet est plus difficile. C’est trois heures minimum, le tracé est étroit, il y a bien plus de pilotes et il est bien plus simple de faire des erreurs. L’épreuve en elle-même, c’est quelque chose de spécial. Le weekend, les spectateurs, l’ambiance … L’an dernier, j’étais l’outsider qui visait le top 10, les gens ne me connaissaient pas. Désormais, je roule pour une équipe Française, je ne peux plus me pointer au Touquet sans certaines attentes du public Français (rires).

Quelle anecdote te vient à l’esprit si je te demande la chose la plus drôle qui te soit arrivée dans ta carrière jusqu’à présent ?

Le Touquet en 2018 … Je me suis fait dessus à la mi-course.

J’ai fait l’énorme erreur d’écouter mon patron au travail (rires). Il m’a donné le Camelbag pour boire pendant l’épreuve et il m’a dit d’y mettre des compléments en poudre parce que j’allais en avoir besoin. C’est ce que j’ai fait … sans tester au préalable.

Le problème, c’est que ça marche comme un laxatif et que j’ai eu de grosses crampes à l’estomac. J’ai dû prendre une décision: m’arrêter pour aller aux toilettes et avoir fait tout le job pour rien ou continuer et finir la course (rires) … J’ai choisi la seconde option et j’ai terminé 11ème, complètement vidé …

On travaille pendant des mois pour cette course, je n’allais pas jeter l’éponge ou passer à côté d’un bon résultat juste parce que les gens allaient se moquer.

Médias