Tristan Charboneau “Beaucoup de moteurs, de promesses, et un salaire misérable”

Tristan Charboneau “Beaucoup de moteurs, de promesses, et un salaire misérable”

La carrière de Tristan Charboneau n’aura duré que deux saisons. Après un an chez Geico Honda et un an chez Bud Racing Kawasaki, le talentueux pilote Américain a tourné les talons de la compétition après une grosse blessure au genou contractée en Italie.

Un jeune garçon bourré de talent; un amateur attendu, monté prématurément chez les pro’s pour récupérer le guidon de Malcolm Stewart en 2016 qui – titré en Supercross – décidait de faire l’impasse sur l’outdoor.

Visiblement, Tristan Charboneau avait des comptes à rendre et ce dernier n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour raconter deux années de cauchemar au plus haut niveau.  Un excellent podcast qu’on ne saurait que vous conseiller, avec Brad Gebhardt de BigMXRadio.

Tristan Charboneau

“Quand Jeff Majkrzak m’a signé pour rejoindre Geico Honda deux semaines avant de faire mes débuts chez les pro’s à Hangtown, Christian Craig a dit qu’il allait me prendre sous son aile, me montrer les ficelles, m’emmener à l’entraînement avec lui.

On va à Glen Helen une première fois, et on est assez proche aux chronos, on fait 3 manches de 30 minutes.

Le lendemain, on va à Pala, on fait de nouveau 3 manches de 30 minutes, j’arrive à peine à terminer la 3ème manche, je suis complètement cuit.

Le jour d’après, direction Milestone et je ne sais pas comment, mais j’étais deux secondes plus rapide que Christian au tour. L’équipe a donc décidé de me faire partir 30 secondes derrière lui lors des manches de 30 minutes.

Toute l’équipe Geico était là. Dans le premier tour de la première manche, j’arrache à moitié le radiateur, le truc pend pendant la manche. Malgré ça, je rattrape Christian qui est parti 30 secondes avant moi, je le double, et je lui colle 15 secondes dans la vue. J’ai fait ça dans les trois manches.

Après ce jour, Christian Craig, sa femme et son fils m’ont supprimé d’Instagram et ne m’ont plus jamais reparlé; ils ont été vraiment mesquins avec moi. C’était vraiment étrange comme comportement.


Si je pouvais choisir de sortir un pilote de la piste aujourd’hui, ce serait Christian Craig. […]

Pour mes débuts chez les pro’s, j’ai bien roulé lors des deux premières épreuves, et je me suis fracturé la clavicule. Jeff Majkrzak m’a appelé le jeudi suivant mon opération pour me dire que j’allais virer en fin d’année. Je savais très bien que c’était pour récupérer Jeremy Martin par la suite même s’il ne voulait pas me le dire. Ils voulaient se débarrasser de moi.

Avant Washougal, Majkrzak revient me voir pour me dire “Hey, Jordon [Smith] part, il va chez Troy Lee Designs, on a une place si tu veux faire tes preuves pour nous la saison prochaine, on peut te signer de nouveau.”. Haha. Autant te dire que mon contrat avec eux s’est arrêté le 1er octobre. […]

Ma plus grosse erreur, ça a été de ne pas assez m’entraîner, mais également d’aller rouler en Europe.

En 2017, je devais faire les premières épreuves du Supercross US pour Bud Racing, mais leurs motos, c’était de la @*+!ç?! … J’avais peur de rouler en Supercross avec leur 250 et je leur ai dit qu’il n’y avait aucune chance que je roule là-dessus.

Dès le second jour de testing sur leur moto, le moteur a serré en l’air sur un triple. Quatre jours plus tard, nouveau moteur … serré. Quand j’ai roulé pour Bud Racing, j’ai cassé 16 moteurs en l’espace de quoi, 8 mois ?

Gallerie photos Team Bud Racing / Monster Energy / Kawasaki: Tristan Charboneau | Bud Racing TeamEn Russie, sur la grille de départ, je démarre la moto, le panneau 30 secondes est présenté et ma moto serre sur la grille. Est-ce que ça arrive vraiment ce genre de trucs ?!

Mon histoire préférée en Europe, c’est vraiment la Russie [rires]. Pour la Russie, l’équipe avait préparé nos visas pour moi et mon mécanicien. Ils ont mis ma photo sur le visa de mon mécanicien et vice-versa. “Pas grave, ça passera”. On arrive en Russie, à la frontière, je leur donne le visa de mon mécanicien avec ma photo … Ils nous regardent … et nous demandent de les suivre. “Eh merde”.

On a dû leur expliquer la situation et ils nous ont fait refaire des visas sur le champ. On a dû attendre 8 heures à l’aéroport. On a eu de la chance qu’ils nous délivrent de nouveaux visas. […]

Cette année là, j’ai gagné au Portugal, j’ai fait 1-1, j’ai gagné la seconde manche en Russie après avoir serré le moteur sur la grille en première manche, j’ai roulé avec un moteur d’origine. J’ai aussi gagné en Suisse.


Après la Russie, j’ai dit à Bud Racing que je voulais un moteur et des suspensions d’origines sur ma moto, et c’est ce que j’ai eu pour le reste de la saison. […]

L’Europe, c’était le choc … On m’avait promis mon propre appartement, mon propre véhicule, et quand je suis arrivé, je vivais avec mon mécanicien et mon coéquipier et à nous trois, on devait se partager une voiture. Autant te dire que le mécano partait plus tôt que moi à l’atelier avec la voiture, et moi, je devais me démerder à pied.

Avant la dernière épreuve de la saison, là ou j’ai traversé les bannières publicitaires, je suis allé aux Pays-Bas pour tester pour Yamaha SDM Corse, il y avait 6 pilotes et le plus rapide décrochait le guidon pour la saison suivante, et le plus rapide, c’était moi.

Ce deal avec Yamaha, c’était à peu près la même chose qu’avec Bud Racing … Beaucoup de moteurs, beaucoup de promesses, un salaire misérable alors qu’on m’avait promis beaucoup plus, et je n’ai même pas été payé entièrement. Je me suis fait le genou en Italie, j’étais au fond du trou, et je me suis dit que c’était terminé pour moi. 

Pour me soigner, j’ai été voir 4 chirurgiens différents en Italie. Chaque chirurgien m’a fait un diagnostic différent “c’est juste le ménisque” un coup, puis, “ton ligament est étiré,” blabla … Je suis rentré aux USA, j’ai vu un médecin à San Francisco qui m’a dit “Tristan, tu n’as plus rien pour te tenir le genou, tout a pété”.

Ca faisait deux mois que je marchais avec une grosse attelle qui ne servait à rien. Le peu d’argent que je me suis fait en Europe a été dépensé pour soigner mon genou. J’ai passé un mois sur le canapé chez ma mère après mon opération, j’avais la jambe bleue de l’aine à la cheville.

J’ai été soigné, le chirurgien m’a dit qu’il ne savait pas trop si j’allais réellement récupérer correctement. Il m’a conseillé de faire de la rééducation. “Fuck that”, de toute façon il était hors de question que je reprenne la moto.”

Désormais âgé de 23 ans, et après avoir tourné la page du Motocross, Tristan Charboneau a ouvert son entreprise de soudure et métallurgie, K.T. Metalworks INC, et passe le plus clair de son temps libre à retaper d’anciennes voitures. Le garçon n’a plus roulé depuis des années.

Photos: Instagram / Bud Racing / SDM Corse Yamaha / Honda FC

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