Interviews

Jorge Prado « le travail finit toujours par payer »

Image: KTM Media Pool

Depuis sa victoire lors du dernier Grand Prix de la saison 2024 en Espagne, Jorge Prado n’avait plus décroché le moindre podium. 469 jours plus tard, et désormais de retour chez Red Bull KTM, Jorge crée la surprise en s’adjugeant la troisième place du Supercross d’Anaheim 1 après une saison 2025 cauchemardesque. Entre surprise et émotion, le quadruple champion du monde prend la parole et retrouve un peu de sa superbe. Micro.

Jorge, félicitations. Ce podium, il se situe où par rapport à tes attentes en ce début de saison ? Tu es en avance ou tu sens que c’était déjà le bon moment pour toi ?

Je suis vraiment en avance sur mes propres attentes. Mon objectif pour ce week-end, c’était simplement d’aller au bout de la soirée et de donner le meilleur de moi-même. J’ai vraiment fait une très bonne préparation hivernale, mais je suis encore très peu expérimenté en Supercross. C’est nouveau pour moi. Donc gagner la manche qualificative, c’était déjà génial en soi. Mais je sais aussi qu’une manche qualificative, c’est court, et qu’un bon départ suffit parfois pour faire la différence.

Mais je suis vraiment super content de ma finale. Les deux de devant allaient très vite, ils étaient un ton au-dessus. Moi, je n’ai rien tenté de fou. J’ai juste roulé à mon rythme, normalement. Je ne sais pas comment, mais ça a tenu jusqu’au bout. Quand j’ai vu le drapeau à damier, je me suis vraiment demandé comment j’avais fait pour en arriver là. Je n’ai pas les mots pour décrire ce que je ressens en ce moment, c’est vraiment une situation que je pensais impossible. Ce que je peux dire, par contre, c’est que le travail finit toujours par payer.

Tu dois avoir le sentiment de prendre ta revanche, non ? Tu montres que tu en es capable. L’an dernier, les fans, les médias, tout le monde se disait forcément un peu déçu de tes résultats.

Je suis un bosseur. Même l’an dernier, quand ça ne se passait pas très bien, je travaillais super dur. Donc je savais qu’une fois que tout serait en place, ça irait pour moi. Mais quand je dis ça, je parle pour la partie Motocross, pas pour le Supercross. Là, ce doit être ma cinquième course en Supercross seulement ! C’est fou, je ne sais même pas comment j’ai fait pour monter sur le podium à Anaheim 1. Mais oui, ça fait vraiment du bien, ça fait plaisir – surtout après une saison 2025 aussi difficile – de commencer l’année de cette façon. C’est incroyable.

À quel moment as-tu pris conscience que le podium était vraiment en ligne de mire ?

En fait, je ne me voyais pas sur le podium, ni même dans le top 5 aujourd’hui. Je savais que je roulais vraiment bien à l’entraînement, mais je n’étais pas sûr de pouvoir reproduire ce que je faisais à l’entraînement lors des courses. Et franchement, je me suis senti mieux sur cette piste d’Anaheim que je ne me suis senti dernièrement pendant la semaine à l’entraînement. J’aime vraiment la compétition. Pour une raison qui m’échappe, je suis mieux lors des courses qu’à l’entraînement. Aujourd’hui, j’ai de nouveau montré que lorsque la grille s’abaisse, je suis présent et je ne lâche pas. Quand je m’aligne derrière une grille de départ, c’est pour gagner, mais il faut aussi être réaliste. Comme je l’ai dit, mon objectif pour ce premier round, c’était juste d’aller au bout et de récolter des informations pour savoir sur quoi il fallait travailler pour les prochaines épreuves.

C’est vraiment top de commencer la saison comme ça, mais je ne vais pas m’emballer pour autant ; je dois garder les pieds sur terre. Je suis encore nouveau en Supercross et j’ai beaucoup à apprendre. Oui, c’est incroyable, mais le week-end prochain, on se retrouvera sur une piste différente et les autres pilotes auront de nouvelles opportunités aussi. On va prendre les choses course après course, et on verra.

Peu de monde aurait misé une pièce sur un podium de Prado à Anaheim 1 @KTM Media Pool

La publicité permet de rester gratuit

Dans les derniers tours, tu semblais avoir trouvé un peu plus de rythme. Tu as réalisé qu’il fallait en remettre une couche sur la fin ?

J’étais dans mon rythme, rien de fou. Je n’ai jamais vraiment forcé, je pouvais aller plus vite si j’en avais besoin. Ce qui était difficile, c’est que je n’avais aucune idée du rythme auquel roulaient les autres pilotes. Donc j’ai tenu mon rythme, j’ai enchaîné les tours et je n’ai pas fait de folie. Puis à un moment, j’ai vu qu’Hunter s’était défait de Jason et qu’il commençait à revenir. Mon mécanicien m’a panneauté, et j’ai vu qu’il restait trois tours. Je me suis dit : « Trois tours ? C’est rien ! Ça veut dire que dans trois tours, je suis sur le podium ! »

De là, j’en ai remis un peu dans certains virages. Franchement, j’étais au top physiquement. Ma condition physique m’a permis de tenir jusqu’au bout et de grimper sur ce premier podium.

C’est l’un des plus grands retours qu’on ait pu voir ces dernières années. Alors, la KTM est-elle  vraiment meilleure que la Kawasaki ? Ou c’est simplement que tu connais cette moto par cœur ?

Comme tu le mentionnes, j’ai toujours été un pilote KTM. Et l’équipe avait de très bons réglages pour moi. Dès que je suis remonté sur la moto, dès le premier jour, elle me convenait déjà parfaitement. C’était vraiment un gros avantage, car je n’ai pas eu à faire beaucoup de tests pendant l’hiver, j’ai pu enchaîner les tours, les heures, sans trop me préoccuper des réglages. Toutes ces heures sur la piste m’ont permis de prendre confiance. Je savais exactement ce que la moto allait faire si elle partait de travers dans les whoops, si je me mettais court dans un enchaînement. J’avais un très bon feeling avec la moto et je me sentais en sécurité. Quand on se sent en sécurité sur sa moto, on progresse, et on peut aller de plus en plus vite. Voilà la différence pour moi cette année. En plus, ma condition physique est excellente. La KTM, c’est vraiment une moto pour moi. Je la connais, je la comprends, et pour une raison ou une autre, elle me correspond parfaitement.

Avatar photo
Editeur - www.dailymotocross.fr
Jorge Prado « le travail finit toujours par payer »
Retour