Pernes-les-Fontaines, Sommières : avant de s’envoler pour le premier Grand Prix de la saison en Argentine, Maxime Renaux a fait plaisir aux fans français en multipliant les apparitions dans l’Hexagone. L’occasion pour le pilote Yamaha de peaufiner sa préparation, faire un point sur les évolutions apportées à la 450 YZ-F durant l’hiver et reprendre du rythme en conditions de course. À l’aube de sa cinquième saison en championnat du monde MXGP, Maxime se prête au jeu de l’interview. Un entretien plein de lucidité. Micro.
Maxime, pour commencer, quand tu viens sur une course de préparation comme ça, tu cherches à répondre à quelles questions ? À Pernes, c’étaient des conditions difficiles par exemple, est-ce qu’on tire les informations qu’on espérait dans ce contexte ?
Oui et non. Forcément, c’étaient des conditions spéciales. Après, on dispute aussi beaucoup de GP dans des conditions similaires, donc il vaut mieux être prêt à jouer devant. On est sur des courses de préparation pour prendre le plus d’infos possible, voir un peu comment on se sent sur la moto en conditions de course. C’est aussi pour essayer les nouvelles améliorations qu’on a apportées sur la moto durant l’hiver, on sait que les entraînements et les courses, c’est vachement différent. Il y a aussi le mal de bras, il faut se dérouiller un petit peu avant le début du championnat. Voilà à quoi ça sert principalement, c’est vraiment l’objectif de ces courses.
Un mot sur la 450 YZ-F. Ça a beaucoup parlé l’an dernier, on entendait dire que le package de la Yamaha n’était pas le plus abouti. Ta moto de cette année, elle est différente de l’an dernier ?
Alors, on a bien évolué cet hiver, il y a eu des changements de faits, mais on n’a pas encore toutes les réponses, à savoir si oui ou non on est vraiment mieux avec ces changements. Moi, je me sens plutôt bien. Après, à l’entraînement, c’est toujours différent. Il va falloir voir au niveau des départs cette année. Les départs, c’est quelque chose de vraiment important actuellement en MXGP, donc ce week-end on va pouvoir voir où on en est. À Pernes, il n’y avait pas de grille mais là à Sommières, il y en a une. On retrouve des conditions un peu similaires aux GP au niveau des départs, donc ce sera bien de voir comment ça va se passer. Ensuite, on verra si on doit faire des changements, des modifications, et on verra où on en est réellement cette saison.
J’imagine que tu entames de nouveau cette saison avec de grosses attentes. Le fait d’avoir un nouveau coéquipier – Tim Gajser – est-ce que c’est une pression supplémentaire ou au contraire une motivation pour toi ? On dit toujours qu’il faut commencer par battre son coéquipier.
Ni l’un ni l’autre en fait. Quoi qu’il arrive, on sait que Tim Gajser, c’est un gars qui répondra présent. Pour la marque, c’est bon de l’avoir au sein de l’équipe, ça fait une belle composition et c’est cool pour eux. Après, qu’il soit chez Yamaha, Honda ou chez n’importe quel autre constructeur, ça reste le même concurrent à mes yeux. Il sera sur la grille de départ, et mon objectif c’est d’être champion du monde, et donc de finir devant tous mes concurrents. Je pense aussi que c’est bien de l’avoir dans l’équipe, il a apporté une nouvelle vision sur la moto, c’est un pilote qui a beaucoup d’expérience – forcément – donc c’est aussi une bonne chose d’avoir un gars comme ça dans le team qui puisse donner des informations à Yamaha. Après, à voir ce qu’ils vont faire de ces informations et s’ils vont les utiliser à bon escient. Tim est un pilote qui sait rouler, donc c’est toujours positif de pouvoir profiter de son expérience.
Si je te demande comment ça va physiquement, je suis sûr que tu vas me dire « ça va ». Maintenant, les gens parlent, j’ai entendu des choses au niveau d’un col du fémur, d’une arthrodèse, d’une main. Sachant ça, physiquement, on en est où réellement ?
Physiquement, je me sens bien. J’ai repris la course à pied, et c’est quelque chose que je n’ai pas forcément pu faire ces deux dernières années. J’ai été vraiment embêté avec mon pied droit. L’arthrodèse a bien eu lieu au pied droit. J’ai encore le mouvement de flexion au niveau du pied, mais je n’ai plus le mouvement de rotation, donc je ne pourrai pas devenir un grand coureur de trail une fois à la retraite, mais ce n’était pas forcément prévu. Par contre, ça ne me limite pas. Au niveau de la tête du fémur, oui. Je me suis cassé la tête du fémur l’année dernière sur la chute en Suisse, ça avait tapé vraiment fort. Je ne me donne pas d’excuses, et d’ailleurs cette info n’était pas vraiment sortie. Il n’y avait pas de quoi la cacher, mais elle n’était pas vraiment sortie l’année dernière parce que je ne voulais pas me donner d’excuses par rapport aux résultats que j’ai faits par la suite. Mais forcément, c’était gênant.
Mais tu étais revenu vite, non ?
Oui, je n’ai pas loupé de course. C’est arrivé en Suisse et deux semaines après c’était le Portugal, dans la boue. J’étais directement sur la moto donc voilà, c’était un problème. Là, ça va vraiment mieux. Ce sont des blessures à la con un peu, parce qu’il y a toujours cet aspect au niveau de l’articulation, ce n’est pas vraiment top de se faire des blessures à ces endroits-là, mais comme je l’ai dit, j’ai repris la course à pied donc ce n’est plus vraiment quelque chose qui me dérange. La main, pareil, ça tout le monde le sait : je me suis fait opérer directement dans la foulée après la blessure, on est allé au GP deux jours après, on a roulé, on a serré les dents et aujourd’hui j’ai une bosse sur la main. Par contre, j’ai complètement récupéré, la force, tout est revenu à la normale. C’est juste que je suis un petit peu plus dissuasif si je mets une patate [rires].
Celle-là, je me dois de te la poser, et essayer de faire mon job. Il y a eu beaucoup de bruit l’an dernier avec un éventuel départ chez Ducati. Ça ne s’est pas fait. La version politiquement correcte de ton non-départ chez Ducati pour rester chez Yamaha, c’est quoi ?
Il y a eu des frictions. C’est sûr qu’avec Yamaha, on a eu des discussions assez musclées sur le développement. Ça n’a pas été une saison hyper facile. Après, on a exploré toutes les possibilités imaginables, et ça s’est aussi passé par voir les options qu’on avait à droite à gauche. Forcément, on a essayé de trouver un terrain d’entente avec Yamaha, c’était le but parce que j’étais encore sous contrat, on ne voulait pas casser un contrat comme ça. Voilà, ce n’était pas facile. On a essayé de se faire entendre, et on s’est fait entendre. On a aussi vu qu’il y avait eu de l’évolution. Positive ou négative ? De l’évolution, ça a bougé. En espérant que les résultats parlent d’eux-mêmes cette année. Après, forcément, ça parle très vite dans le paddock et ça fait du bruit, mais c’est plus parti sur un désaccord qui m’a amené à me questionner sur mon avenir, sur mes prochaines années et sur ce que j’avais envie de faire. Voilà tout. On est reparti, on a continué le contrat avec Yamaha, on n’a pas voulu casser toutes ces années ensemble. J’ai décidé de leur refaire confiance et on va essayer de faire le meilleur possible cette année, aussi bien eux que moi, pour être aux avant-postes.
J’ai été surpris de voir que c’était déjà ta cinquième année que tu allais débuter en MXGP. Le temps a filé, on sait qu’il y a aussi eu quelques blessures qui t’ont freiné dans tes ambitions. Aujourd’hui, quel regard tu portes sur ces quatre premières saisons MXGP ?
Forcément, il y a eu beaucoup de belles choses prouvées. Je pense que depuis ma montée en MXGP, j’ai montré que j’avais le potentiel d’être un pilote qui peut aller chercher le titre. Si on reprend le bilan de toutes les saisons, oui, forcément, il y a eu des blessures chaque année. Mais avant ces blessures, j’étais toujours dans le top 3 du championnat : deux fois deuxième et une fois troisième. Donc j’ai toujours évolué aux avant-postes quand j’étais à 100 %, ou sans blessure trop conséquente. Il y a du bon, du moins bon. Les blessures, c’est vraiment le gros point à éliminer. Je ne pense pas que je roule forcément au-delà de ma limite, après il y a certaines choses qu’on a essayé de corriger. Peut-être qu’il y a parfois une prise de risque un petit peu trop élevée, des départs pas super qui me pénalisent parfois et me forcent à devoir pousser un peu plus, et prendre des risques dans les premiers tours pour passer les pilotes et revenir devant. Il y a aussi eu ce petit truc du rookie qui arrive en 450 et qui veut tout casser. J’ai un peu ce tempérament. Les années passent et je pense que je gagne en sagesse, je n’aborde plus les courses de la même manière. Je me suis rendu compte que pour être champion du monde, il fallait faire toutes les courses. C’est vraiment l’objectif pour moi cette année. J’attaque cette 5e année dans la catégorie différemment des quatre dernières. Je ne dis pas que ce sera forcément la bonne, mais en tout cas l’état d’esprit est différent. J’essaie d’apprendre de ces quatre dernières années, qui n’ont pas été faciles au niveau des blessures. J’essaie aussi de garder ce feu qu’il y a en moi et la vitesse. Car la vitesse, on sait que je l’ai, que je suis là. Maintenant, il faut se permettre une marge de sécurité, que ce soit en prenant de bons départs ou en acceptant parfois de finir 3, 4 ou 5 pour éviter d’aller jouer avec le feu, et pouvoir finir le championnat. J’ai ce souhait en 2026 de faire une année complète, et sans blessure majeure.
On va terminer par une question d’opinion : l’impact de l’exposition et des réseaux sociaux dans la vie d’un pilote. Je prends pour exemple un Cairoli. Il y a 15 ans, ses interactions avec les fans se limitaient probablement à ceux qui prenaient le temps d’aller le voir sur les courses. Aujourd’hui, tout le monde peut vous voir sur les réseaux sociaux, commenter, etc: ceux qui vous apprécient comme les autres. Quand ça se passe bien, tout le monde est content, mais quand ça se passe moins bien, je remarque qu’il y a le revers de la médaille. Est-ce qu’on essaie de se détacher de ça ? On doit apprendre à faire avec ? Comment on gère cet aspect, qui fait maintenant partie intégrante de vos vies ?
Forcément, les réseaux sociaux, c’est présent. Tout le monde a Instagram, Facebook et compagnie, donc on est exposé à beaucoup de choses. Que ce soit des messages positifs, des messages négatifs, des opinions. Au début, j’avais tendance à regarder, et peut-être même à être un peu touché par des opinions négatives ou quelque chose dans le genre. Forcément, ce n’est jamais cool. Toi, tu es là, tu te donnes à 200 % et parfois, les gens parlent sans savoir tous les tenants et les aboutissants. Donc ce n’est jamais facile. Après, on est dans un monde d’hyper-médiatisation. Tout le monde se permet de parler sans forcément savoir, ou de donner son opinion, ça fait partie du job. Et finalement, heureusement qu’il y a ces gens parce que ce sont eux qui font qu’il y a de l’engouement, qu’il y a des fans, etc.
Aujourd’hui, je fais avec. Les gens qui ne sont pas forcément fans ? Je n’ai pas de soucis avec ça, tout le monde ne peut pas être fan d’un pilote. Le respect, par contre, c’est important. Je n’ai pas forcément connu trop de cas d’irrespect pour le moment, mais du moment que ça reste dans le respect, ça va. Après, qu’on pense que je ne suis pas un bon pilote… ou un bon pilote d’ailleurs. C’est forcément cool quand il y a un avis positif, mais quand il y a un avis négatif, tu ne peux pas trop rien dire non plus. Les réseaux sociaux, c’est important mais on s’en détache en tant que pilote. Quand tu auras 30-34 ans, ou peu importe l’âge auquel tu prendras ta retraite sportive, tous ces gens-là qui n’ont pas forcément eu des mots sympas pour toi ne seront plus là. Ils ne seront nulle part dans ton après-carrière. Tu peux juste faire ce sport pour toi, pour ta famille, construire ton petit monde à côté, et sortir de ta carrière sportive sans aucun regret.






