Après une entame de championnat compliquée à Arlington, Valentin Guillod a relevé la tête à Daytona et participé à sa toute première finale de Supercross US sur le mythique tracé floridien. À 33 ans, le pilote suisse fait office de rookie — certes, pas comme les autres — sur la côte Est cette année et accroche une 14e place en Floride. Il décrypte avec nous ce second round, avant de s’attaquer à l’épreuve Triple Crown d’Indianapolis.
Valentin, tu m’avais dit que vous alliez faire du testing avant Daytona pour trouver des solutions au niveau du moteur. On a été dans la bonne direction ?
Le mercredi avant Daytona, on est allé tester de nouveaux arbres à cames avec le team. Malheureusement, ce n’était pas ça. Du coup, on est resté sur le même moteur à Daytona. La chance que j’ai eue, c’est que Daytona est un tracé beaucoup plus ouvert : il y a plus de vitesse, moins de relances. J’avais moins de problèmes au niveau du couple dans les sorties de virages lentes. Pas besoin d’envoyer un gros triple en sortie de virage ce week-end. C’est pour ça que j’ai pu compenser un peu plus.
Tu terminais 34e des essais à Arlington, et là 14e à Daytona. Je pense que c’est un peu plus la place à laquelle on t’attendait. Après le premier round, tu étais sur la réserve en arrivant à Daytona, ou quand même confiant ?
14e aux chronos, c’était bien. C’est là où j’ai envie d’être en début de championnat. Je crois que je suis le troisième pilote non-factory. On est dans les clous. Comment j’ai approché Daytona ? Déjà, tu remets les pieds sur terre parce que tu as pris une claque le samedi précédent. C’est un peu compliqué de se motiver pour aller faire du sport la semaine suivante. J’ai quand même essayé de me concentrer sur le positif. J’ai vu que physiquement, j’étais bien et que tout le travail de ces trois derniers mois ne s’était pas envolé. J’étais confiant au niveau physique.
Il faut ajuster la moto, ajuster mon pilotage, mon agressivité aussi. Surtout, Daytona, je l’ai abordé comme un SMX, parce que ça ressemble plus à un SMX qu’à un Supercross. Du coup, j’étais un peu plus confiant.
Tu fais une qualif’ correcte en terminant 9e. Pas de LCQ pour toi. C’est quand la dernière fois que tu as levé le poing pour une 9e place en qualif’ ? Plaisanterie à part, ça a dû être un soulagement pour toi.
Après les chronos, je me suis dit que j’avais fait le plus facile. Il fallait faire dans les neuf en manche qualificative. C’est ce que je fais : neuvième. Le truc, c’est qu’il peut se passer tellement de choses en heat que ce n’est pas dit que tu passes en finale directement. C’est le plus gros du travail. C’est pour ça que, quand j’ai passé la ligne d’arrivée, j’ai serré le poing. J’étais content, parce que ça élimine déjà le risque de passer par la LCQ et de se faire poser dessus — comme ça m’est arrivé à Arlington — ou de chuter au départ, etc.
Et puis en fait, ce n’était même pas pour la 9e place, c’était pour la 17-18e place sur la grille avec les deux groupes. Mais c’était un gros soulagement. De là, tu sais que tu n’as plus qu’à te soucier de faire de ton mieux en finale.

On s’attendait à te voir mieux à Daytona, ne serait-ce que par la nature du tracé. Cette année, ils ont d’ailleurs réduit le nombre d’enchaînements, c’était bien moins aérien. Cette piste beaucoup moins “SX”, ça a joué en ta faveur ?
Daytona, pour moi, c’était un SMX avec une série de whoops. En plus, je n’ai jamais vraiment été un fan de Daytona. À chaque fois que je le regardais à la télévision, ça me paraissait bizarre, avec des enchaînements à la con, des bosses étranges. Mais sur place, c’était cool. J’ai pris du plaisir, et j’ai aussi pu compenser ce manque de puissance. Tu repars moins de zéro en sortie de virage, il n’y a pas de gros enchaînements en sortie de virage non plus.
Les heures passées à Lommel m’ont aidé dans le sable [rires]. Durant les chronos, j’ai pu allonger le gros pain de sucre pour me poser au milieu du sable, derrière une bosse. Peu de pilotes le faisaient, puis ils ont fini par changer la portion après les essais. Par contre, je n’ai jamais trop pu travailler les whoops à Lommel [rires], mais je me sentais bien dedans.
Après, je sais aussi qu’on ne retrouvera plus cette texture et ce sable noir, cette terre assez fine, lors des prochaines épreuves.
Est-ce qu’on revoit ses objectifs après ces deux premiers rounds ? Il y a eu des progrès entre Arlington et Daytona, même si on peut difficilement comparer les deux épreuves. Devant, le niveau est quand même très, très relevé.
Les objectifs restent les mêmes. Comme je l’ai dit en début de saison, j’ai envie de faire entre 10 et 12, puis m’améliorer et viser du 8-10. Si, un jour, la piste me convient bien et que tout est aligné, faire 5-6 serait énorme.
Après, je pensais être dans le coup plus rapidement. Il me faudra peut-être encore une ou deux courses pour réussir à bien me caler, à tout ajuster, parce qu’il reste des choses à ajuster. Mais je n’ai pas envie de changer mes objectifs parce que j’ai pris une énorme claque à la première course.
Tu signes le second meilleur secteur dans les whoops ; ensuite, ton second meilleur secteur personnel, c’était dans la portion sable. Et enfin, ton plus mauvais, c’était les lignes droites avant l’arrivée ?!
Je passais bien dans les whoops. Je tournais, je passais la quatre, je tapais la roue avant sur la troisième bosse et puis gaz en grand. Dès l’après-midi, lors de la seconde séance d’essais, les autres passaient déjà à l’intérieur et sautaient dedans. J’ai essayé une fois pour voir, mais je n’aime pas du tout sauter dans les whoops.
Va savoir pourquoi, j’ai trouvé que beaucoup de gars galéraient dedans alors que, pour moi, ils étaient plus faciles qu’à Arlington, plus petits aussi. C’était cool de voir cette stat-là. Si j’avais su, j’aurais été encore plus vite dedans pour signer le meilleur temps dans les whoops [rires].
Pour la portion de sable, merci Lommel pour ces 8 secondes à chaque tour [rires]. Et puis pour le dernier secteur, c’est moi, typiquement. Petit clin d’œil à Yves Demaria. Il devenait fou parce que j’étais capable de faire des trucs vraiment techniques dans des portions difficiles, mais dans un petit virage serré à l’arrêt, je me traînais. Yves me disait que sa grand-mère passerait plus vite, qu’il irait lui-même plus vite en jogging et Air Max. Ce n’est pas particulièrement la moto, c’est juste moi qui n’ouvre pas forcément toujours à fond quand il faudrait [rires].








