À un mois d’Anaheim 1, Cooper Webb est dans les starting-blocks. Vice-champion SX US 450 cette année – pour 15 points de retard sur Jett Lawrence – le pilote Star Racing Yamaha met les bouchées doubles à l’intersaison pour afficher son meilleur niveau dès l’ouverture de la saison 2025. Lors de la journée de presse organisée en marge de l’ouverture de la saison 2025 au sein de l’Angel Stadium, le King de Paris 2024 est revenu sur sa saison US, sur sa blessure, ou encore sur ses motivations. Un micro XXL, et sans langue de bois.
Cooper, tu es tombé lourdement en Australie à Melbourne. Comment ça va, de ce côté là ?
J’ai passé un bon week-end, mais c’est sûr que je suis un peu froissé. J’ai passé des examens, et tout va bien; je n’ai pas de blessure vraiment sérieuse. J’ai bien tapé, je me suis coincé le pouce qui a déjà été blessé cette année. J’ai l’impression que dès que je tombe, je me fais mal à ce pouce désormais. Au début, on pensait à une possible blessure de l’épaule, mais tout va bien de ce côté-là. Je suis juste un peu raide musculairement. On va prendre une petite semaine, par là, pour récupérer. Je vais essayer de rouler jeudi et ça devrait aller. Il y a toujours des risques quand on roule à l’intersaison, mais il y a aussi des risques quand on s’entraîne sur les terrains chez Yamaha. À chaque fois qu’on monte sur la moto, le risque est présent. Ceci dit, je tire du positif de cette épreuve. J’ai pu gagner la première finale, c’était top, et je me suis bien senti tout le week-end. Je suis en un seul morceau, et il reste 5 semaines avant Anaheim 1.
Entre Paris et l’Australie, tu sembles en forme à l’intersaison, peut-être plus que lors des intersaisons passées. Ça vient d’où, selon toi ?
Il y a quelques facteurs, je pense. L’un de ces facteurs, c’est que j’entame ma deuxième année avec le team, la même moto, le même staff. Il n’y a pas vraiment eu de gros changements sur la moto pour nous cette année. Du côté de l’entraînement, j’étais avec Aldon encore l’an dernier, et j’avais eu quelques pépins de santé. Je suis aussi arrivé sur l’outdoor cet été en étant blessé et de fait, on a recommencé à s’entraîner beaucoup plus tôt pour la nouvelle saison. J’ai roulé aux Nations et je n’ai pas vraiment pris de repos en fait, je n’en ressentais pas le besoin. Je sais que cette nouvelle saison sera importante pour moi. Je ne rajeunis pas, et je sens que j’ai des chances de gagner en 2025 donc je ne voulais pas débuter la saison avec un train de retard. J’ai vraiment envie d’être plus rapide et plus en forme que jamais pour la nouvelle année. Je pense qu’on est dans une bonne position.
En tant qu’ancien champion et vétéran de la catégorie, tu sembles toujours trouver un moyen d’être performant. Il y a Chase, Jett, Hunter qui sont arrivés, qui prennent le pli. Comment on progresse et on s’améliore pour faire face ?
Ce n’est pas évident, pas vrai ? L’an dernier, si Jett n’avait pas été là, j’aurais battu tous les autres pilotes. Pour moi, il est question de progresser constamment. Si on ne s’améliore pas, c’est qu’on ne fait pas ce qu’il faut. J’ai encore appris des choses, j’ai supprimé certaines choses aussi, et je pense que rejoindre Star Racing Yamaha a été très positif pour moi et pour ma carrière. J’ai le sentiment que ça m’a aidé à raviver la flamme pour le sport; j’avais envie de m’améliorer et la moto me permettait aussi d’être plus compétitif. Mais pour autant, ce n’est jamais simple. Des gars arrivent, ils sont jeunes, en forme, à leur apogée et parfois, je dois compter sur mon expérience; ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose en soi. Je sais qu’il est difficile de me battre sur une saison de 17 épreuves. Je sais qu’il y aura des soirées où Jett et Chase vont facilement s’imposer, mais je pense que sur la durée d’un championnat, je serai présent.
On parle beaucoup de ta stratégie de course, tu excelles dans ce domaine. Mais finalement, est-ce qu’on n’oublie pas le reste ? On a bien vu en 2019 et 2021 que tu étais capable d’être le plus rapide. On dit que tu seras présent au championnat en fin de saison, mais est-ce que ce n’est pas injuste de dire que c’est simplement grâce à cet aspect plus « stratégique » et ton approche des courses ?
Je ne dirai pas que c’est injuste, mais c’est sûr que l’objectif est d’être le plus rapide en piste aussi. Je pense que j’ai montré que je pouvais l’être cette année. En début de saison, tout le monde se disait que j’étais rapide. J’ai signé deux poles, ce que je n’avais pas fait depuis quatre ans, par là. Il y a un peu des deux, en fait. Je pense que ma stratégie de course joue un rôle important. Je pense être capable – dans un bon jour – d’être le plus rapide en piste. J’ai aussi signé le meilleur temps lors de certaines finales. Je pense que les gens me voient d’une certaine façon. Je sais que je ne suis pas vraiment le genre de mec de qui on dit « il peut gagner le titre » avant que la saison ne commence. C’est cool de rester dans l’ombre de ce côté-là car moi, je sais ce qu’il faut faire pour gagner.
Ça te donne aussi l’opportunité d’en surprendre quelques-uns chaque année. On sait que Jett sera là, que Chase sera là, mais on t’oublie assez souvent; c’est presque un avantage.
C’est sûr. Au niveau des médias peut-être plus que des fans, je suis toujours un peu l’outsider. Je ne suis jamais réellement mis de côté, tout comme je n’écarterai jamais personne, mais je ne suis pas spécialement attendu pour jouer le titre. Certains mecs font de bonnes saisons, d’autres de mauvaises saisons, et il ne suffit que d’un petit truc pour qu’une saison soit bonne ou mauvaise. Je ne suis pas sous le feu des projecteurs, mais ce n’est pas une mauvaise chose pour autant. C’est juste cool de pouvoir rappeler à certaines personnes que je suis toujours compétitif, toujours aussi rapide que les autres, et que je peux gagner autant que les autres.
Si on reparle des saisons 2019 et 2021, tu penses pouvoir aller aussi vite qu’à l’époque ? Est-ce que tu te sens encore plus fort aujourd’hui qu’à l’époque ?
Oui. Je pense que je suis à mon meilleur niveau. Même l’an dernier, il m’est arrivé de mieux rouler que lors des saisons où j’ai décroché le titre de champion 450, et pourtant je terminais 3ème, ou même hors du podium. Beaucoup de choses ont changé depuis ces années là. Je pense qu’Eli et Ken diraient la même chose. Quand je faisais une course parfaite l’an dernier, je voyais bien que le niveau était de l’ordre de 20% plus élevé qu’en 2021. Le sport est comme ça, tout le monde évolue et progresse. Il y a de plus en plus de compétitivité, ça te permet de t’élever et si tu n’y parviens pas, tu te retrouves largué.
Historiquement, dans ta carrière, tu es connu pour être un garçon à qui il ne vaut mieux pas parler 10 minutes avant une finale. Tu es vraiment dans ta zone de concentration, prêt. Comment tu fais ça, année après année ?
C’est l’un de mes traits de caractère. J’ai toujours été comme ça. Je peux être hors du coup pendant la journée, pendant les essais, mais j’ai toujours assez eu confiance et assez cru en moi quand venait l’heure des finales. Je sais que c’est une opportunité de performer, même si ça ne se passe toujours pas comme je le voudrais. Je suis peut-être un peu trop sérieux en comparaison avec d’autres mecs qui sont plus à la cool, qui se disent « je n’ai pas gagné ce soir ? Pas grave ». Moi, je suis du genre à me dire « ce job, c’est toute ma vie. Je me lève tous les matins pour courir après un rêve, et ce rêve, c’est d’être champion ». Je suis fier du paquet de sacrifices que je fais, et je suis en mesure de me concentrer et – peu importe la situation – de me dire « Tu sais quoi ? Je vais faire en sorte que ça marche ce soir. »
Tu as désormais deux enfants, comment gères-tu l’équilibre entre les courses et ton rôle de père ?
Ce n’est pas facile, mais je pense avoir trouvé le bon équilibre. Quand je suis sur le terrain, je suis sur le terrain. Quand je rentre à la maison, je déconnecte le cerveau, et j’essaie d’être un bon père, d’interagir avec mes enfants; ma femme Mariah est super de ce côté-là. Elle comprend que notre carrière de pilote est assez courte, mais on est aussi en mesure de se créer des souvenirs tous ensemble en voyageant en famille, en faisant beaucoup de choses en famille et c’est incroyable. Je pense que plus tard, je pourrais me retourner sur ma carrière et me dire « wow, j’ai vécu mon rêve, et j’ai voyagé aux 4 coins du monde avec ma famille » et peu de personnes peuvent se dire ça. Mes enfants sont encore jeunes, mais quand ils grandiront, j’aimerais pouvoir leur dire « hey, si tu te donnes corps et âme dans un projet, tu seras récompensé pour ton travail ». C’est sûr qu’on est loin du Cooper de 18 ans de l’époque, ou du Cooper de ces dernières années. Le parcours a été incroyable et il faut parfois que je me pince pour réaliser. J’étais un gamin qui vivait en Caroline du Nord et désormais j’en suis là, avec une famille, et je suis l’un des 5 pilotes derrière la grille à avoir déjà décroché le titre suprême, et qui peut encore prétendre à en décrocher d’autres; c’est plutôt incroyable.
Y a-t-il un aspect technique sur lequel tu aimes porter l’accent, quelque chose qui t’a aidé à progresser ou qui pourrait aider n’importe quel pilote ?
Je pense qu’on a connu un point de bascule, avec Jett, Chase. La technique est toujours importante, mais j’ai l’impression qu’elle l’est encore plus maintenant. Cette année, moi, je me suis vraiment concentré sur le placement de mes pieds sur les repose-pieds. J’ai essayé de rester debout plus souvent, on voit à quel point Chase et Jett utilisent leurs jambes sur la moto. Je vois que ça aide vraiment beaucoup. On continue de travailler sur ces points pendant la semaine, et c’est bénéfique. Concernant les jeunes qui regardent, ma technique n’est pas la plus flashy. Je ne suis pas le mec qui va envoyer des énormes amortis. Être un pilote complet dans tous les domaines est important pour avoir une belle carrière chez les professionnels.
Comme tu l’as dit, tu es difficile à battre sur la durée d’un championnat. La régularité, c’est la clé. À quel moment d’une épreuve te dis-tu « je vais faire du mieux que je peux, sans prendre trop de risques ? »
C’est lors de la finale. Je pense qu’aucun de nous ne se pointe sur une épreuve en se disant « je vais faire attention aujourd’hui« . Ceci dit, il y a des jours où tu seras malade, un peu moins à l’aise, où tu seras froissé à cause d’une chute à l’entraînement; ça ne jouera pas en ta faveur. Du coup, l’approche change un peu et tu te dis « On va essayer de prendre un bon départ, et on verra ce qu’on pourra faire ». Parfois, tu n’es pas à l’aise sur la piste non plus. Parfois, il y a des terrains qui sont faits pour toi. Parfois, il y a des terrains sur lesquels tes points faibles sont mis à rude épreuve et de là, tu te dis que tu vas essayer de ne pas trop en faire, prendre trop de risques. C’est le genre de décision que tu prends sur l’instant T. Tu ne vas jamais sur une course en te disant « troisième, ça m’ira très bien », mais ça peut arriver pendant une finale. Si tu te fais quelques chaleurs, ou que tu vois tes principaux rivaux au championnat partir à la faute. Dans ce cas-là, tu as une décision à prendre: Est-ce que tu vas y aller tranquillement ou est-ce que tu vas essayer de prendre le maximum de points ?
Donc quand on dit qu’on gagne un championnat dans les mauvais jours, c’est vrai ?
Oui, à 100%. On le voit souvent. Rien que cette année. Jett avait gagné 8 épreuves et alors qu’on était à la 14ème ou 15ème course, on était à égalité de points. De là, on a vu qui était le meilleur pilote. Un championnat se gagne dans les mauvais jours, et rester en un seul morceau est vraiment important, et je n’ai pas été en mesure d’y arriver cette année; mais j’ai quand même fait une belle saison. On le voit désormais avec les 31 courses du championnat, il n’y a que très peu de mecs qui participent à toutes les épreuves. Ça devient vraiment important de rester en bonne santé.
Est-ce que ça ne devient pas difficile de se lever le matin et d’avoir cette même motivation, d’aller au charbon après toutes ces années alors que tu as déjà gagné des titres ?
Tout le monde me demande ça, mais c’est plutôt l’opposé pour moi. Je ne suis pas aveugle non plus, je ne sais pas combien de temps ça durera. J’ai 29 ans, je commence à voir qu’il ne me reste plus que quelques années devant moi. Je veux être compétitif, et si je ne l’étais pas, alors je ne serai pas présent derrière les grilles de départ. Je me lève tous les matins et je me défonce à l’entraînement afin de pouvoir décrocher un nouveau titre. Je ne sais pas combien de temps je pourrais encore faire ça, mais ça aide d’être entouré des jeunes de l’équipe Star Racing; ce sont des gamins de 18 ans; parfois, tu te dis qu’ils sont un peu stupides [rires]. Avec eux, j’ai l’impression d’être jeune de nouveau, c’est excitant. J’aime les aider, leur donner mon expertise, donc c’est cool de ce côté là. Je profite du moment présent, je donne tout ce que j’ai car je ne veux pas me retourner sur ma carrière dans trois ans et me dire « J’aurai aimé faire plus d’efforts à l’époque, faire ci, ou ça »
Tu étais probablement frustré de terminer ta saison de Supercross de cette façon. Tu étais revenu au point et tu as fini par te blesser. Comment est-ce que tu tires du positif de cette situation ?
C’est la course. C’est sûr que ces deux dernières années, je pourrais dire que j’ai été à une blessure d’être champion: en 2023, et 2024. Moi, j’ai donné absolument tout ce que j’avais sur la piste. Quand tu es blessé, comme on l’a vu avec Jett et Eli, tu ne peux généralement pas rouler. Je pense que j’ai montré beaucoup de cran, et enduré beaucoup de douleur pour essayer d’atteindre mon objectif cette année. Me retrouver si près du titre dans ma situation, c’est déjà un peu comme une victoire en soi. Après, je me dis aussi que je me suis blessé à Birmingham, et que j’ai roulé 8 épreuves en n’étant pas à 100%. De là, tu commences à compter et à te dire « ah, si j’avais pu faire ça lors de cette épreuve, et ça lors de cette autre épreuve ». Voilà pourquoi je sais que pour la nouvelle année, si je suis en pleine forme et que je suis en mesure d’avoir la même dynamique que cette saison, je pense que je serai très dur à battre.
