Multiple champion de France, champion d’Europe MX2 et SX2, et ex-performeur sur le circuit des Grands Prix, Valentin Teillet n’a plus besoin d’être présenté. Ces dernières années, Valentin a mis son expérience au service de nombreux pilotes à travers ses services de coaching, mais aussi de sa structure 737 Performance avec laquelle il a accompagné des talents vers le niveau international, dont un certain Mathis Valin vers un titre de champion du monde Junior.
Aussi à la tête de la plateforme MyMotoCoaching, Valentin Teillet se joint à DailyMotocross pour animer une rubrique à travers laquelle il partagera son expérience, ses conseils et ses analyses. Autant d’outils qui vous permettront d’optimiser vos entraînements dans le but d’atteindre vos objectifs en 2026. Préparation, planification, programmes physiques, travail technique, approche mentale et astuces en tout genre, voilà ce que vous retrouverez dans cette rubrique faite par des passionnés, pour des passionnés.
Quatrième épisode: l’importance du mental en motocross
Comprendre la notion de force mentale.
Le mental, selon moi, est intimement lié à la progression d’un pilote. Mais souvent, quand on dit « il faut que tu aies du mental », c’est abstrait pour le pilote. Les jeunes ont du mal à comprendre ce que ça représente réellement. Le mental, ça peut tout et rien dire à la fois.
Je pars du principe que tout le monde a du mental, parce que c’est avant tout un état d’esprit, une aptitude à se relever et à gérer les situations. Il faut juste trouver les mots pour définir ce que ça veut dire, concrètement, « avoir du mental ».
J’utilise beaucoup la loi de l’attraction. J’ai connu des périodes de doute, des moments où j’avais du mal à me relever. Et puis j’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un qui m’a fait comprendre qu’il faut toujours trouver le positif, même dans une situation difficile comme une blessure.
Parce que si tu es blessé et que tu restes négatif, ton subconscient fait en sorte que tu vas mettre beaucoup plus de temps à récupérer. Mais si tu te dis : « Ok, je suis blessé, maintenant je vais mettre en place tout ce qu’il faut pour récupérer », tu récupèreras mieux parce que tu auras eu le mental de mettre en place ces choses pour ta récupération. Beaucoup disent qu’un sportif récupère plus vite d’une blessure, mais pour moi, c’est surtout une question de mental : c’est cette force intérieure qui te fait chercher activement toutes les ressources pour te remettre d’aplomb face aux événements. Il y a ceux qui vont se battre malgré les difficultés, et ceux qui vont s’effondrer.
Pourquoi le mental est important en motocross et pourquoi je le place après la technique et le physique ? Parce que en moto, il ne suffit pas de se dire que tu vas gagner pour gagner. Il faut d’abord avoir la technique et le physique pour soutenir ses ambitions. Et une fois que ces deux points sont acquis, ton mental te permet de te mettre en confiance, de te sentir bien et de performer à hauteur de tes capacités.
Pas de place aux doutes.
À mon sens, une grosse force mentale, c’est déjà de ne jamais douter de soi et de ne jamais montrer de faiblesse. Si quelqu’un se plaint le jour d’une course, de la piste, des conditions, de sa moto: il montre ses faiblesses. De la même manière, un pilote qui s’énerve trop et peine à temporiser cet énervement montre des faiblesses mentales. C’est la première chose qui va trahir un manque de mental.
Sur la piste, tu arrives à sentir qui est solide mentalement assez rapidement. C’est souvent quelqu’un que tu vas doubler, mais qui fait tout pour te redoubler, peu importe sa vitesse. Je me souviens d’un pilote comme Aleksandr Tonkov, un Russe : tu le doublais, et il faisait tout pour te reprendre alors qu’il roulait moins vite que toi !
C’est là qu’on parle de guerre mentale, un peu comme en boxe: se laisser toucher au moral, c’est montrer tes faiblesses. Si tu te fais doubler et que tu baisses les bras, l’autre prend quelques secondes d’avance, il prend confiance, et tu ne le reverras pas. Être fort mentalement, c’est tout faire pour rester dans sa roue, même si tu es légèrement moins rapide, et essayer de le titiller, de le redoubler.
J’ai eu un entraîneur, Jacky Vimond, qui me disait toujours : « Tu te fais doubler ? Peu importe, je ne veux pas te voir lâcher, tu t’accroches, tu donnes tout, et tu redoubles. »
Quand tu arrives à redoubler un pilote qui t’a débordé, tu réalises que ça le marque psychologiquement. Et généralement, après ça, il ne te redouble plus pendant la manche. Il ne faut jamais lâcher, car un gros mental peut parfois pallier un manque de vitesse.
Guerre mentale et stratégie de déstabilisation.
On voit parfois des pilotes avec des attitudes un peu bizarres avant les courses, mais en fait, ils sont dans leur bulle mentale. Avant le départ, tu peux te dire « Sérieux, il est spécial, ce mec », parce que tu ne peux pas lui parler. Le pilote se met déjà dans sa bulle de compétition : il ne veut pas se laisser distraire ni absorber les mauvaises énergies autour de lui.
C’est un peu comme Max Verstappen en Formule 1 : il ne fait pas d’interview avant le départ, il se concentre uniquement sur sa course. Il faut savoir que dans le haut niveau, certains pilotes utilisent ce moment pour se nourrir des doutes des autres. Moi, j’ai vu des pilotes venir me voir avant le départ et me dire : « T’as vu le terrain ? C’est chaud, ils ont arrosé, ça va être la merde. »
Si tu les suis dans ce raisonnement, tu risques de tomber dans une complaisance qui va te rassurer : tu vas te dire « OK, lui aussi il doute, je ne suis pas seul » alors qu’en finalité il est juste venu te déstabiliser. Et pour éviter d’être influencé, certains pilotes se mettent complètement dans leur bulle et ne parlent à personne avant la course. C’est un moyen d’éviter les distractions, mais aussi de préserver leur force mentale.
Je me souviens de Deegan lors de la finale du SMX : il a tout fait pour déstabiliser Shimoda avec des actions de dingue. Et pourtant, Shimoda est resté stoïque, sur sa ligne, sans montrer aucune faiblesse ni énervement. Il a fait preuve d’une force mentale incroyable, et je pense que tout le monde s’en est rendu compte ce soir-là.
Et ce qui est intéressant, c’est que même quelqu’un comme Deegan, qui est habitué à déstabiliser les autres et à imposer sa puissance sur la piste et sur les réseaux, s’est retrouvé pris au piège face à Shimoda, et ça s’est retourné contre lui. Ça montre qu’un pilote peut être fort mentalement tout en restant calme et concentré, même face à des adversaires qui cherchent à le déstabiliser sur tous les fronts.
Deegan et la motivation par l’opposition.
Haiden Deegan est un pilote clivant, qui se nourrit de la haine qu’il peut générer, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans le regard des autres pilotes. Lire de la méchanceté sur les réseaux, avoir des haters, sentir que certains ne l’aiment pas, ça le motive. Il n’y a pas beaucoup de pilotes qui sont capables de fonctionner comme ça, mais lui, il en a besoin et il ne s’en cache pas. Sa force, aujourd’hui, c’est de se dire : « OK, autour de moi, ils ne m’aiment pas, ils veulent me battre. Très bien, je vais tous les démonter. »
Chaque pilote fonctionne différemment mentalement. Il n’y a pas une seule façon d’être fort dans la tête. Quitte à aller à l’encontre de mes propos plus haut, l’énervement – intelligent – peut aussi être une force. Se dire : « J’ai envie de tous les tuer sur la piste », ça peut être très bon mentalement. Mais ça peut aussi être négatif, parce que cet énervement peut t’amener à faire des erreurs ou à chuter lourdement. Il faut savoir gérer, et Haiden le fait particulièrement bien.
Arriver à contrôler son énervement, savoir quand temporiser et quand s’en nourrir, ça peut devenir une vraie arme. Il y a deux grandes approches : l’état d’esprit positif et calme, et celui qui passe par la colère ou la haine. Deegan, lui, va clairement chercher cette énergie-là.
Le travail physique, premier moteur du travail mental ?
Pour moi, le mental se travaille énormément avec le physique. Quand tu fais du sport, tu te retrouves souvent seul, et c’est là que ton mental se forge. Je conseille toujours de faire du sport seul, parce que ça te rend plus dur mentalement. Il y a forcément moins de notion de plaisir sans les copains, tu te fais du mal seul, tu te retrouves seul dans ta tête. Au final ça te fait du bien, et tu ressens un vrai bien-être après l’effort. Tu repenses à tes objectifs et tu te dis : « Putain, je l’ai fait ! »
Pendant un footing ou une séance physique, tu réfléchis à tes victoires possibles, à tes projets, et tu travailles ton mental en même temps que ton corps. Sur la moto, c’est pareil : quand tu développes ta technique et que tu commences à te faire plaisir même dans la difficulté, tu sais que mentalement tu as accompli quelque chose. Et ça te rend plus fort sur la moto.
Le mental, c’est aussi une hygiène de vie. Quand tu mets tout en place, tu ne peux pas douter, parce que tu sais que tu t’investis pleinement dans ton sport. Même chez des pilotes moins expérimentés, tu vois des jeunes se dire : « Cette année, c’est mon année. » Ils progressent vite, parce qu’ils ont un état d’esprit de progression, ils ont tout mis en place et ils le savent. C’est le mental qui contrôle tout ça. On retombe sur la loi de l’attraction: le positif attire le positif.
L’accompagnement mental
Beaucoup de sportifs professionnels se font accompagner sur le plan mental, mais ils ne le disent pas toujours. C’est un peu notre jardin secret. Aujourd’hui, la plupart des pilotes et sportifs pros ont un accompagnement mental. Moi, je me suis fait accompagner sur le tard par Didier Romain, quelqu’un qui m’a énormément apporté et avec qui je travaille toujours. Et même aujourd’hui, alors que je suis plus expérimenté qu’à l’époque, je continue ce travail avec lui.
Il accompagne aussi souvent mes pilotes, parce que la santé mentale est primordiale pour un sportif. On a tendance à se dire qu’on va voir un coach mental uniquement quand ça ne va pas. Mais c’est justement là le danger. Pourquoi ne pas continuer à le voir quand tout va bien et que ça nous met en confiance ? Même quand tout marche, tu as toujours besoin d’un accompagnement pour rester au top.
Le coach mental travaille en binôme avec le sportif, mais aussi avec l’équipe autour de lui. Moi, je travaille le mental avec mes pilotes, mais mon rôle n’est pas uniquement de m’occuper de cet aspect. Le coach mental vient compléter mon travail, en mettant le pilote en confiance et en l’aidant à prendre du recul sur certaines situations.
C’est une forme de psychologie appliquée, avec des prises de conscience. Par exemple, si tu te dis : « Je dois courir », le coach te questionne : « Pourquoi tu cours ? » Tu réalises alors que ce n’est pas une obligation, mais que tu le fais parce que ça te permet de performer dans ton sport. Il transforme ce qui pourrait être une contrainte en source de motivation, et t’amène à comprendre que chaque effort a un sens.
Travail mental – et pourquoi pas vous ?
Je pense que tout le monde a besoin de bosser sur le mental. Tout le monde. Même un sportif qui semble performer à chaque course. Pourquoi ? Parce qu’être au top dans sa tête pendant 20 courses dans l’année, ce n’est pas possible.
On le voit en championnat du monde. L’an dernier, Romain Febvre a connu une période de doute, même en pleine saison et alors qu’il avait la plaque rouge. Lucas Coenen a commencé à enchaîner les victoires, et ça lui a mis encore plus de pression sur les épaules. Là, tout s’est joué au mental.
Un pilote comme Jeffrey Herling a dû être très fort mentalement dans sa carrière, car s’il gagnait avec seulement 2 secondes d’avance, tout le monde lui disait qu’il avait mal roulé. Les pilotes ne sont pas des robots, ils sont humains, et ils ont besoin d’un gros bagage mental pour faire face à la pression, aux attentes, aux enjeux, aux blessures, etc.
Pour moi, le plus fort mentalement en ce moment – avec mon point de vue extérieur – c’est Jett Lawrence. Il accepte de gagner avec seulement deux secondes d’avance, mais quand il tombe ou qu’il a besoin de débrancher, il est capable de se concentrer et de revenir chercher n’importe qui. Les autres peuvent penser qu’il est prenable, mais non : quand Jett décide de se mettre dans le rythme, il débranche vraiment et va chercher le meilleur de lui-même. De là, plus personne ne le revoit.
Tout ça pour dire que même les meilleurs pilotes ont besoin de travailler leur mental et de se faire rassurer. Entendre quelqu’un te confirmer que tu es à ton niveau, ou te remettre les pieds sur terre, ça fait toujours du bien. Le coach mental joue ce rôle : il peut te dire « Attention, là tu es en excès de confiance » ou « Tu n’es pas champion du monde non plus, fais gaffe ». Il travaille sur plein de points et t’aide à rester concentré, motivé et lucide selon les périodes que tu traverses.
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À propos de MyMotoCoaching: MyMotoCoaching est une plateforme innovante dédiée à l’accompagnement des pilotes, qu’ils soient débutants, intermédiaires ou confirmés. Fondée par Valentin Teillet, cette plateforme vise à transmettre son expertise acquise au fil d’une carrière riche en enseignements, qu’il a su regrouper en une méthode de coaching unique et accessible. Il partage ainsi ses secrets, ses stratégies et ses conseils à travers des vidéos, des programmes d’entraînement personnalisés et un coaching en ligne. Que vous souhaitiez partir sur de bonnes bases, améliorer votre technique, renforcer votre condition physique ou adopter une approche plus professionnelle, MyMotoCoaching vous offre les outils et le soutien nécessaires pour progresser à votre rythme et atteindre vos objectifs.
Episodes précédents.
Coaching x Valentin Teillet #1 – les fondamentaux de la préparation
Coaching x Valentin Teillet #2 – L’importance de la technique
Coaching x Valentin Teillet #3 – Adapter sa préparation physique



