Trois podiums, une victoire, et une deuxième place au championnat après cinq rounds : Ken Roczen signe son meilleur début de saison en Supercross US depuis cinq ans. Vainqueur à Glendale, l’Allemand offre un nouveau succès à Suzuki et revient à seulement cinq points de la plaque rouge. De quoi nourrir les ambitions mais ‘Kenny’, lucide, préfère garder la tête froide : trop souvent, le championnat lui a échappé par le passé. Micro.
Ken, tu as clairement affiché tes ambitions de victoire cette année. Tu viens de gagner ta première épreuve de la saison. Elle représente quoi, celle-ci, compte tenu du plateau ?
C’est vrai que les victoires sont de plus en plus rares pour moi. Non pas que je ne me donne pas pour gagner, mais le niveau est vraiment relevé. Du coup, ces victoires ont une saveur encore plus particulière. Je suis passé tout près de gagner à quelques reprises, mais la concurrence est rude. Déjà, parvenir à monter sur le podium, c’est compliqué. Alors gagner de cette façon, c’est énorme.
J’ai pris un bon départ en finale, puis j’ai essayé de trouver mon rythme. Lors des courses précédentes, j’avais eu du mal à trouver l’ouverture sur Hunter, donc j’ai voulu faire preuve de patience. Mais je voyais bien que j’étais plus rapide, et j’ai pu faire la différence assez vite. Mais je savais que la finale allait être longue. J’essayais de ne pas trop regarder le temps qu’il restait, de me concentrer sur mes tours. Sur la fin, ça ressemblait quasiment à une manche qualificative pour moi. Je me suis dit : « Okay, encore 7 tours, c’est comme une heat. Tu peux le faire. » J’ai mis en place un petit jeu mental pour rester concentré.
Tu ne veux jamais te relâcher trop tôt, parce que tout peut basculer très rapidement. Il fallait rester concentré jusqu’au bout. Mon mécano m’a panneauté « trois tours » alors qu’en réalité, il n’en restait que deux. J’ai bouclé un tour de moins. Quand j’ai vu le drapeau blanc, j’étais vraiment soulagé.
La piste était difficile avec tous ces virages à 90°, ces on/off, ces appels complètement défoncés… On pouvait facilement partir à la faute. Une inattention, et tu pouvais perdre l’avant en une fraction de seconde dans ces petites ornières traîtres. Je suis super content de gagner ; mais je ne réalise pas encore complètement, je pense.
Ces dernières semaines ont été particulières en l’absence de Larry Brooks, qui se bat contre son cancer. Au-delà de son rôle de team manager, peux-tu nous parler de votre relation ?
Mon père n’est pas présent aux USA, et bien que je lui parle très régulièrement, Larry a un peu endossé ce rôle ici. La relation qu’on a est spéciale. Il est un peu comme mon papa américain. C’est quelqu’un de très authentique. À chaque fois que je roule, j’ai envie de le rendre fier, qu’on soit fiers tous les deux. C’est un honneur de rouler pour quelqu’un avec son parcours, compte tenu de tous les champions qu’il a accompagnés. Je sais qu’avant qu’on travaille ensemble, lorsqu’il était dans des équipes ‘B’ et qu’il ne gagnait pas forcément, que son objectif restait le même : revenir au sommet du sport. Et y être parvenus ensemble, ça me touche vraiment. Son absence sur les dernières épreuves a été difficile à encaisser, mais on est tous derrière lui. Sa santé passe avant tout. Et honnêtement, j’ai l’impression qu’il est quand même là : on parle du matin au soir, on regarde les vidéos ensemble, il analyse tout. Il est toujours présent d’une certaine manière.
Après Houston, tu évoquais certains problèmes qui t’avaient privé de victoire. Là, tu as dominé. Tu tires des enseignements de cette victoire ?
Honnêtement ? Rien de trop particulier. Je veux juste rentrer à la maison. J’ai envie de retrouver ma petite vie normale, m’occuper de mes enfants — jusqu’à ce qu’ils me gonflent [rires]. Je ne veux pas que les choses changent. Bien sûr, je vais analyser la course, je suis très content, mais je veux garder la tête froide. Je vais savourer ma victoire ce soir, encore demain, et ensuite on retournera au boulot. Les semaines passent vite pendant la saison : tu ne passes que trois jours à la maison, tu essaies de récupérer, de t’entraîner, et tu repars. Pas de place à l’extraordinaire.
Il était difficile de doubler à Glendale et pourtant, tu as réussi à faire la différence. Elle se faisait où ?
En heat, j’ai eu du mal à doubler. Avec la vitesse qu’on avait, il n’y avait pas beaucoup d’opportunités. Les enchaînements étaient gros, raides, parfois violents physiquement. Chaque piste a ses particularités : ici, c’était rapide, avec des enchaînements un peu particuliers. Prendre un bon départ était important pour éviter d’être derrière. On arrivait tellement vite sur certains enchaînements qu’on avait l’impression que nos pneus se déformaient dans les compressions. Tu peux facilement te déporter un peu et essayer de doubler quelqu’un dans ces conditions, c’est franchement risqué. Chaque circuit représente son lot de difficultés.
Ce dépassement sur Hunter dans le sable, tu l’avais préparé ou c’était plutôt un coup de poker ?
Non ! On en avait parlé avec mon mécano avant la finale. On a vu que Levi passait vraiment fort à l’intérieur pendant la finale 250. Dans le tour de reconnaissance, j’ai fait en sorte de former la meilleure ornière possible, même si les mecs derrière moi pouvaient la ruiner en passant après moi. La clé, c’était de prendre le petit double parfaitement, et d’atterrir exactement au bon endroit. Si tu ratais l’ornière, tu perdais du temps dans toute la portion. Mais si tu te plaçais parfaitement, tu pouvais vraiment conserver ta vitesse dans tout le virage. Je pense que c’était mon gros point fort ce samedi.
Est-ce que le fait d’être resté sur la même moto cette année, quand beaucoup de tes concurrents ont changé de millésime, voire de team et de marque, est un avantage pour toi ?
Clairement. Je suis vraiment content de ma moto depuis un bout de temps. Je considère que c’est de l’acquis, une valeur sûre, et je suis vraiment confiant dessus. Je ne suis pas en train de faire des changements sur les suspensions à chaque fois, je n’ai pas à gérer tout un tas de modifications, ni à faire du testing pour chercher ce qui me convient. Donc, arriver en début de saison dans cet état d’esprit, c’est un vrai soulagement ; un gros poids en moins sur mes épaules.
Après, c’est aussi au cas par cas. Un mec comme Eli — qui était au sein de la même équipe depuis quelques années — s’est sûrement dit qu’il avait envie de changement, de voir ailleurs. Dans ce contexte, le changement peut être une bonne chose — positive — surtout si ça fonctionne bien et que le package est performant d’entrée de jeu. Le changement n’est pas forcément négatif. Mais, évidemment, il y a toujours des risques que ça ne marche pas.
Moi, je n’étais pas prêt à tout bouleverser cet hiver pour repartir de zéro avec une nouvelle équipe. Honnêtement, je ne sais pas si ça aurait été la décision la plus intelligente à prendre pour moi. Donc j’ai choisi de continuer avec ce que je connais. Je crois en ce projet, j’ai confiance en lui, et je n’ai jamais vraiment eu envie d’aller voir ailleurs.










