À quelques heures de la finale du Supercross US, la tension est à son comble. Après une saison haletante, Ken Roczen arrive à Salt Lake City avec un minuscule point d’avance sur Hunter Lawrence. Le scénario est simple : celui qui terminera devant l’autre sera sacré champion et réalisera le rêve de toute une vie.
Une situation rarissime, presque irréelle, surtout pour Ken Roczen, qui poursuit depuis treize ans ce rêve de titre en SX US 450. Gonflé à bloc, l’expérimenté pilote Allemand sait qu’il s’apprête à disputer le rendez-vous le plus important de sa carrière.
« Une chose est sûre : on ne peut pas baisser les bras » commente Ken Roczen à l’occasion d’un tour de table. « Hunter est connu pour tout donner jusqu’au drapeau à damier à chaque course. C’est bien la première fois que je me retrouve dans cette situation lors de la dernière épreuve. Je n’ai jamais arrêté de me battre et d’y croire. J’ai beaucoup appris de cette année et de la manière dont elle s’est déroulée. La situation est vraiment unique car on doit simplement finir l’un devant l’autre. J’essaye de garder la tête froide, c’est vraiment fun au final d’être dans cette position. On voit bien qu’il y a beaucoup d’excitation. Ça a été une année de dingue, et j’ai hâte d’y être. »
Malgré l’enjeu immense, Ken Roczen tente de conserver une approche la plus normale possible. Pas question de se laisser submerger par le poids de l’événement, ni par le récit de sa carrière marquée par de lourdes blessures. Cette finale, le pilote HEP Suzuki fera son maximum pour l’aborder comme une course de plus, même si le pilote HEP pourrait y écrire l’histoire.
« Moi comme Hunter, on essaye d’aborder ce week-end comme un week-end de course normal. On connaît mon histoire, on l’entend en boucle dernièrement avec mes blessures, etc. Mais honnêtement, je n’ai même pas pensé à mes blessures du passé cette année car ça fait pratiquement 10 ans… Je ne suis pas là à me dire que je suis revenu de très loin. Je pense qu’on fera le bilan une fois que tout sera terminé. Ces dernières semaines ont été… intenses. Tu n’as pas le droit à l’erreur chaque semaine. Je veux vraiment ce titre, on le veut tous les deux. J’essaye au maximum de rester dans ma bulle, le plus longtemps possible. »
À 32 ans, Ken Roczen mesure aussi la singularité du moment. Lui qui évolue au plus haut niveau depuis l’adolescence découvre pour la première fois une finale où le rêve d’une vie se joue sur une seule soirée. Une situation qu’il aborde aujourd’hui avec un regard différent, porté par sa maturité et sa vie de père de famille.
« C’est sûr que je suis un peu plus vieux, et c’est bizarre d’être dans cette position à 32 ans, pour la toute première fois dans ma carrière. Je suis pro’ depuis très longtemps. Mais je pense que tout arrive au bon moment. J’ai des enfants aujourd’hui, et ils sont assez grands pour comprendre ce qu’il se passe. Avoir l’opportunité d’être dans cette situation à 32 ans avec deux enfants, c’est vraiment un super sentiment pour moi. »
Derrière les sourires et l’excitation, le pilote allemand reconnaît aussi le poids émotionnel d’un tel rendez-vous. Toute une carrière converge finalement vers cette soirée de Salt Lake City.
« J’ai rêvé de ça toute ma vie, surtout ces dernières années, de pouvoir être en position de jouer le titre. Être dans cette situation vient aussi avec beaucoup de stress, et il faut gérer beaucoup de choses émotionnellement. Je suis désormais dans cette position, je suis en mesure d’aller au bout. »
Et ce samedi, la différence ne se fera pas uniquement sur la piste. La gestion mentale devient essentielle, peut-être même décisive. Ken Roczen le sait : à ce niveau-là, le plus dur est parfois de réussir à contrôler ses émotions.
« On est tous bien conscients de la situation. Un point devant ou un point derrière, c’est la même chose. On est sous pression à chaque épreuve. Le vrai travail, il commence à la maison, c’est du travail mental. Il faut réussir à se dire que cette course, c’est une course comme les autres. C’est comme ça que j’essaye de voir les choses. Ce sera probablement l’un des jours les plus importants de notre vie. Il faut faire le nécessaire pour parvenir à contrôler — au mieux — sa nervosité. »









