06/01/2026
En 2026, Alexis Fueri repartira pour un troisième mandat sur le championnat d’Europe 250. Grande nouveauté : le pilote français bénéficiera du soutien du team MRT Beta et de l’usine italienne. Auteur de son premier podium dans la catégorie en 2025, Alexis poursuit sa progression et se rapproche, pas à pas, de son objectif ultime : décrocher un guidon en championnat du monde. Une chose est sûre, la saison 2026 sera décisive pour espérer toucher au Graal, mais toutes les pièces du puzzle semblent désormais réunies. Micro.
Alexis. Ta saison 2025 avait mal débuté, puis il y avait eu cette confirmation et ce podium en Italie avant une blessure. La saison 2025 a finalement dû être riche en enseignements malgré tout. Tu en retiens quoi ?
Exactement, cette saison a été très dure mentalement et physiquement pour moi. L’entraînement hivernal ne s’était pas déroulé comme je le voulais, et je n’étais pas prêt comme je l’aurais souhaité. Mais ce sont les aléas des petits teams, et je ne peux pas leur jeter la pierre. Ce podium à Arco m’a fait énormément de bien, mais je suis resté assez humble : je savais que tout s’était bien emboîté ce jour-là. Par la suite, j’ai galéré à réitérer et confirmer ce podium, puis je me suis blessé. J’ai subi une double fracture ouverte du radius et du cubitus, j’ai deux plaques et douze vis dans le bras.
Je ne me suis pas étalé à ce sujet car ça m’a beaucoup affecté. Je ne savais plus où j’en étais, si j’allais pouvoir continuer, si j’allais avoir des possibilités pour la suite. J’ai commencé à douter de moi après toutes ces saisons compliquées, mais ça n’a duré qu’un temps. Je me suis remis au boulot à la salle de sport, sans savoir où ça allait me mener. Je voulais juste être le plus prêt possible pour le jour où j’allais remonter sur la moto. Quand ce jour est arrivé, j’ai aussi remis le couvert à bloc au cas où je trouverais un guidon pour 2026 : je voulais être le plus prêt possible. Cette blessure n’est pas arrivée par hasard selon moi. Il y a eu beaucoup de problèmes d’organisation avec le team, avec la moto, etc. Ça a fini par prendre le dessus mentalement jusqu’à cette chute à l’entraînement, ça m’apprendra à trop cogiter.
Pendant cette période de doute et de remise en question, j’ai beaucoup appris sur moi-même et j’en ai profité pour mettre l’accent sur toutes les choses qu’il fallait que je change. J’ai analysé beaucoup de mes vidéos et celles de bons pilotes, j’ai réorganisé mon programme d’entraînement, etc. Je suis allé travailler en tant qu’intérimaire pendant quelques semaines… Disons que, si je savais déjà ce que je voulais dans la vie, ça m’a bien remis les idées en place.
Tu as été annoncé chez Beta pour 2026. Comment s’est fait ce deal ?
Tout d’abord, je tiens vraiment à les remercier ! Comme je l’ai dit plus tôt, pendant ma convalescence, je n’ai pas arrêté, de tous les côtés. J’ai démarché tous les teams possibles, par tous les moyens possibles. Et j’ai eu cette idée : je me suis dit que Beta était en 450 depuis quelques saisons, pourquoi n’auraient-ils pas l’idée de faire du 250 ? J’ai donc envoyé un message et puis… pas de nouvelles, comme ça avait déjà été le cas pour mes autres messages d’ailleurs. Puis un jour, j’étais sur le vélo et mon téléphone a sonné, ils m’avaient répondu. Ça faisait 2 h 30 que je pédalais, autant te dire que ça m’a réveillé. Ils m’ont proposé de venir essayer la moto, je ne savais même pas quelle moto c’était. J’ai simplement répondu : « où, et quand ? ». Le test s’est bien passé, il y avait beaucoup de positifs mais rien n’était sûr.
Quelques jours plus tard, ils m’ont finalement annoncé qu’ils ne feraient pas l’Europe en 2026. Tout a basculé dans ma tête à ce moment-là. J’étais sur la route pour l’entraînement, je me suis garé sur le bas-côté et je les ai harcelés. Je voulais comprendre le pourquoi du comment, et j’ai finalement réussi à les convaincre ! Par la suite, j’ai appris que ma motivation à vouloir concrétiser ce deal les a fait réfléchir, et revenir sur leur décision.
Et sinon, quelles options s’offraient à toi pour la saison 2026 ?
Honnêtement ? Je n’avais rien. Je veux dire par là que mon objectif restait le même, et qu’il était de rester sur l’Europe. J’avais des touches pour faire de l’élite ou autre, mais ça ne m’intéressait pas, surtout à ce stade de ma carrière.

Point culminant de la saison 2025 d’Alexis, un premier podium sur l’Europe 250 à Trentino @DailyMX
Avoir le soutien de l’usine pour 2026, pour les débuts de Beta sur l’Europe 250 en tant qu’officiel, c’est aussi une pression supplémentaire pour toi ?
Ça pourrait effectivement l’être, mais je n’en ressens pas du tout de leur part. Mes objectifs personnels sont clairs, et j’essaie de modifier certaines choses, surtout pour me mettre moins de pression tout seul sur les épaules. Je pars du principe que je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour gagner. Si je n’y arrive pas, c’est qu’il y aura eu plus fort que moi ce jour-là, et qu’il faudra l’accepter et retourner au boulot.
Tu me parlais de ton arrivée chez eux, du soutien dont tu disposais, du matos que tu avais, tu me laissais entendre que c’était une première pour toi. On sera dans de meilleures conditions en 2026 qu’en 2025 ?
Mon arrivée chez eux est parfaite pour le moment ! Je dispose de tout ce dont j’ai besoin pour m’entraîner et c’est la seule chose que je leur ai demandée pour les convaincre de m’avoir à ce guidon ; j’ai besoin d’une moto d’entraînement et d’une moto le jour de la course. Pour le reste, je me débrouille et je trouve des solutions.
On se sent comment sur cette Beta 250 2-temps ? On en est où dans le testing et le développement ?
Je suis trop content ! La moto marche vraiment fort. Niveau moteur, je suis au top. Le motoriste 2-temps me demande souvent des feedbacks — mais honnêtement — ma réponse est toujours la même : « c’est parfait ». Je ne vois pas ce qu’on pourrait faire de mieux. Je n’ai pas besoin de plus de chevaux, elle est fiable, elle est linéaire. On fait pas mal de testing au niveau des suspensions en ce moment, et c’est la première fois que j’ai un suivi complet et des personnes autant impliquées avec moi dans toute cette partie. Il faut encore faire un peu de mise au point, mais on avance !
On en est où de la préparation et comment va être structuré ton programme hivernal ?
La préparation hivernale se passe franchement super bien, pour être honnête. À l’heure actuelle, je pense que c’est le meilleur hiver que je n’ai jamais fait. Pendant ma convalescence, je me suis rapproché de Jacky Vimond. J’ai appliqué la même stratégie qu’avec Beta, c’est-à-dire que j’ai poussé au maximum [rires]. J’ai montré ma motivation tous les jours, j’ai fait parler mes ambitions, et ça a payé. La collaboration avec Jacky a commencé avant même de signer chez Beta. Dès que j’ai eu le feu vert, je suis parti chercher les motos et on est partis en Sardaigne pour rouler durant tout le mois de novembre. C’est là-bas que j’ai roulé pour la première fois avec la Beta. Je suis toujours en contact avec Quentin Thomas qui est mon entraîneur de toujours. Quand je ne suis pas avec Jacky, je roule avec lui. On accorde les programmes et c’est parfait. Je tiens à remercier énormément Jacky pour l’aide, l’implication, le temps et surtout la confiance qu’il met en moi. Et également Quentin pour le soutien et notre continuité depuis le 85 cc, sans qui je ne serais pas là aujourd’hui.

Passé par Maddii Fantic, SM Action Fantic puis Ghidinelli KTM, Alexis Fueri est désormais officiel Beta chez MRT Beta
J’imagine qu’on avait — en ligne de mire — envisagé une montée en MX2 pour 2026. Mais pour faire cette montée, il faut être dans de bonnes conditions. Tu repars pour une troisième année en EMX250, c’est une saison importante pour toi, pour la suite ?
Bien évidemment, mon objectif est d’être champion du monde, ou du moins de me battre pour un titre mondial un jour. Dans ce cas-là, il faut être bien entouré et avoir une bonne moto. Mais ce n’est pas possible après des saisons décevantes comme ça a été le cas pour moi ces deux dernières années. C’est ma dernière année en Europe 250, et je me pointe à la première de l’année pour gagner et être sur le podium tous les week-ends. Je n’ai pas le choix : pour avoir un guidon en MX2, il faut être devant en Europe, et pas cinquième malheureusement.
Tu as fait cinq saisons sur l’Europe, trois en 125 et deux en 250. Je suis curieux de savoir comment ta vision du milieu professionnel a évolué entre tes débuts en 2021 avec Maddii et avec ton recul et ton expérience d’aujourd’hui.
De mon point de vue, ce championnat te fait évoluer en tant que pilote et en tant que personne. C’est rude : les terrains, le programme, le nombre de courses, les pilotes, etc. Tout est dur. C’est d’ailleurs dommage qu’il ne soit pas plus médiatisé et mis en avant. C’est un bon pied à l’étrier. Quand tu es dans un team officiel sur l’Europe, tu disposes d’un soutien énorme. Quand je suis arrivé chez la famille Maddii, ça m’a changé la vie de ne plus être un pilote privé. À l’heure actuelle, faire une saison d’Europe 125 ou 250 seul — en tant que pilote privé — c’est quasiment impossible, à moins d’avoir énormément d’argent et de temps.
Il y a de plus en plus d’opportunités à l’étranger, notamment en SX. Certains Français se débrouillent très bien avec des programmes à la carte. Sur le moyen / long terme, tu te vois faire quoi ?
Pour l’instant, je reste concentré sur mon objectif à long terme. Je suis à un stade où je me permets — et je me dois — de ne pas regarder le bilan financier. Je prends ça comme un investissement, pour le jour où ça paiera. On ne roule pas sur l’or, loin de là, mais j’ai la chance d’avoir des parents qui peuvent encore m’aider à leur échelle, ce qui me permet de pouvoir m’entraîner dans de bonnes conditions.
Partir en Supercross, à l’étranger, faire des courses inter’, etc., ce n’est pas mon souhait pour le moment. Je ne dénigre pas ceux qui le font, au contraire, mais compte tenu de l’implication et des investissements que je fais, ce ne serait pas rentable… Si je n’arrive pas à rouler devant en Grand Prix et que je ne gagne pas ma vie aussi bien que ce que je souhaite, j’arrêterai. Je partirai dans une autre voie, où le temps, la motivation et l’implication que je mets dans la moto paieront réellement et où il y aura aussi moins de risques physiques. Peut-être que ma vision des choses changera avec le temps aussi ; je ne sais pas.
Pour l’heure, on n’en est pas là, et je ne veux pas trop y penser pour le moment. Là, à ce moment précis, c’est boulot et boulot ! Et on verra au jour le jour, on a l’habitude avec ce sport.