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Davide De Carli « Ce n’était pas simple de dire au revoir à Jorge Prado »

Images: KTM/GasGas

Créée 3 décennies plus tôt, la structure De Carli Racing fait désormais partie des incontournables du paddock MXGP. Team officiel du groupe KTM depuis 2010, l’équipe De Carli Racing a amassé de nombreux titres mondiaux au fil des années, notamment avec Alessio Chiodi, Antonio Cairoli, et plus récemment Jorge Prado. En 2025, la structure De Carli – gérée depuis 2023 par Davide De Carli – opérera du changement suite au départ de Jorge Prado, à l’arrivée des frères Coenen, et à son retour sur des KTM après une poignée d’années sur des GasGas. Notre confrère Andy McKinstry s’est entretenu avec l’homme à la tête des opérations De Carli, à trois mois de l’ouverture de la saison de mondial MXGP 2025 en Argentine. Micro.

Davide. Pour en revenir aux débuts de la structure de Carli, ton père était à la tête du team et je me souviens des premiers succès décrochés avec Cairoli, sur la Yamaha. As-tu souvenir d’avoir été présent sur les courses à l’époque ? À quel moment t’es-tu dit que tu serais en mesure de gérer l’équipe à ton tour ?

En fait, les premiers succès décrochés par l’équipe de mon père l’ont été avec Alessio Chiodi en 1997 et ensuite, il y a eu Antonio Cairoli. Le premier titre d’Antonio, c’était en 2005 et on a décroché 9 titres mondiaux avec lui. Le team a fait ses débuts en 1994, ça fait déjà plus de 30 ans. Je suis très fier d’avoir pu aider et travailler pour le team durant cette période. Il y a eu beaucoup de victoires, de titres en GP, et autant de podiums. On a connu des saisons incroyables avec Antonio Cairoli, et je ne cesserai jamais de l’admirer. J’étais très jeune à l’époque, mais j’ai beaucoup appris de mon père. J’ai toujours été un grand passionné, et j’ai vite appris au fil des années. Si je suis dans cette position aujourd’hui, c’est aussi grâce à tout ce que mon père m’a appris pendant toutes ces années, et je veux en profiter pour le remercier. C’est incroyable de pouvoir continuer à partager cette passion ensemble. On compare souvent nos vies, mon père vient toujours sur toutes les courses. Il y a une synergie incroyable au sein du team, et on travaille dur année après année. C’est notre travail, notre passion, et l’unité fait la force au bout du compte.

C’était comment de travailler avec Jorge Prado ? C’est le team De Carli qui l’a aidé à devenir champion du monde MX2, puis MXGP !

Ce n’était pas simple de dire au revoir à Jorge Prado, car il a roulé pour nous pendant de nombreuses années. Sept ans au total. On a décroché quatre titres mondiaux – deux en MX2 et deux en MXGP – avec lui. Voilà pourquoi ce n’était pas simple de lui dire au revoir mais parfois, il faut savoir accepter les choses. Les USA, c’était l’un de ses rêves. En premier lieu, son rêve était de décrocher un titre de champion du monde MX2, puis un titre de champion du monde MXGP. Il a été en mesure de décrocher deux fois ces deux titres. Il a toujours rêvé de pouvoir un jour rouler aux USA, et je lui souhaite bonne chance. Qui sait, peut-être qu’un jour, dans quelques années, il reviendra pour terminer sa carrière avec nous en Europe ? On ne sait jamais.

Fin 2024, Jorge Prado quitte le groupe KTM pour rejoindre Kawasaki de l’autre côté de l’Atlantique

Début 2024, Jorge a roulé sur 4 épreuves du Supercross US. Qu’est-ce que tu penses de son avenir aux USA ? S’il était resté en Europe, il aurait probablement pu aller tenter de chercher le record de Stefan Everts !

Fin 2023, Jorge est parti aux USA pour s’entraîner en Supercross, et il a disputé les quatre premières courses de la saison 2024. De mon opinion, il a vraiment bien roulé si l’on considère qu’il n’avait passé que très peu de temps sur place. Je suis allé à Anaheim 1 pour voir la course, et c’était vraiment une superbe expérience. C’est une autre discipline selon moi. Il y a beaucoup de choses qui sont différentes, que ce soit la piste, les réglages de la moto, les stades, rouler de nuit, le nombre de spectateurs … C’est très différent de ce qu’il se fait chez nous, et ça demande un temps d’adaptation. Je pense que Jorge peut très bien figurer aux USA. Il est talentueux, et il travaille très dur. Il donne tout pour son sport et il apprendra rapidement. S’il était resté avec le groupe KTM, j’aurais été un peu plus heureux [rires] mais parfois, les chemins se séparent et il faut l’accepter.

Enfin, je n’aime pas trop faire de comparatif entre les pilotes. Je pense qu’ils sont tous différents les uns des autres. Chaque champion du monde est différent, et chaque saison de mondial est différente. Ce qu’on fait Stefan, Antonio, Jeffrey, Tim, c’est unique. Ce sont tous les 4 de grands champions. Je suis certain que si Jorge avait décidé de rester en Europe, il aurait gagné de nouveau.

Un mot sur 2025. Le team sera de retour sur KTM. Comment ça va se passer, avec le team Red Bull KTM ? J’imagine qu’il y aura deux structures sur les épreuves ?

En 2025, on retrouvera la maison mère. Dans la pratique, rien ne va changer. On roulera en orange, et notre staff restera le même. Le soutien de l’usine sera le même également. Il y aura deux équipes Factory KTM. Les structures seront divisées, mais il y aura toujours une grosse présence orange dans le paddock, comme au bon vieux temps. C’était un choix de l’entreprise et nous, chez De Carli Racing, on est fiers de revenir sur KTM. On donnera notre meilleur pour permettre à KTM de viser toujours plus haut, et on va essayer de décrocher de nouveaux titres pour le groupe.

Tout restera comme avant. Avant, on roulait sur GasGas. Là, on sera sur KTM. À part ça, rien ne changera. Évidemment, on aura des pilotes différents, mais les mêmes membres au sein de l’équipe et le même soutien de l’usine. Il y aura simplement deux équipes factory KTM, parce que c’est ce qu’il faut en ce moment, pour être plus fort et mieux représenté dans le paddock. Voilà l’objectif.

L’équipe De Carli a signé les frères Coenen pour la saison 2025. Deux garçons très talentueux. Tu dois être excité à l’idée de travailler avec eux ?

Bien sûr, je suis très excité à l’idée de cette collaboration. On a déjà annoncé que les jumeaux Coenen allaient faire partie de notre équipe pour la saison 2025 et j’en suis très heureux. Ils sont très jeunes, talentueux et rapides. On travaille déjà pour faire une belle saison 2025.

Fin 2022, Claudio de Carli avait donné les clefs du team de Carli Racing à son fils, Davide

Ils viennent tout juste d’avoir 18 ans, et Lucas a déjà décidé de monter en MXGP. Qu’en penses tu ? Il aurait pu partir à la conquête d’un titre en MX2 la saison prochaine.

Oui, ils sont très jeunes. On aime travailler avec de jeunes pilotes, afin de les aider à se construire les meilleures opportunités pour l’avenir, comme pour le team. On aime les aider à émerger, on aime former de nouveaux champions; c’est notre objectif. Lucas va rouler sur le mondial MXGP et ce sera un beau défi. La décision, à la base, était la sienne. Évidemment, on en a parlé ensemble, mais on ne l’a jamais forcé. Lucas croit vraiment en cette montée en catégorie, et moi aussi. Je pense aussi qu’on ne devrait pas forcer les pilotes. Chez De Carli, on pense que Sacha et Lucas peuvent vraiment performer en 2025. On travaille dans la bonne direction, afin de faire une grosse saison.

Lucas roule en 450 depuis quelques semaines désormais. Il me semble qu’il avait prévu de débuter sur la 450 juste après les nations, mais il s’est blessé à Matterley. Ça se passe comment pour lui, cette transition ? Il reste encore trois mois pour se préparer.

Lucas a très bien roulé aux nations, mais malheureusement, il est tombé et s’est fracturé la clavicule. On a donc dû attendre un petit peu avant de débuter le nouveau programme en 450. Mais dès qu’il a commencé à se sentir mieux, on a pu le faire monter sur la moto. Ça se passe bien, et on fait de bons progrès de ce côté-là. Il est actuellement à Rome avec son frère Sacha. On travaille quasiment tous les jours, pour que tout se déroule bien.

Ce n’est pas un secret, tout comme Jorge Prado, les frères Coenen rêvent d’Amérique par la suite. Je suis certain que chez De Carli Racing, vous ne voulez pas simplement être un team de transition avant les US. Est-ce que c’est quelque chose qui vous inquiète ? J’imagine que le team veut conserver ses talents et les faire devenir champions du monde.

Oui, je sais. C’est toujours une bonne chose que de pouvoir aider les pilotes à progresser, tout en les gardant au sein de la même structure. Mais parfois, on ne peut pas tout contrôler. Notre force chez De Carli, ça a toujours été notre flexibilité. On a deux bases importantes en Europe: la première à Rome avec le team et un département Racing. On a aussi un terrain privé à Malagrotta, ce qui est très important pour nous: ça nous permet de développer les motos et les pilotes peuvent rouler dessus pour se préparer.

La deuxième base, c’est en Belgique. Il y a aussi un département Racing là-bas. On a ainsi la possibilité de rouler sur de nombreuses pistes. Ces dernières années – avec Jorge Prado – on avait décidé de passer plus de temps en Belgique pour rouler sur différentes pistes. Ça avait bien fonctionné, puisqu’on a décroché des titres. Il y a aussi l’aide de Joel Smets qui est très appréciable. On s’est encore amélioré ces dernières années. Comme je l’ai dit, on est flexible. On comprend les besoins des pilotes, on est ouverts et on fait de notre mieux pour aller chercher les meilleurs résultats possibles.

De Carli Racing revient sur KTM en 2025, et fera évoluer les frères Coenen aux côtés de l’Allemand Simon Langenfelder

Je sais que vos pilotes ont principalement été basés en Italie au fil des années, mais vous avez permis à Jorge Prado de passer beaucoup de temps en Belgique pour être proche de Joel Smets. Les frères Coenen aiment gérer leur programme, et ont passé du temps en Slovénie car ils sont proches de Tim Gajser. Serez-vous aussi flexible avec eux ?

Difficile à dire. Comme je l’ai dit, on est flexibles. On essaye d’écouter nos pilotes. Il faut être en mesure de les écouter, et de mettre en place un programme qui marchera pour la saison. On verra. Quoi qu’il en soit, c’est un gros challenge. Lucas est très jeune, il est l’un des plus jeunes pilotes de l’histoire à faire la transition à la catégorie reine; à 18 ans seulement. Je ne me souviens pas d’un autre pilote qui soit monté si rapidement, sinon Clément Desalle qui était également très jeune à l’époque. L’objectif reste le même: essayer de gagner et on travaille dur pour y arriver. On verra où on sera à la fin de l’année. Je pense que Lucas peut très bien figurer. Le championnat du monde MXGP, c’est le plus haut niveau. Il y a de très bons pilotes et de nombreux champions du monde derrière la grille; alors on verra.

Sacha a gagné deux GP cette année. Il est encore petit de taille; grandir lui faciliterait probablement les choses. C’est comment de travailler avec lui ? J’imagine que le but sera de gagner d’autres GP en 2025.

J’ai toujours gardé un œil sur Sacha; déjà quand il roulait en 125cc. J’ai toujours voulu l’avoir au sein de mon équipe, et je voulais Lucas également. J’avais discuté avec KTM pour qu’ils les prennent, et qu’ils puissent un jour rouler pour notre équipe, et nous y voilà ! Je suis très heureux de débuter la saison 2025 avec eux. Sacha est un très bon pilote. Il est très rapide, et il apprend rapidement également. Il est motivé pour gagner. Je pense qu’il va montrer de belles choses l’an prochain. J’en suis persuadé.

Simon Langenfelder est aussi rapide et très talentueux. Il semble toujours être satisfait d’être sur le podium. Il devrait probablement chercher à gagner un peu plus; il a ce qu’il faut pour prétendre au titre de champion du monde.

Simon a le talent pour. Il roule pour nous depuis déjà trois saisons, et il se prépare pour une quatrième année. Jusqu’à maintenant, je suis satisfait de ses résultats, et de ce qu’on a été en mesure de faire ensemble pendant 3 ans. Il a terminé troisième du championnat du monde MX2 trois ans de suite. Il est monté sur de nombreux podiums et il a gagné des grands prix. Il a tout le package pour bien faire, et je crois en lui. Il travaille dur et se donne à fond pour le sport. En plus d’être un garçon très bien sous tout rapport, il travaille dur. Je sais qu’il donnera tout pour tenter de devenir champion du monde.

Est-ce que le team De Carli a déjà prévu son programme d’intersaison ? Vous verra-t-on sur l’International d’Italie ?

Normalement, on sera présent sur les deux courses de l’international d’Italie. La première course sera à Mantova et la seconde, à Montevarchi. Pour nous, il est très important de faire ces courses de préparation avant que la saison ne débute car c’est un bon test pour nos pilotes et nos motos. Durant l’hiver, ils s’entraînent et développent les motos. Ces courses sont de bons indicateurs pour nous, avant de prendre la direction de l’Argentine pour le premier GP de la saison. Ça nous permet de voir le niveau, et de nous préparer pour le championnat du monde.

Davide De Carli « Ce n’était pas simple de dire au revoir à Jorge Prado »
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