La présence d’Enzo Lopes sur la liste des engagés de l’International de Sommières avait de quoi surprendre. Actif sur les championnats AMA depuis 2018, le pilote brésilien a vu sa carrière prendre un tournant inattendu après sa signature chez Star Racing Yamaha en 2024. Désormais chez Honda Brésil pour la saison 2026, on a profité du passage d’Enzo en France pour faire le point. Micro.
Enzo, tu termines 7ᵉ en MX1 à Sommières. Un bon résultat face aux pilotes de GP. C’était comment ?
Ça a été. J’ai bien commencé lors de la première séance d’essais, j’ai fait le cinquième chrono, c’était cool. Ensuite, les essais chronométrés ont été moins bons : il y avait trop de monde sur la piste et j’avais l’impression qu’il avait plu toute la nuit parce qu’ils avaient laissé l’arrosage allumé par endroits. Du coup, je n’ai pas vraiment eu une bonne place sur la grille.
Mais globalement, les manches se sont bien passées pour moi. J’ai juste galéré avec le mal de bras. C’est peut-être dû au stress. C’est ma première course avec la Honda HRC, et il y a beaucoup de gens qui me soutiennent, j’étais peut-être un poil nerveux. Mais comme je l’ai dit, 7ᵉ du général c’est cool ; je ne peux pas vraiment me plaindre. Il y avait beaucoup de très bons pilotes, mais je sens que je ne suis pas loin, je peux me rapprocher encore plus d’eux. Mon rythme n’était pas si mauvais. Mais quand arrive le mal de bras, c’est super dur de tenir le guidon. Je suis simplement content d’être entier, et de rentrer chez moi !
Tu as pensé quoi de la piste ? En venant des US, tu ne dois pas avoir l’habitude de rouler sur ce genre de tracé ?
En réalité, elle m’a un peu fait penser à Washougal, au milieu des arbres, avec les ombres, tout ça. Mais là, clairement, c’est beaucoup plus compliqué avec les trous et les ornières. Ils ont vraiment beaucoup arrosé. Pendant la superfinale, c’était vraiment le chaos. J’aimerais que les gens puissent vraiment voir l’état de la piste sur laquelle on s’est lancé ! Le côté positif, c’est que ça a ralenti la vitesse. La piste était super technique, mais c’était une belle épreuve, il y avait beaucoup de spectateurs. Vraiment, c’était intéressant !
Voir ton nom sur la liste des engagés, c’était surprenant. Question : qu’est-ce que tu fais de ce côté-ci de l’Atlantique ?
Alors, on est venus il y a deux semaines pour faire du testing avec le staff de HRC, puisque c’est la moto sur laquelle je roule. C’est un projet qui lie le Brésil et l’Europe depuis quelques mois, on est venus travailler avec eux. On a passé du temps en Italie, et on a pris la route – 6h30 de trajet – pour venir jusqu’ici. On a fait Sommières, et dans deux semaines je serai en Argentine pour le premier GP de la saison 2026 !

Fin 2023, tu as signé avec Star Racing Yamaha. Tu t’es fait opérer des bras pendant l’intersaison, et tout est parti en vrille pour toi puisqu’on ne t’a jamais vu sur la Yamaha officielle. Qu’est-ce qui s’est réellement passé, en 2024 ?
La version courte, c’est que je roulais avec les gars du team, tout se passait super bien. J’avais à peu près le même rythme que les autres, c’était cool parce qu’à la Goat Farm, tout le monde roule vraiment fort. Je m’entraînais avec Haiden Deegan et les autres. Et puis j’ai commencé à rencontrer des problèmes avec mon bras droit. J’avais déjà été opéré pour le syndrome des loges, et les problèmes étaient en train de revenir. L’équipe avait un docteur, ils m’ont dit d’aller le voir et de me faire opérer : « Fais-toi soigner maintenant, et tu seras prêt pour la côte Ouest. » Ça devait être une opération rapide, il restait encore beaucoup de temps avant l’ouverture de la côte Ouest et je devais être de retour sur la moto dix jours plus tard. Je me suis dit qu’on était large niveau timing, alors je me suis fait opérer.
En gros, j’ai eu une injection de Botox dans le bras droit. Les deux premiers jours, ça allait. Le docteur m’a dit qu’au troisième jour, je devrais commencer à sentir quelque chose… Et beh putain, j’ai senti quelque chose… Sauf que je ne pouvais plus bouger mon index, ni mon pouce. Je ne pouvais plus rien bouger. De là, je me suis dit qu’on allait se préparer pour la côte Est. Mais quand la côte Est est arrivée, je ne pouvais toujours pas bouger mes doigts. C’était un véritable cauchemar.
J’avais signé avec le team de mes rêves, je pense que tout le monde rêve de rouler sur la Yamaha Star Racing. J’avais pu rouler avec la moto, j’avais vu ce que ça donnait, je savais ce dont j’étais capable… et tout m’est passé sous le nez ; c’était dur. Je suis passé par une période vraiment sombre, j’ai pensé à arrêter la moto tellement de fois, à prendre ma retraite car je ne pensais pas que ma main reviendrait à la normale. Ça m’a pris six à huit mois pour revenir à quelque chose comme 80 % de mes capacités physiques.
Maintenant, c’est de retour à la normale, et ça fait du bien. Mais vraiment, j’ai traversé des moments très compliqués.
Quand tu vois ton rêve se dérober sous tes pieds comme ça, j’imagine que ça doit être dur mentalement. Il a fallu faire quoi pour sortir du trou, et passer outre ?
Je ne sais pas trop. J’ai juste pensé au prochain objectif, aux prochaines épreuves. Parce que j’avais juste un deal pour le Supercross avec Star Racing. Après ça, j’ai fait une course au Brésil, puis je suis allé faire le World Supercross pour Rick Ware Racing. Compte tenu des circonstances, ça ne s’était pas trop mal passé pour moi.
J’ai continué d’y croire, et de me donner. Je sens que j’ai toujours ce qu’il faut pour être l’un des meilleurs pilotes, surtout en Supercross. Le Motocross, c’est un peu différent car ça faisait longtemps que je n’avais pas roulé en MX. Je me suis focalisé sur la suite, sur ce qui m’attendait. Heureusement que j’ai réussi à récupérer… Je ne dirais pas que je suis à 100 %, mais plutôt à 85 ou 90 % aujourd’hui.
Tu es revenu en piste avec le team BarX Yamaha sur le SX US l’an dernier, tu as aussi disputé le WSX avec RWR. Tu portes quel regard sur cette saison 2025 ?
C’était un peu la galère parce que l’arrivée chez BarX s’est faite à la dernière minute. Je ne me souviens plus trop, mais je crois que j’ai remplacé un pilote. C’était vraiment au dernier moment. Je n’étais pas vraiment prêt. Je voulais rouler, mais c’est vraiment difficile quand tu n’as pas fait de bootcamp d’intersaison, et que tu te retrouves directement sur les épreuves. C’était compliqué pour moi.
Les deux derniers rounds du championnat de Supercross se sont bien déroulés. À Salt Lake City, j’étais sixième derrière Vialle, Hampshire, Hammaker lors de la confrontation Est-Ouest. C’était vraiment top, mais la moto a cassé dans le dernier tour… Sur le World Supercross, je m’attendais à un peu plus honnêtement, je voulais me battre avec Max Anstie mais j’ai rencontré pas mal de problèmes hors de mon contrôle. Mon amortisseur a explosé en Afrique du Sud pour ne citer qu’un exemple. Quand toutes les planètes étaient alignées, je roulais bien. J’ai signé des podiums, j’ai remporté une finale. Il y avait du bon, mais aussi du moins bon.
Qu’est-ce que tu penses du World Supercross, finalement ? Est-ce qu’il répond aux attentes selon toi, ce championnat ? À l’époque, ils sont arrivés avec l’ambition de concurrencer le SX US.
C’est de mieux en mieux, surtout au niveau des pistes. Elles sont de plus en plus difficiles, et au niveau du Supercross US. On a pu voir en Australie que des mecs comme Tomac et Deegan ont eu du mal dans les whoops, ils étaient énormes.
Je trouve qu’ils font du bon boulot, ils écoutent aussi les pilotes pour savoir comment changer, s’améliorer. C’est cool ! Je pense que le championnat va grossir encore plus, c’est ce que j’espère pour eux. Mais c’est difficile car d’un côté, il y a cette guerre entre la FIM et l’AMA, pour capter le plus d’attention. Mais j’espère que le WSX va continuer à grandir parce que c’est top de pouvoir rouler aux quatre coins du monde.

L’an dernier, vous avez décroché la 12ᵉ place aux Nations avec Tiburcio et Santos. C’est le meilleur résultat du Brésil sur l’événement. C’était comment ?
C’était cool mais pour être franc, j’étais énervé contre moi-même après la dernière manche car je n’avais pas très bien roulé. Quand j’ai passé la ligne d’arrivée, j’étais vraiment en colère alors que je voyais tous les membres de l’équipe sauter de joie. J’avais eu quelques soucis pendant la manche, et j’étais surpris qu’on termine 12ᵉ. Je n’étais même pas au courant en fait. C’était cool, une belle surprise, et je pense qu’on a le potentiel d’aller chercher un top 10 et c’est ce qu’on va essayer de faire prochainement. On progresse, on a terminé 13ᵉ en Angleterre, puis là 12ᵉ aux USA. On s’améliore, c’est bien, on ne régresse pas !
Tu as annoncé tes plans pour 2026 avec Honda Brésil. J’ai dû mal à croire qu’aucun team aux USA ne t’a fait de proposition sérieuse. C’était un choix de ta part de revenir au Brésil ?
Quelques teams aux USA m’ont contacté, mais c’était difficile pour moi de rester vivre aux USA pendant aussi longtemps. Pour bien rouler en Supercross, il faut faire une grosse préparation hivernale, il faut vraiment passer du temps sur la moto, à l’entraînement, sacrifier une bonne partie de sa vie personnelle, il faut mettre beaucoup de choses de côté. C’est difficile à mon âge, je vais faire 27 ans en août. Si j’avais 17 ou 18 ans comme Cole Davies, ça ne poserait pas de problèmes mais je vieillis aussi, et j’ai choisi de me rapprocher de ma famille, j’ai choisi de penser à mon bien-être. Rouler aux USA, ça me manque. J’aimerais pouvoir dire que c’est chez moi, j’aimerais avoir ma famille là-bas avec moi, et mes amis, parce que tout serait beaucoup plus simple et les résultats seraient encore meilleurs je pense. Tu sais, quand je roule aux USA je suis loin de tout le monde, mes proches me manquent, c’est difficile.
Donc quel est le programme pour 2026 exactement ? Le Brésil, mais quoi d’autre ?
Il est plutôt chargé. Dans deux semaines, on sera à l’ouverture du mondial en Argentine. De là, on va avoir quelques semaines de repos car ils ont reporté l’ouverture de la saison au Brésil. Cette année, je vais faire les championnats brésiliens, le Motocross, l’Arenacross, et probablement le World Supercross mais on est encore en train de finaliser tout ça. Il y aura aussi le Motocross des Nations, et peut-être un ou deux outdoors. J’aimerais bien rouler en Motocross US, mais je vais être pas mal occupé ! On verra.
Tu as des objectifs pour le Grand Prix d’Argentine ?
Pas d’objectifs, pour être franc. On veut voir où se situe la moto, où je me situe également. Évidemment, j’aimerais bien rouler dans le top 10 mais je sais aussi qu’il y a énormément de bons pilotes. Je pense que j’ai la vitesse et le rythme, mais je sais aussi que tout l’environnement de course est différent. J’espère prendre de bons départs, et on verra. Tu sais, je n’y vais pas pour me battre pour un championnat, l’idée c’est surtout d’engranger de l’expérience. Voir comment la moto se comporte, etc. Il n’y a pas de meilleur entraînement que la course, voilà pourquoi on va participer à ce premier GP.
Est-ce que tu as le sentiment que le Brésil est en train de gagner en traction avec ses championnats ? Glenn Coldenhoff va rouler cette année, Jeremy Van Horebeek aussi, ce sont des mecs qui ont gagné des GP ! Il y a aussi eu Rubini, Aranda, des Français qui roulent bien.
Oui, c’est la folie. En fait, ça commence à devenir vraiment gros, et c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai pris la décision de revenir. Si c’était vraiment dans une mauvaise posture, ça aurait été dur pour moi de m’investir dans ce genre de programme et de délaisser le rêve américain. Le Brésil est en train de se développer, désormais il y a Glenn, Jeremy, on a aussi Fabio qui roule très bien, Grégory aussi surtout sur les pistes qu’on a par chez nous. Le niveau est de plus en plus relevé, et ça va être chaud !









