Le monde du motocross s’agite depuis l’annonce de l’arrivée de Jeffrey Herlings chez Honda, et peu de personnes connaissent mieux les coulisses de ce transfert que Giacomo Gariboldi. Fort de son expérience à la tête de l’équipe officielle Honda HRC, Giacomo rêvait de collaborer avec le pilote néerlandais depuis plus d’une décennie. C’est fait. De sa première offre faite à Herlings en 2009 aux stratégies de l’équipe et aux défis à venir, Gariboldi nous propose de plonger dans les coulisses de l’une des plus éminentes structures MXGP. Micro avec Andy McKinstry.
Giacomo. Jeffrey a enfin été annoncé chez Honda HRC. Comment ce deal s’est-il concrétisé ?
Avec Jeffrey, les discussions durent depuis longtemps, depuis 2017, mais nous n’avions jamais réussi à concrétiser jusqu’à la signature d’un contrat. Lors du Motocross des Nations 2024 à Ernée, nous avons de nouveau évoqué la possibilité de travailler ensemble, mais ce n’est qu’en août 2025 que nous avons pu trouver un accord satisfaisant pour les deux parties.
Je crois que vous lui aviez déjà fait une offre par le passé. Qu’est-ce que ça fait de le voir enfin en rouge ?
La première offre que j’ai faite à Jeffrey remonte à 2009, lorsque notre équipe a remporté le titre de champion d’Europe 250 avec Christophe Charlier. Jeffrey avait alors terminé second — et nous avions également Klemen Gercar, qui avait terminé troisième du championnat. À la fin de la saison, j’avais proposé à Jeffrey de rejoindre notre équipe pour 2010 et il était très intéressé. Mais en toute fin de saison, KTM est revenu vers lui en lui proposant un guidon en MX2 : ils avaient décidé d’aligner trois pilotes. C’est ce qui nous a fait perdre cette opportunité de le signer à l’époque.
Jeffrey n’aura pas beaucoup de temps pour se préparer avant le premier GP. Pensez-vous que son style de pilotage va lui permettre de s’adapter à la 450 CRF ?
C’est difficile à dire car tout est encore très récent. Mais d’après ce que j’ai pu constater avec tous nos pilotes actuels et passés, tout le monde s’adapte très rapidement à la CRF, car c’est la moto la plus facile du plateau. Ensuite, lorsque nous débuterons le travail de développement et de mise au point en vue du premier Grand Prix, nous verrons comment Jeffrey se sent sur sa nouvelle moto, mais honnêtement, je ne suis pas du tout inquiet.
Jeffrey est connu pour son intensité et ses nombreux entraînements. Comment l’équipe va-t-elle s’adapter ?
On sait que Jeffrey s’entraîne probablement deux fois plus que n’importe quel autre pilote. On a donc préparé l’équipe à relever ce nouveau défi afin d’être en mesure de le soutenir dans tout ce dont il aura besoin pour atteindre ses objectifs.

Avec HRC, vous avez passé toutes ces années à vouloir battre Jeffrey Herlings et maintenant vous allez vouloir le voir gagner sous vos couleurs.
Oui, en effet. Jeffrey a été très difficile à battre au cours des dix dernières années et, au début de chaque saison, on savait que s’il n’était pas blessé, il était pratiquement impossible à battre sur une saison de 20 GP. Même lorsqu’il revenait de blessure, après seulement un ou deux Grands Prix, il était déjà prêt à repartir à l’assaut et à enchaîner les victoires. C’est un véritable combattant, et la plus grande différence que je vois par rapport aux autres pilotes, c’est que lorsqu’il voit quelqu’un devant lui, il le prend pour cible et, en deux tours tout au plus, il le dépasse.
Très souvent, on voit des pilotes revenir sur le pilote de devant pour finir par rester derrière ; ça n’arrive jamais avec Jeffrey. Il a tellement faim de victoires qu’il ne veut pas perdre de temps et cherche toujours à gagner. J’aimerais voir davantage cet esprit combatif chez les jeunes pilotes : ils devraient apprendre de lui. J’ai toujours été un grand fan de Jeffrey et c’est tout simplement un rêve de l’avoir sur notre CRF pour les prochaines saisons.
Qui sera le mécanicien de Jeffrey en 2026 ?
Son mécanicien de course sera Simone Furlotti [ex-mécanicien de Tim Gajser] qui a lui-même été un pilote de haut niveau et qui est avec nous depuis plusieurs saisons maintenant, et en qui j’ai une confiance totale. Le fait qu’il ait été pilote lui-même lui permet de gérer toutes les différentes situations qui peuvent se présenter au cours d’un week-end de course ; il est vraiment au top. Le mécanicien d’entraînement sera de nouveau David Needham, qui était avec lui dans son équipe précédente et qui a également travaillé pour nous il y a quelques saisons. Nous le connaissons donc très bien et lui faisons pleinement confiance.
Quels sont les premiers points sur lesquels Jeffrey va se concentrer lors du testing avec la Honda ?
Je pense que le réglage des suspensions sera le premier tournant des essais. Il doit bien comprendre le fonctionnement de notre moto et déterminer quels sont les réglages qui lui conviennent le mieux. Ensuite, je pense que nous nous concentrerons sur l’adaptation du moteur à son style de pilotage. Nous avons devant nous quelques mois de travail intense, mais nous serons prêts pour l’Argentine.
Pour le reste, je pense qu’il est plus difficile de s’adapter à un cadre acier que l’inverse. En général, faire la transition sur une Honda est un processus assez simple. Il devra simplement accumuler des heures de roulage pour apprendre à atteindre les limites de la moto.
Jeffrey a été blessé à quelques reprises. J’imagine qu’on va mettre l’accent sur le fait de rester en un seul morceau toute l’année. Quand il est en bonne santé, il est l’un des plus gros clients pour le titre.
Dans ce sport, nous avons connu énormément de blessures ces dernières saisons, et pas seulement Jeffrey : de nombreux pilotes de haut niveau y sont confrontés. Il est difficile de traverser une saison sans blessure, mais nous savons que la chance peut tourner, et lorsque Jeffrey est en bonne santé, il est tout simplement l’homme à battre.

Quels sont les objectifs pour la première année avec Jeffrey ?
Comme je l’ai déjà dit, Jeffrey est un gagnant. C’est la seule chose qu’il ambitionne, et cela correspond parfaitement à nos objectifs. Et bien sûr, pour aller chercher un sixième titre mondial, il ne lui reste que deux ou trois saisons devant lui, donc je pense que pour lui, c’est maintenant ou jamais.
Jeffrey a remporté son dernier titre mondial en 2021 – pensez-vous qu’il ait encore ce qu’il faut pour en aller chercher un autre ?
On parle de l’homme qui détient le record du plus grand nombre de victoires de l’histoire du championnat du monde (!), 112 si je ne me trompe pas, et vous me demandez s’il peut encore gagner un titre ? L’an dernier, après être revenu de blessure, il était l’homme à battre : il a remporté presque tous les Grands Prix en fin de saison et, lorsqu’il ne gagnait pas, il terminait deuxième. Donc oui, Jeffrey a absolument tout ce qu’il faut pour aller chercher un nouveau titre.
Vous avez déjà travaillé avec des champions – comment comptez-vous, personnellement, instaurer une relation de confiance avec Jeffrey ? Il est connu pour avoir un cercle très restreint !
Je communique régulièrement avec Jeffrey depuis la signature du contrat et le courant est immédiatement très bien passé entre nous, comme entre de vieux amis. C’est quelqu’un de vraiment très agréable et ce fut un réel plaisir d’apprendre à mieux le connaître ces derniers mois. Je ferai de mon mieux pour le soutenir afin de rendre cette transition dans sa carrière la plus simple possible. Nous avons passé le réveillon du Nouvel An ensemble, avec ma famille et la sienne : cela en dit long sur notre relation.
Comment pensez-vous que cette signature va changer le mondial MXGP ? Entre Jeffrey et Tim qui changent de marque, les rookies qui montent et l’excellent Lucas Coenen, la saison 2026 s’annonce intense.
C’est certain, 2026 sera la saison la plus excitante de cette dernière décennie. Nous avions clairement besoin de grands changements pour redonner de l’attrait au championnat. Quatre ou cinq pilotes se battront pour les podiums et les victoires, mais seul celui qui voudra réellement remporter ce titre atteindra son objectif. De nombreux facteurs seront décisifs : l’expérience comptera énormément pour le résultat final, la vitesse pure ne suffira pas à elle seule et la chance fera également partie de l’équation. Il faudra donc un mix de ces trois éléments pour réussir à aller chercher le titre.
Des rumeurs évoquent le fait que Jeffrey disputera le championnat britannique en 2026. Info ou intox ?
Oui, ça fait partie de ses plans, mais je pense qu’il ne disputera que quelques épreuves et non l’intégralité du championnat. Après, ce sera à lui de décider.
Tom Vialle et Ruben Fernández vont-ils bénéficier de la présence de Jeffrey au sein de l’équipe ?
C’est certain qu’un pilote comme Jeffrey tire tous les autres vers le haut, et vers la victoire. Et c’est exactement ce dont nous avions besoin chez HRC : un pilote entièrement focalisé sur la gagne. Tom et Ruben seront très motivés pour se joindre à lui à chaque Grand Prix. Ils savent qu’ils peuvent eux aussi gagner des courses, et ce sera une motivation supplémentaire pour toute l’équipe. Je pense que c’est tout simplement la meilleure composition d’équipe que nous ayons jamais eue en MXGP : trois pilotes de tout premier plan capables de jouer le podium à chaque course.
Vous avez partagé ensemble des moments magiques avec Tim Gajser. Tourner la page, c’était difficile ?
Bien sûr, ce n’a pas été facile de décider de mettre un terme à l’aventure avec Gajser. Mais comme vous le savez, toutes les belles histoires ont une fin et, après 12 saisons, il était assez naturel pour les deux parties d’aller chercher de nouvelles motivations ailleurs. Nous avons vécu une formidable histoire à succès avec lui et nous le remercions pour les titres décrochés et pour ses nombreuses victoires en Grand Prix. Mais il est temps pour HRC de passer à autre chose et de se lancer dans un nouveau défi, qui n’a jamais été aussi excitant.