Vainqueur à Daytona l’an dernier, Ken Roczen n’a pas pu réitérer la performance cette saison malgré un départ en tête lors de la finale 450. Repris par Eli Tomac puis Hunter Lawrence, le pilote HEP Suzuki concède quelques points dans la course au titre, mais signe un nouveau podium après ses 10e et 4e places d’Arlington et Houston. Le pilote allemand aborde la seconde moitié de saison avec 20 points de retard sur la plaque rouge, bien conscient qu’il devra battre ses deux principaux rivaux au championnat pour conserver ses chances de décrocher le Graal. Micro.
Ken, lors d’une finale comme Daytona où la piste évolue constamment, comment on fait pour s’adapter ?
Disons que je n’étais pas vraiment le plus rapide en piste. Au début, j’essayais surtout de trouver des trajectoires. Eli m’a doublé dans la split-lane en faisant inter-exter. J’avais fait pareil dans le premier tour, mais je n’étais pas passé loin de perdre l’avant ; j’ai vraiment détesté cette ornière. Du coup, j’ai continué à faire exter-inter et c’est finalement là qu’Eli m’a doublé. J’en ai tiré des leçons, sans trop me prendre la tête. J’ai fait le maximum pour regarder leurs traces quand ils m’ont doublé. Je suis resté au contact une bonne partie de la course.
Je n’ai pas roulé avec le pneu sable ce week-end, et ça a quand même fait une grosse différence dans le sable, car j’ai pas mal perdu en motricité. J’ai galéré à ce niveau-là. À chaque fois que je prenais le wall jump, il fallait que je retombe parfaitement dans une ornière, sinon la moto s’arrêtait net et je perdais tout mon élan. Je pense que j’aurais pu être bien meilleur dans la portion de sable. Mais j’ai fait un choix personnel, et je pense encore avoir pris la bonne décision au niveau de mon pneu arrière parce qu’il m’a permis de mieux me sentir sur l’ensemble du tracé. Mais ça m’a pénalisé dans certaines portions de la piste. Je ne suis pas au mieux avec le pneu sable, donc j’ai préféré rester fidèle à ce que je connais, ce que j’aime.
En fin de finale, j’étais toujours là. Mais malheureusement, j’ai rattrapé Jordon Smith dans la portion de sable. Il n’y est pour rien, c’est juste un mauvais timing. J’ai sauté de travers, je suis parti sur la gauche alors que la piste allait à droite. J’ai perdu énormément de temps. C’est dommage parce que j’étais prêt à profiter d’une erreur des gars de devant, j’étais assez proche pour me battre pour la victoire. Et ça m’a coupé dans mon élan. J’ai terminé troisième en solitaire, mais je suis content d’être sur le podium.
Tu roulais avec le MX34 avec des crampons taillés, non ?
Oui, on a retaillé les crampons. On le fait souvent, je le fais assez régulièrement depuis des années. J’essaie d’éviter au maximum le pneu sable. Je n’arrive pas à tourner avec, il me redresse trop dans les virages. Avec la pluie des derniers jours, la terre était quand même assez dure. Les lignes droites de Daytona, c’est presque de l’herbe, ce n’est jamais hyper profond. Mais la section de sable était vraiment chaude, et le virage qui la précédait l’était également.
À chaque fois que j’ouvrais les gaz, je sentais que ça n’accrochait pas. J’attendais de voir comment la moto allait réagir… Si je penchais trop sans avoir de traction, c’était sûr que j’allais me coucher. C’était loin d’être idéal, et le sable qui suivait était vraiment profond. Après le wall jump, un pneu sable m’aurait aidé à me relancer. Moi, je perdais beaucoup de vitesse à la réception. Dans ce contexte, je n’ai peut-être pas fait le meilleur choix, mais si c’était à refaire, je referais la même chose.

Après le sable et les mécaniciens, il y avait un triple-triple puis un wall jump. Tu as failli t’en mettre une grosse dans les premiers tours.
J’étais à deux doigts de tomber. Je me suis emmêlé dans les ornières. C’était vraiment ma seule chaleur de la soirée, et ça aurait pu mal finir. C’est finalement la portion de la piste que j’ai le moins appréciée. On arrivait dedans à fond, avec beaucoup de vitesse, et il y avait beaucoup d’ornières. La nuit, tu ne vois pas si elles sont profondes. Tu choisis une ornière et tu pries pour que ça passe, que tu ne te prennes pas un gros kick au dernier moment.
Les années passées, il y avait plus d’enchaînements à Daytona, c’était un peu plus lent. Les sauts étaient très simples, il n’y avait pas vraiment de passage technique, c’était surtout des sauts rapides. C’est différent, j’ai bien aimé. Mais aller aussi vite sur des petites bosses, dans des ornières profondes comme ça, c’est chaud.
Direction Indianapolis samedi prochain, c’est une épreuve Triple Crown. Ça va être important de bien performer là-bas ?
Oui. On fait encore un peu de testing ces dernières semaines pour trouver de la régularité. J’ai été en mesure de prendre de bons départs quand ça comptait vraiment cette année, et j’espère que ce sera aussi le cas pour l’épreuve d’Indianapolis. Un bon départ, c’est plus de la moitié du job de fait.
Au niveau des points, je ne peux pas me permettre de laisser Eli et Hunter terminer devant moi à chaque fois. Heureusement, Eli a gagné devant Hunter, donc je ne perds que quelques points. Mais je dois réagir, faire des changements. Ça ne veut pas dire que je vais absolument tout changer, mais je suis conscient de la situation au championnat. Je ne stresse pas, il reste encore beaucoup de courses. Mais je vais devoir aller chercher quelques victoires, c’est certain.

Quand tu parles de testing et de changements, tu parles de quoi ? On sait que tu dis être très content de ta moto et que tu fais rarement des ajustements dessus. Les gens doivent peut-être penser que tu fais de grosses modifications. C’est quoi, ces changements ?
C’est uniquement pour améliorer les départs, rien d’autre. Je ne touche pas du tout aux suspensions. Je crois que je n’ai rien changé depuis un an, un an et demi, et peut-être plus. Ce testing, ces changements, sont vraiment axés sur les départs et sur mon ressenti avec l’embrayage. Je cherche juste un peu plus de constance.
Même durant la semaine, si je teste quelque chose, c’est une chose à la fois. Je n’ai pas envie de tourner en rond. J’aime rester sur des settings que je connais. J’essaie d’être méthodique, intelligent, et je ne veux pas me pointer sur les courses avec une moto totalement différente. On fait des petits ajustements, et ça paye, parce que lors des dernières finales, j’ai pris de bons départs. J’y vais vraiment au feeling.
Tu es plutôt du genre à te concentrer sur le mapping de la Suzuki pour les départs, ou sur ton feeling perso sur la moto ?
La majeure partie de ma carrière, j’ai fait mes départs à 100 % au feeling. J’ai une cartographie spéciale pour les départs depuis quelques mois, mais ce n’est pas radicalement différent selon moi, c’est juste un petit coup de pouce. Globalement, je ne suis pas un gars qui aime trop jouer avec les cartographies. Je préfère me fier aux sensations.







