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Ken Roczen « Pour 2023, tout dépend de ce qui se présentera sur la table »

Il y a bien longtemps que Ken Roczen n’avait plus évolué hors des USA. Contraint de renoncer à sa prolongation avec Honda HRC pour tenir ses engagements sur le World Supercross, c’est avec l’équipe Honda Genuine que le pilote Allemand s’est présenté à Cardiff ce week-end. Second au Pays-de-Galles, Ken Roczen – qui est toujours dans l’expectative pour la saison 2023 – revient sur sa première soirée de course sur le nouveau championnat du monde de Supercross. Micro.

Ken. C’était une bonne soirée pour toi. Tu remportes ta manche qualif’, tu remportes la superpole, tu semblais être le gars à battre mais une erreur en première manche a fait dérailler la machine.

Tout s’est passé très vite. J’arrivais avec un certain angle et il y avait ce petit rebord, c’était minime, mais ça m’a fait glisser et je n’ai rien pu faire. J’ai essayé de me rattraper mais je n’ai pas pu. C’est vraiment décevant car j’étais parti pour faire une très bonne manche et finalement, c’était un résultat à oublier. Les virages relevés étaient plutôt plats, on ne pouvait pas vraiment s’y fier et s’en servir comme appui; Il y a certaines choses qui pourraient être améliorées pour rendre cette piste un peu mieux pour les pilotes mais ça a permis de belles courses tout de même. J’ai perdu l’avant, je suis tombé, et ça me déçoit.

Le quadruple semblait être la clef pour toi ce week-end. C’était vraiment un gros enchaînement ?

C’était vraiment, vraiment gros. Je n’avais pas vraiment prévu de le faire mais j’ai vu Josh Hill le faire pendant son run en superpole. Lors de mon run en superpole, je n’ai pas été aussi propre que je l’aurais voulu au début de mon tour et j’ai dû prendre une décision rapide. Tout dépendait du triple précédant le quadruple. Je l’ai sauté bien proprement alors j’ai envoyé le quadruple, je savais que ce serait gaz en grand car vu la taille, il n’y avait aucune chance que je me mette long. Ce qui était vraiment cool, c’est qu’envoyer le quadruple me plaçait vraiment bien pour le virage suivant car je n’avais pas à avaler ce roller avant le virage et j’évitais les trous qui étaient bien glissants à l’entrée du virage qui était plutôt plat. Ça me permettait de prendre mon temps pour bien appréhender ce virage avant l’arrivée.

Ken Roczen était pourtant bien parti en signant le meilleur chrono le samedi avant de remporter sa heat puis la superpole …

Il y a quelques semaines, tu as fait un podcast avec James Stewart et tu as parlé ouvertement de tes problèmes avec la Honda dans les whoops.

Cette moto est bien différente de celle que j’avais avant et je n’ai pas passé beaucoup de temps dessus. La Honda Factory HRC est encrée dans ma tête depuis si longtemps que je ne savais même plus ce qu’était une Honda d’origine. J’ai roulé sur cette moto pendant 2 semaines avant de venir, je me sentais bien mais avant de venir à Cardiff, je n’ai pas roulé à cause de l’ouragan puis on est venu aux Pays-de-Galles, on a visité, donc je n’ai pas roulé pendant 10 jours et quand je suis monté sur la moto le vendredi avec ma nouvelle tenue, mes nouvelles bottes, mes nouvelles roues, je me suis dit « Oh bordel, c’est bizarre ». Au niveau des suspensions, c’est différent aussi. Je n’ai plus le même moteur, mais ils ont fait du très bon travail. J’ai eu deux jours de testing avec l’équipe Honda Genuine et ils ont fait un job incroyable pendant ces 2 jours. J’apprends de la moto à chaque fois qu’on roule, on peut encore l’améliorer, c’est certain, mais je n’ai presque rien touché ce week-end et c’était un bol d’air car j’ai pu me concentrer sur mes courses, mon pilotage. J’ai pu me concentrer sur le fait de m’améliorer sans avoir à m’arrêter tout le temps pour faire des changements de réglages parce qu’on était un peu en train de se chercher. Dans les whoops, cette moto se comportait vraiment différemment et c’était vraiment bon à voir car j’ai vraiment galéré dans les whoops cette saison. Ils étaient un peu plus petits, c’est certain, mais ils étaient très durs donc ils n’étaient pas simples pour autant. Je fais confiance à mon équipe, c’est fun d’être avec eux car ils sont tous jeunes et ils ont vraiment envie d’être présents ici; c’est un environnement différent et c’est exactement ce dont j’avais besoin.

Il n’y a eu que très peu de chutes le vendredi, et beaucoup plus le samedi. Comment on explique ça, selon toi ? Le terrain était-il différent ?

Ce qui a rendu les choses compliquées, c’est que le tracé était très glissant. Le vendredi, il n’y avait pas beaucoup de pilotes sur la piste pendant les essais car il y avait deux groupes. On avait presque l’impression que la piste était vide mais c’était cool car personne ne se faisait gêner, on pouvait se concentrer sur soi-même. J’étais vraiment dégoûté de voir tous ces gars tomber le samedi; c’était une surface sur laquelle il ne fallait vraiment pas tomber car c’était dur comme du béton. Je me suis senti un peu mal pour eux mais dans le même temps, j’ai été agréablement surpris de voir que personne n’était tombé le vendredi. J’espère qu’ils vont bien malgré tout; il y avait beaucoup de pilotes, beaucoup de dépassements à faire et ce terrain pouvait être traitre. À chaque tour, je me concentrais vraiment pour rester patient et pourtant, je suis tombé. Vu que les virages étaient plutôt plats, on n’avait pas grand-chose pour prendre appuie alors quand on ouvrait les gaz, ça glissait; Il fallait être patient.

Le pilote Allemand termine second à Cardiff mais Eli Tomac ne sera pas présent à Melbourne

Trois finales comme ça sans pause, est-ce que c’est plus fatigant qu’une finale de 20 minutes aux USA ?

Je disais justement à Eli que c’était difficile. C’était bien plus dur que ce qu’on aurait pu imaginer. Je me suis dit « 8, 8 et 12 minutes? Ce ne sera pas bien compliqué » et au final, ça aura été plutôt difficile. Est-ce que c’est plus dur ? Je ne sais pas, mais c’était dur !

Le format était bien différent de ce que tu connais aux USA, du coup, est-ce que ta préparation a été différente pour ce World Supercross ?

On a tous essayé de répliquer le programme de ce SX de Cardiff à l’entraînement. Moi, j’ai pris un peu de temps de repos après la dernière épreuve avant de faire deux semaines de préparation mais l’ouragan est arrivé et je n’ai pas roulé pendant 10 jours avant l’épreuve. Je n’ai eu que peu de temps pour me préparer mais je me sentais près. Je n’avais jamais fait de superpole et c’est cool d’être le seul pilote sur la piste avec tous les fans autour; il n’y a pas de place à l’erreur.

Le fait que le Supercross s’exporte mondialement, c’est important pour toi ?

J’ai adoré être ici. Je suis le genre de personne qui cherche toujours à faire quelque chose de nouveau, d’excitant, pour sortir de ma zone de confort. Aux USA, on est tellement habitué à nos championnats de Supercross & de Motocross que pour moi, ce championnat était vraiment attirant. J’ai une histoire à l’international, j’ai commencé les grands prix assez jeune et en fait, je ne suis pas présent sur la scène Américaine depuis aussi longtemps que certains de ces pilotes présents ici. Je voulais étendre mes horizons à nouveau et en même temps, revoir quelques-uns de ces pilotes contre qui j’ai pu rouler à l’époque. Je voulais rencontrer de nouvelles personnes, voir de nouveaux logos, expérimenter une nouvelle culture. J’adorais faire tout ça quand j’étais jeune et depuis que je suis aux USA, je me suis un peu enfermé dans ma bulle et là, c’était l’occasion d’étendre mon horizon de nouveau. Je suis super excité, j’ai adoré ça et le plus important, c’est que je n’ai pas eu l’impression d’être en train de travailler et ce ressenti, je l’attendais depuis quelques temps. J’ai pu partager du temps avec les fans, avec ma famille, mon enfant de 2 ans courait partout, Courtney n’a pas eu l’occasion de voyager à travers le monde non plus donc je suis très excité de pouvoir me rendre sur des continents et dans des pays que je n’ai pas encore pu visiter. Je suis très excité de faire part de ce mondial de Supercross

Et 2023 ? Advienne que pourra !

Quels sont les challenges que tu vas devoir relever selon toi sur ce world Supercross ?

Pour les Américains, et je me considère pratiquement comme un Américain car toute ma vie d’adulte, je l’ai faite aux USA. J’ai acheté ma première maison aux USA, ma première voiture et tout ça là-bas. Notre calendrier AMA est vraiment chargé et ça nous empêche de rouler à l’étranger donc en tant que pilote, et alors que je l’ai déjà fait, c’est comme si c’était nouveau pour moi de voyager à l’étranger comme ça pour rouler car ça fait vraiment longtemps que je ne l’ai plus fait. On va être confronté à des cultures qu’on ne connaît pas, on va devoir faire avec certaines choses qui seront nouvelles pour moi, faire les courses, manger dans les bons endroits, trouver les hôtels même si heureusement, ce n’est pas moi qui vais me charger de ça, c’est n’est pas mon job et ça me va [rires]. Le challenge, ce sera de sortir de notre zone de confort, ne plus avoir ce programme qu’on connaît par cœur tous les jours, voyager à travers le monde avec le décalage horaire, prendre plein d’avions différents, aller faire un footing dans un endroit que tu ne connais pas, etc, etc. Aux USA, on est tellement habitué à notre routine, on sait exactement ce qu’on fait, où on va et sur le World Supercross, ce sera totalement différent et j’aime cette idée. C’est pourquoi je pense que je n’ai pas l’impression d’être au boulot en étant ici, car c’est excitant pour moi.

Ton futur pour 2023 semble être incertain. Est-ce que l’option World Supercross en 2023, c’est quelque chose que tu envisages ?

Tout est possible. Je n’ai aucun contrat pour la saison 2023 pour l’heure. Je m’entraîne et je me prépare comme je le ferais normalement si j’avais un contrat pour le Supercross US. Que je fasse ça par mes propres moyens, où avec un team, c’est encore incertain. C’est une situation excitante pour moi, en fait, j’ai comme l’impression que j’en avais même besoin d’une certaine façon; je suis ouvert à tout. Pour 2023, tout dépend de ce qui se présentera sur la table. Cette situation me ramène à mes débuts, il y a très longtemps, quand je n’avais pas vraiment d’équipe; c’est une situation unique mais en même temps, je reste ouvert à tout ce qui se présentera à moi.

Ken Roczen « Pour 2023, tout dépend de ce qui se présentera sur la table »
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