Khoun-Sith Vongsana « Je suis un compétiteur dans l’âme »

Khoun-Sith Vongsana « Je suis un compétiteur dans l’âme »

Khoun-Sith Vongsana reprend du service ! Privé de son pilote et champion de France en titre  Laurent Fath -bloqué en Nouvelle-Calédonie à cause de la crise sanitaire – l’équipe Luc1 Motorsports a fait appel aux services de l’ex pilote de grand-prix  Khoun-Sith Vongsana pour évoluer au sein de ses effectifs en 2021.

Après une belle carrière en Motocross, Khoun-Sith Vongsana renfilera les gants – et le cuir – pour une saison de découverte dans la discipline cousine, le supermotard. Retour sur une moto, retour en championnat de France, on prend (presque) les mêmes, et on recommence. Micro.

Khoun-Sith, on vient récemment d’apprendre que tu allais t’aligner sur le championnat de France de Supermotard en 2021, une grosse surprise. C’est quoi l’histoire, derrière tout ça ?

En fait, j’avais envie d’essayer le supermotard. Ça fait partie des deux choses que j’ai envie d’essayer depuis que j’ai mis un terme à ma carrière en Motocross: le supermotard, et le Dakar.

Ludovic Lucquin, c’est un ancien très bon pilote que je connaissais un peu, on était amis sur les réseaux, et j’ai vu qu’il avait partagé un article à propos de la sélection pour la Luc1 Academy. Je lui ai envoyé un mail en lui disant que ça me tentait bien, que je voulais essayer.

Ludovic m’a répondu que la Luc1 Academy, c’était pour les jeunes, pour les amener à un bon niveau en supermotard et que si je voulais essayer, il cherchait un pilote test pour mettre la 450 CRF 2021 au point. Je pouvais venir rouler et donner mon avis pour les aider avec la moto.

Malheureusement, son pilote Laurent Fath – qui est champion de France 2020 – est calédonien et il ne peut pas revenir à cause de la crise sanitaire.

Après discussions, il m’a proposé de faire tout le championnat de France, voilà comment ça s’est passé. Je n’ai pas encore roulé en supermotard, mais ça va se faire en fin de semaine.

Après ta carrière de pilote professionnel en MX, tu as pris tes distances avec le milieu. Désormais, on peut savoir pourquoi ?

Il n’y a pas une raison particulière, c’est un ensemble. L’industrie ne me convenait pas, le système non plus; les gens sont très faux. Pour moi, le milieu du Motocross, c’est surtout des connaissances, et aucun ami. Je ne me suis fait que très peu d’amis dans ma carrière de pilote. À part Gaetan LeHir, je n’ai de nouvelles de personnes avec qui je passais tous mes weekends à l’époque.

Je n’ai pas eu d’accroche particulière avec les gens du monde de la moto, ce qui m’aurait peut-être fait rester dans le milieu. Moi, à la fin, rouler, c’était devenu mon métier. J’y allais pour faire mon job et maintenant que c’est terminé, je fais autre chose. J’ai plein d’autres centres d’intérêt dans ma vie et désormais j’ai plus de temps à y consacrer et au final, j’y prends plus de plaisir.

Il y a aussi le côté financier qui me gêne. Quand tu te dis qu’un mécano gagne mieux que le pilote, il y a un souci. C’est difficile pour les jeunes d’arriver à en tirer un salaire décent. On tire vers la F1 et le moto GP et je doute que ça soit la meilleure de solutions. Le motocross n’est pas aussi prestigieux que ça. Le fait que l’Europe soit sur les mèmes week-ends que les GP est une bonne choses pour eux.

Après avoir raccroché les gants, il a fait quoi, Khoun-Sith Vongsana, pendant toutes ces années ?

Beaucoup de choses que je ne pouvais pas faire quand je roulais. Je vis à la montagne, je fais des randonnées, du ski, je me suis mis au parapente. L’été, je fais de wake, du surf, j’ai la chance d’habiter dans une région où il y a beaucoup d’activités à faire.

Professionnellement, je travaille à l’aéroport de Genève dans les locations de voitures. J’aime vraiment ma vie actuelle. Être sportif de haut niveau, c’est beaucoup de contraintes, surtout quand je faisais le mondial. C’était plus tranquille lors des dernières années. Ça prend beaucoup de temps, ça demande énormément de sacrifices.

Maintenant, je fais vraiment ce qu’il me plaît et je suis très heureux.

Un premier retour sur le bitume, est-ce qu’on peut s’attendre à te voir faire un retour sur la terre d’ici quelque temps ?

J’ai eu quelques opportunités, notamment cette année pour refaire l’Elite mais je veux redonner la priorité au supermotard. Niveau calendrier, ce n’était pas faisable.

Après, retourner faire ce que j’ai déjà fait, je ne vois pas vraiment l’intérêt. J’ai déjà fait, refait, re – refait. Si c’est pour refaire de la moto, autant découvrir de nouvelles choses, comme le supermotard ou encore le Dakar. Retourner faire du Supercross et du Motocross ? non.

Aujourd’hui, me dire de faire 2 fois 30 minutes en Motocross, c’est une punition. Je ne prends plus du tout de plaisir à faire des manches, des chronos, à m’entraîner physiquement pour être au top. C’est aussi pour ça que j’ai arrêté.

J’ai envie de faire ce qui me plaît désormais. J’ai envie de bien faire en Supermotard et j’ai la chance d’avoir rejoint le meilleur team que je pouvais espérer avec Luc1. Je vais me consacrer exclusivement à ça dans les prochains temps. Combien de temps ça durera ? Difficile à dire; tant que j’en ai l’envie et le team aussi, et tant que ça se passe bien, ça ne me dérangerait pas de faire ça pendant quelques saisons.

Champion d’Italie en 2018

On connaissait ton aisance sur la terre, tu passes désormais a l’asphalte avec Luc1 Motorsports, quelques années plus tard. Comment ça s’initie, une aussi grosse transition ?

Pour l’instant, difficile à dire, je n’ai pas encore roulé en supermotard. Après, ça reste de la moto, j’en fais depuis 27 ans.

Oui, c’est différent, il faudra s’adapter aux techniques, à l’asphalte, mais je ne me fais pas trop de soucis. Je sais qu’avec quelques entraînements et les conseils de Ludovic Lucquin, ça ira, je suis entre de bonnes mains.

Les formats de course sont différents, par exemple il y a des grilles inversées en deuxième manche pour les six premiers; c’est intéressant. Encore une fois, je suis curieux de découvrir de nouvelles expériences.

L’ambiance au sein du team est géniale, c’est très différent du Motocross où les gens se prennent un peu pour ce qu’ils ne sont pas alors que ça reste juste de la moto, un très petit sport. Je vais aussi sur le supermotard car l’ambiance est bien différente du Motocross.

Qu’est-ce que le team Luc1 Motorsport attend de toi pour 2021 et surtout, qu’attends-tu de toi ?

On ne s’est pas fixé d’objectifs précis pour le moment vu que je n’ai pas roulé en supermotard encore. Ils attendent forcément des résultats mais aussi que je véhicule une bonne image et une ambiance au sein de la structure. Pour ma part, j’espère quand même me battre devant malgré mon manque d’expérience. Je suis un compétiteur dans l’âme, et je suis motivé pour découvrir une nouvelle expérience.

Quels ont été tes premiers ressentis au contact de l’équipe ?

Franchement, j’ai été très impressionné. J’ai quand même roulé pour quelques teams dans ma carrière, et celui-ci n’a rien à envier aux grosses structures qu’on retrouve sur les grands prix. L’esprit y est très familial, et très pro. C’est une très belle structure.

En plus, je vais rouler avec des Honda donc je suis hyper content. J’ai fait mes meilleurs GP avec Honda, j’ai terminé ma carrière avec Honda et je suis fan de la marque depuis que je suis jeune.

Certains athlètes de haut niveau ont du mal à décrocher après des années de routine bien rodée; à l’inverse, se remettre dedans après des années d’arrêt, c’est également difficile ?

Ces deux dernières années, j’ai dû rouler 10 fois. Sûrement moins…

Est-ce que c’est difficile de me remotiver pour quelque chose de nouveau ? non. Si je dois aller faire des manches de 30 en Motocross, c’est une autre histoire aujourd’hui. Là, je suis ultra motivé, et j’ai vraiment envie de bien faire.

Tu parlais du Dakar, qu’est-ce qui t’attire dans cette discipline particulière du Rallye ?

C’est quelque chose que je n’ai jamais fait. C’est une course prestigieuse qui m’attire vraiment. Si j’ai une opportunité de découvrir cette discipline, je sauterai dessus !

Ton avis sur la première moitié de saison de Supercross US 2021 ?

C’est la question piège [rires] j’ai suivi de loin la catégorie 250. Ça m’ennuie assez et le niveau sur la côte Est est catastrophique. Le seul qui m’a fait regarder les 250, c’est Jett Lawrence. J’aime vraiment comment il roule ce gamin, et je pense qu’il sera vraiment fort. Même si le niveau a l’ouest a l’air meilleur, je n’arrive pas à regarder une finale entière.

En 450 je suis déçu de Tomac. Ce n’est plus le tueur qu’on a connu. Ken Roczen est fidèle à lui-même: « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Il se fait marcher dessus par Webb qui a pris l’ascendant psychologique. Quand – dès la première épreuve – Roczen ne double pas Barcia pour éviter de prendre des risques, ça en dit long sur l’état d’esprit du pilote.

Cooper Webb me parait le mieux armé pour aller jusqu’au bout cette saison.

Un conseil pour ceux qui rêvent de finir en grand prix ?

Il n’y a pas de formule magique. Il ne faut rien négliger. Le sport s’est professionnalisé, et tout est désormais très important. Ce qui m’a manqué pour aller plus loin, c’est un bon entourage. Les parents ne sont pas fait pour être entraîneur, agent, mécanicien et père/mère. Il faut que chacun reste à sa place, sinon tout est mélangé.

Il ne faut pas oublier que l’entraînement est plus important que le nombre de likes sur Instagram. Même si ça a pris une part importante dans la communication et l’image, il faut s’entraîner dur et être focalisé sur l’essentiel.

Une dernière chose, je trouve ça très dommage que nos jeunes français ne fassent plus de Supercross. De ma génération, on était plus fort que les autres car on roulait beaucoup en SX; même si on ne faisait pas beaucoup de courses.

Quand j’entends les parents dire « je ne veux pas qu’il roule en SX car il est 3 du junior, je ne veux pas qu’il se fasse mal », ça me fait doucement rire. Pour être bon, il faut être complet et savoir tout faire sur une moto, mais ça, c’est ma vision des choses.

Médias