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Noah Vampa “Rouler avec les meilleurs pilotes du mondial, ça m’impressionnait beaucoup au début”


Cette année, Noah Vampa réalise ses débuts en catégorie 250 en France, mais pas que. Auteur de belles prestations sur le Junior la saison passée, le pilote soutenu par la structure LF Motorsport ne fait pas les choses à moitié en 2023: études supérieures, Motocross, Supercross, Elite, Europe & piges en mondial sont au programme. Du haut de ses 17 ans, Noah a été le premier pilote Français à tenter sa chance en tant que Wildcard sur le mondial MX2 en ce début de saison. Une expérience positive et pleine d’enseignement, que le garçon désormais coaché par Steven Frossard nous raconte. Micro.

Noah. J’aimerais faire un retour en arrière pour parler de 2022. Tu devais faire la transition en 250 pour le SX Tour tout en jonglant avec l’Europe 125 mais on ne t’a pas revu après Agen. Pourquoi ?

Agen, c’était ma première course en 250 et ce n’était pas facile, je n’avais pas eu beaucoup de roulage dans la cylindrée. C’était un gros changement pour moi. Après le SX Tour, on est allé faire l’Europe 125 en Suède à Uddevalla et je me suis blessé à l’épaule sur une chute. Je me suis fait une contusion osseuse et pendant deux mois, je n’ai pas pu rouler. Du coup, j’ai loupé la Blu Cru Cup en France et la fin du Supercross. Mais cette année, on fera le SX Tour et normalement, le Pro Hexis..

Jongler entre les deux disciplines, alors que tu évolues tant sur l’Elite, sur l’Europe 250, sur le mondial MX2, finalement ce n’est pas pénalisant pour toi pour ta première année en 250 ?

Je ne pense pas. Quand on va à l’Europe ou même au mondial, c’est vraiment pour prendre de l’expérience. Après le GP de Suisse, j’ai vraiment passé un cap et j’ai roulé libéré à Vesoul. Le Supercross, j’en fais depuis que je suis en 85 et c’est quelque chose que j’aime vraiment. Je ne pense pas que ce soit contre bénéfique. Le motocross, ce n’est pas jusqu’à très tard dans la saison pour ce qui concerne le France. Chaque fois que je fais du Supercross, je vois que ça me permet de progresser en Motocross car il faut être plus technique, plus posé et en Motocross, ça fait la différence.

Tu avais un petit point faible, le sable. Est-ce que c’est quelque chose qu’on a bossé à l’intersaison ?

J’ai roulé pendant l’hiver à Loon à quelques reprises. On a fait un séjour de 10-15 jours avec mon coach là-haut. J’ai aussi fait le Touquet Junior en début de saison. J’avais un gros numéro donc je suis parti assez loin en grille mais je me suis quand même bien débrouillé. Les 30 premiers minutes, j’appréhendais un peu le sable du Touquet car c’est très différent de ce qu’on peut retrouver à Loon, c’est beaucoup plus mou. Après une heure de course, j’allais rentrer dans le top 10; j’allais plus vite que le cinquième donc j’étais bien. Mais lors de ma phase d’adaptation dans les 30 premiers minutes j’ai trop utilisé mon embrayage et je l’ai terminé. Je n’ai pas pu finir ma course.

On a croisé Noah à Frauenfeld, le garçon participait à son premier GP en Suisse

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On parlait de ton programme l’an dernier, tu t’entraînais seul, sans coach, sans vraiment avoir de programme défini. Ça a changé cette saison ?

Oui, on s’est entouré de Steven Frossard juste avant la Suède l’an dernier. Avant ma blessure, on a commencé à travailler un peu ensemble ensemble. On a fait l’hiver avec Steven. Quand on va chez lui, on retrouve des pilotes Français, Suédois et de toute l’Europe: August Frisk ou encore Tim Edberg et ça tire vers le haut d’être avec de bons pilotes. En même temps, ça me permet de parler Anglais [rires].

Travailler avec Steven à l’intersaison, ça a dû te faire progresser, tu as dû apprendre beaucoup de choses vu son passif dans le sport.

Carrément. Ce qui est dingue avec Steven c’est qu’il a tellement d’expérience que tu ne peux que l’écouter. S’il te dit quelque chose, ce n’est pas par hasard. Steven nous permet d’éviter de faire certaines erreurs et ça nous tire tous vers le haut. Techniquement, il m’a beaucoup appris et même au niveau de la gestion de course et de la motivation. Ça donne encore plus envie.

En parallèle de Steven, et c’est aussi une chance que j’ai, je travaille avec un préparateur physique, Aurélien Lacour. Aurélien me suit tous les jours et c’est toujours en accord avec Steven et l’entraînement qu’on fait. S’il me dit de faire deux heures de vélo, je sais que ça me sera bénéfique pour la moto ensuite. Je ne suis pas dans le flou à me demander ce qu’il faut que je fasse; c’est structuré.

Tu es l’un des rares dans ta tranche d’âge à suivre une scolarité tout en évoluant au niveau national et Européen.

Je fais une licence éco gestion, je suis en première année. Grâce au statut de sportif de haut niveau, j’ai validé mon premier semestre de septembre 2022 à janvier 2023. Je vais valider mon second semestre dans la seconde année. Ça m’a permis d’avoir le temps d’aller chez Steven pendant l’hiver pour pouvoir progresser davantage !

Arrêter les études, tu y as songé à un moment ? C’est généralement vers cet âge-là qu’on se retrouve confronté à la décision de se lancer à 100% dans la moto, ou d’assurer ses arrières.

Arrêter l’école n’a jamais été une option car on sait que même si tu es le meilleur pilote du monde, la moto peut vite s’arrêter. On a toujours trouvé des moyens de bien s’organiser pour concilier les deux. J’ai de la chance d’avoir des facilités à l’école et ça me permet de pouvoir rattraper mes cours sans problème quand je les loupe. Non, je n’ai jamais vraiment songé à arrêter complètement. On a trouvé des aménagements pour être à 100% dans la moto et également à 100% dans les études parallèlement.

Noah est l’un des rares à allier études supérieures et moto

Concrètement, qu’est-ce que la structure LF Motorsport t’apporte cette saison ?

On est avec LF Motorsport en partenariat avec Yamaha France. On a un suivi complet sur les pièces, sur les motos. Il y a aussi la structure sur les courses, ce qui me permet d’être sûr que mes motos seront prêtes, et que mes motos d’entraînement seront performantes. Quand j’arrive sur les courses, je n’ai plus qu’à me concentrer sur moi-même. La structure LF, c’est pour l’Elite et le Supercross. Quand je fais du mondial ou de l’Europe, je suis avec mes motos d’entraînements, et aidé par mes parents. 

Une première saison d’Elite MX2 en sortie de Junior, tu viens d’intégrer le top 15 de manches à Vesoul. Ça se passe comment, ces débuts en Elite ?

En début de saison, ce n’était pas simple pour moi de m’imposer en 250. À partir de Romagné, j’ai commencé à me rapprocher du top 15. Le GP de Suisse et Romagné, ça m’a permis de passer un cap et de gagner en confiance et ça s’est vu à Vesoul. Même si je fais 20 et 15 en manches, j’ai su rouler comme à l’entraînement. En première manche, j’étais 17 avant de tomber avec un pilote, je suis revenu 20 avec de bons temps aux tours. En deuxième manche, j’étais 12 avant de tomber et je reviens 15. Depuis Vesoul, je me sens vraiment mieux sur le championnat de France. Pour aller chercher un top 10, il faudrait que je parte avec les 5 premiers, et que je sois plus incisif dès les premiers tours.

Tu évolues aussi en Suisse ? C’est quoi exactement ton programme cette année, car tu es partout, et c’est un peu difficile à suivre.

On a juste fait une course en Angora juste pour prendre de la confiance. Les pistes en Suisse sont bien préparées donc on pouvait rouler sur un beau terrain. La Suisse, ce n’est pas au programme. C’était à côté, on n’avait pas de course, et on y est allé.

On se concentre sur l’Elite MX2 et le Supercross en 250. On va faire 3 ou 4 Europe 250 et deux piges en mondial MX2: la Suisse et Villars-sous-Ecôt, c’est mon club. Je suis allé rouler cette semaine et la nouvelle piste est vraiment bien.

Pourquoi ne pas tenter du National 250 ?

Ce n’était pas prévu. C’est vrai que depuis quelques années, il y a un bon niveau sur ce championnat mais avec le team ce n’était pas au programme. Je crois qu’il faut en plus s’inscrire à toutes les épreuves en avance pour y participer.

Pour sa première saison en 250, le pilote Français relève de nombreux défis en France, en Europe, et même en mondial.

Tu t’es rendu à Frauenfeld pour participer à ton premier mondial MX2. J’imagine que tu n’avais pas d’attente particulière, mais qu’as-tu tiré de cette première expérience ?

Même si j’ai un peu l’habitude avec l’Europe, l’ambiance, le départ, l’environnement du GP c’est déjà quelque chose dont je me rappellerais toujours. Rouler avec les meilleurs pilotes du mondial, ça m’impressionnait beaucoup au début même si je n’avais pas de pression de résultat. En manche qualif’, j’ai roulé avec Yago Martinez et ça m’a vraiment mis en confiance. Je me suis dit que si j’arrivais à rouler contre lui, j’étais à ma place. J’étais même plus rapide que lui au niveau des temps au tour et j’étais sur le point de le doubler avant de chuter.

En première manche, j’étais dans les points pendant les 10/15 premières minutes. J’ai eu une bonne stratégie de départ avec Steven. J’ai recoupé toute la grille au départ et je me suis bien faufilé, 15ème ou 16ème. Le souvenir qui restera de ce GP de Suisse, c’est que j’ai roulé avec les meilleurs pilotes et dans les points pendant la première moitié de manche. C’est motivant.

Un mot sur le terrain dans les 10 dernières minutes d’une seconde manche sur le mondial MX2, est-ce que c’est comparable aux 10 dernières minutes sur l’Europe ou sur le France ?

Non, et encore plus en Suisse car là-bas les pistes sont toujours comme ça. Tu ne peux pas préparer une deuxième manche de mondial sans rouler en mondial. L’elite ou l’Europe, ce n’est pas comparable.

C’est plus homogène dans le top 20 de l’Europe 250 ou dans le top 20 du mondial MX2, selon toi ?

Difficile à dire. On voit que les premiers de l’Europe 250 peuvent être devant en mondial. L’Europe 250, c’est une superbe école pour l’avenir et c’est pourquoi on le fait. Ce qui est certain, c’est que l’Europe 250 est homogène du premier au dernier. La différence c’est qu’en MX2 les gars ont plus d’expérience, les manches sont plus longues, l’approche est différente. Sur l’Europe 250 on retrouve des jeunes, on est tous fougueux, alors que c’est plus posé sur le mondial MX2 car les manches sont plus longues. L’expérience et la régularité payent dans cette catégorie. Je pense que sur le mondial, il y a un noyau dur devant avec les 10 premiers – toutes les motos d’usines – qui sont au-dessus du lot. Derrière, on retrouve 15/20 pilotes qui sont assez proches.

Tu a tenté Trentino sur l’Europe 250 mais malheureusement, la qualif n’est pas passée. Pourquoi avoir choisi l’Europe 250 et non le MX2 ? Pas de qualif’, tu étais sur de pouvoir rouler 2 manches de 35 minutes, et continuer à engranger de l’expérience.

C’est la même question que ma mère [rires] ! C’est vrai que rouler en mondial est une superbe expérience mais ma catégorie, pour mon âge, ça reste l’Europe 250. Ce serait un peu choisir la facilité que de rouler en mondial. Je dois travailler sur les qualif’ donc il faut passer par-là, et je compte bien faire en sorte que ça passe ! Les pizzas à Trentino étaient bonnes, mais j’aurais préféré rouler [rires].

On le retrouvera sur le GP de France, à son club de Villars-sous-Ecôt

Quels sont les objectifs sur le plan sportif pour cette saison ?

Au niveau de l’Elite pour ma première saison, j’ai pour objectif de me rapprocher du top 10. Du côté de l’Europe et du mondial, vu que ce n’est que ma première année de 250, le but est de prendre un maximum d’expérience en me qualifiant à chaque fois sur l’EMX. Pour une première saison de 250, il faut engranger de l’expérience pour être prêt à 100% pour ma seconde saison de 250. Pour le Supercross, vu que j’en ai fait un peu l’an dernier je me sens confiant. On va bien se préparer pour le Supercross mais c’est difficile de parler de résultats car on ne sera pas beaucoup. Je peux juste te dire que j’ai envie de bien performer en Supercross !

Si demain on t’appelle pour faire wildcard lors du WSX de Lyon, tu le fais ?

Direct, sans hésiter ! On y a pensé avec mon père quand on a vu qu’il y avait une épreuve à Lyon. Si on me propose, j’irais mais il ne faut pas griller les étapes. J’ai encore à apprendre, des choses à prouver et mon tour viendra forcément un jour !

Mais du coup, comment tu t’entraînes en Supercross par chez toi ?

C’est un peu compliqué, c’est vrai. On connaît un ou deux gars avec des terrains privés, mais ils sont à 3 heures de chez nous. Sinon, il y a un terrain du Pro Hexis, Fresnes Saint Mames à 1h40 de la maison. Sinon, on va dans le sud et on fait comme on peut.

Dès le mois de mai, on va commencer la préparation en parallèle avec l’entraînement en motocross. On va essayer de se préparer au mieux mais c’est sûr que ce n’est pas comme si j’avais un terrain de SX chez moi sur lequel je pouvais m’entraîner pendant l’hiver.

Noah Vampa “Rouler avec les meilleurs pilotes du mondial, ça m’impressionnait beaucoup au début”

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