Tim Gajser en bleu : une image à laquelle il va falloir s’habituer. Quintuple champion du monde, le Slovène a opéré le plus grand changement de sa carrière en rejoignant Yamaha pendant l’intersaison. Un pari audacieux pour Gajser, qui tourne la page sur 12 années de collaboration – et de succès – avec Honda. Pour Yamaha, cette signature marque l’espoir de renouer avec un titre de champion du monde MXGP qui leur échappe depuis maintenant dix ans. Chaque chose en son temps: d’ici deux semaines, Tim Gajser sera derrière la grille de départ de l’International d’Italie à Alghero pour effectuer sa première course sur la 450 YZ-F. Mais d’abord … Micro !
Tim, quand tu as su que tu allais quitter Honda, ça t’a fait quoi après tant d’années passées avec la marque ? Un mix d’émotion et d’excitation de relever un nouveau défi ?
L’idée trottait dans un coin de ma tête depuis un certain temps, mais après 12 ans chez Honda, ce n’était évidemment pas une décision facile à prendre. C’était un moment assez émouvant parce que ce chapitre comptait beaucoup pour moi, mais en même temps, il y avait une certaine excitation. Je vois cette transition comme un nouveau défi, une nouvelle motivation et une opportunité de continuer à grandir et à me pousser à aller de l’avant.
Une fois qu’il était acté que tu ne resterais pas chez Honda, est-ce que d’autres équipes t’ont approché ? Je crois que tu as testé la Ducati ?!
Même avant que mon départ de chez Honda ne soit rendu public, il y avait déjà un fort intérêt de la part d’autres équipes. C’était forcément bon à voir, ça confirmait la valeur de ce que j’avais réussi à construire au fil des saisons. Je n’ai testé aucune autre moto. Finalement, signer avec Yamaha m’a semblé être la bonne décision. Le projet, les personnes impliquées et leur vision à long terme, tout ça a rapidement rendu la décision évidente pour moi.
Après avoir passé autant de temps chez Honda HRC, c’était presque la routine pour toi. Tu connaissais tout : la moto, les réglages, les pièces, les équipements, les marques, les gens… Maintenant, tout change jusqu’aux plus petits détails, que ce soit sur ou en dehors de la moto. À ce niveau, il y a beaucoup de pièces qui doivent s’emboîter pour avoir ce petit avantage sur les autres. C’est la première fois de ta carrière que tu opères un changement aussi important. Comment as-tu fait pour ne pas te laisser submerger par la situation pendant l’intersaison ? Tu devais penser à tout et n’importe quoi. De l’excitation, mais un peu de stress aussi, non ?
Oui. Après avoir passé autant d’années chez Honda, je connaissais vraiment chaque détail de la moto parce que j’avais investi d’innombrables heures à faire du testing pour développer la moto avec les Japonais. C’est pourquoi la mise au point a toujours été l’un de mes points forts. Je comprends comment travailler avec une moto. Si tu voyais la différence entre la Honda avec laquelle j’ai commencé et celle avec laquelle j’ai fini… c’est énorme.
Ce qui a rendu ce changement plus facile, c’est que beaucoup d’éléments clés autour de moi sont restés les mêmes. Je me suis toujours entraîné de manière indépendante avec mon mécanicien d’entraînement, seul, en Slovénie, en Croatie… j’ai toujours travaillé avec mon propre préparateur physique, et pendant les week-ends de course, j’ai mon propre camping-car avec un assistant personnel qui s’occupe de tout. Ce petit groupe me permet d’avoir beaucoup de stabilité, et ils ont tous fait le déménagement chez Yamaha avec moi. Grâce à ça, cette transition ne m’a jamais semblé être un bouleversement.
On a assisté à beaucoup de transferts cet hiver, tant aux USA qu’en MXGP, ce qui soulève naturellement beaucoup de questions. Admettre qu’on doute, c’est parfois perçu comme une faiblesse, alors que c’est une réaction très humaine. Tu viens de passer par un changement de marque, d’équipe, tu dois encore te poser un paquet de questions. Où en est la confiance à ce stade des opérations, sachant que tu dois avoir plus de questions que de réponses à un mois et demi du premier GP ?
Je suis confiant. Alors bien sûr, je n’ai pas encore passé beaucoup de temps sur la moto et avec l’équipe, on est toujours en phase de testing. Mais mentalement, je suis pleinement et complètement concentré sur le positif. Je crois aussi que tous ces changements apportent un piment supplémentaire à notre sport. Il y aura un plateau très relevé cette année avec de nombreux pilotes de premier plan, et c’est ce qui rend les choses très intéressantes.
Quand tu as roulé pour la première fois sur la Yamaha, qu’est-ce qui t’a le plus marqué ? Pour son premier jour sur ce qui était autrefois ta CR-F, Jeffrey a admis qu’il était paumé. C’était quoi, le premier feeling ?
Je ne peux pas trop rentrer dans les détails, mais j’ai été agréablement surpris la première fois que j’ai roulé sur la Yamaha. J’ai eu de très bonnes sensations d’entrée de jeu. Évidemment, il nous reste encore beaucoup de travail à faire et on va continuer la mise au point et le testing, mais dès les premiers tours de roue jusqu’à maintenant, le ressenti global a été très positif.
Est-ce qu’on peut savoir quels ont été les premiers ajustements que tu as faits sur la moto ? Non seulement il faut que tu t’adaptes à une nouvelle marque, que tu passes du temps dessus, mais tu dois aussi la mettre au point. L’équilibre ne doit pas être simple à trouver.
De nouveau, je ne peux pas trop rentrer dans les détails. On travaille et on avance petit à petit en faisant beaucoup de testing. C’est encore un travail en cours de progression, mais on avance dans la bonne direction.
Lorsque tu as signé ton premier contrat d’usine à l’époque, tu étais plus jeune et bien moins expérimenté qu’aujourd’hui. Tu t’appuyais probablement sur des personnes plus expérimentées qui t’entouraient, des personnes avec qui tu as évolué, fait des erreurs et fini par gagner. Aujourd’hui, le contexte est différent. Comment abordes-tu ce changement d’équipe avec ton expérience ? Te sens-tu davantage impliqué dans le fait de guider le développement ou de prendre des décisions ?
Il y a une très grande différence entre avant et maintenant. Quand j’ai débuté en mondial, mon premier objectif était simplement de rouler, je ne faisais pas vraiment attention à tout le reste, ce qui se passait autour de moi. Aujourd’hui, j’ai beaucoup plus d’expérience dans tous les domaines. Pas seulement sur la moto, mais aussi dans tous les à-côtés. Entraînement, récupération, nutrition, sommeil… Tout est important et tout compte à ce niveau, et j’aborde tous ces points de manière très professionnelle. J’ai aussi un groupe solide de personnes autour de moi qui m’aident déjà à performer au mieux. Avec cette expérience accumulée, oui, je prends naturellement plus de responsabilités.
La Yamaha a un cadre en aluminium et tu roules toujours avec du KYB. Ça facilite la transition ?
Oui, bien sûr. Le cadre alu’ et les suspensions KYB, j’y suis habitué donc ça a clairement rendu la transition plus facile. C’est top de pouvoir continuer avec quelque chose de familier.
Tu vas travailler étroitement avec Hans Corvers (propriétaire de l’équipe) et Michele Lavetti. Jusqu’à présent, comment se passe la collaboration avec le team ?
Dès la première fois que j’ai rencontré Hans Corvers et Michele Lavetti, ils ont été très clairs en me disant que s’il y avait le moindre problème, je devais leur en parler et qu’ils s’occuperaient du reste. Ils sont très directs, et c’est quelque chose que j’apprécie vraiment. Avec toute l’équipe, le feeling a été très bon. Ils travaillent de manière très professionnelle et se soucient réellement de ce dont j’ai besoin en tant que pilote. Pour moi, le respect est la chose la plus importante, et je suis heureux d’en recevoir, mais aussi d’en montrer.
Massimo Castelli te suit également chez Yamaha – ça doit être quelqu’un en qui tu as vraiment confiance. Tu dois être content de l’avoir à tes côtés en 2026 également.
Pour être honnête, quand Massimo Castelli a appris que je partais de chez Honda, il m’a dit tout de suite : « Si tu pars, je pars ». Au début, je n’y ai pas vraiment cru, car il avait contribué au développement de l’équipe depuis le premier jour, et il était profondément impliqué dans le projet pendant de nombreuses années. Un peu plus tard, on a longuement discuté : une conversation honnête entre quatre yeux. Il s’est avéré que les raisons de mon départ étaient similaires aux siennes, et tout faisait donc sens. Je suis vraiment heureux de l’avoir de nouveau avec moi. Faire confiance à la personne qui travaille sur ton moteur est extrêmement important, et Massimo connaît très bien la moto. Il m’a toujours donné de bons conseils, et avoir ce niveau de confiance et d’expérience autour de moi, c’est un vrai plus.
Tu seras beaucoup en Belgique et aux Pays-Bas en 2026 parce que c’est là que l’équipe est basée, et il faudra faire du testing. Ce n’est pas vraiment quelque chose que tu as fait par le passé. Alors : impatient d’aller à Lommel ?!
Oui, j’ai vraiment hâte. J’ai grandi en roulant principalement sur des pistes en terre plutôt dures, donc rouler et tester davantage dans le sable est quelque chose sur lequel j’ai toujours dû mettre l’accent. Je vois tout ça comme une bonne opportunité de continuer à m’améliorer. Comme tu l’as dit, l’équipe a tout sur place… l’atelier immense et des aménagements de premier plan ; donc je suis impatient.
Je suppose que l’objectif est de se battre pour le titre en 2026 ?
Mon objectif a toujours été de viser le titre, et ça restera le cas jusqu’à la fin de ma carrière.
Avec toi et Jeffrey qui changent de marque, Kay, Andrea et Tom ainsi que les habitués du championnat, ça va rouler très fort en MXGP cette année. Hâte que la saison commence ?
Oui, vraiment. C’est une nouvelle motivation et de nouveaux défis à relever, et c’est ça qui me branche vraiment. Après tant d’années à démarrer la saison de la même façon, celle-ci a un petit goût de nouveauté… presque comme si c’était ma toute première saison !
Tu as un jour été un gamin qui a rêvé de tout ça. Tu es arrivé au sommet du sport, et tu as réussi à y rester. Il n’y a pas de guide qui t’explique comment réussir dans ce sport. Pour les jeunes qui rêvent, comme toi à l’époque, d’une carrière à ce niveau-là : comment es-tu resté motivé malgré les hauts et les bas, et quels conseils donnerais-tu à la jeunesse qui rêve de suivre ton exemple ?
Il faut travailler dur et se donner à fond pour atteindre les objectifs qu’on se fixe. Il n’y a pas de raccourcis. Il faudra faire beaucoup de sacrifices en cours de route, mais au final, ça en vaudra la peine. Ce qui est également très important, c’est de rester reconnaissant, même dans les moments les plus difficiles, car c’est là que tu apprendras le plus. Les moments difficiles, c’est ce qui te permet d’apprécier les bons moments.
Questions: Andy McKinstry & Kévin Frelaud
