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Tom Guyon “Dans ce sport, tu te fais oublier à une vitesse folle”


Ces dernières saisons n’ont pas été tendres avec Tom Guyon. Des blessures à répétition ont empêché le pilote Poitevin de réellement s’exprimer en championnat du monde malgré quelques coups d’éclats ici et là. Pilote officiel Fantic sur le mondial MX2 pour la saison 2023, Tom Guyon a rapidement dû jeter l’éponge pour passer par une nouvelle reconstruction du genou. Il prendra un nouveau départ en 2024 puisque c’est sous la coupe de Valentin Teillet – chez 737 Performance Gas Gas – que Tom évoluera, se concentrant principalement sur les championnats de France. Il a joué le jeu de la transparence. Micro.

Tom. Pour commencer, on en est où physiquement ? On sera remis à temps pour l’ouverture de l’Elite à Lacapelle en Mars ?

L’objectif est d’être de retour pour l’Elite, oui. Concrètement, j’en suis à 4 mois après l’opération. Je galère un peu plus que la première fois, car ce n’est pas la même opération et j’avais plus de dégâts dans le genou cette fois-ci. J’ai dû refaire les ménisques, les croisés. Le lieu de prélèvement, c’est le tendon rotulien et le tendon rotulien est bien plus douloureux que lors de la première opération au niveau de l’ischio.

Rafraîchis moi la mémoire. On est sur le même genou que celui qui avait été opéré en 2021, et qui avait lâché à Maggiora en 2022 ? C’est quoi l’histoire avec ce genou ces dernières saisons ?

C’est le même genou. La toute première fois que je me suis flingué ce genou, c’était sur l’Europe en 2021 à Arco Di Trento. J’ai été me faire opérer en Allemagne la première fois et mon genou a relâché à Maggiora six mois et demi plus tard. J’avais repris tôt, à 4 mois, j’avais bien bossé sur la musculature mais le truc, c’est qu’ils te prélèvent un tendon qui va venir remplacer un ligament … C’est un corps humain et tu ne peux pas aller plus vite que la musique et ce tendon/ligament a lâché en Italie l’an dernier. À vouloir gagner du temps, j’en ai finalement perdu. L’an dernier (2022), j’ai terminé la saison comme ça, mais à chaque fois que je posais le pied par terre, j’avais des décharges, ça s’aggravait de plus en plus. Pendant tout l’hiver qui a suivi, je me suis bien reposé et mon genou n’était pas trop mal.

J’ai voulu faire le début de la saison 2023 sans me faire opérer, ça se passait bien mais j’ai posé le pied trop fort et mon genou a complètement lâché a Villars-Sous-Ecot. Concrètement, je n’avais plus rien pour me tenir le genou à part les muscles. Là, je me suis fait opérer à Bordeaux. Le chirurgien m’avait prévenu qu’il y avait du boulot et finalement, en ouvrant, il y avait encore plus de boulot que ce qu’il pensait. Le tendon rotulien, c’est plus douloureux mais c’est plus costaud par la suite. Niveau délai, il faut bien respecter pour ne pas être emmerdé toute la vie. Là, c’est 6 mois sans moto minimum, et rééducation à bloc.

Le retour sur la moto ne se fera pas avant décembre ?

C’est ça. Je vais pouvoir reprendre la course à pied prochainement. J’ai le CREPS qui est à côté de chez moi et qui a tout le matériel pour la rééducation; je vais reprendre la course à pied sur un AlterG, une machine sur laquelle on est un peu en apesanteur pour que ça mette moins de stress sur les genoux. Mon médecin m’a dit que j’allais pouvoir recourir sans souci, il faut juste que les sutures au niveau des ménisques aient le temps de bien guérir, il faut trois mois et demi / quatre mois …

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Tom sera de retour sur une Autrichienne en 2024 @Manu Fortineau

Fin 2022, tu signes un premier podium en mondial avec VRT, l’équipe change de programme pour devenir team officiel KTM sur l’EMX250. Tu signes chez Fantic Maddii Racing de ton côté. Est-ce qu’on avait eu d’autres offres pour faire le mondial MX2 cette année ?

Oui, j’avais eu trois offres. J’ai essayé les motos des teams, et mon choix s’est porté vers Fantic. Malheureusement, la moto n’a pas évolué comme j’aurais voulu en 2023.

Tu avais terminé la saison 2022 sur de bonnes notes. Tu opères un grand changement en allant t’installer en Italie. Nouveau team, nouvelle moto … Tu étais confiant après l’intersaison ?

Carrément. Au début, j’étais motivé et confiant à l’idée de pouvoir rouler avec Fantic. Pendant l’hiver, j’ai eu quelques petites complications avec de nouveaux pépins physiques mais j’ai pu m’entraîner correctement tout de même. Malheureusement, je n’ai pas pu signer les résultats espérés cette saison …

Il y a eu une blessure à l’épaule en Argentine dès le premier round mais un top 15 malgré t out. Ensuite,, un double abandon à Riola, un double abandon en Suisse, une 19ème place en Espagne et une blessure en France. Finalement, rien n’a été pour toi cette année.

C’est ça. Je me suis fait une double déchirure à l’omoplate dès l’Argentine et j’en ai chié pour m’en remettre. C’était une douleur aigüe, très particulière, le kiné n’a pas trouvé ce que c’était avant plusieurs semaines. On ne pouvait pas faire grand-chose à part attendre. Cette année, rien n’allait. Je ne sais pas trop ce qu’il s’est vraiment passé mais ça n’allait pas dans le bon sens. Je ne me suis pas vraiment épanoui, les résultats n’allaient pas, le physique n’allait pas. Chez Fantic, ils ont fait ce qu’ils ont pu pour m’aider, mais ça n’a pas marché comme on aurait voulu.

L’an prochain, ton programme va évoluer. Pourquoi avoir intégré l’équipe 737 performance GasGas pour travailler avec Valentin Teillet sur les championnats de France ? Tu avais besoin de faire un reset ?

Valentin m’a appelé pour me proposer un deal en France. Il a été très franc dès le début, c’était pour le France – Motocross et Supercross – et quelques épreuves du mondial. Moi, j’avais zéro proposition à cette période. Quand tu ne roules pas de la saison … Je n’avais pas fait de miracle. Dans ce sport, tu te fais oublier à une vitesse folle même si j’avais fait un podium de manche à Saint-Jean fin 2022. Le sport est comme ça.

Avec Valentin, on a commencé à discuter, j’ai senti qu’il était très motivé. J’étais quand même enthousiaste à l’idée de redescendre d’un échelon pour refaire une année solide, reprendre confiance, éviter les blessures. J’en avais d’ailleurs pas mal discuté avec ma famille. Entre-deux, j’ai eu une proposition d’un team pour revenir sur le mondial MX2. J’ai refusé, car la condition, c’était que je reprenne la moto plus tôt que prévu. Je n’ai pas envie de flinguer mon corps pour gagner un ou deux mois de convalescence. C’est aussi ce que j’ai apprécié chez Valentin, il m’a dit que je reprendrai la moto quand je serai à 100%, il m’a mis en confiance par rapport à son approche; il a été pilote et il sait que si je ne suis pas à 100% physiquement et mentalement, il sera difficile de bien rouler.

Valentin Teillet retrouve un garçon avec qui il avait déjà travaillé par le passé @Manu Fortineau

On voit ce que Valentin a fait avec sa structure en 2023 avec Mathis Valin. Ça tient la route; on voit qu’il est investi, mais aussi que c’est un bon coach. J’ai l’impression que c’est aussi ce qu’il t’a manqué ces dernières saisons.

Aussi. Pour avoir déjà travaillé avec Valentin à l’époque – même si je pense qu’il a évolué depuis – c’est un très bon coach, qui sait mettre en confiance et qui se dévoue à 100% pour ses pilotes. C’est aussi ce qui m’a motivé à repartir avec Valentin. Je suis 100% passionné par mon sport, je sacrifie tout pour mon sport, et quand on travaille avec quelqu’un qui est aussi à 200% dedans, on peut avoir une très bonne cohésion et faire de bons résultats; je n’en doute pas.

Une fois qu’on sort du schéma mondial, c’est dur de revenir dessus, non ?

Peut-être, je ne sais pas. Après, quand on roule bien, on a toujours de bonnes opportunités. Ce sera peut-être difficile, mais c’est un choix de carrière que je fais. J’ai envie de reculer pour mieux rebondir. Valentin va me donner l’opportunité de rouler en GP, ce sera à moi de la saisir pour montrer que je suis encore là, que j’ai potentiellement encore ma place en grand prix.

Tu aspires encore aux grands prix au fond de toi ? Au mieux, il ne te restera qu’une saison complète en MX2, 2025.

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C’est ça. En MX2 aujourd’hui, quand je vois les sacrifices qu’il faut faire pour le peu d’argent qu’on peut gagner, il faut se poser les bonnes questions. On voit qu’il y a des championnats qui se créent, il y a beaucoup d’argent à la clef et principalement dans le Supercross. On peut mieux gagner sa vie qu’en grand prix j’ai l’impression … Je n’ai plus envie de rouler pour la gloire, je ne vais pas rouler gratuitement vu les investissements et les sacrifices. On a tous besoin d’argent pour vivre.

Tu aurais eu ce même discours il y a deux ou trois ans ?

Je ne sais pas. C’est sûr que jusqu’ici ça ne m’a pas rapporté grand-chose. Ce qui m’a vraiment frustré c’est de me dévouer autant, et que ça ne marche pas. Je suis quelqu’un de travailleur, de motivé, qui se dévoue à 100% et ça n’a pas marché. Est-ce que je n’ai pas voulu monter trop vite en GP? Je ne sais pas. Tout le monde est différent, évolue différemment, peut-être qu’il me faut un peu plus de temps pour être à mon meilleur niveau. Quand il y a des blessures, il faut savoir remonter la pente pour revenir au top, crescendo, sans se re-blesser.

La saison 2023 de Tom Guyon s’est arrêtée en France

Quand tu es monté sur l’Europe 250 tu as fait une première saison (2020) prometteuse et après, tu les a enchaîné, ces blessures.

En 2020, je me prenais des volumes de l’espace et je ne me blessais pas. Sans déconner ! Je prenais des boîtes énormes et je n’avais rien. Je tombais tout le temps. En 2021, je suis tombé malade deux jours avant l’ouverture à Matterley Basin. J’avais du mal à ouvrir les yeux en roulant. J’ai fait trois tours aux essais et je me suis fracturé la clavicule. Je me suis fait opérer, je suis revenu deux semaines après, et je me suis pété les poignets en Lettonie … C’est vraiment là que les blessures ont commencé. Depuis, j’ai presque toujours roulé blessé. C’est pourquoi j’ai décidé de prendre du recul. Je me suis demandé pourquoi je me blessais autant, et je me suis demandé si je ne voulais pas revenir trop vite à chaque fois. C’est vrai que je revenais sur le meilleur championnat, contre les meilleurs pilotes, et peut-être qu’il me fallait plus de temps pour me remettre correctement et retrouver mon niveau.

J’avais vu ton contrat Fantic à l’époque. Je m’étais dit que les mecs qui faisaient de l’Elite, des épreuves inter’ et les Supercross étaient probablement mieux lotis. Est-ce que ce n’est pas finalement la direction que tu prendrais par la suite ? Même un top 3 en mondial, ça ne te rapporterait pas grand-chose.

Si tu n’es pas dans la bonne équipe, au bon endroit, au bon moment, c’est compliqué de gagner ta vie en championnat du monde. Peut-être que je prendrais une orientation différente par la suite. De toute façon, je me suis clairement dit que si ça ne marchait pas l’année prochaine, je n’allais peut-être pas continuer la moto. Je ne vais pas me détruire la santé pour gagner trois francs six sous.

Si tu roules devant en Elite, devant en SX Tour, devant sur l’ADAC et que tu arrives à trouver une place sur le World SX, tu pourrais même être mieux loti qu’Andrea Adamo …

C’est franchement probable. Tu n’auras peut-être pas la même notoriété qu’Adamo mais la notoriété ne remplit pas ton frigo. Tu prendrais aussi peut-être plus de plaisir car le Supercross, c’est aussi plus fun, il y a une ambiance différente … Je ne sais pas encore comment ça va se passer l’an prochain, mais j’espère que je pourrais me relancer, faire des podiums, réaliser une année sans blessure, et aussi me faire plaisir.

Tu serais peut-être plus dans ton élément sur les championnats nationaux, avec moins de pression, à prendre moins de risques ?

C’est possible. Je suis très motivé pour l’année prochaine, je sais qu’il y aura de bons pilotes aussi. Financièrement, c’est sûr que je m’y retrouverais plus l’année prochaine en signant de bons résultats en France que lors de cette année 2023 en grand prix. Le niveau sera un peu moins relevé, car le mondial, c’est où on retrouve les meilleurs pilotes du monde. Je pense que je vais pouvoir plus m’épanouir, j’ai besoin de reprendre confiance en moi. J’ai besoin de voir que je suis encore capable de gagner; c’est important pour le moral. Le motocross est un sport très mental; si tu n’es pas confiant sur la moto, que tu ne te sens pas indestructible, c’est compliqué de performer. Le podium de manche de Saint Jean en 2022, c’était comme une victoire pour moi. Au final, ça ne m’a pas plus apporté que ça [rires]. Je me dis que j’ai fait tout ça pour pas grand-chose, je n’ai pas eu plus d’opportunité que ça par la suite; c’est comme ça.

Rafraîchis moi la mémoire, c’est quoi ton bagage en Supercross ?

J’ai été champion Junior en 2017. Aujourd’hui, j’ai des potes qui ont des terrains autour de chez moi, j’en fais encore de temps en temps mais c’est clair que je ne me suis pas lancé à bloc en Supercross. C’est une discipline que j’apprécie, il faut être très précis et régulier. Je pense que ça peut être une discipline qui me ressemble.

Tom sera champion de France SX Junior au guidon d’une TM en 2017 @MXJuly

On s’est déjà fixé des objectifs avec Valentin pour l’an prochain ?

L’objectif, c’est de viser le titre MX2 sur l’Elite. Valentin m’a prévenu que ça roulait fort en Supercross; c’est compliqué de s’avancer dans cette discipline car je ne sais pas vraiment où je me situe. Je sais que ça roule bien devant, il va falloir s’entraîner dur et ne pas faire d’erreur. Il y aura un manque d’expérience par rapport aux autres, mais je vais essayer de le combler.

J’imagine que quand tu sors du niveau mondial et que tu es capable d’accrocher le top 10 voir mieux, on n’a plus vraiment grand-chose à apprendre sur le plan physique ?

En fait, j’ai tendance à vouloir trop en faire. C’est un défaut et c’est peut-être pour ça que je me blesse. J’en fais trop, j’adore travailler, j’adore faire du sport et je pense que Valentin pourra m’aider de ce côté-là, et me temporiser. Si je m’écoute, je ne m’arrête jamais. Le corps, ce n’est pas une machine et si tu t’entraînes trop, si tu te fatigues trop, la blessure finit par arriver. C’est aussi avec l’expérience qu’on apprend ça. J’ai vraiment envie de faire une année qui va me faire grandir dans ma tête et dans mon sport.

Mentalement, j’imagine que ça n’a pas dû être évident de travailler comme un fou et de se blesser comme ça. Tu souffres physiquement, tu as le moral dans les chaussettes, et les gus commentent sur les réseaux sociaux …

Il y a des mecs qui doivent se dire que je me blesse où que je ne fais pas de résultats car je ne m’entraîne pas. Je ne sais pas trop ce que disent les gens. Je bosse comme un malade, je me fixe des objectifs assez hauts et je suis très investi. Si j’ai un plan d’entraînement, je vais le suivre à la lettre sans le moindre écart. Je suis assidu et travailleur. Si je ne fais pas le petit truc qui est marqué sur ma feuille, ça va me travailler et je vais me dire que c’est à cause de ce loupé que je ne performe pas.

La question qui fâche, je vais devoir te la poser. Quand on voit où Mattia Guadagnini en est aujourd’hui … Est-ce que tu te dis “Putain, ça aurait pu être moi.”

Clairement. Mais aujourd’hui, les blessures en ont décidé autrement et tout ça n’est pas arrivé par hasard. Forcément, ça fait chier parce qu’il y a un paquet de gars que j’ai battus qui sont aujourd’hui dans des teams usines. C’est forcément frustrant pour un pilote mais qu’est-ce que tu veux ? C’est comme ça. J’ai un peu avalé la pilule. Quand j’ai vu que les mecs avaient des contracts factory, je me suis dit “pourquoi pas moi ?”. Je faisais mon maximum pour que ça marche mais moi je n’arrivais pas à avoir ce Graal. Ce n’est pas toujours facile, comme tu dis, c’est la question qui fâche.

Un podium de manche en 2022, qui restera gravé dans les mémoires

Tom Guyon “Dans ce sport, tu te fais oublier à une vitesse folle”

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