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Brice Maylin « Le haut niveau, c’est très récent pour moi »

Images: Niek Kamper

Encore inconnu du grand public il y a quelques saisons, Brice Maylin commence sérieusement à se faire une place aux avant-postes des championnats de France. Arrivé sur les compétitions nationales sur le tard, le pilote Toulousain doit bien souvent faire face à des concurrents bien plus expérimentés que lui mais le travail effectué et la détermination sans failles du garçon lui ont permis de rapidement grapiller les échelons. Leader du championnat de France de Supercross – catégorie 250 – avant la finale qui se tiendra à Lyon fin novembre, Brice Maylin s’est prêté au jeu de l’interview. Micro.

Brice, on t’a vu sur l’Elite, le National et également sur la ligue ces dernières saisons puis plus récemment sur le SX Tour. Concrètement, avant de te lancer sur le SX Tour 250 en 2021, c’était quoi ton expérience dans la discipline ?

J’ai commencé le Supercross fin 2018, j’ai fait ma première course en 250 sur le championnat ADAC. Ca m’a plu et j’ai décidé de faire les 3 courses du championnat Allemand. J’ai terminé 7ème pour ma première saison de Supercross. J’avais roulé avec l’équipe Meyer sur une Yamaha sur la première épreuve, avant de rouler pour Vizuals production pour les deux épreuves suivantes, sur une Kawasaki.

En 2019, j’ai roulé sur l’Elite 450 et j’ai également fait le SX Tour en 450 mais je me suis blessé au Supercross de Barcelone; je me suis fracturé le coude et je n’ai pas pu finir la saison.

En 2020, je n’ai pas fait de Supercross. Finalement, ma première « vraie » saison en Supercross, c’était l’an dernier, même si on n’a pas eu énormément de courses au calendrier. J’ai terminé troisième du SX Tour en catégorie 250. J’ai fait une saison solide, j’ai progressé sur chacune des courses et c’était cool de voir que la 250 m’allait bien. C’est pour ça que je suis reparti dans cette cylindrée cette année, pour prendre de l’expérience car le Supercross c’est une autre discipline, ça n’a rien à voir avec le Motocross.

Tu es arrivé sur le tard en championnat de France. On ne t’a pas vu sur le Minivert, ni sur le Junior, tu n’as pas suivi le schéma « classique ». Comment ça se fait ?

Je n’ai jamais pu faire de Minivert ou de Cadet car mon père n’avait pas les moyens de m’emmener sur ces courses. Par contre, j’ai toujours roulé en championnat régional par chez moi et je me battais tout le temps pour le titre. J’étais aussi très souvent sélectionné pour la Coupe des Régions et donc je me retrouvais à rouler avec les meilleurs pilotes de France. Ça se passait toujours bien pour moi, j’avais toujours eu un bon niveau mais faute de moyens, je n’avais pas de quoi partir en championnat de France. À 18 ans, j’ai commencé à travailler, et j’ai donc pu me payer mes premières saisons d’Elite dès 2018. De là, j’ai commencé à progresser.

En 2020, le championnat de France National ne s’est joué que sur une épreuve et j’ai terminé second. L’an dernier, ça ne s’est pas super bien passé et j’ai terminé 3ème du championnat de France National 450, mais 7ème de l’Elite MX1 et 3ème du SX Tour donc c’était une très belle saison dans l’ensemble. J’ai également eu la chance de pouvoir faire le grand-prix de France à Lacapelle-Marival.

Brice Maylin n’en est qu’à sa deuxième saison sur le SX Tour 250 ! @Niek Kamper

Est-ce que tu arrives à vivre exclusivement de la moto ? En discutant avec les pilotes du SX Tour, j’ai l’impression que bon nombre d’entre eux ont dû se remettre à travailler à côté. Comment tu gères tout ça ?

J’ai travaillé jusqu’à l’an dernier et pour la saison 2021, j’ai décidé de me consacrer exclusivement à la moto. Donc depuis, je me débrouille avec ce que je gagne sur les courses. Ce n’est pas facile, on ne peut pas dire que j’en vive comme il faut mais j’ai de la chance d’avoir des partenaires extrasportifs qui me permettent de payer mes frais moto. Après, ce que je gagne sur les courses, ça me sert pour vivre. On ne devient pas riche, ou alors il faut tout gagner [rires].

Tu roulais pour l’équipe FB Factory ces 2 dernières saisons. Changer de team à la mi-saison, ce n’est pas très courant. L’opportunité était trop belle pour la laisser passer ?

C’est ça. L’an dernier, j’avais déjà eu l’opportunité mais ça ne s’était pas fait. J’avais continué pour une saison de plus avec le team FB avec qui tout se passait vraiment super bien. J’ai passé deux saisons au top avec eux. Cette saison, j’ai eu l’opportunité de rejoindre le team 737 performance GasGas Ox Moto. L’objectif était de vraiment pouvoir attaquer la préparation à la saison prochaine, je ne pouvais pas laisser passer cette offre et j’ai donc décidé de l’accepter. Le deal était de terminer la saison avec eux; voilà comment ça s’est goupillé. Ça me change pas mal de choses car c’est très professionnel, ils s’occupent de tout pour moi.

Ils sont en Vendée, toi de Toulouse. Tu changes de moto, de team, de manager mais qu’est-ce qui va concrètement changer dans ton programme de tous les jours ?

Valentin sera mon coach, je vais suivre ses entraînements que ce soit sur le plan physique ou moto. Je serai quand même régulièrement avec lui en Vendée. Je n’ai pas intégré le team il y a très longtemps mais j’ai déjà passé trois semaines là-bas. On fait du sport et de la moto ensemble. Quand je suis chez moi – à Toulouse – je suis en autonomie mais j’ai un programme à suivre. Quand je monte là-haut, je récupère également des pièces pour pouvoir être autonome chez moi, ils font ce qu’il faut sur la moto, c’est très bien organisé.

L’an dernier, il y a eu cette fameuse règle d’éligibilité sur le National. Une règle qui t’a forcé toi, et un garçon comme Fonvieille, à devoir te concentrer sur l’Elite. J’étais assez sceptique au début. Pourtant, quand je vois la belle saison réalisée sur l’Elite, la tienne comme celle de Calvin, je me dis que c’était peut-être une bonne chose pour vous faire sortir un peu de votre « zone de confort ». Tu partages ce constat ?

Je ne sais pas dire exactement si c’est ça qui nous a fait sortir de notre zone de confort. Je dirais que c’est quand même dommage de ne pas pouvoir participer au National car pour un pilote comme moi, j’avais des partenaires pour qui c’était un championnat important. Certains donnent des primes de résultats sur ce championnat aussi donc il y a un manque à gagner pour certaines pilotes.

D’un autre côté, c’est vrai que du coup en se consacrant uniquement à l’Elite, ça nous a peut-être permis d’être encore plus motivé, car on n’avait plus le National pour se rattraper en quelque sorte. Difficile de dire si c’est mieux ou moins bien qu’avant. Dans tous les cas, on n’a pas eu le choix donc c’est comme çà [rires].

Le pilote Toulousain n’avait encore jamais posé ses roues sur un aussi gros tracé de SX @Niek Kamper

Parlons du SX de Paris. En discutant avec les pilotes Américains, le constat était unanime: ils avaient tous des suspensions trop molles. Tous ont regardé les derniers SX à la TV, et personne ne s’attendait à ce que le tracé soit aussi costaud. Une semaine avant Paris, tu étais Stuttgart pour l’ADAC sur une toute petite piste. Arrivé à Paris, as-tu – toi aussi – rencontré des problèmes au niveau des réglages ?

C’est exactement ça. On était à Stuttgart sur une piste encore plus facile que ce qu’on a l’habitude de retrouver sur le SX Tour. On s’est vite adapté par là quand même. Par contre fait la transition inverse en arrivant sur une grosse piste comme celle de Paris, c’était compliqué. Pour ma part, je n’avais jamais roulé sur quelque chose d’aussi gros honnêtement. Lors des premiers essais, j’étais un peu tendu, un peu perdu. Tout de suite, on s’est bien rendu compte que les suspensions étaient beaucoup trop molles donc on a fait quelques changements mais on n’avait pas non plus trop de marge avec les settings donc on a fait ce qu’on a pu, au mieux. Ça m’a permis de faire un bon week-end quand même.

Ton samedi était un peu compliqué mais le dimanche, ça s’est bien mieux passé puisque tu remportes la catégorie SX2 (SX Tour). Quel bilan tires-tu du Supercross de Paris ?

Que du positif. Ça permet de progresser techniquement, d’apprendre à gérer la pression car c’est un gros évènement avec beaucoup de monde. Il y a aussi des pilotes étrangers qu’on ne connaît pas donc on ne sait pas trop où se situer. Il y a tout qui est beaucoup plus gros à Paris. Pour un pilote, c’est que du plus. Finir ce week-end sur une bonne note permet de continuer à progresser, à prendre confiance pour la suite. Pour moi, ce SX de Paris, ce n’était que du positif.

Tu as jeté un oeil aux chronos ? Tu étais dans le même rythme qu’un mec comme Blose – qui était encore dans le top 10 du SX US cette année. Ce sont des choses que tu regardes après coup ?

Oui. Le dimanche c’est vrai qu’aux chronos il y avait 0.6 sec qui me séparait du premier temps. Ce n’est pas énorme – même si c’est plus important en SX qu’en MX – mais Chris Blose termine 7ème du SX US cette année de tête. C’est un très bon pilote de Supercross donc ça donne envie de continuer à travailler comme ça. En faisant des progrès par la suite, pourquoi ne pas imaginer être en mesure d’être capable de se battre avec des pilotes de ce niveau ?

Un petit mot à propos de ces whoops. Dans une série de whoops aussi grosse, sur ta petite 250 et avec ton gabarit, tu rentres quel rapport ?

Quand on dribble en 250 en troisième, la moto a tendance à beaucoup crier et à ne pas avancer. Vu que les whoops étaient très gros cette année, j’ai décidé de prendre le virage d’avant en troisième et, juste avant les whoops, je passais la 4. Ça passait mieux pour moi en 4.

Concernant mon gabarit, je pense que j’étais avantagé dans les whoops car être grand permet de rattraper plus facilement les erreurs. Si la moto part, mieux vaut être grand et avoir de la force qu’être plus petit; on peut vite perdre les pieds et se retrouver en vrac.

Finalement, c’est toi qui remporte le Supercross de Paris en catégorie SX Tour SX2. Est-ce que cette victoire a vraiment le goût d’une victoire, vu le format particulier avec les pilotes wildcards ?

C’est différent tout de même car les Américains sont présents et se mélangent aux pilotes du SX Tour. On sait qu’on a gagné mais on ne passe pas le premier sous le drapeau à damiers. En plus de ça, ce qui coupe un peu ce sentiment de victoire, c’est qu’il n’y a pas eu de podium pour les pilotes du SX Tour. Je n’ai pas pu monter sur la première marche du podium, c’est donc différent.

Brice Maylin a remporté la catégorie SX2 (SX Tour) à Paris ce week-end. @Niek Kamper

Au niveau du championnat de France, il ne reste plus que Lyon sur 2 soirées. Tu avais l’air plutôt serein à Paris; est-ce qu’on arrivera à Lyon avec la même sérénité ?

Je pense que ce sera plus facile pour moi de gérer la pression à Lyon parce que à Paris, beaucoup de choses ont fait que j’étais assez tendu: un changement de team, une nouvelle moto, beaucoup de public, une très grosse piste. À Lyon, on sera sur un stade plus petit, sur quelque chose dont on a plus l’habitude, contre les pilotes qu’on connaît et qu’on retrouve toute l’année. J’arrive quand même bien à gérer la pression donc je pense que ce sera un peu plus simple que Paris pour ma part.

Quels objectifs on se fixe pour la saison 2023 et – selon toi – quels sont les points à travailler à l’intersaison pour atteindre ces derniers l’an prochain ?

On n’a pas encore discuté de ça, mais moi, j’ai vraiment envie d’intégrer le top 5 final de l’Elite MX1, ce serait une belle performance pour moi. Sur le SX Tour, j’aurais pour objectif de viser le titre comme cette année.

Concernant les points à travailler, je pense que je manque d’expérience dans tous les domaines en comparaison avec les pilotes contre qui je roule. Le haut niveau, c’est très récent pour moi donc je pense que je peux progresser un peu partout, j’ai encore beaucoup de choses à apprendre. On va essayer de gagner de la vitesse, du physique, de la maturité de pilotage pour mieux gérer les essais chronos. C’est super intéressant et motivant car il y a une belle marge de progression !

Le team 737 Performance GasGas fera évoluer Mathis Valin sur l’Europe 125 l’an prochain. Quelles sont les chances qu’on te voit faire une épreuve du mondial MXGP avec eux l’an prochain ?

Pour l’instant, vu qu’on est en pleine saison de Supercross, on n’a pas vraiment abordé le sujet donc il me sera difficile de te répondre. Personnellement, si l’opportunité se présente, je la saisirais avec plaisir. Un grand prix, c’est toujours une belle expérience, surtout si c’est celui de France !

Tu as roulé au GP de France à Lacapelle en 2021. Quelle expérience en as-tu tiré ?

C’est un peu difficile à décrire. En fait, les pilotes sont si rapides qu’il en devient difficile de rouler avec eux. J’ai fait quelques tours avec certains pilotes, ceux qui roulaient dans le fond du paquet et ce qui était intéressant c’était plus de rouler sur une piste de grand-prix, de prendre des départs avec les meilleurs pilotes. J’ai pris du plaisir sur ce week-end mais ce n’est pas là où j’ai le plus appris. Pour l’instant, je ne suis pas capable de me battre avec ces pilotes donc c’est difficile d’apprendre d’eux. Je ne pourrais pas te dire que ça m’a permis de progresser par exemple.

J’ai un dernier sujet pour toi, et je te laisse le choix de t’exprimer ou non sur ce dernier. On a entendu parler de la modification de l’attribution des points au SX de Paris, ça a fait un peu de bruit au niveau des pilotes 250. J’ai fait les calculs, si l’attribution des points n’avait pas changé, tu aurais un plus gros écart au championnat sur le second.

Au niveau de l’attribution des points sur le Supercross de Paris, je pense qu’il y a eu un malentendu entre l’organisation et les pilotes. Pour ma part, j’étais persuadé qu’il y aurait une distribution de points pour les deux finales, soit 40 points maximum sur le week-end. Il n’y a pas eu de briefing, on n’a pas été prévenu et j’ai été étonné d’apprendre la nouvelle le dimanche matin. Par la suite, il y a eu une réunion avec tous les pilotes pour en discuter et mettre les choses au clair.

Brice Maylin « Le haut niveau, c’est très récent pour moi »
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