Dylan Wright « Rouler sur le mondial, ça a toujours été un rêve pour moi »

Dylan Wright « Rouler sur le mondial, ça a toujours été un rêve pour moi »

Cela fait bien longtemps qu’on n’avait plus vu un pilote Canadien évoluer en mondial MXGP, et c’est sur le point de changer. Avec trois titres en poche sur ces deux dernières saisons (2x 450MX + 1x Triple Crown), Dylan Wright a pris la direction de son premier Motocross des nations en septembre dernier, à Mantova. Remarqué après avoir signé de solides résultats le samedi, le pilote GDR Honda a su susciter l’intérêt de quelques teams pour terminer la saison 2021 en mondial MXGP. Une opportunité que Dylan Wright a accueilli à bras le corps; le pilote Canadien évoluera avec sa propre machine lors des 5 dernières épreuves de la saison, et sera présent sous l’auvent de l’équipe Française Honda 114 Motorsports. Micro.

Dylan, on a récemment appris que tu terminerais la saison 2021 sous l’auvent du team Honda 114, avec la moto de ton équipe Canadienne GDR Honda. Peux-tu nous parler de la façon dont cet accord a été conclu, de l’endroit où tu vas rester, des personnes qui vont t’accompagner, et de la façon dont tout cela s’est mis en place depuis les nations ?

Tout a finalement été finalisé, je vais rouler en MXGP sur ma moto de course du Canada, qui est restée en Italie depuis les Nations, mais je serai présent sous l’auvent du team 114 Motorsports, et je vais travailler avec eux.

Tout a commencé quand quelques équipes européennes sont venues me parler après la bonne journée qualificative à Mantova, le samedi, lors du Motocross des nations. J’ai discuté de ces opportunités incroyables avec mon team manager pour lequel je roule au Canada.

Malheureusement, il y a eu quelques complications en ce qui concerne les sponsors, et on a finalement pensé que la meilleure chance pour moi, c’était de rouler sur ma propre moto, avec mes propres réglages, sur lesquels j’ai roulé toute la saison. On est entré en discussion avec Gordon Crockard de Honda Europe, et il a tout de suite compris que le team 114 motorsports était le mieux adapté pour ce que je voulais faire. De là, on a pris contact avec Livia Lancelot – que je connaissais déjà pour avoir roulé avec au Supercross de Genève – pour régler certains détails.

Je vais rester avec l’équipe Honda 114 pendant que je serai là-bas, donc je suis impatient de m’entraîner avec leurs pilotes et leur équipe ! Pour les deux premières courses, il n’y aura que moi, je vais travailler avec l’équipe et un mécanicien de 114 Honda. Par la suite, mon directeur d’équipe – Derek – et ma fiancée envisagent de venir pour les deux dernières épreuves de l’année, mais honnêtement, ce sera plus un business trip en solitaire pour moi.

Le samedi à Mantova, tu as signé un très bon temps en qualif, le 3ème derrière Cairoli et Coldenhoff, tu as concrétisé avec une 6ème place lors de la manche qualificative MXGP. Est-ce que tu t’es surpris le samedi ? Tu étais dans le rythme de certains des meilleurs pilotes Européens, ça a dû te mettre en confiance.

Lors des essais qualificatifs, j’ai été en mesure d’avoir le meilleur temps en piste pendant un bon moment, avant qu’Antonio et Glenn ne me dépassent. Quand je suis passé par les pits pour faire des changements sur le châssis, et que j’ai vu mon nom en haut du tableau, je ne vais pas mentir, j’étais surpris. Honnêtement, je ne savais pas trop où j’allais me situer en terme de vitesse, donc j’étais vraiment super content d’être si proche des meilleurs pilotes MXGP. C’est toujours un bon feeling. Par contre, je n’étais pas content de ma 6ème place en manche qualificative, parce que j’étais vraiment bien parti, j’étais en bonne position en début de manche, en mesure de jouer le podium, mais je suis sorti de la piste et j’ai perdu beaucoup de temps, et 6 places. Quoi qu’il en soit, c’est sûr que ça m’a donné confiance.

Je travaille très dur pour essayer d’être le meilleur possible, alors voir que je suis proche de ces gars-là, ça fait du bien. Rouler sur le mondial, ça a toujours été un rêve pour moi.

Dylan Wright (109) au coude à coude avec Jeffrey Herlings au départ à Mantova @ GDR Racing Honda

Tu as connu un dimanche différent aux nations. Tu as réalisé une bonne première manche malgré un départ en fond de top 20. Tu peux nous parler de ton dimanche à Mantova ?

Honnêtement, je préférerais oublier les deux manches du dimanche. J’ai pris de bons départs, mais dans la première manche, à la moitié du premier tour, je me suis fait sortir et j’ai perdu beaucoup de positions. À partir de là, j’ai eu du mal à faire des dépassements parce que la piste était devenue plutôt monotrajectoire à cause de la pluie. 11ème, c’était le mieux que je pouvais faire, mais j’étais déçu car je sais que j’aurais pu faire mieux.

La manche suivante ne s’est pas mieux déroulée pour moi. Je me suis aligné à côté de Jeffrey Herlings au départ; je n’étais qu’à une demi-longueur de lui à l’entrée du premier virage, mais il avait la trace intérieure, alors j’ai dû couper les gaz, et vraiment recouper à l’intérieur, à cause de la forme du virage. Arrivé dans le second virage, je me suis fait bousculer par quelques mecs. J’étais encore bien placé, mais dans le troisième virage, j’ai de nouveau été tamponné et on m’a envoyé au sol. Il va vraiment falloir que je m’habitue à l’agressivité de ces gars-là. Je suis reparti dernier, j’avais le visage couvert de boue, mais je ne suis pas un gars qui abandonne, alors j’ai mis la tête dans le guidon pour essayer de dépasser autant de pilotes que possible. Je suis remonté aux alentours de la 20ème position à la mi-course. Je peux t’assurer que c’était vraiment difficile de doubler !

Ma course a empiré quand, dans une des descentes, j’ai pris un gros kick bien étrange, j’ai traversé les ornières et je suis tombé dans une mare de boue. C’était la fin pour moi. J’ai changé de gants et de lunettes pour me battre jusqu’à l’arrivée tout de même. J’étais déçu de ma journée dans la boue, mais c’est quelque chose dont je tire des enseignements pour les futures courses auxquelles je vais participer.

Un canadien en MXGP, ça remonte à loin; très loin. @GDR Honda Racing

Tu dis avoir été surpris par l’agressivité des pilotes MXGP dans le premier tour ; j’imagine que tu as eu un rapide aperçu de ce qui t’attend lors des 5 derniers GP ; sur quoi as-tu décidé de te concentrer pour préparer tes courses sur le mondial MXGP ?

J’ai regardé un tas de vidéos pour voir ce que certains de ces gars font, où ils vont dans le premier tour. Il va falloir que je protège mes intérieurs dans le premier tour, ou les deux premiers tours, jusqu’à ce que la course s’installe. Il me semble qu’après un ou deux tours, ils ont tendance à se calmer et à plus se concentrer sur leurs trajectoires. Je ne suis pas du tout contre le fait de rouler de façon agressive, let’s go ! Une autre chose que j’ai faite pour me préparer, ce sont des départs, ainsi que d’essayer d’être plus explosif dans les trois premiers tours des manches.

As-tu des attentes en terme de résultats ?

J’aimerais pouvoir me trouver aux alentours du top 10 pour les deux premières épreuves, et ensuite, on verra si je peux intégrer les 10. Une fois que je serai plus à l’aise avec l’atmosphère et les pilotes vers la fin du championnat, qui sait. Je ne suis pas quelqu’un qui s’aligne derrière les grilles pour perdre, je sais que gagner serait extrêmement difficile compte tenu des gars qui sont présents sur la grille. Je suis impatient d’apprendre, savoir ce sur quoi je dois travailler, voir ce que les gars en Europe font différemment, des choses qui peuvent m’aider à encore améliorer ma technique et ma façon de piloter.

Désormais, tu connais le circuit de Mantova. As-tu eu l’occasion de voir des courses à Trentino ? C’est un circuit étroit, technique, oldschool, béton, bien éloigné de Mantova.

Oui, j’ai regardé beaucoup de vidéos sur Youtube pour analyser le tracé de Trentino. Tu as raison, la piste semble un peu plus technique et la surface plus dure. J’aime qu’il y ait du dénivelé dans certaines portions, mais certains de ces dévers vont être délicats. Je pense que j’excelle sur les pistes qui sont techniques, et donc sur ce type de piste. La terre ressemble beaucoup à la terre qu’il y a sur la piste que j’ai à la ferme de mes parents et sur laquelle j’ai grandi. J’ai hâte d’y être, c’est certain !

Deux ans de suite que le pilote GDR Honda décroche le tire de champion du Canada, en MX 450. @GDR Honda

Il me semble que tu es toujours au Canada, en train de te préparer. N’étais-tu pas en mesure de venir plus tôt en Europe pour t’entraîner en Italie ou en France avec l’équipe 114 ?

Oui, je suis à la maison en ce moment, en train de me préparer pour les courses à venir. C’est le meilleur moment de l’année pour rouler ici ! C’est l’automne et les pistes sont toujours au top ! Je n’ai pas vraiment étudié l’option de venir plus tôt, car pour moi, c’est vraiment plus simple de suivre mon programme à la maison. C’est ce avec quoi je suis à l’aise, et c’est ce qui a fonctionné pour moi par le passé. Je vais me rendre en Europe quelques jours avant la première course pour m’habituer au décalage horaire car il y a 6 heures de différence avec la maison. J’espère avoir la possibilité de rouler un jour en Italie avant les courses.

Je ne sais pas si tu le sais, mais le dernier pilote canadien à avoir marqué un point en MXGP est Jean Sébastien Roy, en 1999. Tu pourrais être sur le point de mettre fin à un hiatus de 22 ans pour le Canada.

Ce serait vraiment top d’enfin y mettre un terme, c’est certain. Jean Sebastien Roy était une icône canadienne pour moi quand j’ai grandi. Ce serait formidable d’être le prochain pilote Canadien à parvenir à marquer des points en grand prix. J’espère que ce voyage en Europe débouchera sur quelque chose à l’avenir, ou qu’il montrera aux jeunes Canadiens qu’il est possible d’aller tenter sa chance pour rouler en Europe. Ça a toujours été un rêve pour moi, alors c’est génial qu’il se réalise.

Outre-Atlantique, on rêve aussi mondial MXGP; on suivra avec une attention particulière l’évolution de Dylan en Italie @GDR Honda

Si les équipes de GP s’intéressent à toi pour la saison 2022, envisagerais-tu de venir en Europe pour participer à une saison complète ou as-tu déjà des projets pour l’année prochaine avec GDR Honda ?

C’est certainement quelque chose que j’envisagerais. J’adorerais faire le mondial MXGP. Je pense que ça me permettrait de poursuivre ma progression et c’est quelque chose qu’aucun autre pilote Canadien n’a vraiment fait. Toutefois, je suis toujours sous contrat avec le team GDR Honda ici au Canada pour la saison 2022, donc je devrais en parler avec mon équipe. Ils sont comme une famille pour moi, donc toute décision pour 2022, je la prendrais de manière très professionnelle. Ceci étant dit, je serais vraiment intéressé pour faire tout le championnat, donc on verra si j’arrive à susciter de l’intérêt.

Est-ce que tu commences à être un peu nerveux ? Tu auras un paquet d’yeux rivés sur toi en Italie, c’est certain, sur la plus grosse scène MX mondiale.

Je commence petit à petit à réaliser ce que je vais faire prochainement. En ce qui concerne les nerfs, je ne suis pas encore nerveux. Je suis toujours un peu nerveux à l’approche d’une épreuve, et quelle que soit la course. Mais je vais me pointer et rouler comme je le ferais ici au Canada. Je vais essayer de faire abstraction des noms inscrits sur les tenues, et je vais faire mon travail du mieux que je peux.

Je ne pense pas que le fait qu’il y aura des yeux sur moi me rendra trop nerveux, mais j’espère que je pourrai faire de bonnes courses, et que certaines personnes verront quelque chose en moi, quelque chose avec lequel ils se verraient peut-être travailler à l’avenir …

Une opportunité qui pourrait bien ouvrir des portes pour 2022 … @Richard Lavallee

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