Après deux week-ends compliqués qui l’avaient vu perdre la plaque rouge au profit d’Hunter Lawrence, Eli Tomac s’est offert une revanche à Seattle. Sur un tracé particulièrement exigeant, le pilote KTM a su tirer son épingle du jeu en signant sa troisième victoire de saison. Il reprend confiance avant de passer sur la côte Est. Micro.
Eli, une belle revanche pour toi à Seattle, en quelque sorte. Tu devais ressentir une certaine pression sur tes épaules, non ?
Oui. Je n’ai pas fait de bonnes séances chrono’, même si j’étais un peu mieux dans la seconde que dans la première. Je n’ai pas réussi à faire un bon tour avant la toute fin de la séance en Q1. J’ai un peu galéré. Mais je regardais aussi les autres, et je voyais bien que tout le monde faisait des erreurs. Ce n’était pas une piste facile. Ce n’est d’ailleurs jamais simple à Seattle. On a fait quelques ajustements sur la moto, rien de dingue, et ça m’a aidé. Après ça, il fallait simplement faire de son mieux pour dompter le tracé.
Un endroit m’a particulièrement posé problème, c’était le triple sur table après les whoops. Je ne l’ai pas envoyé avant la finale, et heureusement que j’ai réussi à le faire. Disons que je savais que j’étais un peu moins bien aux essais, mais je savais aussi que les finales allaient être compliquées, et je ne me suis pas laissé abattre.
Quand tu vois que Cooper part en tête, qu’il creuse l’écart, tu te dis que tu vas te satisfaire d’un podium, ou tu te demandes ce qu’il va falloir faire pour aller chercher la victoire ?
Il a été vraiment rapide en début de finale, il sprintait. Moi, je savais que la course allait être particulièrement longue. J’ai vu que je lui reprenais du temps dans les whoops, et une fois que j’ai vu que je passais bien le triple sur table, je me suis dit que j’avais de quoi accrocher son rythme. Ensuite, c’était une bataille pour savoir qui allait rater un enchaînement, qui allait rentrer le plus vite dans les whoops. Mais c’est sûr que Cooper a enchaîné les gros tours en début de finale.
Juste avant le saut d’arrivée, tu recoupais à l’intérieur pour prendre le dernier enchaînement. C’était surprenant de voir à quel point ça s’était dégradé ce soir.
Je gardais cette trace pour la fin de la finale. J’ai bien observé l’enchaînement dans la journée, et je voyais que tout le monde prenait l’extérieur et enchaînait avec un double. Il y a tellement de place dans ces virages qu’on n’y pense pas souvent, mais on peut envisager de couper à l’intérieur et enrouler la première bosse. C’est ce que j’ai fait. J’en avais marre de devoir stresser pour essayer de passer parfaitement dans cet enchaînement. Parce que si tu te loupes avec toutes les ornières, ou si tu gères mal les compressions, ça peut mal tourner. Cette trace à l’intérieur m’a permis d’éviter toutes les ornières en faisant un enchaînement différent. Ça a vraiment été crucial pour moi, ça m’a permis de respirer un peu sur une portion du tracé.

Et l’enchaînement après le sable, il semblait poser problème à beaucoup de pilotes. C’était quoi, en théorie, la meilleure trajectoire ?
J’ai été surpris de voir qu’aux essais, on prenait surtout l’intérieur pour sauter par-dessus le premier virage. C’était franchement technique. De là, on s’est tous mis à essayer de passer à l’extérieur pour pouvoir débuter l’enchaînement avec un triple. Je pensais vraiment que ce serait le plus simple à faire, mais en fait c’est rapidement devenu très technique. C’était probablement l’un des enchaînements les plus délicats qu’on ait jamais eu à prendre. On pouvait faire beaucoup d’enchaînements différents, on pouvait se rater de nombreuses façons. Ça nous a donné mal à la tête à tous, je pense.
Aux trois quarts de la finale, vous étiez proches avec Ken et Cooper. Est-ce que tu as envisagé de passer en mode défense plutôt que de continuer d’attaquer à ce moment-là ?
Je me suis concentré pour aller de l’avant, et surtout pour passer ce fameux triple sur table. C’était vraiment le point le plus important pour gagner du temps. C’est là que j’ai doublé Cooper. Si tu te ratais, tu perdais énormément de temps, peut-être plus d’une demi-seconde. Les retardataires ont aussi été compliqués à gérer. C’est souvent comme ça ici, parce qu’il est difficile de sortir de la trace principale, c’est assez étroit, et tu n’as pas vraiment beaucoup de choix.
Finalement, c’est la première fois de la saison que vous roulez sur une piste aussi meuble. Est-ce qu’on a appris de nouvelles choses sur la KTM ?
Oui. Là, on a roulé sur une piste qui était totalement à l’opposé de la semaine dernière. On a fait quelques petits ajustements, mais rien de fou. Je suis globalement satisfait. La piste était vraiment au maximum de la difficulté. On pouvait encore faire les enchaînements, mais les ornières faisaient peur à voir. Donc je suis content du package qu’on avait pour la finale ce week-end.
En début de saison, tu affichais un grand sourire après les victoires. Là, tu ne sembles pas forcément hyper content.
C’est juste qu’on est dans le rush de la saison, c’est typique. En plus, je n’ai plus la plaque rouge, donc je ne suis pas vraiment satisfait. J’ai connu quelques week-ends compliqués, c’était vraiment frustrant. Ça s’arrête là : on est en plein milieu de la saison, on entre dans une période importante. Bien évidemment, je veux prendre du plaisir, être souriant, mais en même temps j’ai perdu le leadership du championnat. Après avoir connu ces épreuves difficiles, je ne veux pas connaître d’autres complications. C’est le moment de se battre.
Tu mentionnes les difficultés des dernières semaines, on t’a vu mettre du temps à repartir à Glendale. Ça va, de ce côté-là ?
J’ai bien récupéré. J’ai mis du temps à repartir après cette chute. Je ne voulais pas me précipiter et risquer de refaire la même erreur. J’ai frappé le sol assez fort, j’étais bien secoué. Il m’a fallu quelques tours pour reprendre mon rythme. Je me suis fait mal à la jambe, donc j’avais un peu de mal à serrer correctement la moto. Mais à part ça, tout allait bien, et maintenant tout est rentré dans l’ordre.










