Les langues se délient, et cela ne devrait pas particulièrement plaire à Kawasaki USA.
Certains se souviennent encore des déclarations d’Eli Tomac au moment de son départ vers Star Racing Yamaha, lorsqu’il avait évoqué un certain manque de flexibilité au sein du team officiel Kawasaki durant leurs années de collaboration. Des propos qui sont finalement restés en toile de fond… jusqu’à aujourd’hui. Entre la saga Prado en 2025 et le début de saison 2026 pour le moins surprenant de Chase Sexton, le team Monster Energy Kawasaki se retrouve de nouveau sous les projecteurs.
Invité du dernier PulpMX Show, Jake Weimer a décidé de briser le silence — un silence qu’il observait depuis douze ans. L’élément déclencheur ? Les déclarations de Dan Fahie en conférence de presse à Anaheim 2. Interrogé sur les rumeurs évoquant une certaine rigidité dans la gestion technique du programme, le team manager de Monster Energy Kawasaki a balayé ces critiques d’un revers de main en déclarant « Je ne pense pas que ces rumeurs soient fondées, pour être parfaitement honnête. Je ne suis pas du tout d’accord avec ces dernières. Quand Villopoto était là, on a été très flexibles. On a fait tout ce qu’il fallait pour qu’il soit à l’aise, et je pense qu’on fait exactement la même chose aujourd’hui. »
Des propos qui ne sont pas passés pour Jake Weimer. Champion de Supercross 250 (Lites) en 2010 sur la côte Ouest avec Pro Circuit Kawasaki, le pilote américain est ensuite passé chez Factory Kawasaki pendant quatre ans, de 2011 à 2014. Il signera top 5 et podiums, mais derrière les portes fermées, tout était loin d’être facile pour l’ex-coéquipier de Ryan Villopoto, qui a tenu à donner sa version de l’histoire…
Jake Weimer : « On m’a identifié dans ce clip de Dan Fahie, des gens me l’ont envoyé. J’ai toujours été vraiment fier de ma carrière. Tous les choix que j’ai faits, les efforts que j’ai fournis, tout ça mis bout à bout fait que je n’ai jamais eu de mal à fermer l’oeil la nuit. Et ce clip a changé ça. J’étais vraiment en colère quand je l’ai vu. J’ai même hésité à prendre la parole à chaud. J’y ai réfléchi pendant un mois, puis je me suis dit que j’allais parler.
Dan a menti. Il aurait pu dire beaucoup de choses, mais il a choisi de mentir et je ne trouve pas ça correct. Ce qui s’est passé chez Kawasaki a énormément affecté ma carrière. ll y a beaucoup de choses que je n’ai pas pu faire sur la moto. Il n’y avait pas beaucoup d’options disponibles pour les pilotes. Ils avaient un « package ». Je répète mot pour mot ce qu’on m’a dit : « Voilà comment marche notre moto. Tu dois apprendre à la rouler comme ça. » Et pour moi, ce n’était tout simplement pas possible. J’ai réussi à rencontrer un peu de succès, mais c’était surtout grâce à beaucoup de travail de mon côté.
Qu’on soit bien clair, je n’ai pas de problème avec Kawasaki, mais avec Dan. Je pensais que c’était mon ami. C’est d’ailleurs sous l’auvent Kawasaki que je vais quand je suis sur une épreuve aujourd’hui, mais je pense que ça va changer après ce coup de fil.
Je sais qu’ils sont sous le feu des projecteurs en ce moment avec ce qu’il s’est passé avec Jorge l’an dernier et Chase aujourd’hui. Le timing est terrible pour eux. Moi, j’ai gardé ça pour moi pendant 12 ans, et je n’aurais jamais rien dit si Dan n’avait pas dit ce qu’il a dit dans ce clip.
Je les ai, par exemple, suppliés de me laisser tester des tés de fourche d’origine. La moto était vraiment trop rigide de l’avant et trop basse de l’arrière. On avait énormément de feedback dans le guidon, c’était intenable. Je les ai littéralement suppliés, et ils ne m’ont jamais autorisé à le faire. À cet instant précis, j’ai su que c’était la fin pour moi, que je n’arriverais jamais à me remettre sur les bons rails sous cet auvent. Mais une fois parti, il était déjà trop tard. Mentalement, on m’avait anéanti. Je n’avais plus aucune confiance en moi.
Et je ne parle même pas de ce qu’il se passe aujourd’hui, car je n’y suis pas. Je peux voir les photos de la moto de Chase. On a vu des pièces Pro Circuit – tés de fourche, linkage – sur la moto de Chase en début d’année On voit bien qu’ils essaient de développer leur moto pour que leurs pilotes se sentent à l’aise et puissent gagner des courses, des titres. Tout du moins, ça semble être le cas aujourd’hui. Mais leurs difficultés actuelles viennent du manque de testing et de données qu’ils ont choisi de ne pas collecter au cours de ces 20 dernières années. Je pense qu’ils ne savent pas vraiment comment développer une moto qui soit agréable, précise, qui réagit comme on lui demande de réagir.

Ce que Dan a dit sur Ryan, ce n’est pas vrai non plus. Je me souviens d’une discussion du style : « Ryan est capable de gagner avec ce package, donc on ne veut pas trop s’éloigner de cette base par peur qu’il se perde et commence à perdre des courses. » Vous pouvez parler à Ryan. Il sera peut-être plus prudent dans ses propos, mais je peux vous dire qu’il ne passait pas son temps dans le camion à dire à quel point la KX-F était incroyable. Et surtout en Motocross. Oui, il a gagné des titres, mais ce n’était pas facile. Il avait beaucoup de mal en seconde manche. Cette moto nous épuisait. On avait énormément de feedback dans le châssis et dans le guidon, une rigidité permanente qui nous usait physiquement. Demandez à Millsaps ce qu’il a pensé de la moto. Demandez à Hahn. À Reed. À Metcalfe.
Je ne suis pas en train de dire que si Kawasaki avait plus travaillé avec moi, je serais devenu champion en 450. Mais j’aurais pu transformer des septièmes places en cinquièmes, et des cinquièmes en troisièmes. Donc non, chez Kawasaki, ils n’ont pas « tout fait » pour moi. Et ça a eu un impact énorme sur ma carrière. C’était le début de la fin. Je luttais avec la moto.
Avec le recul, j’ai peut-être été trop gentil. J’aurais dû être plus ferme. Il y avait beaucoup de choses qu’on aurait pu essayer, mais ils n’ont pas voulu. Si j’avais pu transformer mes septièmes et huitièmes places en cinquièmes et sixièmes, j’aurais pu signer un contrat d’un autre montant. Ça m’a coûté, de manière réaliste, quelques millions de dollars. J’aurais pu avoir d’autres opportunités, même dans d’autres équipes. Je ne m’attends pas à recevoir un chèque de leur part, mais je pense que Dan me doit des excuses. Chez Kawasaki, ils m’ont regardé souffrir. On m’a sorti par la petite porte, et ça a été le début de la fin.
Oui, j’ai du mal à dormir la nuit à cause de ce clip. Parce que Dan a menti. Et ça compte pour moi. Ça a réellement affecté ma carrière à l’époque. Aujourd’hui, c’est derrière moi, et je suis en paix avec ma carrière. Mais je pense qu’il est important de rappeler que les pilotes sont constamment sous une loupe, tenus responsables de leurs résultats — ou de leur absence de résultats. Dan aussi devrait l’être. Il a joué un rôle dans ma carrière pendant trois ans !
Ryan mérite tout ce qu’il a gagné. Tous ses titres. C’était un monstre. Kawasaki a eu de la chance, mais ce n’était pas un hasard : ils ont fait des pieds et des mains pour le garder. Moi, j’avais besoin d’une moto différente. Dire que « RV gagnait avec la Kawasaki », ça ne veut rien dire. Il aurait gagné avec n’importe quelle marque. Si vous avez acheté une Kawasaki parce que Ryan gagnait dessus, tant mieux, mais ce mec aurait gagné sur une Honda, une Yamaha ou une Suzuki de la même façon. Honnêtement, je pense même qu’il aurait gagné encore plus de courses sur une autre marque. Une moto plus souple, plus facile, moins exigeante physiquement. J’ai roulé sur la même moto que lui. J’ai vécu avec lui, je me suis entraîné avec lui, j’ai partagé énormément de moments avec lui. Ryan était exceptionnel ; il aurait gagné sur n’importe quelle marque. »
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