Après deux GP difficiles en Allemagne et Lettonie, Jeffrey Herlings a renoué avec la victoire à Montevarchi à l’occasion du neuvième rendez-vous de la saison. Le Néerlandais décroche ainsi sa quatrième victoire de Grand Prix cette année, la 116e de sa carrière. Rapide tout au long du week-end, il a su s’adapter à un tracé pourtant loin d’être à son avantage sur le papier. Les bons départs de l’officiel Honda HRC ont été déterminants ce week-end en Italie.
« C’était un bon week-end. J’avais la vitesse pour gagner d’entrée de jeu, mais hier [samedi], j’ai loupé mon départ. En fait, avec Romain et Lucas, on a passé toute la manche à remonter le samedi. C’était une piste sur laquelle il était très difficile de dépasser. Le dimanche, j’ai fait le pari de me placer deux fois à l’intérieur et ça a payé, surtout en première manche. J’ai signé le holeshot et j’ai pu mener la course. Ce n’est jamais facile de rouler en tête. J’ai subi la pression de Maxime toute la manche, puis celle de Lucas quand il est revenu. En venant de Hollande, ce n’est pas vraiment le type de terrain sur lequel on est le plus à l’aise, parce qu’on n’a pas ce genre de terrain chez nous. Je pense que la piste était meilleure le dimanche que le samedi. Hier, pendant les essais chronométrés, c’était — désolé de le dire — dangereux avec la poussière et les pierres. La pluie a aidé le dimanche et c’était clairement mieux. Quand quelque chose est mieux, il faut aussi le reconnaître. Est-ce que c’était parfait ? Non. Mais c’était quand même un peu mieux. J’ai pris un bon départ en première manche, j’ai mené du début à la fin et gagné. Dans la seconde manche, je suis parti autour de la cinquième ou sixième place. J’ai rapidement effectué quelques dépassements parce que je savais que c’était primordial. Ensuite, je n’ai pas réussi à passer Tim, j’ai buté sur lui pendant presque toute la manche. À six ou sept minutes de la fin, j’ai vu que je creusais un peu l’écart sur Lucas et je me suis dit que tant que je parvenais à le contenir derrière moi, je remportais le GP. Que je fasse 1-1 ou 1-2 ne changeait rien, alors je l’ai laissé partir. J’en avais assez de prendre des projections, et ces pierres font vraiment mal. Croyez-moi, en 450, on les sentait bien ! »
En outre, Jeffrey Herlings n’a pas manqué de saluer le travail réalisé par son team Honda HRC Petronas. Une façon de passer l’éponge après les casses mécaniques – consécutives – subies lors des deux derniers grands prix.
« Je signe un 1-2 et une nouvelle victoire en Grand Prix, la quatrième de la saison. Ce n’était clairement pas la piste la plus facile pour moi, mais on a fait le job. Je tiens à remercier Honda Gariboldi ainsi que toute l’équipe Honda HRC Petronas. Ils se donnent à fond dans les bons comme dans les mauvais moments. On a connu deux très mauvais week-ends d’affilée avec des abandons, mais ça fait partie de ce sport qui reste basé sur la mécanique. C’est dommage pour le championnat, car j’ai perdu environ quarante points. Lucas est très performant sur ce type de terrain. On continue de tout donner. C’est la mi-saison, on verra bien comment la suite se déroulera. »
Mais, habitué des déconvenues et notamment sur le plan physique, Jeffrey Herlings relativise: ces problèmes mécaniques successifs sont bien plus faciles à accepter que les nombreuses blessures qu’il a connues au cours de sa carrière.
« Je suis rentré chez moi sur civière à de nombreuses reprises : hanche déboîtée, fémurs cassés, vertèbre fracturée, dos blessé… Alors honnêtement, si on me fait choisir entre une casse moteur ou une fracture de la jambe, mon choix est vite fait: je signe. Ma santé passe avant tout. Mentalement, c’est aussi plus facile à accepter. Un moteur peut être réparé, un os aussi, mais l’os prend généralement beaucoup plus de temps. Personne ne souhaite que ça arrive, mais ça fait partie du sport… »
Le quintuple champion du monde a également tenu à saluer le comportement de Lucas Coenen en piste, soulignant le respect et la maturité dont fait preuve le Belge malgré son jeune âge. Car le leader du mondial MXGP n’a que 19 ans, un âge auquel il serait toujours éligible à l’Europe 250 à ce stade de sa carrière.
« Lucas est un pilote raisonnable et respectueux lorsqu’il s’agit de dépasser. Il n’a jamais été agressif envers moi, ni fait quoi que ce soit de dangereux. En pilotant de cette manière, il peut espérer avoir une longue carrière. Il y a d’autres pilotes — je ne citerai personne — qui sont beaucoup plus agressifs. Avec eux, on ne sait jamais ce qui va se passer et c’est moins fun de rouler contre eux. Aujourd’hui, je pense que tout le monde sera d’accord pour dire que l’objectif principal était simplement de rentrer à la maison en un seul morceau, parce que ce n’était pas un circuit facile. »
Le Néerlandais est également revenu sur les problèmes mécaniques qui ont mis à mal ses espoirs de titre ces dernières semaines.
« En Allemagne, le problème mécanique est apparu dès que je suis entré sur la grille de départ. Je ne sais même pas exactement ce que c’était, mais c’est arrivé d’un coup. Ce n’était pas lié au fait que j’utilise beaucoup l’embrayage, même si je reconnais que j’en abuse parfois. En Lettonie, la moto a simplement chauffé. J’attaquais très fort derrière Lucas pour essayer de le pousser à la faute, sans pour autant être trop agressif. Je lui mettais simplement la pression. Malheureusement, la moto a surchauffé et a cassé. Honda HRC a énormément travaillé pour identifier l’origine du problème et trouver une solution. Je ne connais pas tous les détails techniques et, honnêtement, cela ne m’intéresse pas vraiment. Ce qui compte, c’est qu’on n’a pas rencontré le moindre problème ce week-end. Depuis le début de l’année, on n’avait pas rencontré le moindre problème. Bien sûr, il peut toujours arriver quelque chose : on peut tordre un guidon dans une chute, casser une roue, etc … Mais concernant le moteur, aucun problème avant ces deux GP. C’est dommage, mais c’est comme ça dans le sport mécanique. Je sais que les Japonais de chez HRC prennent ce genre de choses très à cœur et qu’ils travaillent dur pour éviter que cela ne se reproduise. »
Enfin, et ayant désormais plus de recul, Jeffrey Herlings a évoqué son adaptation à la Honda après dix-sept années passées sur KTM.
« Pour moi, la Honda est une moto plus tolérante. Sur ce genre de circuit, elle est plus facile à piloter. Cela ne veut pas dire que la KTM n’est pas bonne. Au contraire, c’est une moto qui a fait ses preuves. Elle gagne aux États-Unis, elle gagne en Europe et Lucas mène actuellement le championnat avec. Mais la Honda a son propre caractère. Elle charge davantage l’avant, alors que la KTM est plus équilibrée vers l’arrière. C’est la principale différence que j’ai dû apprendre à gérer. Ça aide beaucoup sur les pistes dures. Dans le sable, c’est plutôt l’inverse, mais on travaille là-dessus. Depuis le début de la saison, on a énormément progressé dans le sable. Au début et malgré mon expérience dans le sable, ce n’était pas facile pour moi. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’être le second meilleur pilote dans le sable – en général – derrière Lucas. La Honda est déjà très performante partout. C’est encore un prototype, donc on découvre sans cesse de nouvelles choses et on continue à progresser. Comme il s’agit d’une moto très différente, j’ai dû modifier un peu mon style de pilotage, mais l’adaptation a été rapide. »
Avec 4 victoires en 9 GP, Jeffrey Herlings montre qu’il est – encore et toujours – l’un des hommes forts de la catégorie. Malgré l’écart aux points suite à ses deux abandons, le pilote Néerlandais refuse de baisser les bras. À mi-saison, il accuse 56 points de retard sur Lucas Coenen, mais entend bien continuer à se battre pour les victoires et maintenir la pression sur le pilote Belge jusqu’au bout.












