Pas de blessure pour Jeffrey Herlings pendant l’intersaison, mais un virage majeur dans sa carrière : le Néerlandais a quitté KTM pour Honda et s’apprête à disputer sa première saison de mondial en rouge. Objectif : décrocher un sixième titre mondial. À un mois du coup d’envoi du championnat, le recordman de victoires en Grand Prix se confie. Micro.
Jeffrey, tu es avec le team depuis début janvier seulement. C’est difficile d’avoir un timing aussi serré pour se préparer pour l’Argentine ? L’objectif est de gagner plus tard dans la saison ?
Le team a du temps devant lui, mais pas moi, parce que je ne vais pas rouler pendant encore 10 ans. Donc il faut que je décroche des résultats, et rapidement.
Comme tu l’as dit, puisque je n’ai commencé sur la Honda que le 1er janvier et qu’on est début février, j’ai eu très peu de temps pour trouver mes marques et tout gérer : l’équipement, le casque, les bottes, la moto… Bref, tout organiser. J’ai passé 5 ou 6 semaines sur la moto – maximum – jusqu’à aujourd’hui, donc on est encore en phase d’apprentissage et de découverte.
Je pense qu’on a déjà une bonne base, notamment au niveau de la moto. Il y a beaucoup de potentiel, de possibilités avec cette moto. C’est un peu un prototype, c’est une toute nouvelle moto qui vient de sortir, donc clairement : il y a du potentiel.
Mais je dois performer, et je dois performer rapidement. J’en suis conscient. Je n’ai pas le temps d’attendre que la saison avance pour me mettre en route, même s’il me faudra quelques courses pour retrouver le rythme. Le week-end dernier à Mantova, j’ai senti que je manquais encore d’intensité. J’espère que je serai prêt pour le premier Grand Prix et qu’on pourra rapidement commencer à se battre pour les victoires.
Tu sembles bien sur la Honda. Avec le recul, te dis-tu que tu aurais aimé changer de team plus tôt pour expérimenter ces changements et rouler sur une autre moto à un autre stade de ta carrière ?
C’est toujours difficile à dire. Ma collaboration avec KTM s’est aussi très bien passée. J’ai accompli beaucoup de choses avec eux, il n’y a aucun point négatif à retenir. Bien sûr, on a connu des hauts et des bas, mais j’en garde un très bon souvenir.
Ceci étant dit, rouler pour Honda HRC a toujours été un rêve pour moi. Par le passé, nous avons déjà été en pourparlers. J’ai été très proche de signer chez Honda en 2016. Pour moi, Honda était la seule option si je devais quitter KTM. C’était un rêve de gosse.
Aujourd’hui, je suis sur cette CR-F. Je suis vraiment surpris de voir à quel point c’est une moto performante. Je roule sur un tout nouveau prototype, donc ça aurait été plus simple si j’avais roulé sur l’ancien millésime, celui qui avait déjà plusieurs années de développement et avec lequel l’équipe a de l’expérience. Là, on est dans les débuts de cette moto. Mais ça me donne aussi de l’espoir, car je vois qu’il y a énormément de potentiel.
Rejoindre Honda à ce stade de ma carrière, c’est une étape importante. Mais je ne regrette pas de ne pas avoir changé plus tôt, car j’ai aussi vécu de très belles choses dans mon ancienne équipe. Je ne voulais surtout pas passer à côté de cette opportunité de rejoindre Honda HRC. Je suis très content d’avoir pris cette décision.
Ces deux dernières saisons, tu as été blessé avant le début de championnat. Comment as-tu abordé cette année pour éviter que cela ne se reproduise ?
Le motocross reste un sport dangereux, à risque. Les blessures font partie du jeu. L’an dernier, j’ai loupé le début de saison – les deux premiers Grands Prix – et je suis revenu après seulement quelques jours sur la moto. J’ai vraiment dû me reconstruire petit à petit, parce que les premières courses ont été très compliquées après six mois d’arrêt à cause d’une rupture des ligaments croisés.
Là, je me sens en forme. Je ressens quand même le manque de courses, comme on a pu le voir à Mantova : le rythme n’était pas exactement là. Mais c’est pour ça que je participe à ces courses de préparation, pour retrouver de l’intensité avant le premier Grand Prix.
Je n’ai plus énormément d’occasions devant moi pour gagner, donc chaque opportunité, je dois la saisir !
Cette année, ce sera probablement vétérans contre rookies. Est-ce que ça rend les choses excitantes pour toi ?
J’ai surtout l’impression que ce sont toujours les mêmes mecs qui se battent année après année, donc je ne vois pas de grands changements pour l’heure. Il y a quelques jeunes qui arrivent, mais je pense que ce seront les mêmes qui se battront pour le titre en 2026, comme lors des années précédentes. Disons qu’il y a deux ou trois pilotes supplémentaires qui viendront se joindre à la fête.
Mais j’ai hâte. Je pense que je peux encore gagner, sinon je n’aurais même pas envisagé de repartir cette année. Si je regarde les courses de l’an dernier, quand j’étais en bonne santé, j’en ai gagné pas mal, j’ai enchaîné cinq podiums consécutifs et remporté trois des cinq derniers GP.
C’est aussi une nouvelle aventure pour moi, une nouvelle motivation. Après 17 ans avec la même équipe, rejoindre une nouvelle structure pour – potentiellement – deux ou trois années de plus, c’est forcément excitant et motivant.
Ce sera top de rouler contre les rookies, mais le championnat sera très long : 60 manches au total, et tout se jouera sur la régularité. On l’a vu par le passé, et avec Febvre en 2025 : être présent chaque week-end tout en restant constant, c’est ce qui permet de jouer le titre.
On a pu voir Jorge passer de KTM à Kawasaki. Il a eu du mal à s’adapter. Ça t’a inquiété ou plutôt motivé à montrer que c’était possible ?
Passer de KTM à Kawasaki, ce n’est pas la même chose que de passer de KTM à Honda. Je pense que la Honda est plus éprouvée que la Kawasaki. On l’a vu aux USA avec Jett, en Europe avec Tim.
Bien sûr, ça m’a valu quelques nuits à réfléchir, parce que je n’avais jamais testé la Honda avant de signer avec eux. C’était un peu un pari. Je ne savais pas si la CR-F allait me convenir, si elle allait mieux m’aller que la KTM.
Aujourd’hui, maintenant que je roule sur la Honda, je n’ai aucun regret. Comme je l’ai dit, c’est une toute nouvelle moto et vu son niveau de performance actuel, je pense qu’il y a encore beaucoup de potentiel à exploiter. J’ai vraiment hâte de débuter la saison.










