Alors que la saison MXGP 2026 se profile, Louis Vosters répond à nos questions au sujet de son nouveau défi chez Ducati. Après des années passées à piloter et gérer les équipes officielles Yamaha et Fantic, Louis Vosters a repris le programme de la marque Italienne avec trois pilotes aux profils radicalement différents. Vosters a fait gagner Yamaha, puis propulsé Fantic sur les podiums du mondial; qu’en sera-t-il avec Ducati ? Micro.
Louis, pour commencer, comment juge-t-on la journée de Sommières avec ses pilotes ? La piste n’était pas simple.
Oui, on va dire que c’était un terrain particulièrement exigeant, un tracé plutôt technique et assez étroit. Mais je pense que c’était un bon entraînement pour nos pilotes, en prévision des Grands Prix. C’est une très bonne chose pour nous de venir rouler sur des circuits comme ça avant la saison.
On en apprend plus sur des tracés comme Alghero ou Mantova — dans des conditions difficiles — ou sur un tracé comme Sommières ?
Selon moi, il est bon de pouvoir rouler sur des circuits de sable, autant que sur des tracés comme celui-ci. Le week-end prochain, on sera à Lierop, et donc de retour dans le sable. Il nous faut des données, surtout dans notre situation. Ducati est une nouvelle marque, l’expérience est nouvelle pour nous, et il est important pour l’équipe de pouvoir faire des courses sur tous les types de terrains.
On sait que vous avez été à la tête du team Yamaha pendant quelques années, puis à la tête du programme Fantic. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans un nouveau challenge avec Ducati en 2026 ?
La décision était assez simple pour moi. C’était un rêve de longue date. C’est une très bonne marque, ils ont réalisé beaucoup de choses dans le monde de la compétition. Je voulais avoir cette expérience avec eux, faire partie de cette famille. Je suis fan de Ducati, mais je suis avant tout un fan de compétition. C’est bon de pouvoir travailler avec les gens de l’usine, on est en contact avec beaucoup de monde, ils sont à l’écoute. On les écoute en retour, et on essaye de progresser jour après jour. Jusqu’à maintenant, c’est du positif.
Une autre structure avait ce programme en main avant vous, Jeremy roulait chez eux l’an dernier. Est-ce qu’on repart de zéro avec Ducati, ou est-ce qu’on continue le travail avec la base de Maddii ?
Non, je ne sais pas du tout ce qui a été fait avec l’équipe précédente. On a démarré d’une moto de production qui avait eu une amélioration au niveau du moteur. Avec Ducati, on a travaillé, beaucoup travaillé pour franchir des étapes pendant l’hiver, en faisant du testing. Jour après jour, on avance. Évidemment, on sait que ça va prendre un peu de temps avant qu’on soit en mesure d’aller chercher les meilleurs résultats.

Est-ce qu’il y a des attentes particulières de l’usine ? La première année, c’était une année de découverte. J’imagine que chez Ducati, ils attendent des améliorations pour la deuxième saison ?
Honnêtement, je ne sais pas quelles sont les attentes de l’usine. Ils ne nous mettent aucune pression. Mais si on peut régulièrement aller chercher des résultats dans le top 5 durant la saison, je pense qu’ils seront contents. Moi, j’espère qu’on pourra aller chercher quelques podiums. Mais ce qui compte, c’est qu’on fasse de notre mieux, et c’est ce qu’on fait au quotidien. Ce que Ducati attend en termes de résultats ? Je ne sais pas.
On retrouve des profils différents au sein de l’équipe : Andrea est jeune, il arrive chez Ducati. Calvin est expérimenté, mais il découvre aussi la moto. Il y a Jeremy, qui est expérimenté également, et qui connaît déjà la moto. Comment gère-t-on un programme complet, avec 3 pilotes aussi différents, en quelque sorte ?
On va dire que pour l’instant, tout se passe bien dans le fonctionnement de la structure. En janvier, ils ont passé tout le mois en Sardaigne pour s’entraîner ensemble. Après, on est venus en France. Ce que je vois, c’est que le groupe fonctionne bien ensemble. Ils prennent du plaisir et travaillent dur. L’atmosphère est bonne, et la collaboration entre les membres de l’équipe aussi.
L’an dernier, on a vu que la Ducati pouvait prétendre à jouer les podiums et les top 5. Quel a été l’axe de travail pendant l’hiver pour franchir une nouvelle étape avec la Desmo ?
Il est difficile de répondre à cette question. Disons que tout le monde sait et comprend qu’il faut une moto capable de gagner, mais aussi une moto capable de partir devant pour aller chercher de bons résultats. On comprend ça, et Ducati le comprend également. Ils ont fait de gros progrès à ce niveau-là, et on s’attend à de nouvelles améliorations prochainement.
On a discuté avec Maxime Renaux concernant les rumeurs de l’an dernier et de sa possible signature chez Ducati. Sur le tard, c’est finalement Vlaanderen qui a été recruté. Quelle est votre version de l’histoire ? Maxime aurait été un bon atout pour le team, lui aussi.
Oui. On aurait aimé l’avoir au sein de notre équipe, mais dans le même temps, je suis très content d’avoir un pilote comme Calvin Vlaanderen aussi. Disons que c’était plus ou moins un problème de contrat de leur côté, qu’ils n’ont pas pu résoudre. Ni moi, ni Ducati n’étions impliqués à ce niveau-là. Ducati a simplement dit à Maxime que, quand il serait libre de tout contrat, il serait le bienvenu chez eux. Ça ne s’est pas fait. Ça aurait été une bonne chose pour notre équipe et pour Ducati. Calvin, lui, était dans une situation opposée en finalité. Au bout du compte, Ducati a signé Calvin, et je suis très content de l’avoir avec nous, car je pense qu’avec lui aussi, on peut faire de belles choses.

À deux petites semaines du premier GP, est-ce qu’on est à jour sur le programme ? On dirait qu’on est en avance, en retard, à l’heure ?
On est plutôt bien, mais pas exactement là où on voudrait être, pour être très franc. Il nous reste encore du travail à faire avec Ducati. Mais je pense, et j’espère, qu’après 4 ou 5 Grands Prix, on sera à 100 %. Mais pour l’heure, il nous faut encore travailler.
Encore une fois, il est difficile d’expliquer ce qu’il nous manque en détail. Comme je l’ai dit, on travaille bien avec Ducati, tout se passe très bien, mais Rome ne s’est pas faite en un jour. Créer de nouvelles pièces demande du temps, il faut comprendre quelle pièce demander également. L’usine travaille dur et je suis persuadé qu’ensemble, on arrivera à atteindre le niveau qu’on vise, avec une moto prête à 100 % à rivaliser en compétition.
J’aimerais terminer par quelques questions d’opinion. Glenn Coldenhoff ne roulera pas sur les GP cette année. Il a roulé pour vous pendant des années. Il a terminé 3ᵉ du championnat en 2025, et n’a pas trouvé de guidon à la hauteur de ses ambitions. On analyse comment ce signal, pour le sport en général ?
Ce n’est pas une bonne chose du tout pour le sport. Glenn a été avec moi chez Yamaha puis ensuite Fantic, cinq ans au total. J’étais vraiment content de l’avoir avec moi, mais on a changé de constructeur et, dans ce cas précis, j’ai suivi et accepté les choix de la marque. J’ai toujours été un grand fan de Glenn, pour moi c’était comme un membre de ma famille. Il a vraiment bien roulé l’an dernier en décrochant six podiums et en terminant troisième du championnat. C’était une très bonne année pour lui. D’un autre côté, il a aussi fêté ses 35 ans. Il devient plus vieux, et je pense qu’il a fait l’une des plus belles années de sa carrière l’an dernier. Mais ça reste un mauvais signal pour le sport, et voir un pilote qui termine troisième du mondial ne pas trouver de guidon, ce n’est pas correct.
J’ai fait un sujet avec Giacomo Gariboldi, dans l’optique d’avoir son opinion sur les façons d’augmenter la valeur des teams et du championnat du monde. J’aimerais vous poser la même question : comment fait-on pour attirer plus de gens vers notre sport ?
Pour moi, le plus important, c’est que notre sport soit visible. Nous, on est déjà dans ce sport : on sait sur quelle chaîne il va être diffusé, on sait comment le regarder avec un abonnement via la plateforme MXGP. Mais je vois que dans notre pays — les Pays-Bas — on peut voir du patin à glace et du vélo toute la journée à la télévision, c’est incroyable. Ces sports prennent une ampleur dingue, et de plus en plus de gens regardent le vélo, le football, le patin à glace, car il passe à la TV. Si notre sport ne devient pas plus visible, ce sera très compliqué. Pour moi, le plus important, c’est que le Motocross passe sur les bonnes chaînes de télévision, dans le plus de pays possible, et pas seulement sur des chaînes spécialisées ou sur la plateforme MXGP.
Non. Il faut que les gens puissent trouver notre sport sur les chaînes nationales facilement. Pour moi, c’est vraiment le point clé. Également, on se doit d’être professionnel dans la façon dont on montre notre sport. Pour l’heure, on ne s’en sort pas trop mal, mais il faut que le Motocross soit visible, que les gens puissent voir les courses.

Et au niveau de votre team, qu’avez-vous fait pour attirer de nouveaux partenaires, investisseurs, sur un plan personnel ?
On essaye d’être le plus professionnel possible, sur les courses mais aussi au niveau de notre atelier. Tout est fait de ce côté-là. C’est vraiment un point important pour les gens de l’extérieur, de travailler sur cette image. Je suis comme ça, c’est comme ça que je veux travailler, et c’est comme ça que j’ai travaillé avec mon entreprise par le passé. On doit être professionnel pour montrer aux gens qui on est, et comment on travaille. On veut leur montrer que ce sport est beau à voir, à regarder, qu’il faut suivre le travail des teams ; c’est très important.
Pour finir, si vous aviez les clefs d’Infront Moto Racing, quel serait le premier changement que vous feriez au niveau du championnat du monde MXGP ?
C’est une question difficile. Pour moi, à l’heure actuelle, la situation est plutôt bonne. Je suis content qu’on ne dispute plus 20 GP cette année, mais 19. C’est déjà beaucoup et je pense qu’il faudrait penser aux équipes qui ne sont pas soutenues par les usines, pour qu’elles puissent suivre le même programme que nous, que ce ne soit pas trop compliqué, et trop cher pour elles. Peut-être que 16 épreuves, ce serait assez pour notre sport. C’est un point qui me semble important. Ceci dit, je trouve qu’Infront fait du bon travail. Ils ont permis d’amener le Motocross à un nouveau niveau de professionnalisme et c’est une bonne chose. Pour moi, c’est la visibilité qui est le nerf de tout ça, il faut que les gens puissent voir notre sport, et ce qu’on fait !




