Amandine Verstappen (MXF), Mathis Barthez (125), Arnaud Colson (250) et Tanguy Prost (450) ont une chose en commun : tous les quatre sont devenus champions de France National en 2025. Si les trois premiers cités font partie intégrante du plateau national depuis déjà plusieurs saisons, Tanguy Prost reste, lui, moins connu du grand public — et pour cause.
Originaire de l’Est de la France, Tanguy avait axé son programme sportif en Suisse ces cinq dernières années. Fini les compétitions helvétiques : en 2025, il s’est engagé dans l’Hexagone pour son premier mandat en Coupe de France National 450. Vainqueur ou deuxième à chaque épreuve du championnat, Tanguy Prost a décroché la couronne nationale, tout en s’illustrant également sur quelques courses Inter’.
Mais qui c’est, ce Tanguy Prost ? Pour y répondre, on décidé de mettre un coup de projecteur sur un pilote discret, mais généreux sur la poignée de gaz. Micro.
Tanguy. Tu es devenu champion de France National 450 en 2025, et je pense que beaucoup de gens se sont posés la question, alors on va commencer par là… D’où sors‑tu ? [rires]
[rires]. Je suis originaire de Saint-Dizier en Champagne-Ardenne, en région Grand-Est. J’ai 24 ans, et je fais de la moto par passion depuis l’âge de 3 ans. J’ai commencé dans mon jardin, car mon père roulait également à un niveau régional.
Tu es un Français qui a axé son programme en Suisse ces dernières années, même si on a pu te voir en piste ici et là – un peu au compte-gouttes – que ce soit sur l’Elite, le National ou la Ligue. Pourquoi avoir pris cette direction fin 2019 ?
Exact. En fait, j’ai signé mon premier « contrat pro » avec MX Academy Honda – fin 2019 – pour la saison 2020. Pourquoi ? Simplement parce que j’avais un deal imbattable pour mon niveau. J’avais motos / équipements / prime de résultat. C’était le rêve pour un pilote. Il y avait beaucoup moins de stress financier pour la famille. De plus, on roulait sur des circuits de folie tous les ans. Personnellement, le championnat suisse m’a permis d’atteindre mon niveau actuel, car on roulait tout le temps sur des circuits truffés d’ornières et de trous, dans tous les sens. Il fallait être costaud sinon tu te retrouvais avec la langue dans la chaîne. Ensuite, je suis revenu sur quelques épreuves en France pour voir où je me situais, pour l’avenir. Je reste avant tout un pilote français, je savais que j’allais finir par revenir, mais je voulais revenir pour essayer de performer.
Dans les grandes lignes, quel a été ton parcours dans le sport et au niveau compétition, jusqu’à présent ?
Il est assez simple. J’ai commencé par le championnat Ufolep, puis j’ai fait de la ligue. De là, mon père m’a demandé si je voulais me lancer sur le Minivert à 7 ans. Je me suis retrouvé en catégorie Poussins (65 cc), et j’ai dû finir aux alentours de la 70ᵉ place au championnat [rires]. J’avais un avenir prometteur ! J’ai suivi une filière basique en passant par le Benjamin, le Cadet, sur lequel j’ai signé une quatrième place pour meilleur résultat. J’ai été sélectionné en collectif Espoir FFM, et j’ai eu plusieurs sélections en équipe de France. L’étape du Junior est arrivée assez vite – à 13 ans – car j’étais très grand. J’ai ramené une septième place pour meilleur résultat et on a stoppé le championnat de France pour des raisons financières.
De là, je suis resté en ligue en 125 cc, je me suis testé au Supercross, sur le sable. Je me suis blessé en Supercross, et – avance rapide – je suis monté en 450 cc à 16 ans sur ma ligue. Je me suis rapidement battu pour les podiums, j’ai refait un peu de SX Tour en SX1, je suis passé par l’ADAC avec KMP Honda, puis sur le championnat suisse, et nous voilà en 2026 !
Qu’est-ce qui a motivé ton engagement sur le National 450 cc en 2025 ?
Avant la saison, on hésitait entre Elite et National. On a attendu les calendriers pour se décider, puis quand on a vu qu’il y avait deux épreuves du National organisées en région Grand Est, on n’a même pas eu besoin de réfléchir bien longtemps. C’était beaucoup plus économique pour nous lors du retour sur les championnats de France à plein temps.
Je ne sais pas quels étaient tes objectifs, mais tu décroches le titre après une belle bataille avec Tino Basso. Quel est le bilan de cette saison 2025 ?
L’objectif était clair dès le début : viser le titre. La saison a été vraiment parfaite, on a réussi à faire un gros hiver au niveau moto, j’avais un peu plus de partenaires donc la possibilité de faire des heures à l’entraînement. Je savais qu’il fallait répondre présent tout de suite dès l’ouverture du championnat, pour ensuite pouvoir gérer la saison et avoir un pilotage plus réfléchi, ne pas être dans le rush à vouloir rattraper les autres, car c’est là que la chute et la blessure arrivent le plus souvent. J’ai fait un National parfait, jamais pire que deuxième du général des épreuves. J’ai aussi fait des courses internationales – Sommières / Sainte-Austreberthe / La Barre-en-Ouche – pour prendre un maximum d’informations sur le comportement de la KTM et faire le point sur ma condition physique pour les années suivantes. J’ai signé une belle performance sur le dernier Inter’ avec une manche 5ᵉ contre les tops de l’Elite français. Pour finir, je décroche le titre de champion de ligue Grand Est en ayant remporté toutes les épreuves.

Vient la question de savoir pourquoi tu n’as pas été présent sur l’Elite MX1 en 2025. Ton principal adversaire, Tino, a fait quasiment tous les rounds.
Je n’ai pas participé à l’Elite car c’était compliqué financièrement parlant, mais aussi au niveau de la logistique. Je suis tout seul avec mon père, ma mère et ma copine pour tout gérer : l’aspect mécanique, l’entraînement physique, les finances, etc. Il était impossible pour nous de faire deux championnats de France en simultané, car à côté de tout cela je suis éducateur moto (DEJEPS). Dès que j’ai des week-ends de libre, je fais des stages pour financer le reste de ma saison, et pour cette première année en France, je ne voulais pas m’éparpiller.
On a eu l’occasion de discuter pendant l’année, et tu me laissais savoir que tu te débrouillais seul. Tu peux détailler ton programme ?
Oui. Je suis diplômé du DEJEPS, donc ça me permet de m’autogérer. Je fais mes propres programmes sportifs, mes propres tests, mes entraînements moto spécifiques, et ça demande du temps. Je suis à fond dans la préparation physique et la moto dès que je le peux avec la météo, et quand la logistique le permet. Je travaille à mon compte avec mon école de pilotage – JMP Camp’s – dont je suis très fier des résultats en deux ans, avec de multiples titres de champion de ligue du 50 cc au 450 cc, en passant par les catégories trophées, championnat de France et des top 5/10 sur le National avec mes pilotes.
Côté mécanique, on se débrouille avec mon père, on fait l’entretien complet à la maison. On se débrouille aussi financièrement, avec l’aide de partenaires. Ils me soutiennent de plus en plus, alors merci à eux de me permettre de boucler les budgets. Je n’ai pas de partenaire pour les motos, pas de concession qui m’aide. Je vais acheter ma moto là où elle est la moins chère sur l’instant T. Pour les pneus, les pièces, c’est le même principe. Je fais comme n’importe quel pilote qui ferait la ligue, mais j’ai des heures de roulage bien plus importantes, donc je passe beaucoup de consommables à l’entraînement et je me serre la ceinture pendant l’année pour boucler ma saison.
C’est une histoire de famille, à 200 %, mais avec des objectifs qui progressent. On est fiers de pouvoir gravir ces étapes petit à petit.
Un titre de champion de France, c’est un beau titre à accrocher à son palmarès. Ça permet des retombées, ou c’est juste sympa sur le CV, finalement ?
Le titre ne m’a pas permis de décrocher d’opportunité avec une marque ou une concession. Je suis toujours seul. Soit on ne me répond pas, soit on me propose des avantages que j’ai déjà en me débrouillant de mon côté avec mon compte professionnel, ou celui de mon père. Disons que ça veut m’aider, mais pas trop [rires]. J’ai quand même réussi à gagner la confiance de quelques entreprises dans l’extra-sportif, et je les remercie énormément de m’accorder leur confiance et leur soutien pour l’avenir. Disons que ce titre m’a fait gagner en visibilité au niveau de mon école de pilotage, plus que sur le plan sportif à proprement parler. Après, je suis quand même satisfait, parce que faire du sport à haut niveau, ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire indéfiniment.
Je suis curieux d’avoir ton avis sur le National vis-à-vis de l’Elite. En 2025, et au regard des chiffres, le National 450 a eu plus de popularité que l’Elite MX1 : plus de pilotes engagés sur les épreuves, plus de pilotes classés en fin de saison, plus d’épreuves participées par pilote, etc. Selon toi, à quoi est-ce dû ?
Je pense que déjà ça vient du fait que sur le championnat de France Elite, les premiers seront toujours les mêmes, peu importe la situation. Donc un pilote qui joue le top 5 en ligue ne pourra pas espérer faire mieux que 12 à 20 sur l’Elite. Il va repartir avec 100 €, et ça ne couvrira même pas son engagement qui est à 110 €. Je pense que les pilotes préfèrent le National, qui permet de se battre plus haut dans le classement, et même d’avoir une meilleure visibilité. Il y a aussi la gestion des pistes lors des épreuves. C’est de plus en plus compliqué d’avoir une piste parfaitement préparée à la hauteur du championnat de France Elite. Je pense que les pilotes préfèrent rester chez eux ou rouler dans leurs ligues, que de traverser la France pour retrouver des conditions pas plus exceptionnelles que ça, alors qu’on est quand même en train de parler de la vitrine du motocross français : c’est le plus gros championnat en France.
J’aimerais te proposer une mise en situation. Imaginons : tu montes sur l’Elite MX1 en 2026 et tu accroches la cinquième place finale du championnat. Quelles sont les perspectives d’évolution – réelles – par la suite ? Si je te pose cette question, c’est parce que c’est exactement la situation dans laquelle s’est retrouvé Jason Clermont. Tu lui as succédé en décrochant le titre sur le Nat.450 en 2025. Il n’est plus éligible à la catégorie, il porte des parpaings toute la semaine, et on lui dit qu’il n’a pas d’autre choix que de rouler sur l’Elite face à des pilotes de GP, et des gars qui roulent toute la semaine. Un avis ?
Je pense que le système est bien. Le problème d’un gars comme Jason, si on remet dans le contexte, c’est qu’il fait 5ᵉ dans son pays et qu’il ne gagne rien. S’il fait 6ᵉ ou 7ᵉ d’une journée, il a pris 500 €. Moi, une saison, ça va me coûter plus de 35 000 €, et on parle juste de la moto. Donc si tu fais ces résultats-là sur six courses, tu vas prendre 3 500 €. Donc un gars comme Jason est techniquement le cinquième meilleur pilote MX1 en France, et il doit préparer sa saison d’Elite 2026 en ayant fait rentrer 3 600 €. Le système peut fonctionner, mais seulement si les primes de résultats et les primes de championnats sont plus élevées, que ce soit via des partenaires ou via la fédération directement. De là, il y aurait du monde derrière les grilles lors des épreuves, et donc du spectacle, et donc du public…

Et ça se passe comment, en Suisse, avec ton expérience ? On pourrait avoir des choses à apprendre, ou s’inspirer de ce qui se fait là bas ?
L’avantage de la Suisse, c’est qu’il y a beaucoup d’équipes qui sont prêtes à mettre la main au portefeuille pour t’aider financièrement ou avec du matériel. Ils sont vraiment dans le sport à 100 %. Je dirais qu’ils ont un peu la même mentalité qu’aux USA, avec des budgets beaucoup moins conséquents. La fédération suisse met le paquet pour que le sport ait une visibilité maximale, avec des retransmissions des épreuves, comme en Italie ou en Allemagne. Ils axent également la visibilité sur les partenaires et les marques, pas comme nous en France. En France, il ne reste plus que les gros distributeurs, les marques sont parties. Là où on devrait s’inspirer, c’est au niveau de la préparation des circuits. Quelle que soit la nature de la piste, c’est toujours défoncé et truffé d’ornières en Suisse.
Tiens, on compare comment le niveau entre la Suisse et la France ?
Le niveau en France est quand même plus élevé qu’en Suisse, et en général que dans d’autres pays d’Europe, même si on peut voir quelques exceptions avec l’Allemagne, où il y a des mecs qui sont au-dessus du lot. On sait que la France, c’est le pays où on retrouve le plus haut niveau en motocross.
La Suisse, déjà, c’est plus petit. Donc par contraction, tu as moins de pilotes qui roulent, et si tu as moins de pilotes qui roulent, tu auras moins de pilotes professionnels qui vont sortir. C’est mathématique.
Mais le niveau en Suisse évolue. Quand je suis arrivé là-bas, en 2020, j’avais 18 ans et je roulais en 450. Je faisais de bonnes places avec peu de moto et d’entraînement dans les jambes, et je n’avais pas vraiment encore compris l’entraînement comme je le comprends aujourd’hui. J’arrivais à jouer le top 5 pour ma seconde saison de 450. Quelques années plus tard, pour ma dernière année en Suisse, je jouais les mêmes places alors que j’avais plus d’expérience, plus de physique, plus de vitesse, etc. Je pense que le niveau technique est moins élevé en Suisse, mais ça évolue dans le bon sens, car de plus en plus d’étrangers vont rouler en Suisse. En fait, les Suisses sont à fond sur le physique, ils roulent pour le résultat. Ce sont des machines de guerre au niveau physique. Du premier au dernier tour, les mecs ont la même intensité et la même vitesse. Tu vois aussi des mecs qui sont moins rapides en chrono que pendant les manches. C’est quand même rare de retrouver ça, en France, avec mon expérience.
En plus, en Suisse, ils roulent sur des pistes très détériorées par rapport à nous. Après, si tu prends un Suisse et que tu le mets en France, il va avoir du mal. Les pistes ne sont pas préparées pareil, on sait que chez nous elles sont assez glissantes, sur un fond dur. On sait à quoi s’attendre et quoi faire techniquement. En Suisse, tu ne retrouves pas vraiment de pistes qui se dament, avec un fond qui devient béton. En France, ça arrive souvent. Le style de pilotage est différent. Je pense qu’un Suisse qui viendra rouler en France n’aura pas les mêmes résultats que chez lui, alors qu’un pilote qui roule devant sur l’Elite roulera devant en Suisse.
Quels sont les projets, le programme et les ambitions pour 2026 ?
Je travaille pour me rapprocher du Top 5 sur l’Elite MX1, et pourquoi pas profiter de quelques faits de course pour toucher un podium ? Je sais que ce n’est pas simple, que ça ne se fera peut-être jamais, mais ça reste un de mes objectifs. Mais pour y parvenir, il faut se donner à 100 % 24 h/24. Comme mon père m’a toujours dit : « Si tu n’essayes pas, tu ne sauras pas ». Donc on va essayer. En parallèle, je vais faire des Inter’ pour garder du rythme toute l’année et essayer de grappiller quelques euros !
Compte tenu de tes objectifs pour la saison 2026, comment vas-tu adapter ton programme et ta préparation par rapport à l’an dernier ?
J’ai commencé ma préparation à peu près à la même période, fin octobre. J’y suis allé petit à petit pour essayer d’avoir un volume de travail un peu plus important que l’an passé. Selon la période et la météo, je dois faire 10 à 15 heures de sport par semaine. L’an dernier, on était plus sur du 10 heures maximum. J’ai surtout fait plus en quantité, sans chercher à faire forcément plus en intensité. L’objectif était de pouvoir passer un cap physiquement, être capable de me battre pendant 25/30 minutes en étant en possession de mes moyens, en gardant les idées claires. C’est le plus important, car quand on arrive en fin de manche et qu’on commence à être usé, c’est souvent là que notre attention se dégrade sans qu’on s’en rende compte. Le problème, c’est qu’on veut toujours garder le même rythme, la même vitesse, et c’est là que l’erreur arrive, car physiquement ça ne suit pas. Je veux pouvoir rester lucide pendant mes manches, grâce au physique.
Au niveau de la moto, on n’a pas changé grand-chose. En France, on a souvent le même type de piste, la même texture de sol hormis quelques exceptions. Niveau moteur, on n’a pas touché à grand-chose, on est resté sur la même base. Je suis bien parti cette année, que ce soit sur le National ou sur les Inter’, donc on n’est pas trop mal. Qu’on parte sur une grille ou sur la terre d’ailleurs, je suis quasiment tout le temps dans le top 3 dans le premier virage, on a une bonne base.
Le plus gros travail a été fait sur les suspensions, car mon père est préparateur depuis plus de trente ans. Il a son expérience du milieu, et moi j’ai mon niveau qui a évolué d’année en année. On sait que sur l’Elite, ça va plus vite, les chocs sont plus importants, les pistes sont plus rapides, etc. On ne tourne pas autour de piquets comme en ligue ou sur certains terrains du National. On va avoir beaucoup plus de vitesse sur l’Elite que sur le National, donc il va falloir une moto relativement plus dure au niveau des suspensions. On perd un peu en confort, mais on ne peut pas rouler sur un canapé en allant très vite.
Niveau moto pure, on a quand même passé moins de temps dessus cet hiver à cause de la météo assez capricieuse dans le nord-est de la France. On a eu de la neige, du gel pendant deux semaines, des -5 °C et compagnie.







