Valentin Teillet remet le pied à l’étrier en 2026, et repart sur le championnat d’Europe 125 avec sa structure 737 performance. Désormais, ce sont trois pilotes qui évoluent sous sa coupe: Rafael Mennillo, Leo Diss-Fenard et Eliot Buyscchaert. Pourquoi ce retour ? Quelles sont les ambitions ? Quel est le premier bilan ? Valentin nous apporte les réponses. Micro.
Valentin, première de l’année à Almonte. Tu termines 22e, 25e et 30e avec tes pilotes. J’imagine que ce ne sont pas exactement les résultats qu’on espérait. Bilan ?
Oui. C’est la première épreuve de l’année, donc il faut comprendre que c’est toujours un peu spécial. On était dans des conditions assez particulières, dans du sable. On sait que ce n’est pas vraiment la spécialité de nos pilotes, qui sont encore jeunes et qui apprennent. Ceci dit, c’est pareil pour tout le monde. C’est mitigé, en fait.
Il y a de très bonnes choses, et d’autres qui ne sont pas bonnes. Dans les points négatifs, on va relever les chronos. Ils se sont tiré une balle dans les pieds lors des chronos. Avec mon expérience, je sais qu’une bonne séance chronométrée sur l’Europe est primordiale. Tu as une meilleure place sur la grille, plus de chances de partir devant. Et sur ce championnat, c’est d’autant plus important de faire un bon départ. On l’a vu ce week-end : ceux qui ont pris de bons départs ont réussi à s’en sortir. Premier constat, Rafael, Leo et Eliot se sont tiré une balle dans le pied dès les chronos. Je ne suis pas content de cette partie-là, car je savais que ça allait être compliqué pour eux derrière.
Par contre, je ne peux pas leur enlever qu’ils n’ont rien lâché. Ça, c’est le point positif. Je veux que mes pilotes se battent jusqu’au bout. Ils ont appris le pilotage dans le sable sur ce type de terrain tout au long du week-end. Leur pilotage s’est ouvert, amélioré, il y a eu des dépassements, et j’ai vu des pilotes qui ne lâchaient pas, qui ne se laissaient pas faire.
Rafael est parti 32e en seconde manche, et il est remonté 17e. Il n’a pas lâché, c’est bien.
Eliot n’a aucune expérience de l’Europe 125. Il découvre clairement le championnat. Pour lui, ce n’était pas évident. Je ne m’attendais pas à beaucoup mieux pour son premier week-end dans ces conditions difficiles.
Pour Léo, je m’attendais quand même à mieux, car je sais qu’il est capable de beaucoup mieux. Mais je pense qu’il va se servir de ce week-end pour réagir en Suisse. Je pense que les pilotes vont se rendre compte qu’il y a encore du boulot. Là, ils savent qu’il faut se bouger dès les chronos, parce que c’est la guerre. Il va falloir que mes pilotes montrent qu’ils ont leur place.
Si les chronos ont posé problème, comment on bosse là-dessus ?
À un moment donné, il faut vraiment se donner les moyens. Je ne dis pas qu’ils ne l’ont pas fait, mais toute cette atmosphère, cette pression, le monde autour fait que — selon moi — ils n’ont pas bien abordé les chronos. Ce sont les 25 minutes qui comptent le plus. En Suisse, il va falloir qu’ils y aillent à bloc pendant 25 minutes.
Vous n’avez pas fait de course d’intersaison. Pourquoi cette stratégie, et est-ce qu’on ne l’a pas payée ce week-end finalement ?
Léo devait faire une course de préparation à Mantova, mais malheureusement il est tombé malade. Rafael s’est fait opérer de la clavicule, on est resté un peu discret là-dessus, mais il s’est fait enlever une plaque il y a quelques semaines. Pour Eliot, il a une grosse saison devant lui.
La première épreuve du championnat de France à Castelnau nous servait en même temps de course de préparation pour l’Europe, on a décidé de faire ça comme ça. Cette saison va être très énergivore pour tout le monde. Il va y avoir beaucoup de courses, même pour nous, on ne va pas se le cacher.

Après Mathis, tu avais pris tes distances avec l’Europe, tu avais voulu prendre du temps pour toi, pour ta famille. Qu’est-ce qui t’a décidé à repartir cette année ?
Les années en 125cc, c’étaient les plus belles années du team. J’ai vraiment ressenti que mon ADN, c’était avec les jeunes. Et ce depuis plusieurs années. On a eu l’opportunité de pouvoir repartir. La fédération française nous donne aussi un coup de main, même si ça ne couvre pas tous les frais, ça aide un petit peu. J’avais connu des années de folie avec Mathis, on roulait devant, c’était un truc de malade. Je voulais revivre ça.
La structure a bien changé, on a mis en place certaines choses. Le but, c’est de se développer. On fait une première année avec des jeunes pilotes, mais on ne veut pas gâcher cette première saison. J’aimerais qu’on pose les bases, je veux vraiment me donner à fond pendant deux ans sur l’Europe 125, voir où ça va nous amener. On aimerait bien avoir une aide appropriée aux efforts qu’on fait, comme l’aide d’une marque par exemple. On est chez KTM, on espère pouvoir leur montrer de quoi on est capable. Niveau infrastructure et pilotes, ce serait bien d’avoir le plus d’aide possible.
La fédération soutient trois teams sur l’Europe 125 cette année : le tien, MJC et TMX. C’était le moment ou jamais pour que la FFM mette la main à la pâte, vu la génération qui arrive ?
Oui. On a eu plusieurs discussions depuis plusieurs années là-dessus. Cette année, la FFM a décidé de vraiment franchir le cap. Aujourd’hui, leur aide va couvrir environ un quart des frais. Sans cette aide, on ne repartait pas comme ça. Les gens ne se rendent pas forcément compte, mais c’est énormément de boulot. Regarde l’état du camion ce week-end. Rien que de tout laver, ça va prendre la semaine et il va falloir aller en Suisse le week-end prochain. C’est une organisation de fou, et une saison représente environ 200 000 €. Aujourd’hui, on sait où on met les pieds, mais ça demande beaucoup d’efforts et de boulot.
Tu aurais pu repartir sans ce soutien de la FFM ?
Différemment. Peut-être que je n’aurais pas pris une semi-remorque. On a beaucoup de partenaires qui nous aident et je les remercie du fond du cœur. Je veux vraiment insister là-dessus, parce qu’on a des partenaires qui nous aident depuis des années, depuis le début du team, et je sais qu’ils ne me lâcheront pas. C’est super, et ça me permet aussi de pouvoir me projeter et avancer. Aujourd’hui, on peut être fiers. Le team a une bonne gueule, et les pilotes se sentent bien chez nous.
Quelle est ta vision sur le long terme avec ta structure ? Repartir avec des jeunes, ça veut dire prendre le temps de leur permettre de se développer, et donc devoir les accompagner.
Là, on se donne à fond sur deux ans avec ce programme sur l’Europe 125. Le but, c’est de faire monter les pilotes et de faire évoluer la structure sur deux ans pour qu’on ait cette crédibilité. Je pense avoir cette chance aujourd’hui — sans prétention — d’avoir une structure complète. On a une semi, des aides, des motos et une partie coaching. Je suis à fond derrière les pilotes, j’ai le rôle de team manager, mais mon rôle principal, c’est d’être coach. La structure est gérée entièrement en interne, de A à Z, et il n’y en a pas beaucoup qui fonctionnent comme ça dans le paddock.
Évidemment, on apprend, on évolue tout le temps. Mais franchement, c’est quand même un plus pour eux. Moi, ce qui m’intéresse le plus, c’est vraiment de mettre en place une belle infrastructure et de pouvoir tout gérer. Après, je suis conscient qu’il faut que j’apprenne encore de mon côté: on est sur une envergure plus importante.

Un mot sur Mathis Valin. Quand tu vois où il en est aujourd’hui, il doit y avoir une part de fierté, non ? Aujourd’hui, tu n’es plus impliqué avec lui, mais s’il en est arrivé là, c’est aussi en partie grâce à toi.
Je suis le premier à être très fier de Mathis. D’ailleurs, à chaque fois qu’on vient sur une course, je ne manque aucune de ses sessions. J’aime bien voir son évolution. C’est vraiment une belle fierté. C’est vrai que mes meilleures années avec le team, c’est ce qu’on a fait ensemble à l’époque du 125cc.
On n’avait pas de gros moyens, mais on les a limite torchés ! On y est allés avec la force du poignet. On est passés par des étapes difficiles ensemble, c’est aussi ce qui fait qu’on a ce lien particulier aujourd’hui. Je pense que ça l’a aussi forgé ; il a un bon mental.
Je ne le remercierai jamais assez de m’avoir fait confiance, tout comme ses parents. Ses parents me l’ont laissé à 100 %. Ils ne se sont jamais mis en travers de mon chemin. Ils m’ont fait confiance à 100 %.
Si tu n’avais pas connu ce succès avec Mathis, est-ce que tu aurais pris cette direction avec ta structure, avec ton coaching ?
Je ne me suis jamais trop posé la question. En fait, quand j’ai monté ce team en 2020, je ne savais pas du tout dans quoi je mettais les pieds. Je voulais juste pouvoir être fier d’avoir des pilotes qui roulent avec ma structure, essayer de trouver du budget et faire du bon boulot. Après, avec Mathis, tout est arrivé très vite. On n’a pas continué sur l’Europe 250 car je n’étais pas prêt, je fondais une famille, etc.
J’ai connu ma vie de pilote, j’ai passé ma vie sur les terrains. C’est dur, mais c’est différent. En tant que pilote, tu arrives, tu mets ta tenue, tes bottes, et tu roules. Là, la gestion d’une équipe, c’est un boulot énorme et je n’imaginais pas ça aux débuts. Tu dois organiser une semi-remorque qui part des jours à l’avance, qui met des jours à rentrer, etc.
Ce que je fais, je le fais parce que ça me plaît. S’il n’y avait pas eu cette réussite avec Mathis, peut-être qu’on l’aurait fait quand même. Je me fais prendre au jeu aussi, car ça me plaît vraiment. Après, je ne sais pas si je le ferai encore dans 10 ou 15 ans ; on verra.








