Après trois saisons couronnées de succès aux États-Unis, Tom Vialle est de retour en Europe avec de nouveaux défis à la clé : un changement de marque, une montée en catégorie et une première saison en MXGP. Vainqueur du GP de Suisse, sur le podium en Argentine et en Italie, il revient avec notre confrère Andy McKinstry sur son choix de rentrer en Europe pour effectuer ses débuts dans la catégorie reine.
Tom, on avait parlé lors du Supercross de Paris il y a quelques années, et tu m’avais dit que ton objectif sur le long terme était de rester aux États-Unis. Quand est-ce que l’idée de revenir en Europe a émergé pour toi ?
C’est une question compliquée. C’était un objectif sur le long terme, mais tu ne sais jamais ce qu’il peut se passer dans la vie. J’ai vraiment passé de super moments aux USA. J’étais très heureux d’être là-bas. Ce que j’ai fait en trois ans, c’est difficile de faire mieux, je pense. Évidemment, j’aurais vraiment voulu décrocher un titre de champion de Motocross en 250, mais Haiden a été vraiment très bon et ces deux dernières années, c’était dur pour moi de le battre.
J’ai terminé second en 2024, c’est mon seul petit regret. Mais à part ça, en trois ans, j’ai décroché deux titres et j’en garde de super souvenirs. Je l’ai déjà dit, mais il y avait les histoires de contrat et j’étais vraiment excité à l’idée de rouler sur une Honda. Pour moi, c’est — aujourd’hui — l’une des meilleures motos, que ce soit en Supercross, en Motocross, en Europe ou aux États-Unis. Elle gagne un peu partout. J’étais vraiment content d’avoir cette opportunité, et j’en suis très reconnaissant. Pour l’instant, ça se passe bien.
Un mot sur ton expérience là-bas. Tu y es allé sans expérience du Supercross et — au final — tu as été plus performant dans la discipline qu’en Motocross. Ce qui, en soi, n’est pas vraiment logique. J’ai ma théorie, mais toi : pourquoi tu penses que tu étais meilleur en SX là-bas ?
Franchement ? Je ne sais pas. Lors de ma première saison en Supercross, je n’ai pas fait grand-chose. C’était dur, je suis beaucoup tombé. J’ai dû apprendre. J’ai fait quelques bonnes courses et j’ai gagné ma première épreuve en outdoor. La première saison, j’étais bien meilleur en Motocross qu’en Supercross.
Ensuite, j’ai décroché le titre en 2024 — en Supercross — puis j’ai terminé second de l’outdoor. C’était serré. Mais le Motocross là-bas, c’est très différent de ce qu’on fait ici en Grand Prix. C’est pareil pour un Américain qui viendrait ici. Si tu viens rouler une fois à Arco, si tu n’es pas né dans le coin et que tu n’as pas roulé sur ce genre de terrain pendant toute ta vie, ça va être vraiment dur pour toi. Ça prend du temps. C’est pareil pour nous quand on va aux États-Unis. Quand tu arrives à Washougal ou Unadilla, tu n’es pas habitué, et c’est compliqué.
Ken Roczen, Marvin Musquin, Dylan Ferrandis ont été champions. Beaucoup y sont parvenus, mais c’est difficile de les battre chez eux, surtout quand tu as quelqu’un comme Haiden Deegan qui est très en forme depuis quelques saisons. C’était difficile de le battre.
Aux USA, l’intensité semble plus élevée. Les tracés permettent d’aller plus vite. Tu as dû t’y adapter ? Toi, tu es un pilote très propre, technique. Tu n’es pas du genre à ouvrir en grand sans réfléchir.
C’est ça. Les pistes aux USA sont top. La terre est vraiment bonne sur la majorité des tracés, et ils sont bien préparés. Tu peux vraiment ouvrir en grand, et attaquer fort. Tu peux mettre énormément d’intensité dans ton pilotage, alors qu’ici, à Arco par exemple, si tu ouvres un peu trop la poignée en 450 cc, tu vas partir en 360 ! Il faut être patient, c’est très différent. Ici, on va avoir l’impression que tout le monde roule plus tranquillement en début de manche, mais c’est parce que tu ne peux pas faire grand-chose. La piste glisse tellement dans les premiers tours que tu te retrouves limité.

Aux USA, le style de vie est différent. Certains partent et ont du mal à se voir revenir en Europe. Ton retour, il se passe comment ? Tu arrives à passer du temps en France ?
J’avais 21 ans quand je suis parti aux USA, donc j’ai vécu 21 ans en Europe. Je n’ai passé que trois ans aux USA, donc en finalité, c’est assez court. Mais je me suis vraiment éclaté. La première année a été difficile, je n’avais pas beaucoup d’amis. J’étais juste avec ma famille, qui m’a suivi. Donc cette première année était vraiment dure.
J’ai eu de la chance que Chase [Sexton] signe chez KTM, et on est devenus proches. J’ai vraiment profité des deux dernières années — 2024 et 2025 — à m’entraîner avec lui. J’ai rencontré plein de gens, et j’ai vraiment apprécié ces deux dernières années ; c’était top.
Revenir en Europe, avec l’opportunité chez Honda, en 450, sur la moto d’usine. C’était parfait pour moi, et c’est pour ça que je suis revenu.
J’imagine que tu as passé pas mal de temps dans le sable durant l’hiver. Tu n’avais plus roulé dans ces conditions depuis ton départ d’Europe ?
Oui. Et c’était compliqué à Riola le week-end dernier. La vitesse était bonne, mais il y a beaucoup de facteurs. La moto est différente, le moteur de la 450 est différent. La piste aussi ! Passer trois ans aux Etats-Unis et revenir en Europe en étant au top directement, ce serait un peu trop facile ! Surtout face à des mecs comme Jeffrey Herlings et Lucas Coenen, qui sont les meilleurs pilotes du monde. Je pense que c’est normal que ça prenne un peu de temps.
C’est comment d’avoir Jeffrey comme coéquipier ? Tu roules souvent avec lui ? Tu le connais déjà de l’époque KTM en Europe. Tu dois pouvoir apprendre de lui à l’entraînement.
Franchement, c’est top. Jeffrey est l’un des meilleurs pilotes, donc j’ai beaucoup appris de lui tout l’hiver. Comme tu dis, on a bossé avec l’équipe, testé, essayé d’améliorer la moto. L’avoir comme coéquipier, c’est vraiment positif. Que ce soit sur les courses ou à l’entraînement, je peux en apprendre beaucoup de lui.

Tu es encore jeune, tu n’es peut-être pas spécialement emballé par le fait de développer une moto. Est-ce que l’expérience de Ruben et Jeffrey t’a aidé dans ta transition sur la 450 CR-F ?
Lors des premiers tests pendant l’hiver, je ne connaissais absolument rien à la 450. Je ne savais pas dire si elle était trop puissante ou pas assez. Même au niveau des départs. J’ai toujours été un bon starter, mais avec la 450, je faisais mes départs tout seul de mon côté et je ne savais pas s’ils étaient bons ou non. Je n’avais jamais roulé dans cette catégorie. Donc avoir Ruben et Jeffrey avec moi, ça a été super utile. Ruben est là depuis trois ou quatre ans, donc il connaît bien la moto. Jeffrey, c’est l’un des meilleurs pilotes, même si c’était aussi tout nouveau pour lui d’être dans l’équipe. Les avoir tous les deux avec moi, ça m’a beaucoup aidé pour régler la moto.
Ton père est présent à tes côtés, mais tu travailles aussi avec Jacky Vimond ? Ça se passe comment ?
Comme tu dis, j’ai mon père, ma famille, mon frère, ma mère qui me suivent depuis mes débuts, donc ça ne change pas de ce côté-là. Ça fonctionne bien depuis quelques années. Jacky travaille avec l’équipe HRC depuis un moment. Quand j’ai su que j’allais rouler avec Honda, on est entrés en contact et on a commencé à discuter. Ça a tout de suite bien fonctionné entre nous. On fait du bon boulot. Jacky est très fort, il voit beaucoup de choses sur la piste et c’est ce que j’aime. Il m’aide sur certains points, aussi un peu physiquement. Ce ne sont pas toujours de gros changements, mais ça fait une vraie différence, et c’est top.
En démarrant la saison, il y avait beaucoup d’inconnues. En tant que rookie dans la catégorie MXGP, est-ce qu’il y a des choses qui t’ont surpris ?
Oui. En 250, il y a toujours un ou deux très bons pilotes. En MXGP, il y en a énormément. Si tu pars septième ou huitième, tu peux te retrouver à te battre avec Tim Gajser, Romain Febvre ou Jeffrey Herlings. Donc c’est compliqué ! Heureusement, je fais de bons départs, et ça m’aide à être devant. C’est bien de pouvoir partir devant, parce que je peux apprendre des pilotes les plus rapides et progresser chaque week-end.








