Jeffrey Herlings remporte sa 117ème victoire de Grand Prix au Portugal. S’il ne reprend pas de points au championnat à Lucas Coenen – il concède même une unité sur l’intégralité du week-end – l’officiel Honda HRC gagne un premier duel important dans la course au titre. Battu en première manche, le Néerlandais a répondu présent dans la seconde en allant chercher Lucas Coenen, avant de le distancer. La victoire lui revient à Agueda: une cinquième victoire cette saison.
« J’avais le sentiment qu’on avait à peu près la même vitesse avec Lucas durant tout le week-end. » admet Jeffrey Herlings. « On était séparés de 0,060 seconde aux chronos, et on s’est battus pendant toute la manche qualificative. Dans la première manche, j’ai perdu beaucoup de temps derrière mon coéquipier, Ruben Fernandez. J’ai passé presque 15 minutes à essayer de le dépasser, et Lucas était déjà reparti devant. Il a fait une erreur, il est tombé et on est revenus au contact, mais ensuite j’ai encore perdu environ 10 secondes avant de réussir à passer Ruben. Quand je suis enfin passé en deuxième position, j’ai pu revenir à trois secondes de Lucas, mais ce n’était pas comme si j’avais un gros avantage sur lui en termes de vitesse. »
Battu dès les premières minutes en première manche après avoir buté sur Ruben Fernandez pendant plusieurs tours, Jeffrey Herlings n’a pas lâché et a continué à pousser jusqu’au bout. Toutefois, le pilote néerlandais n’est jamais réellement parvenu à devenir une menace pour Lucas, qui s’impose avec trois secondes d’avance sur son rival au championnat.
« Dans la deuxième manche, je suis directement passé second donc j’ai pu le suivre. À certains endroits, je sentais que j’étais un peu plus rapide, mais c’était très difficile de trouver une trace pour dépasser, parce que je n’étais pas beaucoup plus rapide que lui non plus. Puis j’ai trouvé un endroit où je pouvais tenter quelque chose, et j’ai dû m’assurer de le passer à cet endroit-là. J’ai fait en sorte qu’il ne puisse pas recouper ou me contourner. Je l’ai un peu bloqué, et de là, j’ai essayé d’attaquer pendant quelques tours. J’ai pu creuser l’écart et gagner. 117e victoire de GP, 221e victoire de manche, les statistiques sont folles. Plus de 65 podiums de Grand Prix, je crois, ou quelque chose comme ça. Je ne sais même plus, car j’ai perdu le compte. C’est impressionnant. Dommage que les titres aient souvent été loin d’être à ma portée. »
Dans le sillage de Lucas Coenen dès le départ de la seconde manche, Jeffrey Herlings a dû s’employer dès les premiers tours pour rester dans la roue du leader et maintenir une pression permanente; une stratégie qui a porté ses fruits.
« On sait que si on donne à Lucas cinq secondes d’avance, ça devient compliqué. » explique Jeffrey. « Je sais aussi que moi, quand j’ai cinq secondes d’avance, je peux commencer à contrôler la course et gérer mon écart sur les autres pilotes. Quand quelqu’un est dans ta roue, tu l’entends partout et, même si je fais assez peu d’erreurs dans ces situations, j’ai tendance à être plus stressé que quand j’ai de l’avance et que je peux me permettre de faire une petite erreur. C’était une bonne course, un bon duel. Il y en aura probablement beaucoup d’autres. On a entamé la seconde moitié de saison. Il faut continuer à viser les victoires, les podiums, et continuer à donner le meilleur de nous-mêmes. »
Pour la première fois depuis le début de la saison, Jeffrey Herlings a réellement pu accrocher le rythme de Lucas Coenen, le suivre, et surtout le déborder. Jusqu’ici, les deux leaders du championnat s’étaient surtout livrés un duel à distance, à l’exception d’un épisode à Riola Sardo, où le Belge avait pris le dessus dans le sable sarde avant de s’envoler.
Ce week-end au Portugal, le pilote Honda HRC a toutefois senti qu’il avait les armes pour rivaliser, et parviendra à prendre le meilleur sur le leader du championnat en seconde manche. Au-delà du résultat, Herlings envoie un signal fort à l’entame de cette seconde moitié de championnat. Le match est lancé.
« Le samedi, j’avais une chance de doubler Lucas parce que j’ai réussi à rester avec lui. Il y a certains GP, par exemple à Frauenfeld en Suisse, où je suis parti avec lui — comme en seconde manche — et il s’est juste envolé. C’était impossible de rester au contact. Mais dès le samedi, je savais que j’avais une chance. Pareil le dimanche. Notre vitesse était assez similaire en première manche. Je voyais que je pouvais revenir, mais on ne sait jamais à quel point il attaquait réellement. En seconde manche, je suivais Lucas assez facilement. J’ai horreur de devoir rouler de manière agressive, parce que je me suis beaucoup blessé par le passé. Si quelqu’un me faisait ce genre de dépassement, je ne serais pas content non plus. Disons que j’essaye de traiter les autres comme j’aimerais être traité. Je me suis assuré de le dépasser. Je savais que ça allait être serré, mais on était quasiment à l’arrêt, donc ce n’était pas dangereux. Je ne veux mettre personne en danger. Bref, je savais que j’avais une chance de le battre dès le premier tour, mais il fallait trouver l’endroit où le doubler. Il avait de bonnes traces, il a presque toujours de bonnes traces, c’est ce qui fait qu’il est difficile à doubler. »
Interrogé à plusieurs reprises sur les raisons de son départ de KTM à l’intersaison 2025/2026, Jeffrey Herlings est revenu plus en détail sur ses motivations au soir du GP du Portugal, évoquant notamment le départ d’éléments clés du team officiel, ainsi que son impossibilité d’évoluer au sein de la structure De Carli KTM.
« Chez KTM, j’avais le sentiment que de plus en plus de personnes importantes et compétentes partaient, et je me disais que si je n’étais pas dans le team De Carli, je ne serais pas en mesure de gagner » conclut le pilote Néerlandais. « Je pense que la moto du team De Carli est la meilleure du groupe. On voit tous ceux qui roulent sur cette moto, de Cairoli à Prado en passant par Lucas, réaliser des départs incroyables. On a aussi vu Simon remporter le titre en MX2 l’an dernier sur leur moto. Je pense que chez KTM, il faut absolument être dans cette équipe-là pour gagner, c’est la meilleure structure selon moi. Moi, je n’étais pas dans cette équipe, et j’avais aussi envie de changement. J’aimais les personnes avec qui je travaillais, mais beaucoup de bons éléments ont quitté l’équipe. Et j’ai simplement senti qu’un changement était nécessaire. Et s’il fallait opérer du changement, c’était le bon moment parce que je vais fêter mes 32 ans dans quelques mois. Je n’ai plus 18 ans. Je suis content d’avoir fait ces changements. Est-ce que la Honda est meilleure ? Je dirais que les deux sont bonnes. La KTM est une excellente moto, la Honda aussi. Mais c’est surtout un vent de fraîcheur, un nouveau groupe de personnes avec qui travailler et, globalement, une nouvelle aventure. »
Avant de prendre la direction de l’Afrique du Sud pour le onzième GP de la saison 2026, Jeffrey Herlings compte 57 points de retard au championnat.












