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Hans Corvers « Je ne pense pas qu’on puisse continuer comme ça très longtemps »

Enquête: Hans Corvers (Kemea Yamaha) analyse les enjeux commerciaux du championnat du monde, et propose des pistes pour renforcer son attractivité

Kévin Frelaud Par Kévin Frelaud
26 avril 2026
dans Interviews
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Comment rendre le MXGP plus attractif sur le plan commercial ? Une question simple en apparence, mais qui touche en réalité à l’un des enjeux les plus profonds du championnat.

Interrogé sur le sujet à l’occasion du Grand Prix de Trentino, Hans Corvers – patron de l’équipe officielle Kemea Yamaha en MXGP – dresse un constat nourri par trois décennies d’expérience. Entre nostalgie d’une époque où le motocross occupait une place plus importante à la télévision et réalité économique, Hans pointe du doigt le modèle actuel, trop dépendant des équipes elles-mêmes pour exister. Plus surprenant encore, et outre le financement de sa structure, Hans Corvers est également un homme de l’ombre sans qui la diffusion du Motocross en Belgique serait limitée.

« Le sujet est difficile, mais je peux te dire par exemple qu’en Belgique — pour parler de mon pays — le sport passait tout le temps à la télévision à l’époque de Stefan Everts et Joël Smets » explique Hans Corvers. « Après ces pilotes, il a disparu. Il faut que le sport passe davantage à la télévision. Cela fait déjà six ans que je paie pour que Telenet Play Sports diffuse le MX2 et le MXGP à la télévision en Belgique, et ce n’est pas normal. En retour, on obtient des espaces publicitaires qu’on revend pour couvrir les coûts. C’est comme ça qu’on fonctionne actuellement, c’est pour ça qu’on est très occupés. Mais ce n’est pas la bonne façon de faire. Infront fait beaucoup pour diffuser le sport dans de nombreux pays, mais je pense que c’est à eux, et non à nous, de le rendre disponible en direct dans chaque pays, sur des chaînes plus importantes. Et dans l’état actuel des choses, la diffusion doit être financée par des sponsors. Car le motocross est attractif. Les gens de Play Sports en Belgique le disent: lorsqu’ils font un sondage auprès de leurs téléspectateurs, ils voient que le motocross est le plus grand des petits sports. C’est une niche. »

Pour rendre le MXGP plus attractif et moins coûteux pour ses acteurs, Hans Corvers avance une première idée : revoir en profondeur le format des week-ends. Selon lui, le championnat gagnerait en lisibilité et en efficacité en se concentrant sur une seule journée. Un format plus compact, loin des standards du MotoGP ou de la Formule 1, que le motocross n’a, selon lui, ni besoin ni intérêt à copier. Objectif: simplifier une organisation lourde, coûteuse, et surtout difficile à justifier à ses yeux.

« Pour le rendre plus attractif, personnellement, je pense aussi qu’il serait bon de tout organiser sur un format en une seule journée. Pour nous, le week-end commence déjà le vendredi avec les tests de départ. Ensuite, on a tout le programme du samedi et du dimanche. C’est long, c’est beaucoup, et ça coûte aussi beaucoup d’argent. Il faut comprendre que le MXGP n’est ni le MotoGP ni la Formule 1. Nous, on n’a pas besoin de commencer le jeudi ou le vendredi comme eux. Parce que nous ne sommes pas eux, nous n’avons pas à nous calquer sur ce qu’ils font. Un format sur une seule journée serait idéal. Tout regrouper, rendre le format plus compact. Pour tous les jeunes et les pilotes européens, regroupons tout le samedi. Ils sont jeunes, ils doivent être à l’école. Aujourd’hui, ils ratent déjà les cours le vendredi parce qu’ils doivent être présents tôt le samedi, et ils doivent aussi rouler le dimanche. Donc ils risquent également de manquer l’école le lundi. »

Patron du team Kemea, Hans Corvers a géré le programme MX2 de Yamaha pendant de nombreuses années, avant de récupérer le programme MXGP en 2024 ! @Full Spectrum

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Pour Hans Corvers, le constat est clair : si le MXGP veut gagner en popularité, l’impulsion doit venir d’en haut. La feuille de route doit aussi permettre de rendre le championnat plus attractif auprès des médias, du public et des diffuseurs. Le patron de Kemea tient toutefois à nuancer ses propos au sujet du promoteur – Infront Moto Racing – qui réalise un travail conséquent et a déjà beaucoup apporté au sport. Mais, en contrepartie, Hans Corvers pointe un modèle qu’il juge trop lourd et trop coûteux pour les équipes.

« Pour rendre le sport plus populaire, l’impulsion doit venir des organisateurs, de la FIM et d’Infront. Ils doivent faire le travail pour le rendre plus attractif pour les médias, pour le public, à la télévision. Cela dit, je dois reconnaître qu’Infront fait un excellent travail. Ils font de leur mieux et ont déjà accompli beaucoup pour notre sport. Les Luongo savent comment cela fonctionne et font du bon travail. Il faut le reconnaître et rester positif. Mais l’ensemble est trop lourd et trop coûteux pour moi. On ne peut même pas comparer la Formule 1 ou le MotoGP avec le motocross. Je suis désolé de le dire, mais aujourd’hui, on est sept ou huit propriétaires d’équipes. Si on ne paye plus les factures, il n’y a plus de championnat du monde tel qu’on le connaît aujourd’hui. C’est un point très, très, très important à comprendre. Ils le savent chez Infront. Je sais qu’ils le savent, mais ils doivent comprendre que cela ne peut pas continuer comme ça plus longtemps. On ne peut pas faire évoluer le sport dans l’état actuel des choses, car cela signifierait dépenser plus d’argent, et il faut énormément de passion — et être un peu fou, voire stupide — pour faire ce qu’on fait. Parce que ça représente énormément d’argent. Le MXGP est un championnat du monde, on va à l’autre bout du monde; c’est normal. Mais ça coûte énormément d’argent. Infront dit que les marques doivent payer X, doivent payer Y. Mais les marques en font déjà beaucoup. Il manque quelque chose, quelque chose ne va pas. Je ne pense pas qu’on puisse continuer comme ça très longtemps. Parce que quand je regarde autour de moi, il n’y a que quelques équipes. Quand les propriétaires d’équipes ne mettent plus d’argent sur la table, elles disparaissent. »

L’équation est simple pour le patron du team Factory Yamaha MXGP : sans les investissements des propriétaires d’équipes, le visage du MXGP serait radicalement différent. Mais cette dynamique a un prix. Et pour le patron de Kemea, la réalité économique est devenue difficilement tenable sans soutien extérieur. Une quête qui dépasse désormais largement le cadre sportif – et même Européen. Un espoir est nourri: trouver l’appui d’un acteur majeur extérieur au milieu du Motocross, capable d’associer son image à une structure afin d’en exploiter le potentiel marketing.

« S’il n’y avait pas de propriétaires d’équipes comme nous actuellement, les constructeurs auraient toujours un programme, oui – mais avec un seul pilote officiel. Grâce à nous, Yamaha en a quatre aujourd’hui. Voilà la réalité. On a besoin d’aide, les équipes ont besoin d’aide. Pendant qu’on parle, je paye deux personnes qui cherchent – dans le monde entier – une multinationale pour investir dans notre équipe. Ça peut être n’importe quelle société. Il faut simplement en trouver une, et on ne cherche plus seulement en Europe. Je leur ai demandé de chercher dans le monde entier. Pour certaines entreprises du Moyen-Orient, 2 millions, c’est des cacahuètes, mais c’est exactement ce dont on a besoin. Kemea existe depuis 30 ans cette saison. J’ai beaucoup de petits sponsors, et chaque année, quelques-uns s’ajoutent. Ils me contactent pour rejoindre l’aventure. Et j’en suis très reconnaissant. Mais avec 10 000 ou 20 000 euros, ça ne fonctionne pas pour nous car ce n’est pas viable. Mais on est heureux qu’ils viennent, qu’ils s’intéressent, car cela montre que le sport attire. Cependant, chaque équipe devrait pouvoir trouver un gros sponsor extérieur au motocross pour investir et représenter sa marque, ses produits, son entreprise. »

Les moyens déployés pour performer au plus haut niveau sont colossaux, et la longévité de la structure Kemea est remarquable @Yamaha Racing

Au-delà du constat, Hans Corvers veut aussi croire en un modèle capable de séduire des acteurs économiques majeurs. Pour lui, le motocross a un véritable potentiel en termes de retour sur investissement — à condition de mieux structurer l’approche. L’idée est claire : créer des passerelles entre le paddock et les grandes multinationales, en facilitant leur arrivée dans le sport. Dans cette logique, l’arrivée récente de nouveaux partenaires d’envergure comme Petronas – avec Honda – est perçue comme un signal encourageant.

« Je pense qu’il peut y avoir un retour sur investissement. Je ne veux pas forcément citer de noms, mais prenons par exemple Gillette ou Panasonic, peu importe. Si ces entreprises ont un intérêt pour le Motocross, alors on doit pouvoir organiser une table ronde avec Infront afin de faciliter leur arrivée au sein de notre sport. Infront doit nous aider à attirer ce type de marques. Et on doit aussi les aider à obtenir de la visibilité en retour de leur investissement. J’espère vraiment qu’on parviendra à attirer de grosses sociétés, et bien sûr, je dois parler à M. Luongo à ce sujet. Moi, je vois l’arrivée de Petronas comme un bon signal. On recherche des multinationales. Je ne sais pas exactement les tenants et les aboutissants, mais si Petronas donne ce que j’ai dit — 2 millions — on sait que c’est insignifiant pour ce type d’entreprise. Mais pour un propriétaire d’équipe, ça change la vie. Si ça arrive plus souvent, ça va aider notre sport, et peut-être qu’on pourra – nous aussi – trouver ce type de partenariat pour notre équipe. Mais je l’ai déjà dit plusieurs fois en interne: Yamaha est une grande marque, Honda est une grande marque, KTM est une grande marque, nous sommes tous de grandes marques. Je ne comprends donc pas pourquoi on ne peut pas, en tant que grandes marques, trouver des multinationales pour nous aider en motocross. Les boissons énergétiques sont déjà présentes depuis de nombreuses années, heureusement. Mais on en est à un point où on se doit de trouver des investisseurs supplémentaires, extérieurs au motocross. »

En guise de conclusion, Hans Corvers ramène le débat à une réalité simple : attirer de nouveaux partenaires ne se fera pas sans effort de la part de tous les acteurs, afin de transformer un potentiel intérêt en engagement réel. Un défi que le patron de Kemea reconnaît comme particulièrement complexe dans l’environnement actuel. Car au fond, le motocross reste fidèle à ce qu’il a toujours été : un sport de niche, à part, qui peine à séduire le grand public. Mais pour Corvers, accepter cette singularité ne signifie pas renoncer à évoluer; bien au contraire.

« Il nous faut trouver ces entreprises et les convaincre de travailler avec nous. Et je suis sûr que c’est possible, mais cela demandera un gros effort de tout le monde, afin de leur montrer que ça en vaut la peine. Quand on demande des chiffres à Infront pour que les sponsors puissent faire des analyses, ils nous les donnent, et on leur en est reconnaissants. Mais il n’est pas facile de trouver ces entreprises, c’est même très difficile. Le motocross était, est et restera un sport de niche. On est pour ou contre. Il n’y a pas d’entre-deux. C’est un sport particulier. Il n’y a pas de béton, il y a de la boue dans le paddock, la météo peut être mauvaise, on ne verra pas de femmes se balader en talons sur les terrains de Motocross. Comme me le dit le directeur de Play Sports : « Hans, le motocross est le plus grand des petits sports ». Et il faut l’accepter, mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire pour l’améliorer. »

Plusieurs autres acteurs du paddock, dont Jacky Martens, Steve Dixon, Josse Sallefranque et Bruno Verhaeghe, ont également partagé leur vision sur le sujet, apportant chacun un éclairage complémentaire à ce débat de fond. Des points de vue qui viendront étoffer ce premier jet. Restez connectés.

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