Martin Davalos “Les gens ne connaissent pas mon parcours”

Martin Davalos “Les gens ne connaissent pas mon parcours”

C’est sur le tard – à 32 ans – que Martin Davalos a finalement fait sa transition définitive vers la catégorie 450. Auteur de 5 top 10 pour sa première saison en Supercross 450 en 2020, Martin a fait taire les critiques à son sujet en performant au guidon de la 450 SXF préparée par la petite structure Tedder Racing. Assez ironiquement, c’est Davalos qui a décroché le titre de “rookie” de l’année en 2020.

Arrivé chez les pros en 2006, il aura fallu tout de même 8 ans au pilote Equatorien pour remporter sa première victoire de finale en Supercross US; Martin en aura décroché 4 de plus par la suite et terminait vice-champion SX US 250 côte Est derrière Justin Bogle en 2014.

Le pilote originaire de Quito est revenu sur son parcours lors de l’entretien “Beyond the track” réalisé par Daniel Blair.

Martin Davalos

“Les gens ne connaissent pas mon parcours.

Gamin, on avait des PW, on ne roulait pas sur des terrains, on roulait simplement dans le jardin. Tout a commencé vers mes 11 ans. L’Equateur est un pays du tiers-monde, ce n’est pas simple, l’économie est mauvaise, les terrains sont horribles, les motos sont très chères, j’ai eu de la chance que mon père puisse m’en acheter une.

À l’époque, le football c’était plus important pour moi, j’étais le capitaine de l’équipe à l’école.

Malgré tout, je roulais et j’ai commencé à gagner des épreuves régionales, puis nationales. On parle de l’Equateur, un très petit pays, tout est petit. Je m’améliorais et mon père a vu quelque chose en moi, on a commencé à s’aligner sur le championnat d’Amérique Latine, en 85. J’ai gagné 5 titres et mon père voulait qu’on aille faire une épreuve de mondial, en Espagne. L’opportunité de toute ma vie. J’avais gagné des titres en championnat d’Amérique Latine mais je ne savais pas ce que je valais réellement. En Amérique du Sud et en Amérique Latine, on est plutôt enfermé dans notre bulle, on ne sait pas trop ce qu’il se passe ailleurs. Je suivais le Supercross US et le Motocross US tout de même.

J’ai fini par rencontrer Davi Millsaps et sa famille. Ils étaient vraiment cool et m’ont invité à passer du temps aux USA avant qu’ils n’ouvrent le “Millsaps Training Facility”. Je suis donc allé aux USA 2 semaines et je suis rentré car mes parents voulaient que je me concentre sur mes études.
À 14 ans, Colleen Millsaps a envoyé un mail à mes parents. Ils ouvraient le Millsaps Training Facility. “Faites venir Martin ici, il y a une opportunité”. Mes parents m’ont donné l’opportunité d’y aller pour un an. Mon anglais était horrible à l’époque, c’était l’occasion.

S’amuser, apprendre, rouler quelques épreuves nationales, c’était le plan. Je suis arrivé fin 2003, le 31 octobre. Je ne connaissais rien à propos des catégories; je devais rouler en catégorie B aux Mini O’s mais je me suis blessé; ensuite, on a fait Lake Whitney, Las Vegas, Loretta …


Au final, Suzuki m’a aidé avec deux motos qui devaient me faire toute l’année, j’étais mon propre mécanicien, je n’avais que 15 ans. Mon père n’avait pas les moyens de me payer un logement, ou une caravane, donc je restais chez Colleen, je vivais sous leur toit, ils me nourrissaient, j’étais comme un membre de la famille Millsaps.

En 2005 je suis passé en catégorie A car j’avais terminé second à Loretta l’année précédente. J’ai eu une carrière très courte chez les amateurs, si je pouvais faire les choses différemment j’aimerais bien revenir en arrière et avoir plus d’expérience chez les amateurs. Je suis arrivé de mon petit pays, j’ai roulé en catégorie B, puis en A, et je suis passé directement chez les pro’s. C’était ridicule.

Après avoir terminé 3ème à Loretta en catégorie A / Pro Sport, j’ai eu la chance de recevoir un coup de fil de Bobby Regan de Star Racing. “On va te donner ta chance”. Je n’arrivais pas à y croire.

En 2006, dès la seconde épreuve de ma carrière en Supercross, à Atlanta, j’ai terminé troisième. Je n’oublierai jamais cette soirée. Davi menait la course, il a chuté, j’étais second jusqu’à deux tours de la fin et j’ai vu qu’il revenait, je me suis dit “vas-y, double-moi, je vais terminer troisième, ça m’est égal”. Beaucoup de portes se sont ouvertes pour moi après ça.

Par la suite, j’ai roulé pour Red Bull KTM pendant quelques années, j’ai changé quelques fois d’équipe, j’ai mis du temps à m’habituer à tout ça, il m’aura fallu quelques années avant de gagner ma première course. J’étais assez rapide pour que les team-manager et les propriétaires d’équipes croient en moi et me donnent l’opportunité. Je pense que je les ai tous bien représentés, j’ai toujours travaillé dur, toute ma vie. J’ai toujours tout donné chaque année même si j’ai connu des courses difficiles, des années difficiles. Je suis un gars positif, j’ai essayé de tirer le meilleur parti des situations.

James Stewart and Jeremy Albrecht - 2006 Vancouver Supercross Saturday Pit Bits - Motocross Pictures - Vital MXL’année 2014 a changé ma vie. Je roulais contre Adam, il était le petit nouveau, j’étais le gars expérimenté; j’avais l’opportunité de gagner le championnat mais à deux épreuves de la fin, je suis tombé à l’entraînement en cassant ma chaîne. Ça a changé toute ma façon de voir les choses, ça m’a un peu traumatisé et j’ai eu du mal à retrouver la confiance après ça. Je ne me sentais pas à l’aise sur la moto, je n’avais plus confiance en mon matos, ni en moi-même. Ça m’a pris du temps de revenir mais j’ai pu mettre ça derrière moi. Ça aurait pu arriver à n’importe qui, mais ça m’était arrivé à moi. Je m’en souviens comme si c’était hier.

Ma carrière a été incroyable, je suis vraiment reconnaissant envers tous les team-manager, tous les patrons que j’ai pu avoir. Parfois, je repense à tout ce que j’ai dû faire pour arriver jusqu’ici aujourd’hui et je suis vraiment reconnaissant d’avoir été bienvenu aux USA pour rouler contre les meilleurs pilotes du monde. (…)

Insight: Martin Davalos - Supercross - Racer X Online

Beaucoup de gens se sont moqués de moi car je suis resté longtemps en 250. On essaye tous d’en vivre. Quand je suis arrivé ici, je n’étais personne et j’ai mis beaucoup de temps à gravir les échelons, j’ai tout fait tout seul, je n’avais que 15 ans quand je suis arrivé, c’était moi contre le monde entier.
Au début, ce que les gens pensaient me touchait mais désormais, je m’en fiche car je fais tout ça pour moi, et seulement pour moi, pour personne d’autre. Toutes ces années, j’ai essayé de vivre de mon sport, j’aime ça plus que tout et soit je prenais ma retraite, soit je continuais à rouler en 250. J’avais encore les moyens de gagner des courses, de viser des championnats, de continuer à me faire un nom, alors j’ai suivi les plans.


J’ai voulu monter en 450; quand j’étais avec Rockstar Energy Husqvarna, j’ai eu l’opportunité de faire une saison d’outdoor en 450 avec eux et ça s’est très bien passé, j’ai signé deux podiums, c’était génial. Je pensais que cette saison allait m’ouvrir des portes pour faire mes débuts en 450 mais ils ont signé quelqu’un d’autre. L’équipe voulait me garder en 250, mais je ne voulais plus rouler dans la catégorie; malheureusement, aucune opportunité pour rouler en 450 ne s’est présentée.

Le cas Martin Davalos | DAILYMX
L’année suivante, j’ai de nouveau signé avec Mitch Payton pour rouler en 250, et finalement, à Las Vegas l’an dernier, Mitch est venu me voir car il savait que si je roulais, j’allais marquer trop de points pour continuer en 250. Il m’a dit “Marty, tu peux abandonner Las Vegas, et on te donnera un guidon pour l’an prochain”.

Je lui ai répondu “Mitch, c’est terminé pour moi. J’ai accompli ce que je voulais faire. On m’a donné beaucoup d’opportunités pour que j’essaye de gagner un championnat, j’ai gagné des courses, j’ai besoin de quelque chose de différent désormais; j’ai 32 ans et si je veux une chance d’un jour faire quelque chose en 450, il faut que j’arrête le 250”.

C’était une intersaison stressante, je n’ai pas fait la meilleure saison d’outdoor en traînant des petites blessures ici et là. Il n’y avait pas de guidon en 450. Je voulais juste une moto, même si c’était une moto d’une équipe privée. En 450, pas besoin d’avoir un moteur de dingue, comme ceux qu’on cherche en 250. Il nous faut des suspensions et des moyens pour pouvoir régler la moto comme on le souhaite.

J’ai parlé à quelques équipes, mais le Team Tedder est venu me voir fin octobre alors que j’étais sur le point de rouler à Genève avec une moto prêtée par Mitch pour que je puisse continuer à m’entraîner. Je savais que le Team Tedder allait recevoir le soutien de l’usine KTM et c’était suffisant pour moi.

C’était la meilleure décision pour moi, je suis vraiment satisfait de l’équipe Tedder, ils sont très humbles et veulent aider à promouvoir le sport. Je suis très reconnaissant de l’opportunité qu’ils m’ont offert. Pour moi, 2020 a été une superbe année.”

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