Le sport, et plus particulièrement le motocross, n’est probablement pas la première chose qui vous viendra à l’esprit en pensant à la République démocratique du Congo. Pourtant, à Kolwezi, dans le sud du pays, une poignée de passionnés s’emploie depuis plusieurs années à faire émerger une véritable culture du tout-terrain. Et la quatrième édition du Wansela Cross, organisée la semaine passée, pourrait bien avoir marqué une nouvelle étape dans le développement de la région.
Pour cette édition, pas de championnat national ni de rendez-vous inscrit dans un calendrier officiel : le Wansela Cross est un one-off, imaginé avant tout pour faire découvrir le potentiel du motocross congolais et créer une passerelle avec la scène internationale.
Pour l’occasion, une sélection de pilotes venus de différents horizons a fait le déplacement au Congo. Adrien Malaval, Yago Martinez, Mike Gwerder, Nico Koch, Tom Koch, Yann Crnjanski, Luca Diserens, Joan Cros, Julien Pelletier ou encore Quentin Prugnières, Julien Duhamel, Tim Lopes et Victor Quiniou figuraient parmi les engagés, avec une vingtaine de pilotes internationaux et locaux réunis pour cette édition. Et le Wansela Cross affichait une ambition plus large qu’il n’y paraît au premier abord : une volonté de montrer une autre image de la République démocratique du Congo.
À travers le Wansela Cross, les organisateurs souhaitaient surtout mettre en lumière une RDC différente de celle habituellement présentée à l’étranger.
« Nous avons fait venir une sélection de pilotes internationaux pour montrer que le Congo n’est pas seulement une terre de minerais et que beaucoup de passionnés y résident. Il y a un vrai potentiel sportif, et un vrai potentiel de développement. », explique Teo Heuvelmans, impliqué dans l’organisation de l’épreuve après avoir oeuvré pendant des mois au retour du GP en Afrique du Sud, notamment en tant que préparateur de piste.

Dans un pays dont l’image internationale reste largement associée à l’exploitation de ses ressources naturelles, certains entrepreneurs et passionnés locaux veulent ainsi faire du sport un autre vecteur d’attractivité, et notamment à travers le sport mécanique.
C’est notamment la vision portée par les organisateurs impliqués dans ce projet de renouveau, convaincus que le développement par le sport peut avoir des répercussions positives sur tout un territoire, notamment grâce à sa médiatisation. Car pour accueillir des événements internationaux et en faire la promotion, il est indispensable de disposer des infrastructures nécessaires, et donc de les développer.
Et sur ce point, le travail a déjà commencé et l’évolution est particulièrement visible. Quatre pistes ont déjà été construites dans la région : trois à Kolwezi et une à Lubumbashi. Le site de Wansela dispose également d’ateliers professionnels et d’engins de dernière génération importés spécialement pour développer l’activité off-road. Une évolution rapide, qui se traduit déjà par une progression du niveau des pilotes locaux, mais aussi une hausse du nombre de pratiquants. Et la dynamique dépasse désormais les frontières de la République démocratique du Congo.
« On voit déjà une grosse évolution juste en un an avec les terrains que l’on a faits. Le niveau congolais a progressé et les pilotes internationaux m’envoient déjà des messages pour les prochains événements. », se réjouit Teo.
Si le motocross n’est pas totalement nouveau au Congo et que la pratique existe depuis plusieurs années, le quad y reste encore largement majoritaire. Mais l’arrivée de pilotes internationaux sur ces épreuves d’un nouveau genre contribue à faire évoluer les habitudes et à susciter de nouvelles vocations. Une dynamique également renforcée par l’arrivée du Freestyle, avec deux démonstrations déjà organisées cette année: une première dans l’histoire du pays.
L’objectif est désormais de créer un véritable environnement autour de la moto tout-terrain, avec des infrastructures adaptées, des événements réguliers et, à terme, un championnat national digne de ce nom. Car pour l’heure, il n’existe pas encore de championnat national Congolais; les organisateurs travaillent justement à sa mise en place, notamment grâce à l’impulsion et au soutien d’Andy Barampana – organisateur et investisseur du GP d’Afrique du sud 2026 à Johannesburg – dont l’implication contribue aujourd’hui à accélérer le développement du motocross et des infrastructures dédiées en RDC.

Et le Wansela Cross pourrait donc n’être que le début de l’histoire. Les ambitions pour la prochaine édition sont déjà clairement affichées : pouvoir organiser une épreuve aux dimensions internationales, disputée sur une piste répondant aux standards des Grands Prix, avec des pilotes venus des quatre coins du globe. Et le projet semble déjà bien avancé.
L’objectif est également de poursuivre le développement des infrastructures. Une nouvelle piste aux dimensions GP doit notamment voir le jour d’ici la fin de l’année, avec l’ambition d’accueillir un événement international dès 2027. Et cette montée en puissance – à l’image des dynamiques observées au Brésil et en Inde – commence également à attirer l’attention des acteurs du marché. Certaines marques ont déjà pris contact avec les organisateurs afin d’étudier la possibilité d’importer leurs produits en RDC. Un signe supplémentaire que le projet prend forme et séduit au-delà de ses frontières.
Le Wansela Cross aura donc été bien plus qu’un rendez-vous d’un week-end. À travers le sport moto, c’est une autre manière de faire découvrir la République démocratique du Congo qui se construit progressivement, portée par des passionnés et des entrepreneurs convaincus que le sport peut contribuer au développement d’un territoire encore très largement méconnu.
Si le pari est encore jeune, les premiers résultats sont déjà là : les pistes sortent de terre, les infrastructures se développent, le niveau local progresse, et les pilotes internationaux commencent aussi à regarder vers la RDC pour 2027.

« C’était vraiment bien organisé », nous explique Adrien Malaval. « J’ai fait pas mal de pays et là, c’était très carré. Forcément, au début, j’ai eu des a priori sur certains sujets. Je voulais notamment en savoir plus sur l’aspect sécurité, savoir sur quelles motos on allait rouler. De ce côté-là, Andy, Ali, Daniel, Téo et toute l’équipe ont absolument tout géré. On a eu des motos récentes, millésime de l’an passé, qui marchaient bien. Niveau organisation, ils se sont occupés de tout : avions, informations sur les vaccins, on avait même des navettes organisées entre l’hôtel et le circuit. C’était presque du all-inclusive.
Forcément, tu sors de l’Europe, donc beaucoup de choses changent, mais c’est aussi ce qui fait le charme, l’expérience et le voyage. Là-bas, ils ont créé une belle équipe qui a envie de faire les choses bien, et c’est super important. Sur la piste, on s’est régalés. C’était quasiment un outdoor US. Une grosse piste, un peu sableuse par endroits, de grosses ornières, bien arrosée. Ils ont fait du bon boulot.
Forcément, certaines choses te font sortir de ta zone de confort, tu découvres des façons de faire qui sont différentes. Par exemple, il y a un programme qui prend rapidement du retard, mais on était tout le temps prévenus à l’avance. Ça fait partie de l’expérience globale. Mais le bilan, c’est qu’on a été bien reçus, il y avait une énorme ambiance. Les Congolais ne voient pas beaucoup de motos, donc ils étaient à bloc, ils faisaient un bruit monstrueux.
Le seul point que je ne sais pas, c’est comment ça se passerait en cas de blessure, comment ça marche avec les hôpitaux; mais l’organisation nous a fait savoir qu’ils ne laisseraient personne derrière en cas de problème. Ils ont vraiment réussi à créer une belle course, un beau cocon autour des pilotes, et on s’est régalés. »

Également présent au Wansela Cross sur invitation cette année, Victor Quiniou dresse – lui aussi – un bon bilan de cette première expérience sur le continent Africain.
« Franchement, j’ai été tellement impressionné par la structure qu’ils ont mise en place », admet Victor. « Quand tu arrives là-bas, tu passes du tout au tout. Tu passes de la cambrousse complète, aux gens qui font leurs briques eux-mêmes, à des villas et à un terrain de fou. La piste était limite mieux préparée que certains clubs français. Ils ont fait un énorme travail sur les infrastructures : arrosage automatique, engins pour refaire la piste, c’est assez dingue à voir. Il y a des garages à disposition, des motos qui sont au top, refaites. C’est sûr que c’était parfois un peu le flou au niveau du programme et des horaires des courses, mais ils sont en développement. Ils mettent les moyens, ils se bougent, et ils font tout pour que ça devienne un gros événement. Ils veulent faire venir des top US l’an prochain. Sur place, honnêtement, tu n’as même pas l’impression d’être au Congo. C’est comme si tu étais sur une épreuve en Europe, limite aux USA, avec une belle piste, une belle texture et de grosses ornières. Téo a fait un très gros travail de ce côté-là. Il y avait beaucoup de monde aussi, c’était impressionnant à voir. Je suis déjà réinvité, donc j’ai hâte d’y retourner et ça veut dire ce que ça veut dire. Quand ce n’est pas carré, que tu ne prends pas de plaisir, tu n’y retournes pas la plupart du temps. Après, il reste la question des hôpitaux en cas de problème. On va dire qu’on ne roule pas non plus comme si on était en France à cause de ça, mais c’était franchement la folie. »
Au-delà des ambitions affichées, c’est peut-être finalement le regard des pilotes ayant fait le déplacement qui résume le mieux la dynamique enclenchée à Kolwezi. Les pilotes présents ont découvert une organisation encore jeune, mais déjà capable de proposer un rendez-vous aux standards internationaux, avec ses forces et – forcément – ses faiblesses; des points à travailler pour rendre une copie encore meilleure l’an prochain.
Le Wansela Cross a donc déjà coché la première étape de son projet de fond: faire venir des pilotes internationaux, leur faire découvrir la RDC et surtout, leur donner envie de revenir. Reste désormais à transformer l’essai. Avec une nouvelle piste annoncée pour la fin de l’année et l’ambition d’accueillir un événement encore plus important dès 2027, les prochaines échéances pourraient permettre de mesurer concrètement jusqu’où cette aventure peut aller.
Car si le chemin parcouru en quelques années est impressionnant au regard du point de départ, le potentiel de développement du motocross congolais reste immense, mais le chantier n’en est pas moins conséquent.
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