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Eli Tomac « Je suis encore là 12 ans plus tard, c’est assez dingue »

Kévin Frelaud Kévin Frelaud
14 Jan. 2026
dans Interviews
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Pour la seconde fois de sa carrière, Eli Tomac s’est adjugé l’ouverture du championnat SX US 450. Vainqueur à Anaheim 1 ce samedi, le nouvel officiel Red Bull KTM répond d’un seul coup à toutes les questions.

Au-dessus du lot lors de la première finale de la saison, Eli ne s’est jamais retourné et n’a jamais été inquiété. À 33 ans, il repousse son propre record : celui du détenteur de la plaque rouge le plus âgé de l’histoire. Une plaque rouge qu’il arborera à San Diego ce samedi. Micro.

Eli, tu as mené la finale sans trop de difficultés, sans avoir à te retourner. C’était comment ?

C’est ça, mais ce genre de course reste quand même difficile quand tu mènes depuis le début. Alors oui, j’ai dû faire un dépassement après le second départ, mais réussir à rester concentré pendant 20 minutes en étant tout seul devant, ce n’est pas si simple que ça. De l’extérieur, on peut avoir l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose, mais c’est vraiment une bataille mentale. Il faut rester concentré, garder un œil sur le pilote derrière toi pour voir où il en est, où tu gagnes ou perds du temps. Là, en l’occurrence, c’était Kenny. Même s’il n’était pas directement dans ma roue arrière, on était un peu au coude-à-coude. Il n’a pas relâché la pression du début à la fin. Même si ça ne se voyait probablement pas, c’était un vrai jeu mental.

Mis à part ça, la moto était vraiment au point pour la finale. J’ai fait un petit changement au niveau de la fourche entre la manche qualificative et la finale, et on est allé dans la bonne direction. Gagner Anaheim 1, c’est une bonne façon de commencer la saison.

Tu parles de guerre mentale plus tôt. Pendant cette finale, vous vous rendiez coup pour coup avec Kenny. Il se passe quoi sous ton casque pendant cette finale ? Est-ce que tu analyses où tu perds du temps, où il en gagne, etc. ?

Oui. Il y avait des portions où je devais être absolument parfait, comme le passage sous le tunnel avec le triple sur table qui suivait. C’était vraiment une portion clé du circuit. Je savais que je ne pouvais pas me rater sur cet enchaînement, parce que si je me loupais, je perdais beaucoup de temps. J’avais aussi en tête le triple à la sortie des whoops. Du coup, il fallait essayer de ne pas trop partir en cacahuète dans les whoops pour pouvoir le prendre. Ces deux portions-là, c’était vraiment une obligation de bien les réussir à chaque tour.

Sinon, j’ai changé de tracé dans l’enchaînement après la ligne droite de départ, sur le on-off triple-triple. J’ai vu Max Anstie prendre une trace intéressante pendant la finale des 250 et je l’ai utilisée. J’avais mes traces bien en tête. J’ai enchaîné les bons tours, et j’ai réussi à maintenir Kenny à distance. J’avais une bonne idée du rythme que je devais maintenir et des portions où je devais être au point. C’est comme ça que j’ai géré ma course.

En conférence de presse, tu disais que tu te demandais si tu serais encore capable de gagner à ton âge, avec ce changement d’équipe, cette nouvelle moto. Tu t’attendais à gagner si rapidement ?

On ne sait jamais à quoi s’attendre. Honnêtement, on ne sait pas comment ça va se passer tant qu’on ne se pointe pas sur les épreuves et qu’on ne se mesure pas à tous les autres pilotes à armes égales. Alors oui, on a fait deux courses sur le World Supercross durant l’intersaison. La première s’est bien déroulée, et ça s’est moins bien passé à la seconde. Du coup, ça soulève forcément quelques questions.

De là, on a été faire du testing un peu partout : en Californie, en Floride, en passant par le Colorado et l’Arizona. On a vraiment roulé dans des conditions très variées, on a un peu roulé dans toutes les conditions. On a vraiment voulu se mettre à l’épreuve, en condition de course, sur toutes les surfaces possibles. En fait, je savais que j’allais jouer les avant-postes. Mais de là à parler de victoire… ça, on ne peut pas le savoir avant d’être derrière la grille de départ, avant que la finale ne soit lancée.

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Mis à part le pneu arrière, en quoi ta moto est-elle différente de celle de ta dernière course sur le World Supercross ? Où ont été faits les plus gros changements ?

En fait, on a surtout cherché à l’équilibrer un peu plus, en faisant quelques ajustements sur l’amortisseur et sur la fourche. On a fait pas mal de changements sur la moto avant Anaheim 1, et surtout beaucoup de peaufinage. J’ai pu faire quelques changements quand on est allé tester en Floride, et tout ça a été validé quand on est revenu sur des tracés plus durs en Arizona. Le pneu a été un élément très important, en fait. C’est même probablement le plus gros changement pour moi. J’ai toujours été attaché à ce pneu sable, et ça depuis un bail. Mais il faut savoir changer pour progresser, et dans mon cas, ça a fonctionné. Donc c’est un peu de ça, mais aussi de tout le travail effectué sur la moto dans son ensemble.

Ton palmarès est impressionnant. C’est la 12ᵉ année de suite que tu gagnes au moins une épreuve. Là, tu gagnes pour un 4ᵉ constructeur. Ça te fait quoi ?

Ça file à vitesse grand V, c’est presque flippant de se dire que j’ai gagné à chaque saison pendant 12 ans. C’est en le disant qu’on s’en rend réellement compte que c’est le cas. Je suis juste reconnaissant de pouvoir encore rouler à ce niveau. Mentalement, je me sens bien, j’ai toujours l’envie, je suis toujours à fond dedans. Physiquement, je suis bien aussi. Je suis encore là 12 ans plus tard, c’est assez dingue. Gagner à Anaheim 1, ça répond à beaucoup de questions, notamment sur mon âge et sur mon changement d’équipe. C’étaient des interrogations légitimes et majeures, parce que changer de moto, changer d’équipe, c’est évidemment l’une des choses les plus importantes — et risquées — qu’on puisse faire dans notre sport. Mais on l’a fait !

Finalement, à quel point c’était important pour toi d’avoir pu rouler avec la KTM sur le WSX ?

C’était important d’avoir pu rouler sur la moto en amont. On fait bien des simulations de course avec l’équipe, mais on ne sait jamais vraiment ce que ça va donner avant qu’on se retrouve sur une piste qui se défonce comme celle d’Anaheim 1. C’est là qu’on se retrouve dans le vrai, et c’est impossible à reproduire exactement à l’entraînement, peu importe ce qu’on met en place. On essaie de s’en approcher au maximum lors de nos entraînements, mais tu ne sais vraiment ce qui fonctionne ou non que lorsque l’adrénaline est là et que tout se joue vraiment sur l’instant T. C’est à ce moment-là que tu découvres réellement ce qui marche… et ce qui ne marche pas.

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