France

Enquête: Les championnats de France font-ils rêver nos pilotes ? (1/2)


En mondial, à travers l’Europe ou de l’autre côté de l’Atlantique, les pilotes Français excellent au sein du sport et ce, depuis des décennies. Le réservoir Français ne souffre d’aucune contestation, n’en témoignent les nombreux titres mondiaux décrochés par nos tricolores, nos récentes victoires au Motocross des Nations, la présence de pilotes Français aux avant-postes en championnats AMA mais aussi sur la plupart des championnats Nationaux à travers l’Europe. Ici ou ailleurs, la réputation du panel Français n’est plus à faire et nos championnats nationaux font partie des plus relevés; et pourtant.

S’il apparaît évident que le mondial peine à faire le plein de pilotes, les grilles de départ de nos propres championnats nationaux sont également moins fournies malgré un net regain sur le Minivert cette année. Après quelques années “Covid” difficiles à surmonter, le retour à la normale semble pourtant s’être enclenché. France, Allemagne, Danemark, Italie, Hollande, Espagne ou destinations plus exotiques, il n’est pas rare de voir nos meilleurs représentants nationaux écumer les paddocks dans le but de joindre les deux bouts, et assouvir sa soif de passion. Pilotes, promoteurs, organisateurs; autant d’acteurs clefs pour qui la situation se complique plus qu’elle ne s’améliore, saison après saison.

Dernièrement, la création d’un nouveau championnat de Supercross en Inde attirait notre attention; un championnat auquel de nombreux pilotes Français ont postulé. On est donc entré en contact avec lesdits organisateurs pour en savoir plus. Lors de notre entretien, on a voulu savoir quelle stratégie le promoteur Indien avait mis en place pour attirer plus de 150 pilotes vers l’inconnu dès la première année. Eeshan Lokhande – CEO de L’Indian Supercross Racing League – nous assurait que pour susciter l’intérêt des pilotes, un bon équilibre était capital. “Les primes c’est une chose, mais faire rêver les pilotes aussi, c’est important. Je pense qu’on a réussi. Est-ce que tu penses qu’ils rêvent de leurs championnats, en France ?”. Touché.

C’est dans le but d’avoir une réponse à cette même question qu’on est allé à la rencontre des acteurs concernés à l’occasion de la finale du championnat SX Tour à Lyon, ce week-end. Certains roulent devant, d’autres sont plus loin dans le paquet. Certains ont des années d’expérience, d’autres débarquent à peine. Certains arrivent à en vivre, d’autres essaient tant bien que mal. Qu’importe le profil, tous ces garçons ont répondu aux trois mêmes questions.

1: Les championnats de France te font-ils rêver aujourd’hui ?
2: Comment faire pour rendre ces championnats plus attractifs pour toi, mais aussi pour la future génération ?
3:
Quelles sont tes aspirations et / ou qu’est-ce qui pourrait te botter, sportivement parlant ?

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On commence donc avec une première partie, animée par 10 pilotes de la catégorie SX2, avant de vous proposer les réactions de nos pilotes Français évoluant en catégorie reine. On vous laisse le soin de tirer vos propres conclusions avec ce premier jet et on remerciera Yannis Irsuti, Charles Lefrançois, Jules Pietre, Mickael Lamarque, Germain Jamet, Pierre Lozzi, Hugo Manzato, Alex Poulain, Maxence Mora & Dorian Koch d’avoir joué le jeu.

Yannis Irsuti – Champion SX2 2022.

“Attention je vais passer pour le rabat-joie de service ! Me faire rêver ? Absolument pas et ça, depuis que je vais rouler à l’étranger. La raison principale, c’est le nerf de la guerre – l’argent – et le manque d’évolution de nos championnats, rien ne change en bien. Il n’y a plus de catégorie pour les jeunes en Supercross alors qu’avant, il y en avait. Comment attirer les jeunes sans argent, et donc sans faire rêver, justement ? Il faut vraiment voir le gap qu’il y a entre l’Allemagne, l’Australie et la France niveau monnaie.

Que faire ? Je ne sais pas si je serai très pertinent, mais on en revient à l’argent; si au bout il y a le gros lot à décrocher, les pilotes s’investissent. S’il n’y a pas grand-chose, les jeunes ne viennent plus et ça fait le train-train. Moi, je suis là pour rouler, c’est aux promoteurs de réfléchir à ça, ce sont des professionnels qui doivent trouver des stratégies pour attirer le public, les marques, et les pilotes. Ça me fait rire quand on fait des briefings pour parler de ça. Ça n’avance jamais. On entend toujours le même refrain, « c’est difficile ». Merci, on ne savait pas.

Qu’est-ce qui me brancherait, quelles seraient mes aspirations ? Cette question est intéressante. La seule chose qui m’intéresse, c’est la performance, régler mes problèmes, qu’ils soient physiques, techniques, j’aime chercher la solution. Apporter de mon expérience à des jeunes est satisfaisant, mais je ne sais pas si j’aurai un jour le courage de franchir le pas et de devenir entraîneur. Se battre face un système qui nous limite pour évoluer est difficile, et il y a aussi les parents des jeunes pilotes; parfois je vois et j’entends des choses dans ma région … je me demande ce qu’ils font là ! Tu me parlais de rêves, ce sont les parents qui sont sur un nuage, et les gamins sont sur YouTube/Instagram dans le seul but de plaire et de faire des likes. Je suis actif sur ces plateformes mais si tu savais comme je m’en tamponne … Je ne suis pas sûr de rester dans le milieu, je me sens de plus en plus en décalé de celui-ci, ce n’est peut-être que passager, qui sait ?”

Jules Piètre – champion Junior 2023.

“Avant, les championnats de France me faisaient rêver mais maintenant, plus trop. Ce serait plus les USA qui me feraient rêver. Franchement, le championnat de France, ce n’est pas non plus trop un rêve. Avant, je pensais que le championnat de France était un truc de fous, avec beaucoup d’argent et de spectateurs sur les courses. Okay, il y a quand même beaucoup de spectateurs à Lyon mais ce n’est pas comme ça sur toutes les épreuves non plus. Plus petit, ça me faisait rêver et maintenant j’y roule, et ça me fait moins rêver. C’est quand même bien, on a des supporters Français qui sont top, mais voilà. Est-ce qu’être champion de France ouvre des portes ? Je ne pense pas. Dans des teams Français peut-être, mais pas dans des teams Européens. D’ailleurs le mondial MXGP ne me fait pas trop rêver non plus; ce que je n’aime pas en MXGP, c’est qu’il n’y a pas d’argent, il n’y a pas beaucoup de spectateurs. C’est énormément de déplacements, les terrains ne sont pas fous, il faut aller rouler à Lommel dans le sable et je n’aime pas ça, etc. Aux US, il y a l’argent, l’ambiance, c’est gros, c’est l’Amérique quoi !

Pour que ces championnats de France me fassent rêver, il faudrait des gros pilotes, et des plus gros terrains surtout, qui ramèneront plus de spectateurs. Là, ça pourrait être vraiment top. Grenoble, Lyon, c’est petit. Du 23 secondes au tour, ce n’est pas folichon. Après, on ne va pas cracher dans le dos des organisateurs, ils font ce qu’ils peuvent, ce n’est pas évident pour eux non plus. C’est déjà super qu’il y ait des courses, un championnat, et un peu d’argent.

Pour amener les jeunes vers le Supercross, il faudrait organiser plus de courses, sur de plus gros terrains, et aussi arrêter de faire une épreuve en Bretagne et la suivante dans le Sud. Il faudrait que les courses soient regroupées parce que tout ce qui est déplacement est de plus en plus compliqué. Déjà que les pilotes ne sont pas énormément payés … Ce serait plus simple pour tout le monde.”

Charles Lefrançois – vice-champion SX2 2023.

“Les championnats de France ne me font pas forcément rêver, mais on a la chance d’avoir un bon championnat de France quand même. Avec les années, j’ai été rouler un peu partout dans le monde et hormis les USA où il y a vraiment un très gros championnat de Supercross, à l’échelle mondiale on voit qu’on est le second pays à avoir un aussi beau championnat national. C’est pour ça qu’on a un bon niveau Français en Supercross. Dès qu’on va à l’étranger: Allemagne, Angleterre, Italie, Espagne, Danemark, Hollande ou autres on retrouve des pilotes Français devant. C’est parce qu’on a la chance, avec le SX Tour, d’avoir un championnat qui tient la route avec un beau championnat indoor et outdoor; il ne faut pas négliger ça. Aller en Inde, c’est sûr que ça fait rêver. C’est toujours bien de découvrir d’autres pays, selon moi. Je n’ai jamais été en Inde personnellement, et ça me botte bien.

Pour attirer la prochaine génération, il faudrait accepter les 85cc. À l’époque, il y avait un championnat de France 85cc avec moi-même, Marvin Musquin, Gautier Paulin, et on avait quand même la chance d’avoir un petit championnat. Aujourd’hui, il n’y a plus rien. On fait un championnat de France Junior mais on les accepte uniquement pour les Supercross d’été. Comment motiver les jeunes du 125 ou même les parents à faire du SX et préparer une moto pour 4 épreuves ? Ce n’est pas assez. Pourquoi n’accepte-t-on pas les pilotes Junior en Indoor ? On a ouvert la saison à Clermont Ferrand sur une piste qui était quand même costaud et pour la première épreuve du 125, c’était chaud. Ensuite, on va à Grenoble ou Lyon où c’est très facile et les 125 ne roulent pas avec nous. C’est dommage, car ils auraient parfaitement leur place.

J’écoutais un podcast d’un des organisateurs de Paris; ça me faisait sourire. On entend dire qu’à Paris, il n’y a pas assez de place dans le paddock pour faire rouler plus de pilotes. À l’époque de Bercy, on était comme ici à Lyon, tous parqués entre des barrières avec un petit siège et basta. Il n’y avait pas énormément de place. Pourquoi amener des semi’ dans le paddock ? Je sais que je suis d’ailleurs le premier concerné avec mon team et j’en suis conscient. On n’a pas besoin de semi-remorque, ni de camping-car dans le paddock. À l’époque, McGrath et Reed venaient et on était tous logés à la même enseigne. Là, il faut faire rentrer des semi’ pour accueillir les Lawrence, Roczen, etc. Je trouve ça dommage, surtout que les spectateurs se plaignent que c’est un petit peu creux entre les entractes. Si on mettait une course du junior, ça ferait rêver nos jeunes. Même les 85cc pourraient rouler. Quand on va en Allemagne, ils font rouler les 50cc électriques, les 65cc et les 85cc; ça les fait rêver tous ces jeunes surtout que ce ne sont pas eux qui défoncent la piste, ils peuvent donc faire une petite démo. Je pense que ce serait important pour motiver les jeunes à faire du Supercross, pour la relève.

Moi, j’ai eu la chance de vivre mon rêve en allant aux USA, de vivre de ma passion. Aujourd’hui, j’ai atteint mes objectifs, j’ai fait ce que je voulais faire. J’ai toujours des objectifs, comme être champion SX2 mais pour moi le Graal restera le championnat Américain de Supercross. À mon âge, je sais que je ne pourrais plus trop espérer performer à haut niveau mais c’était mon rêve de gamin, j’ai réussi à aller là-bas, à me qualifier en finale 450 et c’était un aboutissement pour moi. Ce qui me motive à ce jour, ce serait pourquoi pas aller faire ces épreuves en Inde, être accueilli dans d’autres pays, découvrir des cultures différentes, des stadiums différents; ça fait toujours rêver. J’aime voyager à l’étranger, et découvrir de nouvelles choses.”

Mickael Lamarque – 6ème du championnat SX2 2023.

“Quand j’étais petit, les championnats de France me faisaient rêver. Maintenant que j’y suis, peut-être un peu moins. Après, quand j’étais petit, j’allais à Bercy et mon rêve, c’était d’aller dans les paddocks. Aujourd’hui, je dois en être à mon cinquième Supercross de Paris et je me régale toujours autant, je suis comme un gosse. Il y a une petite part de rêve; je passe presque plus de temps à regarder les SX1 rouler qu’à faire des courses. C’est sûr que maintenant, c’est un peu plus compliqué. Avant, je pensais qu’en roulant aux avant-postes, ce serait un peu plus facile; mais bon. Là, je bosse tous les jours de la semaine, je me démerde avec mon patron pour avoir des jours de repos pour venir sur les courses, j’essaie de m’entraîner le soir après le taff; c’est comme ça. On a bien bossé cet hiver avec Kevin Ballanger et Max Mora qui m’a filé un coup de main pour faire un bon début de saison malgré quelques blessures.

Quand j’étais Junior, et lors de ma seconde année, on avait les 5 premiers qui faisaient tous les indoors avec les pilotes SX2 – Moi, Fonvieille, Duhamel et tout… Ça nous avait permis de passer un gros cap, du moins pour ma part. Je trouve dommage que les Juniors ne soient pas avec les SX2, au moins les quelques premiers. Même s’ils n’ont pas un classement à part, ça permettrait de faire venir plus de jeunes. Quand on voit Jules [Piètre], il met déjà grave du gaz et c’est cool; on se tire la bourre régulièrement.

Ce qui me botterait, ce serait d’avoir de meilleures primes pour ne plus avoir à travailler à côté, mais ce n’est pas le cas alors on bosse la semaine. On vient le week-end, on se fait plaisir, on essaie de faire les meilleurs résultats possibles pour, pourquoi pas, réussir à en vivre sans avoir à bosser à côté un jour. Moi, je me suis inscrit au championnat Indien. Quand j’ai vu les primes, je me suis inscrit direct; je me suis inscrit pour les courses, mais aussi pour voir un nouveau pays, découvrir quelque chose de nouveau, c’est toujours cool.”

Germain Jamet – 8ème du championnat SX2 2023.

 “Les championnats de France, moi, ça ne me fait pas du tout rêver. Regarde: on a roulé 10 minutes; c’était à 15h. Là, il est presque 19h et on a encore une heure à attendre. Quatre heures à poireauter, c’est un peu chiant. On aurait pu faire des essais en plus ? Attendre, c’est super long. On fait ces championnats car on aime ça, on aime le Supercross. Un championnat, c’est toujours bien à faire, il est là, on le fait. Moi, je suis obligé de bosser à côté, on ne gagne pas assez d’argent avec les primes sur le SX Tour à moins de gagner, et encore le vainqueur sera le seul à vraiment gagner quelque chose. Pour nous, entre 6 & 9, on perd de l’argent à venir. On vient car on aime ça, on aime le SX, on aime rouler. Mais le constat c’est que non, ça ne fait pas rêver.

Je pense qu’il faudrait changer le format des courses pour que ce soit un peu plus attractif. On fait un essai l’aprem, on a une demi-finale et une finale le soir, un repêchage si jamais. On ne roule pas des masses. On pourrait faire différemment. Comment ? Là sur le coup, je ne saurais pas te dire mais je pense que revoir le format pourrait être plus attractif. Il faudrait remettre la Junior Cup, ça attirait beaucoup de jeunes. Là, on a deux ou trois Juniors qui sont venus en 125cc face aux 250; ils ont moins d’expérience et c’est plus délicat pour eux. Faire revenir les juniors sur le championnat, ça attirerait de nouveaux jeunes, surtout qu’ils ne peuvent pas faire les indoor mais que les outdoor l’été alors que les pistes sont plus grosses en outdoor ! Les pistes indoor comme Grenoble, Lyon, les plus petites salles, c’est plus adapté aux jeunes en 125cc. Revoir les primes aussi, on en parle depuis des années. Sûrement que la FFM pourrait écouter un peu plus les pilotes aussi, au niveau des règlements. Ils font des réunions le samedi, on est 15, on parle pour ne rien dire, ça tourne en rond et jamais rien de concret ne sort, c’est chiant. Il faudrait faire une table ronde avec les pilotes, les dirigeants, faire ça au calme, tout mettre sur papier, que tout soit organisé.

Ce qui me botterait ? Là sur le coup, difficile à dire dans ma situation. J’ai construit ma vie, je bosse toute la semaine, j’ai un CDI, je fais ma vie “normale”. J’ai ma paye tous les mois et maintenant, je ne suis plus dans la même optique qu’avant au niveau du sport. Je n’ai pas vraiment d’idées, de solutions, car de toute façon les nouveautés ne seraient pas envisageables pour moi avec ma vie actuelle. Je ne me pose plus la question de comment améliorer les choses, c’est derrière moi. Je fais ce qu’il y a, je prends un peu de plaisir en roulant en Supercross le week-end. C’est peut-être con à dire; il faudrait que j’y réfléchisse.”

Maxence Mora – 14ème du championnat SX2 2023.

 “À l’heure actuelle, les championnats de France ne me font plus trop rêver. On galère plus qu’autre chose. On se croirait dans une mafia: on donne beaucoup aux gros pilotes et très peu aux petits. Si le championnat de France existe, c’est aussi grâce aux petits pilotes qui payent, il ne faut pas penser qu’aux bons pilotes ou aux bons teams. C’est certes une bonne chose pour l’évolution de la moto d’avoir des structures, pour motiver les jeunes à se lancer dans la discipline, mais il ne faut pas nous voir comme des portefeuilles roulants. C’est un sport dangereux, on prend énormément de risques, ce serait cool d’être payé à notre juste valeur. On fait le spectacle, on s’entraîne dur toute l’année… Nous faire rêver ? Excuse moi du terme, mais il ne faut pas nous bourrer le c*l de paille. On cherche avant tout à pouvoir manger et à se faire plaisir à côté. Il ne faut pas trop non plus nous vendre du rêve, car les championnats vont se retrouver désertés.

Si on ne parle pas des primes, parlons du format. Je pense que pour faire rêver les jeunes et les faire venir en Supercross, il faut changer le format. À mon époque, on avait la Junior Cup qui nous lançait dans la discipline et même avant ça, je faisais du Supercross en 85cc. Tout ça, ça s’est perdu et si à l’heure actuelle, on a du mal à voir arriver la nouvelle génération, c’est un peu à cause de ça. Les organisateurs boycottent aussi beaucoup la nouvelle génération, ils ne mettent rien en place pour amener les jeunes vers la discipline. Il y a 10 ou 15 ans, on avait les 125, les 250, du beau monde et une belle structure sur les championnats. Je pense que c’est aussi économique, plus tu en as, plus en veut. Je pense qu’ils essaient de restreindre les championnats, enlever des catégories pour faire des économies et si ce n’est pas ça, franchement je ne sais pas pourquoi. C’est dommage parce qu’on perd beaucoup.

Aujourd’hui, je n’aspire pas à grand chose [rires]. J’aimerais qu’on pousse les jeunes, qu’on soit à fond derrière eux pour essayer de faire remonter l’intérêt pour la moto en France. Là, on est en train de plonger sévèrement. Quand on voit qu’on fait des départs à 20 sur l’Elite, qu’on n’est pas beaucoup sur le SX Tour, ça fait peur. Dans le temps, il y avait des qualif’ l’après-midi pour accéder aux soirées; ce n’est plus le cas. Il faut que les organisateurs et la FFM se mettent du plomb dans l’aile, aillent aussi dans le sens des pilotes, et pas seulement dans leur sens à eux.”

Pierre Lozzi – 4ème du championnat SX2 2023.

“Est-ce que le championnat de France me fait rêver ? Pas forcément, malheureusement, mais c’est notre championnat. On y participe donc et si on veut évoluer en Supercross, c’est le seul championnat qui tient vraiment la route avec le championnat Allemand. C’est ici – en France – qu’il y a le plus gros niveau à l’heure d’aujourd’hui dans les alentours. Je ne rêve pas de ce championnat car pour moi, c’est un championnat comme un autre; je suis dessus depuis quelques années et je ne vois pas forcément d’évolution. Clairement, c’est assez basique.

Aujourd’hui, il y a des réseaux sociaux. Pour améliorer les choses, il faudrait peut-être faire plus de communication sur les pilotes, penser à faire un live pour pouvoir montrer aux gens que ce championnat tient la route, leur montrer qu’il y a du niveau et ça donnera peut-être aux jeunes l’envie de suivre, de performer dans cette discipline.

Moi, je ne me suis pas inscrit sur ce championnat Indien. Je l’ai su trop tard, je les ai contactés il y a pas longtemps mais c’était déjà trop tard; je suis sur liste d’attente aujourd’hui. Entre mon boulot, la moto a côté, je n’ai pas eu le temps de m’en occuper et j’ai mis ce championnat de côté pour cette année. Je suis un pilote plutôt simple. Niveau challenge, j’aimerais performer dans d’autres championnats, être pris un peu plus au sérieux et surtout plus reconnu, notamment au niveau des primes et au niveau médiatique. C’est clair que ce serait plus cool d’être pris au sérieux, comme de vrais pilotes, comme sur l’ADAC. Il y avait aussi l’Arenacross en Angleterre qui a tenu la route pendant des années mais je n’ai pas eu l’occasion d’y participer.

Quand tu vois l’ADAC, c’est carré. On est respectés, dès qu’il y a un truc qui se passe de travers ou dès que tu rencontres un problème entre pilotes; ça intervient, ça met des amendes. Nous, on se bat depuis des années, on tolère des trucs à certains pilotes et pas à d’autres, parfois ça dégénère entre pilotes parce que quand tu rentres dans le paddock, tu as envie de régler tes comptes alors que ça ne devrait pas être à nous de le faire. Si la Fédération te disait “oh, on t’a vu, tu te tais, tu prends une amende, c’est comme ça pour tout le monde et pas autrement” ça réglerait beaucoup de problèmes. J’ai eu l’occasion d’être confronté à ça il y a quelque temps, et ça fait un peu rager.”

Alex Poulain – 12ème du championnat SX2 2023.

“Les championnats de France ne me font pas rêver. Vu les dépenses qu’on engage et les risques qu’on prend, les primes ne sont pas à la hauteur. Je pense que sur certains championnats, il y a des choses à revoir comme les limites d’âge; certaines personnes ne montent pas en catégorie supérieure, d’autres redescendent. Ok, c’est bien pour le sport car ça peut permettre de faire progresser en roulant avec des pilotes plus rapides mais après, on entend dire qu’il n’y a pas de relève. Ce n’est pas comme ça qu’on va créer de la relève … Par exemple, les jeunes du 125 ne peuvent pas rouler sur les épreuves indoor. À Lyon, ils ont pu mais ce n’était pas prévu à l’origine, et ils n’étaient que 3. Il y a quelques années, les 125 roulaient avec les 250; on pourrait revenir à ce format dans un premier temps. On pourrait aussi faire rouler les 85cc en Supercross, très largement. Ce qui est compliqué pour nous, c’est aussi qu’il n’y a pas de terrains d’entraînements. 

Pour les championnats de France, il faudrait revoir certaines choses. Par exemple, et quand des règles sont fixées en début d’année, il faut s’assurer qu’elles ne changent pas aléatoirement en fonction des pilotes. Selon les pilotes, certaines règles sont appliquées, et d’autres non. Il faudrait que ce soit noir pour tout le monde, et pas blanc quand ça arrange certaines personnes. Au Supercross de Paris, il y a eu des polémiques. Les années précédentes, tout le monde roulait et là en gros, personne ne roulait … Il y avait les méchants pilotes du SX Tour qui ont fait une manche devant les trois spectateurs présents et le soir, les autres entraient en piste … Nous, on paie tous notre engagement, on devrait tous avoir le droit de rouler le soir aussi, non ? Ils disent qu’il n’y a pas de relève mais s’ils ne nous laissent pas rouler avec les pilotes Américains, il ne faut pas venir se plaindre. Parfois, on a juste l’impression d’être des bénévoles, ni plus ni moins. On paie pour rouler, pour faire le show.

Moi, rouler à l’étranger me botterait, découvrir autre chose. Comme un peu tout le monde, aller rouler aux Etats-Unis, dans les pays comme ça. Par exemple, je suis allé faire une course au Congo, c’était la première fois que j’y allais et je me suis régalé; je n’ai jamais pris autant de plaisir. L’accueil, l’ambiance, les mentalités, ça change !”

Hugo Manzato – 7ème du championnat SX2 2023.

 “Est-ce que je rêve en championnat de France ? Oui, mais ce ne sont pas vraiment les championnats de France qui me font rêver, c’est plus le SX Tour. Avoir ce bout de plastique entre les mains un jour, synonyme de podium, c’est ça qui me fait rêver. Si on regarde l’aspect financier, médiatique, ça ne fait pas rêver. Aller à l’étranger me fait plus rêver. Le rêve en France, c’est plus de performer car on a de très bons pilotes, un gros plateau, c’est plus ça qui me fait rêver que le championnat en lui-même.

Pour attirer la prochaine génération, il faudrait rendre ces championnats plus médiatiques, proposer plus d’argent, mettre en place des nouvelles choses sur les réseaux, pouvoir voir des courses en live. Il faudrait promouvoir le sport en général pour attirer un plus grand public; ça innoverait, ça ferait rêver les gens et ça attirerait plus les jeunes. Pour les jeunes d’aujourd’hui, l’Europe ou le mondial font plus rêver parce qu’il y a Monster Energy, il y a Red Bull, il y a des opportunités. Si notre championnat SX Tour devient plus médiatisé, pourquoi ne ferait-il pas autant rêver qu’un championnat Américain ? Au final, ça reste un championnat national.

Moi, je me suis inscrit au championnat Indien. Ce qui me fait rêver à 25 ans, c’est de faire le tour du monde en pratiquant mon sport, tout en essayant de gagner ma vie de cette façon là. En France, c’est très compliqué, on a un réservoir de pilotes qui sont très bons, qui vont très vite et on le voit encore ce week-end à Lyon. Bouger, aller aux USA, découvrir de nouvelles cultures, de nouveaux endroits, c’est ce qui me botte. Pour le moment, la moto reste une passion avant d’être un métier en lui-même. Si je peux voyager et gagner de l’argent avec ça, je le fais. L’Elite ne me fait vraiment pas rêver donc j’aimerais vraiment me tourner vers du Supercross, pour faire une carrière dans cette discipline. Dès que je trouve un championnat, que ce soit en Inde ou au Zimbabwe la semaine prochaine, je suis partant. Je saisis toutes les opportunités qui se présentent à moi.

Moi, j’aspire au World Supercross, à rouler devant en SX Tour. J’aspire à la médiatisation de notre sport, j’aimerais que le SX Tour soit plus reconnu. Le SX Tour, c’est censé être la Ligue 1 de notre sport. Ce que je vais dire est complètement disproportionné mais sur la Ligue 1, ce sont tous des stars alors que nous, on est tous des peintres. Même si on a 4 ou 5 stars en France, les mecs sont plus rémunérés en Ligue 2 ou en CFA. Il faudrait que notre sport soit promu de la bonne façon.”

Dorian Koch – 11ème du championnat SX2 2023.

“On ne va pas se mentir. Peu importe où c’est dans le monde: s’il y a de l’argent, ça attire tout de suite. Concernant le championnat Indien, j’ai entendu dire qu’il y avait de l’argent à se faire en roulant bien, que ce soit devant ou derrière. Un nouveau championnat, dans un nouveau pays, avec de gros investisseurs; ça fait rêver et ils marquent un gros point là-dessus car maintenant, plus rien ne nous fait rêver. Il y a encore quelques années, le championnat de France me faisait rêver. Mais quand tu vois les primes, et que tu prends 150 balles la soirée … ce n’est pas top pour vivre. Ça ne fait pas rêver au niveau des primes mais au niveau du championnat, de la préparation de piste, des pistes, des pilotes, du niveau, le championnat de France se porte bien. Il manque juste un peu d’argent pour attirer plus de pilotes, qu’il soit plus vivable et accessible.

Le gros problème, c’est qu’à moins de rouler dans les trois premiers il n’y a pas d’argent à se faire sur le championnat de France. Il faut aller rouler à l’étranger et dans tous les cas, le top 3 roule aussi à l’étranger pour gagner sa vie. Tu es obligé de chercher des sponsors, ci, ça, les primes du week-end ne te remboursent même pas le déplacement donc ça ne peut pas fonctionner. La fédération ne fait rien, avec les cotisations des licences, des clubs, ne se dit pas qu’elle pourrait faire un effort pour les championnats “professionnels” – Elite & SX Tour – et augmenter les primes pour attirer du monde.

Le championnat de France, ça m’a fait rouler au SX de Paris. C’est une bonne chose car sans ça, je n’aurais jamais pu y rouler avec mon niveau. Sauf que rouler à Paris pour prendre 350€ sur deux jours, avec un déplacement à payer alors que d’autres sont payés des milliers et des milliers d’Euros pour venir de l’autre bout de la planète. Mouai. Ne pas payer un minimum les petits pilotes Français qui animent aussi la nouvelle génération, c’est dommage. Il faudrait leur donner plus envie avec de meilleures primes.

Pour rendre le championnat plus attractif, je pense qu’il faudrait un plus gros budget pour rémunérer les pilotes. Revoir le format du spectacle serait aussi une bonne chose. Pourquoi ne pas rajouter une course à l’Américaine ou une Superpole en SX2 comme en SX1 ? Ça pourrait animer la soirée. Pourquoi ne pas relancer le 85cc qui s’est perdu avec le 125cc. Ils essayent de relancer le 125cc mais le Supercross, ça se démarre en 85cc. En gros, il faut presque attaquer directement en Supercross par le 250. Pour relancer ce championnat, je dirais qu’il faudrait aussi trouver des salles qui permettent des pistes plus grandes. Des pistes de 25 secondes, c’est bien parce que c’est à côté de la maison mais si tu me dis de me déplacer plus loin pour de plus grosses pistes, je viens. Je ne parle pas de pistes comme à Paris ou à Clermont Ferrand, mais des pistes avec de vrais enchaînements, un peu plus grandes; tout le monde dira oui.

Il faudrait que la FFM décide d’aider les organisateurs, à savoir JLFO, pour le championnat de France de Supercross. Si on prend l’exemple de l’ADAC, il y a de grosses primes, des teams avec des budgets alloués par les organisateurs pour trouver des pilotes, il y a des motos prêtées, des tenues, des casques, des sponsors, et j’en passe. Il y a clairement un budget et les personnes qui ont ce budget en France, elles sont à la Fédération.”

Enquête: Les championnats de France font-ils rêver nos pilotes ? (1/2)

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