Difficile d’imaginer meilleur scénario pour Jeffrey Herlings en Turquie. Détenteur d’une confortable avance au championnat sur Romain Febvre avant ce week-end, le pilote Honda a fait les choses en grand à Afyonkarahisar en signant son cinquième triplé consécutif; de quoi décrocher son sixième titre mondial avec la manière – deux épreuves avant la fin du championnat. À chaud, le Néerlandais revient sur son premier sacre en 5 ans.
« Je suis très content de mon week-end. Même si j’avais beaucoup d’avance au championnat, j’étais vraiment stressé ces dernières semaines, lors des derniers entraînements, parce que je savais que la seule chose qui pouvait potentiellement me faire louper ce titre, c’était une blessure. Et j’ai déjà montré par le passé, au cours de ma carrière, que j’étais du genre fragile quand je tombais.
Donc j’ai essayé d’être intelligent, mais en même temps, j’ai simplement continué à attaquer aussi fort que possible, parce que je sais que c’est devant que je prends le moins de risques. C’était vraiment stressant. Je vais être honnête, je n’ai pas beaucoup dormi dans la nuit du samedi au dimanche. J’ai dû dormir trois heures. Je me faisais tous les scénarios possibles dans ma tête : « et s’il se passait ci, ou ça ? » J’ai simplement fait en sorte de ne pas tomber.
Et en réalité, parmi tous les scénarios que j’avais imaginés, je n’avais pas pensé que j’allais faire les deux holeshots et mener tous les tours ce dimanche. Donc je suis vraiment très satisfait. C’est mon sixième titre de champion du monde, ma 123e victoire en Grand Prix, ma 11e victoire de l’année avec Honda HRC Petronas. Je suis super content. »
Malgré son avance au championnat, Jeffrey Herlings n’a pas abordé cette finale turque en étant complètement serein. Le Néerlandais connaît trop bien les conséquences d’une chute et même si près du but, l’officiel Honda HRC redoutait d’encore tout perdre sur une blessure. Ce dimanche, la pression était donc bien réelle au moment de prendre le départ de la première manche.
« Je pense que les champions sont capables de gérer ce stress et cette pression. J’ai horreur de passer pour un arrogant ou un prétentieux. Ce n’est vraiment pas dans ma nature. Mais je pense qu’une fois que tu as décroché quelques titres, quand vient le moment T et qu’il faut aller chercher un résultat, tu es capable d’enclencher et de faire le nécessaire sans laisser le stress prendre le dessus. Aujourd’hui, toute ma famille était là, tous mes amis aussi, et quasiment tous mes sponsors. Il y avait même un haut responsable de chez Honda HRC. Donc oui, même s’il n’y avait pas énormément de public sur cette épreuve, j’avais quand même pas mal de pression sur les épaules et je voulais simplement bien faire pour tout le monde, pour leur offrir un bon week-end en gagnant.
Maintenant, pas le temps de prendre du repos, parce que je vais retourner à l’entraînement mardi puisqu’il nous reste encore quelques courses à disputer. On continue de bosser jusqu’à la fin de la saison. Même si j’ai décroché le titre, la saison n’est pas terminée. Je vais simplement essayer d’améliorer le record du nombre de victoires en Grand Prix, de victoires en manches et tout ce qui va avec.
La concurrence est toujours présente, en forme. Oui, certains pilotes sont blessés, mais on l’a encore vu ce week-end avec Tom : on est partis devant en seconde manche, et on a creusé un écart énorme sur le reste du plateau. Chaque week-end, il y a un pilote qui répond présent. À Arnhem, c’était Kay de Wolf. Là, c’était Tom. Ce n’est jamais facile de gagner. »
Six titres mondiaux plus tard, la recette n’a visiblement pas changé : Jeffrey Herlings déteste toujours autant perdre. Le titre en poche, le Néerlandais ne compte d’ailleurs pas lever le pied pour autant. Les deux dernières épreuves de la saison restent à disputer, et le pilote Honda compte bien les remporter, elles aussi.
« Ce qui me motive ? C’est simple. Moi, je déteste perdre. C’est la première chose. Je ne vais même pas vraiment profiter de cette soirée, parce que je pense déjà au prochain Grand Prix. Je vais me coucher tôt parce que je veux gagner de nouveau le week-end prochain. Et d’un autre côté, je n’aurai pas vraiment pu profiter de ce titre si je n’avais pas gagné cette deuxième manche en même temps que le titre. Je n’ai jamais perdu le jour où j’ai décroché le titre. Sur mes 6 titres, j’ai toujours gagné l’épreuve et le titre le même jour. Arriver 15e et remporter un championnat ? Ce n’est clairement pas comme ça que je vois les choses. »
Reste maintenant à savoir quel numéro Herlings portera en 2027. Avec ce sixième titre, la plaque numéro 1 lui revient de droit, mais le Néerlandais n’est pas franchement convaincu de vouloir l’adopter. Son attachement au 84 pèse lourd dans la balance, d’autant qu’il garde un souvenir pour le moins désagréable de sa dernière expérience avec le numéro 1…
« C’est une bonne question. C’est toujours cool de gagner et d’avoir la plaque numéro 1, mais je déteste l’arrogance. Pourtant, de mes 18 à 25 ans, j’avais une grande gueule et j’étais très arrogant. Mais maintenant, je pense que j’ai bien changé et je déteste ces traits-là. Et rouler avec le numéro 1, c’est un peu un signe d’arrogance. Bon, Romain n’est pas quelqu’un d’arrogant, loin de là, mais rouler avec le numéro 1, c’est un peu comme rouler avec une cible dans le dos pour les autres pilotes. Tout le monde veut battre le mec qui porte la plaque numéro 1. La dernière fois que j’ai choisi le numéro 1, j’ai fait un photoshoot avec Tom et je me suis blessé. C’était ma seule sortie avec le numéro 1… Je ne sais pas. On va en discuter avec l’équipe, mais dans mon cœur, il y a le numéro 84. »
















