KTM semble – progressivement – sortir de la zone de turbulences. Après près de deux ans de crise financière, le constructeur autrichien – désormais sous contrôle Indien – affiche des signes encourageants de redressement et entend conserver ses activités industrielles à Mattighofen, malgré les rumeurs d’une possible délocalisation vers l’Inde. Gottfried Neumeister, PDG du groupe depuis le départ de Stefan Pierer, a confirmé cet engagement auprès de Speedweek.com, tout en revenant sur les efforts encore nécessaires pour assurer l’avenir de la marque.
Les chiffres du premier semestre 2026 témoignent d’ailleurs d’une amélioration. Selon les données partagées par le groupe Bajaj AG Mobility, le chiffre d’affaires atteint 701,4 millions d’euros, en hausse de 65 % sur un an. Les revenus liés aux motos bondissent de 109,1 % sur un an, à 579,6 millions d’euros, pour 89 004 machines vendues au premier semestre 2026. Une hausse spectaculaire qui doit toutefois être mise en perspective : les volumes ne progressent que de 4,4 % par rapport à la même période en 2025. Surtout, KTM reste loin de son niveau de 2024, avec 39,7 % de ventes en moins par rapport au premier semestre cette année-là. Le redressement financier est donc bien engagé, mais la reprise des volumes reste limitée. En parallèle, le groupe a réduit ses coûts fixes de 65,8 millions d’euros et dégagé un EBITDA positif de 37,6 millions d’euros, soit une marge de 5,4 %. Au deuxième trimestre, l’EBIT est également redevenu positif pour la première fois depuis la fin de la procédure de restructuration.
Un tableau donc plus encourageant qu’il y a un an, alors que KTM devait faire face à une dette importante, à des suppressions de postes et à l’intervention de ses créanciers, ainsi que de Bajaj Auto, pour assurer sa survie. Si le redressement reste à consolider, la marque retrouve, petit à petit, une meilleure dynamique.
Une production qui restera en Autriche.
Parmi les interrogations suscitées par la prise de contrôle de KTM par Bajaj figure l’avenir du site historique de Mattighofen. Des rumeurs évoquaient un possible transfert de la production vers l’Inde. Gottfried Neumeister a tenu à les écarter, en réaffirmant l’engagement de KTM envers ses installations autrichiennes.
« Il y avait des rumeurs selon lesquelles la production serait transférée en Inde, mais notre engagement envers l’Autriche est clair. Nous avons plus de 440 ingénieurs qui conçoivent des produits de premier plan et repoussent les standards », explique le dirigeant à nos confrères de Speedweek.
Neumeister précise également que Bajaj n’a pas pris la main sur la gestion quotidienne de KTM. « J’ai reçu le feu vert de la direction pour mettre en place une équipe indépendante. Bajaj n’a donc pas repris les commandes de la gestion de l’entreprise. »
Un message important pour le constructeur, dont l’identité reste étroitement liée à ses racines autrichiennes. Le maintien de la production sur son site historique constitue un signal rassurant, même si la priorité reste désormais de consolider une situation économique toujours fragile.
Le pari du sport moto a convaincu Bajaj.
Le redressement de KTM ne concerne pas uniquement ses activités industrielles. Le programme officiel en MotoGP a lui aussi été renouvelé pour cinq années supplémentaires, alors que la poursuite des engagements sportifs du groupe ne semblait pas acquise au moment de l’arrivée de Bajaj aux commandes.
« Au départ, le sport moto était peu compris. Bajaj vient du monde de la moto dite utilitaire, où les ventes sont principalement tirées par le prix. Les critères d’importance ne sont donc pas les mêmes que chez nous. Il m’a fallu plusieurs voyages en Inde pour les convaincre », raconte Neumeister.
Le PDG insiste sur le rôle de son nouvel actionnaire dans cette décision : « Sans leur soutien, nous n’aurions pas pu nous engager en MotoGP pour les cinq prochaines années. On peut toujours se demander pourquoi ces programmes de courses sont nécessaires et pourquoi nous dépensons autant d’argent alors que 500 postes ont été supprimés. Les données doivent ensuite être utilisées pour démontrer comment le sport a un impact positif sur les chiffres de ventes. Gagner le dimanche, vendre le lundi fonctionne pour notre entreprise. »
Cette confirmation est également importante pour les autres programmes sportifs de KTM, même si elle ne garantit pas à elle seule une hausse des budgets consacrés à la compétition. Dans un contexte de restructuration, la priorité demeure la viabilité économique de l’ensemble du groupe.
Côté motocross, le groupe met un terme à son programme officiel Husqvarna aux États-Unis fin 2026. En 2027, une seule structure Factory sera donc engagée en championnat AMA : Red Bull KTM, qui devrait aligner Jorge Prado, Lucas Coenen, Sacha Coenen, Julien Beaumer, Daxton Bennick et Ryder DiFrancesco. En MXGP, le groupe conservera en revanche trois entités officielles : Red Bull KTM, directement liée à la maison mère, De Carli KTM et Nestaan Husqvarna, ces deux dernières étant dirigées par des propriétaires indépendants, la famille De Carli et Kay Hennekens. Au total, ces trois structures devraient réunir sept pilotes en 2027, avec Andrea Adamo, Maxime Renaux et Kay de Wolf en MXGP, ainsi que Simon Längenfelder, Valerio Lata, Janis Reisulis et Liam Everts en MX2. Une réorganisation interne est également attendue au niveau du management.
La prudence reste de mise.
Malgré les indicateurs positifs, Gottfried Neumeister ne considère pas le redressement comme achevé. Le dirigeant souligne que la hausse des volumes doit désormais s’accompagner d’une rentabilité durable, alors que KTM cherche à retrouver une place de premier plan sur le marché mondial, et notamment en Europe.
« Quand j’observe le marché autour de nous, les autres constructeurs européens affichent des pertes au premier semestre. Bien sûr, tout le monde souligne que nous partons de ventes plus faibles. Néanmoins, il est très encourageant de surperformer le marché et d’avoir vendu près de 100 000 motos », estime-t-il.
Le dirigeant rappelle toutefois que les volumes ne constituent pas une fin en soi : « Le volume ne fait pas tout. Nous devons d’abord redevenir rentables avant de pouvoir développer notre activité. Nous sommes sur la bonne voie et tous nos nouveaux produits sont bien accueillis. L’avenir de l’entreprise en dépend. »
KTM semble donc avoir franchi une première étape importante après une période particulièrement difficile. La progression du chiffre d’affaires, le retour d’un EBITDA positif et la confirmation du maintien de la production en Autriche constituent autant de signaux encourageants. Mais le groupe doit encore transformer cette reprise en rentabilité durable : c’est à cette condition que le constructeur pourra envisager sereinement la suite de son développement, sur le marché comme en compétition.

















