L’absence d’équipe officielle Fantic en mondial en 2027 ne signifie pas que la marque italienne compte lever le pied. Après la fin de sa collaboration avec JM Racing au terme de la saison 2026, le constructeur Italien a choisi de revoir son programme sportif, sans pour autant mettre de côté ses ambitions sur le long terme. Pour faire le point sur cette nouvelle orientation à l’aube de la saison 2027, Davide Guarneri, responsable du segment MX de Fantic, détaille les projets en cours. L’occasion également d’évoquer un éventuel retour de Fantic en MXGP, MX2 mais aussi en EMX250 par la suite, ainsi que la place des constructeurs européens face à l’arrivée de nouvelles marques chinoises. Micro.
Davide, Fantic n’aura pas de programme en MXGP en 2027. La marque était présente dans la catégorie pendant 3 ans, depuis 2004. Est-ce que c’est lié à la fin de collaboration avec l’équipe JM Racing ?
Tout d’abord, au nom de Fantic, on souhaite remercier l’ensemble de l’équipe JM Racing pour le travail accompli tout au long de cette saison. L’année a été faite de hauts et de bas, mais on a montré que notre moto était compétitive et qu’elle avait la capacité de révéler le meilleur des pilotes qui roulaient avec.
Pour répondre à la question, s’engager en catégorie MXGP nécessite d’avoir une équipe extrêmement bien organisée et professionnelle, soutenue par une structure technique solide qui permet une collaboration étroite et efficace avec le département R&D interne de Fantic. Compte tenu du nombre de courses et des exigences du calendrier actuel, c’est une priorité absolue, notamment pour gérer les moteurs d’usine et garantir un développement continu tout au long de la saison. Malheureusement, au cours des deux dernières années, on s’est retrouvés dans une situation où on a dû changer d’équipe à chaque fois, alors qu’on avait par le passé pu poser d’excellentes bases techniques et organisationnelles. Cette année en particulier, le calendrier ne nous a pas été favorable.
On a étudié plusieurs possibilités et recherché des équipes qui auraient pu nous permettre de poursuivre notre aventure en MXGP en 2027, mais on n’a pas réussi à trouver une structure répondant pleinement à nos exigences, notamment sur le plan technique. Pour cette raison, on a dû revoir notre stratégie et prendre une décision mûrement réfléchie, en accord avec nos priorités. L’objectif reste de continuer à investir dans le développement du projet Fantic et de garantir les meilleures conditions possibles pour notre avenir sportif.
Pour revenir sur 2026, comment s’est passée votre collaboration avec Jacky Martens et son équipe ? Alberto Forato avait rencontré des difficultés lors de ses précédentes saisons. Satisfait de sa saison 2026 ?
Jacky et son équipe, qui sont très expérimentés, ont été un excellent partenaire pour notre marque. On savait qu’il serait difficile de reproduire les résultats de la saison 2025, mais malgré les difficultés rencontrées par Alberto ces dernières années, il a démontré cette saison, avec notre package, son engagement et sa détermination, qu’il était capable de se battre régulièrement dans le top 10 et, lors de certains Grands Prix, même pour des top 6.
On a été agréablement surpris dès le début de la saison, lorsqu’Alberto a décroché la deuxième place sur l’international d’Italie, montrant immédiatement qu’il avait de très bonnes sensations sur la moto, mais aussi avec l’équipe.
Le développement de la 450cc va se poursuivre même si vous n’avez pas de pilotes engagés en MXGP l’an prochain. On pourrait donc revoir Fantic en MXGP par la suite ?
Cette saison, on est partis de la base technique de la 2025 en y apportant plusieurs évolutions ciblées. Ça a également été possible parce que les pilotes étaient globalement satisfaits du package de la Fantic, ce qui nous a permis de concentrer nos efforts sur le développement d’un modèle entièrement nouveau pour 2027.
Pour le moment, on n’est pas encore en mesure de mettre ce nouveau modèle en piste pour la saison prochaine. Mais Fantic poursuivra son travail de développement, en l’affinant et en veillant à ce qu’on soit prêt si l’occasion de revenir en MXGP se représente à l’avenir.
Par le passé, Fantic était présent sur le championnat du monde MX2 avec une équipe d’usine, mais ça ne s’est pas tout à fait passé comme vous l’auriez espéré. Une nouvelle 250 est en développement, non ?
Je peux déjà annoncer qu’on travaille actuellement au développement d’une nouvelle 250cc quatre-temps. Comme tu le sais peut-être, il s’agit d’un nouveau modèle et d’une moto différente. La catégorie 250cc est toujours particulièrement exigeante en matière de développement pour la compétition. Fantic s’engage à faire avancer ce projet tout au long de l’année 2027, tout en recherchant une équipe capable de relever le défi du mondial MX2 à l’avenir.
On va s’appuyer sur l’expérience acquise par le passé, même si notre passage dans cette catégorie a été relativement court, afin d’améliorer notre moto et de mieux comprendre les exigences spécifiques à la catégorie MX2. Ça nous permettra d’être dans les meilleures dispositions pour prendre une décision réfléchie concernant un éventuel retour en MX2.
Sans programme en MXGP, on a la possibilité de concentrer nos efforts sur plusieurs domaines différents. Notre objectif est de pouvoir être présent dans toutes les catégories. Mais ça dépendra des décisions stratégiques de l’entreprise.
Pour la saison 2027, l’accent sera principalement mis sur le championnat d’Europe 125. Bertram Thorius a réalisé une très belle saison cette année.
On est très satisfaits des performances et de l’attitude de Bertram. Il a montré qu’il était un travailleur acharné, entièrement concentré sur ses objectifs, ce qui lui a permis de progresser de manière significative et de franchir une étape importante dans son développement.
Il s’est immédiatement senti à l’aise, aussi bien avec l’équipe qu’avec notre 125. Il a ramené de bons résultats et signé plusieurs holeshots cette saison. Fantic souhaite poursuivre sa collaboration avec lui, aux côtés de deux autres jeunes pilotes qui pourront prendre exemple sur sa progression et son développement.
Il va rester chez Fantic pour repartir sur l’Europe 125 en 2027, mais il se sentait probablement prêt pour monter sur l’Europe 250 ?
Avec l’équipe, le pilote et ses parents, on a discuté en détail du meilleur programme sportif pour 2027. Il est clairement apparu que Bertram avait encore une marge de progression en 125cc et qu’une saison supplémentaire dans cette catégorie lui permettrait de bâtir des bases plus solides pour la suite de sa carrière.
Fantic n’a pas de programme sur l’Europe 250. Est-ce que ça rend la signature de jeunes talents plus difficile ? Car vous devez bien souvent les laisser partir vers une autre marque après leur passage sur l’Europe 125.
Jusqu’à la saison 2025, l’Europe 250 faisait partie de notre programme sportif. On ne participera pas à ce championnat la saison prochaine, mais comme je l’ai indiqué, notre intention est de repartir sur des bases solides en 125cc et de reconstruire progressivement des possibilités de développement pour les pilotes dans toutes les catégories.
C’est important, car investir du temps et des ressources dans le développement d’un jeune pilote talentueux en 125cc, sans avoir ensuite la possibilité de l’accompagner dans sa progression vers les autres catégories peut devenir frustrant à long terme. Chez Fantic, on veut pouvoir créer une filière structurée qui nous permette de développer de jeunes talents et de les accompagner à chaque étape de leur carrière.
Des marques chinoises vont arriver. Comment Fantic perçoit ça ? Est-ce qu’on se dit qu’il va falloir apporter des changements en interne pour rester compétitifs ?
Honnêtement, c’est une question très complexe et, pour lui apporter la réponse qu’elle mérite, il faudrait lui consacrer une interview à part entière, avec la participation de plusieurs départements ainsi que de représentants de différents constructeurs…
Il ne fait aucun doute que l’arrivée des constructeurs chinois fait des vagues dans le paddock du championnat du monde, et pas seulement dans notre sport. Comme toujours, il y a deux aspects à considérer. D’un côté, il peut être positif de voir un pays aussi vaste et aussi puissant industriellement que la Chine manifester un tel intérêt pour notre industrie. De l’autre, les petites équipes privées et les constructeurs disposant de ressources plus limitées font face à de nouveaux défis et à des difficultés croissantes.
Ceci dit, on doit se retrousser les manches et trouver les meilleures solutions possibles, aussi bien du point de vue de la compétition que de la production. Notre objectif est de concentrer nos investissements en compétition sur des projets capables de générer de réels bénéfices pour le produit final et, en définitive, pour les clients qui choisissent Fantic.
La période semble vraiment difficile pour les marques actuellement. Pensez-vous qu’Infront Moto Racing pourrait apporter des changements pour les aider ? Si oui, qu’aimeriez-vous voir évoluer en priorité pour soutenir une marque comme Fantic ?
Oui, ce que tu dis est vrai : la situation globale n’est pas des plus simples. Le véritable défi consiste à trouver des solutions qui nous permettent d’être performants dans tous les domaines. De notre côté, on fait de notre mieux pour y parvenir. Je comprends également le point de vue du promoteur. Gérer une organisation aussi importante, avec un grand nombre d’employés et la nécessité de fournir un service complet, représente également un défi de taille.
Du point de vue de Fantic, et je pense que cela pourrait également s’appliquer à d’autres constructeurs, une solution possible, peut-être temporaire, serait de réduire le nombre de courses. Ça donnerait davantage de temps de repos aux équipes et à leur personnel, tout en réduisant les coûts globaux pour les équipes comme pour les constructeurs. Ça permettrait également de se concentrer encore davantage sur chaque Grand Prix, d’en augmenter potentiellement la valeur, d’attirer davantage d’intérêt et de créer un sentiment d’exclusivité plus fort autour de chaque épreuve.
Je suis pleinement conscient qu’il est extrêmement difficile de trouver un équilibre entre les besoins de chacun, mais je pense qu’on peut trouver un moyen d’augmenter la valeur de chaque Grand Prix tout en réduisant les exigences financières imposées aux petites équipes et aux constructeurs, qui ne disposent tout simplement pas des mêmes ressources et des mêmes possibilités que les plus grandes structures.





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