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La FFM modifie les critères d’éligibilité en National 250 & 450

La FFM modifie les critères d’éligibilité en National 250 & 450

La FFM a – début décembre – publié le règlement qui encadre les championnats de France Nat.250 et Nat.450 2022, et une règle d’éligibilité fait son retour à l’ordre du jour.

Cette règle stipule qu’un pilote ayant intégré le top 10 d’un championnat Elite lors des 3 dernières saisons n’est désormais plus éligible sur le national 250 ou 450 à partir de 2022. Rien ne change pour le National 125, ni pour le France Féminin.

Ces 3 dernières saisons, on retrouvait pas moins de 20 pilotes dans le top 10 final de l’Elite MX2; pilotes qui ne sont plus éligibles au national 250 ou 450 en 2022: Germain Jamet, Enzo Toriani, Romain Pape, Lucas Imbert, Anthony Bourdon, Pierre Goupillon, Adrien Malaval, Calvin Fonvieille, Tom Guyon, Valentin Teillet, Stephen Rubini, Thibault Benistant, Julien Roussaly, Arnaud Aubin, Nathan Crawford, Matheo Miot, Lorenzo Locurcio, David Herbreteau, Thibault Maupin et Quentin Prugnières.

Sur ces 20 pilotes, 4 étaient encore engagés sur le national 250 en 2021: Calvin Fonvieille (champion), Romain Pape (vice-champion), Lucas Imbert (3e) et Germain Jamet (5e). Troisième du championnat de France National 450 cette année, Brice Maylin n’est également plus éligible à son championnat national la saison prochaine pour avoir terminé 7ème de l’Elite 450 en 2021.

À titre indicatif, Rémy Annelot et Jimmy Clochet – les champions de France National 450 2019 et 2020 – ne sont plus éligibles au championnat pour avoir terminé dans le top 10 final de l’Elite entre 2019 et 2021.

Calvin Fonvieille ne sera pas en mesure de défendre son titre en 2022

On sait que la FFM s’attache à attirer les pilotes du mondial et de l’Europe sur l’Elite – pour redorer le blason du championnat – en leur proposant un report de points sur les épreuves manquées, un avantage qui n’a pas manqué de soulever de nombreuses controverses ces dernières saisons. En effet, les pilotes engagés à temps plein sur l’Elite ont vu – à plusieurs reprises – les titres s’envoler au profit des pilotes de mondial qui – de passage sur l’Elite – bénéficient du report de point. 

Si le désir de relever le niveau de l’Elite est louable, cette nouvelle règle nivèle inéxorablement le niveau du seul championnat de France National 250  vers le bas et empêche les pilotes qui ont forgé la réputation de ce dernier à y prendre désormais part. À l’heure ou les pilotes du mondial et de l’Europe sont les (plus que) bienvenus sur l’Elite, une poignée de pilotes Français ne sont plus acceptés sur leurs propres championnats Nationaux.

Pour avoir terminé 10ème de l’Elite MX2 en 2019, Germain Jamet n’est plus éligible au National 250 en 2022

Si l’on ne peut que se réjouir de voir quelques pilotes de mondial revenir sur l’Elite afin d’y effectuer une course de préparation pour le mondial – comme à Ernée en 2021 – on se réjouit tout autant de voir des pilotes capables de faire du top 10 en Elite sur les championnats nationaux, véritables viviers de talents.

Force est de constater que le championnat de France Elite n’a plus l’étiquette que l’on pouvait lui attribuer dans les années 2000 et, pour preuve, aucun pilote présent dans le top 3 de l’Elite en 2021 n’était engagé à temps plein sur le mondial ou sur un championnat Européen cette année.

Pour avoir terminé dans le top 10 de l’Elite MX2 en 2021, Romain Pape n’est plus éligible au national MX2 en 2022.

Interrogés sur la nouvelle règlementation mise en place par la FFM sur ces deux championnats, 15 acteurs du milieu nous ont donné leur avis.

Calvin Fonvieille – champion de France National 250 2021: « La fédération vient de nous faire un beau cadeau de Noël. C’est bel et bien une surprise car nous n’avions pas été informé de cette nouvelle règle pendant la saison alors que celle-ci nous touche directement. J’aimerais savoir ce que l’on va proposer aux pilotes concernés par cette règle. Sachant que, en ce qui me concerne, je n’ai ni le niveau ni les moyens de faire une saison d’Europe ou de GP et qu’il est également mal vu que nous participions aux différents championnats Régionaux. Le duo National/Elite nous permettait également d’avoir une vraie saison « française » de Motocross avec une bonne douzaine de courses. Je ne comprends pas bien la volonté de la fédération de nous pénaliser pour notre propre championnat National alors qu’à l’inverse, elle favorise les pilotes de l’Europe ou des GP – qu’ils soient français ou étrangers – en leur attribuant des points sur des épreuves de l’Elite sans même y participer. Nous sommes les intermédiaires, ni amateurs, ni PRO et nous sommes donc dans une impasse. »

Khoun Sith Vongsana – ex pilote de GP: « Je ne suis pas d’accord avec cette règle car c’est niveler le niveau vers le bas. Je trouve cela injuste d’interdire à un pilote de participer à un championnat du fait de son niveau juste parce qu’il a fait un bon résultat a un championnat une fois, c’est honteux. Pour moi, le niveau de l’Elite est beaucoup plus faible qu’il y a quelques années. Aujourd’hui, ce ne sont plus des pilotes de GP qui roulent sur l’Elite, et leur interdire de faire le national, c’est ridicule. Il n’y a que la FFM pour faire un règlement pareil. »

Philippe Menichetti – Team Manager New Bike Sete: « Je suis d’accord avec cette règle et je félicite même ceux qui l’ont mise en place car il n’est pas normal selon moi que les 5 premiers pilotes du national soient régulièrement dans les 10 premiers de l’Elite, voir dans les 5 . Mais, parce qu’il y a un mais, je trouve que c’est juste trop rapide pour l’organisation de mon team. Si j’avais connu ce règlement plus tôt, j’aurai surement renforcé mon équipe avec d’autres pilotes pour les championnats Nationaux. Je suis conscient que les championnats Nationaux devraient être réservés aux pilotes qui ne sont pas pro’ et qui ont bien souvent un travail qui les occupe en semaine. »

Charles Lefrançois – vice champion de France National 450 2021: « Je trouve ça dommage. Je trouvais que l’ancienne règle était plus appropriée, règle qui interdisait seulement les 5 premiers du championnat de France Elite à faire les championnats Nationaux. Je trouvais que c’était une bonne chose car dans les 5 premiers en Elite, on retrouve souvent des pilotes de GP. Ceux qu’on retrouve derrière, ce sont souvent des pilotes qui n’ont pas le budget pour faire tout l’Elite ou s’entraîner plus. C’était mieux comme cela selon moi. »

Bastien Inghilleri – 6ème du National 250 2021: « Je suis mitigé, même si le championnat national est à la base un championnat pour les amateurs. Je trouve la règle un peu dure, j’aurais plutôt limité ça aux 5 premiers de l’Elite, et pas sur 3 ans. J’aurais également autorisé le pilote qui fait dans les 5 de l’Elite MX2 à rouler sur le national 450. C’est délicat, il y a du pour et du contre. C’est quand même grâce à ces pilotes-la que le national a une meilleure notoriété, est plus reconnu. »

Axel Bruhaux – vice champion de France National 125 2021: « Je pense que le niveau Elite stagne depuis une paire d’années à contrario des niveaux des championnats nationaux. Les pilotes qui sont devant sur le national sont également devant en Elite depuis plusieures années. On ne voit plus les Elites des années 2000 avec des tops pilotes GP, ce qui faisait le charme de ce championnat. Le niveau en national 250 et 450 est monstueux. C’est étonnant de voir des mecs du national être capable de signer de meilleures perf’ en Élite et ça, ce n’est pas normal. Je pense qu’il y a des choses à faire pour augmenter le niveau de l’Elite sans pour autant faire baisser le niveau global du national qui prend de la valeur. Forcer des pilotes qui bossent toute la semaine à essayer de rivaliser avec leurs petits moyens contre des pilotes qui en font leur métier, ou en ont fait leur métier un jour, c’est dommage, et même impossible. Le championnat national regroupe les meilleurs amateurs, mais ces derniers deviennent de plus en plus compétitifs et parviennent désormais à se mêler aux fidèles pilotes de l’Elite. »

Lucas Imbert complète le quatuor des pilotes non éligibles au National 250 en 2022

François Doré – 4ème du National 250 2021: « De mon analyse – et c’est comme au football avec la ligue 1 et la ligue 2 – je trouve cela normal qu’un athlète de Ligue 1 ne soit pas dans un championnat de Ligue 2. Le championnat National, c’est ceux qui bossent la semaine, ceux qui n’ont pas le niveau pour rouler en Elite, qui évoluent sur des terrains plus faciles. Je pense que c’est une bonne solution. Il y a des gars sur le National qui sont capables de jouer le podium en championnat de France Elite et qui viennent décrocher le titre national. Des pilotes qui sont en tête de leur ligue viennent sur le national, et ils vont préférer faire 10 sur le national que 40ème de l’Elite. Ils vont plus prendre de plaisir en National pour faire un beau résultat. »

Romain Pape – vice champion de France National 250 2021: « Personnellement, cette règle remet tout en question pour moi. La moto est une passion, je n’ai jamais espéré en vivre ou gagner de l’argent en roulant. Je travaille la semaine pour me permettre d’aller sur des courses le week-end et prendre du plaisir. Le national est un beau championnat sur lequel on se retrouve entre pilotes qui partagent le même mode de vie; tout le monde est là pour s’amuser. Je participe à l’Elite depuis 2 ou 3 saisons car j’ai envie de me confronter à des pilotes « pro » pour progresser et montrer certaines choses dont je ne parlerais pas ici, mais ce n’est pas le championnat sur lequel je veux performer. C’est juste du bonus; c’est pour rouler sur de belles pistes. Maintenant je me retrouve contraint et forcé – pour 3 ans – à faire l’Elite ? Ça n’a pas de sens… 6 courses dans l’année dont 2 dans le sable ! Je n’ai ni le temps ni les moyens de m’entraîner dans le sable. Du coup, je fais quoi ? »

Source anonyme: « En 10 ans, le championnat de France National a reçu de plus en plus de médiatisation et au fur et a mesure, il y a eu de plus en plus d’inscrits, de monde. Cette médiatisation a aussi amené des pilotes de l’Elite à revenir sur les championnats nationaux. J’ai bien peur que sans cette règle, on se retrouve à un moment donné avec le top 5 du national capable de faire du top 7 en Elite, ce qui découragerait les pilotes amateurs qui se servent du national pour essayer de progresser, de gravir les échelons, et de se faire une petite place au soleil. Par la force des choses, on se retrouverait alors avec des grilles désertées par les bons pilotes de ligue sur les championnats nationaux. »

Brice Maylin ne peut plus rouler sur le National 450 en 2022. @Niek Kamper

Gilou – créateur de mémotocross: « Les pilotes, principaux concernés, seront directement victimes de l’effet pervers de cette décision, qui parait être prise unilatéralement, sans concertation. Ce marronnier fédéral décisionnaire renouvelé tous les deux ou trois ans, ne règle une nouvelle fois aucun problème fondamental des championnats de France, particulièrement l’Elite qui nécessiterait pourtant une politique audacieuse et volontariste pour les prochaines années. Rien de cela n’existe, c’est au niveau européen, inter-fédérations nationales, que les solutions seront trouvées, avec des exigences, des accords et des contrats. D’ici que le miracle se produise, la mesure d’autoriser à participer au championnat national 250-450 pour tous les coureurs titulaires d’une licence délivrée par la FFM, Inter, LUE, NJ ou NCO et non classés dans les 10 premiers d’un Championnat de France Elite des 3 dernières années, outre baisser le niveau, va créer d’autres problèmes, voire finalement encourager les pilotes de courir à l’étranger, ou cesser la compétition.« 

Lenny Alleaume – pilote de ligue Normandie: « Même si j’ai arrêté le national, pour moi – un gars qui fait dans le top 5 en ligue – c’est plutôt une bonne chose mais d’un autre côté, ça pénalise aussi d’autres pilotes et je comprends que les avis soient partagés. Aujourd’hui, l’Elite n’a que très peu de retombées médiatiques. Quand on prend un pilote comme Jason Clermont – qui rentre dans les 10 en Elite – il a décroché une place au sein de l’équipe Berryli4ni et une aide de Kawasaki grâce à son titre de champion de France National 450. C’est un sacré débat. Ça favorise les gars des ligues comme moi, on prend une moins grosse soufflante quand on vient sur le national, mais pour les mecs qui sont devant et gagnent plus ou moins leur vie sur le national et sur l’Elite, je comprends que ce soit compliqué. »

Raffael Blond – 7ème du National 450 2021: « Vu la conjoncture actuelle, je ne pense pas que ce soit le moment d’instaurer une règle comme celle-ci. On n’est pas sûrs de pouvoir revenir à des championnats normaux en 2022, et notamment pour le SX tour par exemple. Imposer à des pilotes de seulement participer à l’Elite, c’est les contraindre à seulement 7 épreuves sur l’année; pour leurs partenaires et pour eux, c’est dommage. D’autant plus que certains pilotes très rapides ne font pas forcément tout l’Elite, et donc pourront toujours rouler sur le national alors que d’autres moins rapides qui feront tout l’Elite ne pourront pas être sur le national. Aujourd’hui, la plupart des pilotes payent pour rouler, l’Elite ne paye plus comme il le faudrait donc c’est certainement plus intéressant pour eux de faire un podium en national que 10eme de l’Elite et ceux qui seront devant sur le national seront finalement effacés puisque les gens diront que le niveau du championnat n’est plus ce qu’il était auparavant. »

Victor Quiniou – 3ème du National 125 2021: « Je suis pour cette règle car étant donné qu’il y a des championnats Nationaux et Elite, je considère que les dix premiers de l’Elite sont sensé mettre du gros gaz, et ces pilotes ne devraient pas être sur un championnat national. D’un autre côté, je trouve que c’est bête car cela limite le nombre de courses pour les pilotes de l’Elite. Si ces pilotes ne veulent pas se consacrer au Supercross, faire le National en plus de l’Elite leur permet de faire des courses, et d’avoir plus de visibilité. Faire un top 10 en Elite, c’est avoir un gros niveau. Selon moi, les championnats Nationaux doivent être disputés par des pilotes de niveau de ligue » 

Pierre Goupillon – champion de France Elite MX2 2021: « Je ne trouve pas cette règle top car forcément, les meilleurs du championnat national ne seront plus là et du coup, il y aura moins de niveau. »

David Herbreteau – vice champion de France Elite MX2 2021: « Je suis pour. Je pars du principe que si tu fais un top 10 en Elite – qui est le championnat de France le plus relevé – ta place est là. Quand on fait un top 10 en Elite, on a des partenaires qui nous suivent pour faire un top 10 en Elite. Par exemple, ceux qui ne font que le National vendent leur image pour un top 10 national, mais si 5 pilotes de l’Elite viennent sur le national, alors ils sortent de leurs objectifs; c’est compréhensible dans ces cas là que ça les dérange sachant que ça peut complètement chambouler le championnat. Je pars du principe que chaque championnat à son niveau, ça reste un championnat de France donc en terme de déplacements, c’est relativement la même chose. Après je peux comprendre que les pilotes de l’Elite aient envie de faire du National pour faire des courses car il y a moins en moins de compétition au calendrier. mais dans ce cas là, la fédération devrait mettre en place un système afin que tous les pilotes présents dans le top 10 de l’Elite aient un classement séparé et un prorata de prime différent. Ainsi, leur présence ne viendra pas chambouler le classement, ni déranger les pilotes du national. Dans l’autre sens, l’Elite reste le plus gros championnat de France où doivent se retrouver les meilleurs ! Il faut se mettre à la place de tout le monde. Imaginez si l’Elite était tout le temps comme Ernée avec les pilote de GP ! Seulement trois des pilotes français dans chaque catégorie auraient accès aux points et aux primes … je ne suis pas certain que tout le monde soit content à la fin de l’année »

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