Lorenzo Locurcio “montrer que j’ai ma place dans la catégorie”

Lorenzo Locurcio “montrer que j’ai ma place dans la catégorie”

Après une saison en championnat d’Europe 250 avec Bud Racing Kawasaki, Lorenzo Locurcio s’attaque au mondial MXGP en 2021. Signé à la dernière minute par la structure JD Gunnex KTM, le pilote Vénézuélien s’apprête à relever le défi de toute une vie en s’alignant derrière les grilles du championnat du monde MXGP pour la toute première fois de sa carrière. Un changement de taille pour le garçon qui se préparait encore à disputer une nouvelle saison de Supercross US fin 2020. De la Floride à la République Tchèque, il n’y a qu’un pas … Micro.

Lorenzo, d’autant que je sache, tu te préparais pour disputer le Supercross US en 250 avec ta propre structure, Wildcat Racing. Un gros changement dans ton programme 2021 ! Comment ça s’est fait ?

Après la saison dernière et avec la limite d’âge ici en Europe alors que je roulais en EMX250 je ne savais pas trop de quoi allait être fait l’avenir pour moi. J’ai contacté des équipes aux USA et en Europe mais rien n’était certain, je n’avais pas de réponse claire donc je me suis assis autour d’une table avec ma famille et j’ai regardé les meilleures options qui s’offraient à moi, et à ce moment-là, la meilleure option c’était de rouler en SX US, sur la côte Ouest, aux USA.

Les déplacements allaient être plutôt moindres car je vivais à Clermont, en Floride, et toutes les courses étaient plutôt proches de chez moi. Ensuite il a fallu trouver sur quelle moto j’allais rouler, donc j’ai appelé différents préparateurs moteurs, et l’option la moins couteuse pour moi était de rouler sur une Autrichienne, mais avec le Covid, ce n’est pas simple d’acheter des motos car il n’y en a pas assez sur le marché, et quand quelqu’un en avait une, il me demandait une véritable fortune pour l’acheter. J’ai eu de la chance, en parlant à un concessionnaire en Floride, on a été en mesure de discuter d’un bon prix pour deux 250 GasGas et petit à petit j’ai commencé à monter mon propre programme exactement comme je le voulais en travaillant avec ce que j’avais à ma disposition.

Parfois, dans les petites structures, les moteurs ne sont pas très bons, ou alors les suspensions ne sont pas terribles, donc en montant mon propre programme je pouvais choisir ce qui selon moi était le mieux – et qui était accessible au grand public – pour me préparer des motos compétitives.

Mais en Décembre, j’ai finalement eu une réponse de l’équipe pour laquelle je roule désormais, JD Gunnex KTM, et l’offre était vraiment trop bonne pour la refuser. J’ai adoré rouler en Europe et avec l’expérience de l’an dernier, je n’ai pas eu à réfléchir à deux fois pour signer le contrat.

Je suis vraiment reconnaissant envers les sponsors et les personnes qui m’ont aidé pour monter mon propre programme aux USA mais avec le Covid, beaucoup d’entreprises n’avaient plus de pièces, ou de budget. Ça devenait difficile de monter un programme solide mais heureusement, quand j’en ai parlé aux sponsors qui s’étaient engagés, ils ont été compréhensifs à propos de la situation, à propos de l’opportunité de toute une vie qui s’offrait à moi et ils m’ont donné le feu vert pour rejoindre l’équipe avec laquelle je suis maintenant.

Tu descends d’une 250 GasGas préparée pour le Supercross US pour monter sur une 450 KTM pour préparer le mondial MXGP. Ça doit être une transition difficile. Tu en es où dans ta préparation pour 2021 ?

J’ai roulé sur une Japonaise pendant si longtemps, alors passer sur une moto Autrichienne c’est un gros changement mais j’aime beaucoup la moto. En plus, il n’y a pas énormément de différence entre la GasGas et la KTM mais c’est vrai que d’avoir 200cm3 de plus sous la selle c’est un changement. Je n’ai pas roulé en 450 depuis bien longtemps mais mon style de pilotage correspond bien à la moto et j’ai été en mesure de m’y adapter plutôt rapidement.

On revient tout juste de trois semaines d’entraînement en Espagne, on n’a pas encore fait beaucoup de testing mais le ressenti est bon, on a encore du temps avant le premier grand prix pour vraiment élever mon niveau et faire tourner quelques têtes sur notre passage. J’ai confiance en mes capacités mais je sais également que je vais rouler contre des mecs vraiment balaises qui ont bien plus d’expérience que moi donc je prends cette année comme une année d’apprentissage pour m’améliorer autant que possible mais dans le même temps, je veux pouvoir inscrire des résultats qui me permettront de rester dans le paddock pour les prochaines saisons.

 

En vrac: Où vas-tu vivre désormais ? Qui est venu avec toi ? Comment tu gères un mois de février en Europe ?  Sur quoi tu te concentres principalement cet hiver ?

Je suis en République Tchèque là où le team est basé, à environ 40 minutes de Prague. Je suis venu seul, et je ne vais pas mentir, certains jours il fait vraiment très froid. Je viens d’Amérique du sud de base et là-bas il fait  toujours chaud; en Floride c’est la même chose. J’arrive des USA où il fait 25 degrés avec du soleil et me voilà à Prague où il neige avec des températures négatives.

Néanmoins, tout va bien, je profite de la neige et des températures plus froides. Sortir de ma zone de confort, c’est quelque chose que j’approche avec une attitude positive et pour l’instant tout se passe très bien avec l’équipe, ils font en sorte que je me sente chez moi ici. Jiri et sa famille m’aident à me sentir à l’aise dans ce nouvel environnement donc je n’ai pas à me plaindre.

Tu as déjà réalisé deux saisons d’outdoor US en 450 avec un petit programme, et tu as été en mesure de signer des top 10 & des top 15. Est-ce qu’on peut dire que la 450 te correspond mieux pour le Motocross ?

On peut dire ça, oui, mais l’an dernier j’ai fait une belle année en 250 également. Mais lors de ces 2 saisons en 450 j’ai effectivement montré que j’avais la vitesse, j’avais juste besoin d’un meilleur équipement. Je roulais avec une moto d’origine, une ligne d’échappement et un embrayage. En 450, pas besoin de grand-chose pour avoir une bonne moto.

À Southwick, en 2018

Heureusement, j’ai appris à piloter une 450 de manière la plus efficace possible donc j’ai pu utiliser cette moto à mon avantage et j’ai signé de très bons résultats, et maintenant que j’y repense, je me souviens que je n’avais même pas d’embrayage de rechange ! On roulait et je priais pour que tout se passe bien car en cas de casse, je n’avais pas de pièce de rechange. Mon programme était vraiment limité et voilà comment ça se passait sur les épreuves.

Quel bilan tires-tu de ta saison en championnat d’Europe 250 ? Que tires-tu de ton expérience de l’an dernier ?

L’an dernier, c’était une année vraiment spéciale pour moi. Je venais de vivre ma pire saison de Supercross et je sentais que je galérais. J’avais des problèmes avec la moto, j’étais vraiment très frustré car je savais de quoi j’étais capable mais je n’étais pas en mesure de m’exprimer avec ce que j’avais. Quand j’ai reçu le coup de fil de Stephane (Dassé), c’était vraiment un énorme boost pour la confiance et j’ai fait de gros progrès.  Je me souviens lors de ma première course en Europe, j’ai montré une belle vitesse mais je n’arrivais pas à rester sur mes roues. Ces circuits sont vraiment différents et dès que j’ai compris qu’il fallait que j’apprenne à rouler différemment, j’ai été capable de rouler devant.

Ce que je retiens de l’année dernière pour cette année, c’est l’expérience que j’ai acquise sur certains circuits et l’intensité avec laquelle les gars roulent. J’ai regardé chaque manche du mondial la saison dernière, ce qui m’a permis de voir les trajectoires que choisissent les meilleurs pilotes et comment ils s’adaptent au fur et à mesure d’une course. C’est clair que le temps supplémentaire avant le début de saison joue en ma faveur, ça m’a surtout aidé à signer un contrat aussi tardivement à l’intersaison.

Quelles sont tes attentes pour 2021 ? Non seulement tu fais ton arrivée en mondial, mais tu la fais dans la catégorie reine !

Quand cette opportunité s’est présentée je savais que c’était un gros coup de poker car je n’ai pas d’expérience en championnat du monde, donc mon objectif pour cette saison, c’est de montrer à tout le monde que j’ai ma place dans la catégorie tout en rendant à mon équipe avec de bons résultats pour les remercier de leur confiance et pour m’avoir offert cette opportunité.

L’équipe et moi avons un objectif, mais je préfère le garder pour moi et continuer à travailler pour l’atteindre, c’est une longue saison, je veux juste rouler au mieux de mes capacités et être présent à chaque course et laisser mon pilotage parler à ma place.

 

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