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Graine de champion – Arthur Annelot

À seulement 11 ans, Arthur Annelot s'affirme déjà comme l'un des jeunes espoirs du motocross français. Un profil à découvrir.

Kévin Frelaud Par Kévin Frelaud
16 juillet 2026
dans France
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En l’espace de seulement trois saisons, Arthur Annelot a su s’imposer parmi les futurs pilotes les plus prometteurs de sa génération. Une ascension rapide qui intrigue autant qu’elle impressionne, d’autant que le jeune Isérois n’a découvert le milieu de la compétition que récemment.

Ancien pilote de haut niveau, son père Rémy revient sur les débuts d’Arthur dans ce nouvel opus de notre rubrique « Graine de champion », qui vise à mettre en lumière les jeunes talents de demain. Un récit qui jongle entre progression express, sacrifices du quotidien et réalité qui se cache derrière l’émergence d’un jeune talent. Un témoignage sans filtre sur le parcours d’un jeune pilote… et de toute une famille.

 

Et dans un sport où les trajectoires se dessinent souvent très tôt, certains parcours mettent davantage de temps à s’imposer comme une évidence. C’est notamment le cas d’Arthur Annelot, dont l’histoire en compétition est encore très récente. Ancien pilote titré à plusieurs reprises au niveau national, Rémy revient sur les débuts de son fils et sur l’émergence – tardive – d’une vocation qui n’était, malgré les apparences, pas vraiment destinée à prendre racine.

« Je ne vais pas dire que je ne voulais pas qu’Arthur fasse de la moto, c’est surtout que je ne voulais pas lui imposer ce choix. Quand on est enfant, on ne décide pas vraiment de ce qu’on veut faire. On a beau dire le contraire, ce sont les parents qui orientent beaucoup les décisions, parfois même jusqu’à l’adolescence. J’aurais très mal vécu le fait de l’avoir mis sur une moto et qu’à l’adolescence, dans une période plus compliquée, il me reproche ce choix en me disant qu’il voulait faire autre chose. Du coup, je ne l’ai jamais poussé dans cette direction. Arthur a essayé plein de sports : le trampoline, le ski, le BMX… À part quelques sorties en trial, je ne l’ai jamais vraiment orienté vers la moto. Le soir, je partais rouler dans les montagnes près de chez nous et il lui arrivait de m’accompagner avec une moto électrique. Je voyais qu’il avait de bonnes bases, qu’il trouvait naturellement les bonnes positions, mais on n’a jamais vraiment cherché à aller plus loin. Dans le fond, je pense qu’il y avait aussi une seconde raison: c’est que j’ai toujours été un compétiteur. Je pense que j’aurais eu du mal à vivre la moto uniquement comme un loisir. Si Arthur avait fait de la compétition sans être totalement à l’aise ou sans que ce soit vraiment son truc, je crois que j’aurais été frustré. En tant qu’ancien pilote, ça aurait été compliqué à gérer pour moi. »

C’est finalement naturellement que la bascule s’opère. Après des années à observer du coin de l’oeil, Arthur finit par répondre à l’appel du sport, et ce dernier montre rapidement de belles aptitudes un guidon entre les mains.

« Un jour, l’envie est venue de lui-même. À force de voir des courses à la télévision, de voir de la moto sur les réseaux sociaux, il nous a dit : « Je veux faire de la moto, moi aussi. » Ce qui est amusant, c’est qu’il avait déjà huit ans ! Donc on lui a acheté une 50cc fin 2022 et Arthur a commencé la moto, mais il était déjà un peu grand pour la cylindrée. On est donc rapidement passé sur une 65cc en vue de la saison 2023. Il était tout de suite très rapide. Comme je n’avais pas toujours le temps de m’en occuper, il roulait régulièrement avec Sebastien Pourcel, tandis que je le suivais le week-end. Arthur s’entraînait avec des pilotes comme Mathys Agullo ou Loan Toro et, malgré son manque d’expérience, il n’était déjà pas très loin de leur niveau.»

 

Rapide à ses débuts, Arthur découvre à ses dépends que l’apprentissage passe aussi par des passages difficiles. Une première blessure viendra alors marquer un premier coup d’arrêt dans sa progression, après quelques mois de pratique.

« Je lui rappelais malgré tout de rester prudent, car il roulait depuis seulement quelques mois alors que les autres avaient plusieurs années d’expérience. Malheureusement, il l’a appris à ses dépens en commettant une grosse erreur lors d’un stage à Bram. Il a sauté à côté d’un saut et s’est fracturé le fémur. Il en a eu pour six mois de convalescence, et le temps de reprendre… La première ‘vraie’ saison d’Arthur en réalité, c’est 2024. Donc la saison 2026 représente sa troisième année sur une moto, à s’entraîner sérieusement, et régulièrement.»

Au-delà de la progression express d’Arthur, une question revient régulièrement chez ceux qui croisent la route de la famille Annelot : comment expliquer une progression aussi rapide ? Car en l’espace de trois saisons seulement, Arthur Annelot s’est imposé comme l’un des meilleurs Espoirs du sport Français. Pour Rémy, si le travail abattu et l’environnement jouent un rôle important, Arthur possède avant tout des qualités naturelles qui se sont rapidement révélées.

« Tout est venu naturellement. Arthur a toujours été doué en sport. En ski, par exemple, il a réussi à décrocher des top 5 en championnat de France alors qu’il évoluait dans un petit club. En moto, il a tout de suite eu un vrai feeling. Je me souviens de son tout premier entraînement : le soir même, j’ai dit à ma femme qu’il avait déjà les bonnes positions, sans que je lui aie appris quoi que ce soit. Il restait naturellement debout, utilisait bien ses jambes… C’était instinctif. Les jeunes apprennent aussi énormément en regardant les vidéos sur YouTube. Arthur suit tout ce qui se passe aux États-Unis et ne manque jamais une vidéo de Haiden Deegan. Mais malgré ça, je pense qu’il possède un petit quelque chose d’inné. Beaucoup de gens me disent : « C’est beau, ce que tu lui as appris. » En réalité, je ne lui ai pas appris à piloter. Mon rôle est surtout de le guider, de lui éviter certaines erreurs et de mettre la moto au point. En revanche, son pilotage lui appartient complètement. Certains trouvent qu’il me ressemble sur la moto, mais je ne suis pas d’accord. J’avais un style très fluide, presque économique, alors qu’Arthur est beaucoup plus explosif et engagé. Il est constamment en action, parfois même un peu trop… mais je pense que c’est justement ce qui fait sa force. »

Une fois remis de sa fracture du fémur, la saison 2024 devient le véritable point de départ du projet Annelot. Les progrès sont rapides, mais les premières confrontations avec les meilleurs pilotes nationaux puis Européens rappellent aussi qu’au plus haut niveau, le talent seul ne suffit plus. Entre erreurs de jeunesse et premières performances à l’international, Arthur va apprendre vitesse grand V, et franchir un nouveau cap lors de cette première saison décisive.

« Pour la saison 2024, on a effectué un gros travail durant l’hiver et Arthur a tout de suite été dans le rythme. Le problème, c’est qu’il faisait encore beaucoup d’erreurs, chutait beaucoup. Il termine 9ème du Minivert, alors qu’il affichait un potentiel bien supérieur. À cette période, Théo Roptin m’a conseillé de tenter le championnat d’Europe. Je trouvais ça prématuré pour une première année de compétition, mais on est quand même allés au Portugal. Dès la première manche, Arthur part devant mais chute. La vitesse était là. Il se qualifie ensuite pour la demi-finale en Roumanie et signe une superbe 5e place. Franchement, pour un gamin qui roulait depuis moins d’un an, c’était impressionnant. Ensuite, direction la finale de Loket: une douche froide. Avec le recul, je pense que j’ai aussi une part de responsabilité dans sa mésaventure là-bas. On travaillait énormément sur la technique, mais pas assez sur les séances chronométrées. Arthur manquait encore d’expérience pour gérer ce type d’exercice : avec les drapeaux jaunes et le trafic, il ne savait pas identifier s’il était dans un bon tour. Résultat, il signe seulement le 42e temps et ne se qualifie pas alors qu’il avait une très belle vitesse pure. Mentalement, ça a été un moment très difficile. Il était réserviste, il s’est préparé pour la deuxième manche avant d’apprendre qu’il ne roulerait finalement pas. Il était inconsolable. Je lui ai simplement dit : « Ce n’est que partie remise, tu reviendras. » Je pense que cette désillusion lui a servi de déclic. À partir de là, il a compris à quel point les chronos étaient importants. La saison suivante, il a signé les pôles dans près de 80 % de ses courses. »

 

Si 2024 lui a permis de découvrir son potentiel tout en apprenant de la dure réalité du sport, 2025 est la saison de la confirmation pour Arthur. Plus expérimenté, mieux préparé physiquement et mentalement, le garçon change de dimension et s’impose rapidement comme l’un des pilotes les plus rapides de sa génération. Une progression express, même si quelques erreurs de parcours l’empêcheront de transformer ce potentiel brut en premier titre.

« La vraie révélation est venue en 2025. Après un gros travail hivernal, Arthur a franchi un cap important, notamment lors des stages avec l’équipe de France. On avait aussi intégré davantage de travail physique, et il est arrivé en pleine forme, avec un mental solide. C’était clairement sa meilleure saison, même s’il reste forcément un peu sur sa faim. Arthur termine vice-champion de France Minivert (ndlr: Pupilles) et quatrième du championnat d’Europe. Il a gagné des manches, dominé des courses et signé des chronos très impressionnants, parfois avec plusieurs secondes d’avance. Mais il a aussi commis des erreurs importantes qui lui ont coûté cher : à Bram, dans la boue, il ne savait pas qu’il pouvait retirer ses lunettes. Il est tombé car il ne voyait plus rien. À Loket, alors qu’il jouait le podium, il s’arrête aux stands à deux tours de l’arrivée pour changer de lunettes… des erreurs de jeunesse qui font partie de son apprentissage. Au-delà de la vitesse, il manquait surtout d’expérience et de maturité dans la gestion des courses. Un autre point a joué : sa croissance. De fin d’année et déjà grand pour son âge, il a commencé à être limité sur la 65cc en fin de saison, notamment sur les départs, où il avait du mal à sortir correctement. Malgré tout, vu le contexte — car il était seulement dans sa deuxième année — le bilan reste très positif. »

Les performances d’Arthur Annelot en 2025 ne passent pas inaperçues. À l’aube de sa première saison en 85cc, le voilà retenu en équipe de France dans la catégorie, un choix judicieux de la Fédération Française bien que son âge ne lui permette pas – encore – de participer à la coupe du monde 85cc.

« La sélection d’Arthur en équipe de France pour le Mondial Junior a fait débat, notamment parce qu’il est encore très jeune – dans la même situation que le petit Pinchon – alors que certains pouvaient aussi prétendre à une place pour une dernière année. Personnellement, je reste assez neutre sur le sujet. Je suis content pour Arthur qu’il y soit, même si une année sans sélection n’aurait rien changé pour son développement. Le staff a fait le choix de miser sur la jeunesse, c’est leur décision. Ce qui m’agace, c’est qu’il n’y a pas de cohérence entre l’Europe et le mondial. Arthur ne peut pas faire le mondial 85cc car il est de fin d’année, et donc il se fait léser car il ne pourra pas le faire autant de fois qu’un autre jeune qui est né en début d’année. Compte tenu de son âge, Arthur pourrait se pointer à Jinin pour rouler sur un 65cc. Ça n’a pas de sens. »

« Dans tous les cas, cette intégration en équipe de France permet de construire sur le long terme et de bénéficier d’un encadrement structuré, notamment avec un soutien financier sur les épreuves. Après, il faut aussi être lucide : sur une saison, avec seulement cinq ou six stages parfois perturbés par la météo, le temps passé ensemble reste limité. En si peu de séances, il est difficile de vraiment connaître et accompagner un pilote. Du coup, Arthur est toujours entraîné par Sebastien Pourcel, au moins deux mercredi par mois. Le reste du temps, c’est moi qui m’en occupe. Pendant les vacances, Arthur fait des stages. Être en équipe de France, ça lui apporte surtout en confiance, ça le valorise. Il se mesure à ses concurrents directs, et ça lui permet de voir où il en est. La seule contrainte c’est pour nous, parents: ces stages nous font louper beaucoup de jours de travail, font louper des jours d’école à Arthur. Cependant, on bénéficie d’une aide financière. Mais parfois, on doit aller en Bretagne, à Bordeaux, voir même à Redsand en Espagne. Cette aide ne couvre pas tout. Il y a du positif, et du moins positif, comme partout. On résumera en disant que l’appui de la FFM est important pour nous, ils mettent les moyens dans la jeunesse. Sur les courses de l’Europe, ils nous accompagnent. Il y a quand même de la visibilité avec le fait d’être en équipe de France, ils mettent en avant les petits. On en parlait, même pour les journalistes comme toi, ce n’est pas facile de suivre et de couvrir ce que font les plus petits.»

 

La montée en 85cc marque un nouveau point clé dans le parcours d’Arthur Annelot. Face à des pilotes plus âgés et plus expérimentés, le jeune Français ne tarde pourtant pas à confirmer les promesses entrevues la saison précédente. Ses débuts convaincants en catégorie Espoirs seront rapidement récompensés par un premier podium, avant qu’un nouveau coup du sort ne vienne l’interrompre dans son élan.

« En 2026, Arthur monte en 85cc et signe un premier round intéressant à Castelnau-de-Levis chez les Espoirs, dans des conditions difficiles – il fallait vraiment tenir la moto. Arthur est très léger physiquement, il doit faire 35 – 36 kilos. Il a dû s’accrocher, mais j’ai trouvé sa prestation solide avec une 6e place ex æquo. Puis Arthur confirme rapidement à Saint-Jean-d’Angely où il décroche son premier podium après une belle première manche. À 11 ans, il fait sans doute partie des rares pilotes à avoir déjà goûté au podium dans la catégorie. Malheureusement, sa progression a été freinée par une blessure juste avant une épreuve du Championnat d’Europe en Slovénie. Une petite chute dans un virage à l’entraînement lui a causé une fracture avec déplacement du pouce. Malgré les soins et une réduction sans opération, il a dû observer plusieurs semaines d’arrêt. Cette blessure tombait d’autant plus mal qu’il était en tête du Championnat de France Minivert et engagé sur plusieurs fronts. Finalement, Arthur a pu reprendre la compétition à Grièges, après seulement deux roulages. On a pris un petit risque, mais il voulait vraiment tenter sa chance, et il décroche une troisième place dès son retour. Grâce au report des points des manches manquées pour participer à l’Europe, il reste pleinement en lice pour le podium final, voire mieux, puisqu’il est toujours en tête du championnat de France Minivert 85cc. Il s’est également qualifié pour la finale de l’Europe à Loket en terminant sixième de la demi-finale en Bulgarie. Au final, on ne s’est jamais précipités. L’objectif a toujours été de gérer au mieux le calendrier et la charge de travail. Il est encore jeune et aura d’autres occasions, même si jongler entre le Minivert, les Espoirs et l’Europe représente énormément de déplacements. C’est certainement l’aspect le plus compliqué à gérer. »

En dehors des terrains et des week-ends de course, la progression d’Arthur Annelot s’inscrit aussi dans un équilibre à trouver au quotidien. La famille Annelot jongle entre les entraînements, les déplacements et une scolarité classique. Un programme chargé, qui a forcé à une évolution de l’organisation familiale pour permettre à Arthur de poursuivre sa jeune carrière dans les meilleures conditions possibles.

« Actuellement, Arthur est en classe de 6e, et depuis son intégration à la liste des sportifs de haut niveau. C’est seulement le cas depuis le mois de Mars dernier. Concrètement, il bénéficie d’un aménagement des horaires: notamment le mercredi et le vendredi. Surtout, l’établissement accepte qu’il manque les cours lorsqu’il y a des déplacements pour les courses. C’est un vrai soulagement pour nous, car avant, c’était une partie difficile à gérer. J’avais énormément de mal à l’emmener aux entraînements chez Sébastien, qui est à deux heures de route de chez nous. C’était devenu mission impossible. Le fait qu’il soit sur la liste des sportifs de haut niveau nous donne un peu d’air pour la fin d’année scolaire, même si tout dépend encore du planning sportif. À la rentrée, on verra comment on pourra organiser la suite, car ce n’est pas simple à concilier. Pour le moment, Arthur suit un parcours scolaire classique dans le public, dans un établissement proche de chez nous, et sans structure spécifique. En dehors de ça, on essaye de faire en sorte qu’Arthur ait une vraie vie sociale en dehors de la moto. Il a des copains en dehors du milieu, mais il ne faut pas se mentir: sa vie reste centrée sur la moto. Même s’ils sont tous concurrents sur la piste, tous les petits jouent ensemble et passent du temps ensemble dans le paddock après les courses. De mon expérience, la moto reste un milieu plutôt sain. Les jeunes sont globalement bien encadrés, disciplinés, avec des valeurs solides. Il peut y avoir des caractères un peu vifs sur la piste, mais en dehors, ce sont des enfants très bien éduqués. Après, la vraie limite à l’équilibre avec la scolarité réside ailleurs : dans notre région, il est très difficile de concilier études longues et carrière en moto. Il est possible qu’un moment, il faille faire un choix. »

 

En coulisses, c’est donc toute une organisation familiale qui s’est mise en place pour la famille originaire de Grenoble, entre contraintes professionnelles, déplacements et gestion du quotidien, pour accompagner au mieux une progression qui laisse – finalement – peu de place à l’improvisation.

« Le plus dur en tant que parent, c’est clairement la logistique. La route au quotidien pèse aussi beaucoup. Cela dit, on ne se pose pas vraiment de questions : on a fait le choix de consacrer une dizaine d’années de notre vie à nos enfants pour leur donner toutes les chances de s’épanouir. Si Arthur peut percer, on est derrière lui à 100 %. Parce que même en faisant tout parfaitement, rien n’est garanti, alors à moitié, ce serait inutile. Sa sœur vient souvent sur les courses, elle adore la moto, et elle pratique aussi un peu le cheval. De son côté, c’est mieux structuré avec des encadrants et des déplacements organisés en camion, ce qui nous aide un peu. Ma femme l’accompagne quand c’est possible. En ce moment, on vit à 200 à l’heure. On ne réfléchit pas trop, on avance, même si la fatigue est là. Mais les bons résultats d’Arthur jouent forcément sur le moral : quand ça se passe bien, ça donne de l’énergie. À l’inverse, des résultats compliqués ont un impact mental beaucoup plus lourd. Aujourd’hui, comme ça fonctionne, on est pleinement investis. Mais c’est sûr qu’on doit se plier en quatre au niveau de l’organisation avec le travail. Je tiens une concession et je suis ouvert le samedi. Je reçois parfois des appels en pleine course ou déplacement, ce qui rend certaines périodes encore plus intenses à gérer. »

Avec le recul et sa propre expérience aux côtés de son fils, Rémy Annelot mesure aussi à quel point la frontière entre l’accompagnement et la projection personnelle peut parfois être fine, et d’autant plus quand l’aventure est vécue par un ancien pilote. Une réflexion qu’il tente de garder en permanence à l’esprit afin d’accompagner Arthur, en limitant les influences dans ses choix.

« Au Minivert, et c’est très flagrant ces dernières années, il y a des parents qui projettent ce qu’ils n’ont pas pu faire eux-mêmes. Chez certains gamins, ça se ressent, on sent parfois qu’ils roulent plus pour faire plaisir aux parents que par envie réelle. Mais c’est toujours difficile de juger, car il n’y a pas une seule bonne méthode. De mon côté, je sais que je le vivrais très mal si Arthur me disait un jour qu’il en avait marre de «ma moto». Et je lui rappelle souvent, surtout dans les moments compliqués. Je lui dis que c’est lui qui fait de la moto, pas moi. S’il me dit qu’il ne veut plus rouler, on arrête. Mais dans ce cas, c’est son choix. Je veux l’aider, le guider, mais ce n’est pas moi sur la moto. Il y a même des jours où je lui dis : « On va rouler, mais si les conditions sont trop mauvaises, on peut faire autre chose. » Pourtant, jusqu’ici, Arthur reste dans son élément. C’est simple : il adore rouler, il ne se pose jamais de questions. C’est sa vraie force aujourd’hui. Je ne sais pas s’il la gardera cette flamme toute sa carrière, mais pour l’instant, c’est ce qui fait la différence. Il n’est jamais fatigué mentalement, il veut toujours repartir. Et surtout, il ne lâche jamais en course : même en cas de chute, il reste à fond jusqu’au bout. C’est exactement ce qui me plaît chez lui. »

 

Au fil des saisons, de l’évolution du sport et devant les opportunités de plus en plus précoces, le niveau d’exigence a profondément changé pour les plus jeunes générations. Une réalité que Rémy Annelot observe et vit de près et qui l’amène à nuancer certaines idées reçues sur l’investissement des familles.

« Je suis complètement d’accord pour dire qu’il faut garder les pieds sur terre avec les jeunes pilotes. Et sans enfant impliqué à ce niveau, j’aurais probablement le même discours que beaucoup de parents ! Mais la réalité du terrain est différente aujourd’hui. Les jeunes sont devenus très professionnels, c’est incroyable. Quand j’entends certains dire que c’est “trop tôt”, je pense qu’ils ne mesurent pas vraiment la situation actuelle. À partir de l’Europe 125, sans structure, sans aide, sans team, c’est quasiment impossible de suivre un programme sérieux. Là, une saison doit nous coûter 40.000€, et les sponsors absorbent la moitié de ces coûts. Les budgets sont énormes, les déplacements permanents, et il faut quasiment arrêter de travailler pour suivre le rythme. Donc à un moment, soit tu es identifié comme un futur top pilote et tu as un encadrement, soit c’est très compliqué de continuer et tu arrêtes. C’est aussi pour ça que tout le monde se professionnalise de plus en plus tôt. Les motos sont performantes, les structures très développées, et on est dans une vraie course au niveau et à l’armement. Personnellement, j’ai même du mal à imaginer partir sur un championnat d’Europe sans aide ou sans team. Au fond, si on voulait vraiment freiner cette mode, il faudrait presque revoir le cadre global, imposer des motos d’origine ou limiter certaines évolutions. Mais dans les faits, ça ne changera pas totalement les choses : la recherche de la performance existera toujours, dans tous les sports mécaniques. »

À plus long terme, la vision de la famille Annelot reste volontairement ouverte, même si certaines lignes se dessinent déjà. Entre une progression logique vers les catégories supérieures et une attirance naturelle pour le supercross, l’avenir d’Arthur pourrait prendre plusieurs directions, sans qu’aucune ne soit encore figée; une opportunité suffit bien souvent à trouver sa voie …

« Pour le moyen terme, la vision serait d’aller rapidement vers l’Europe 250 mais tout reste encore à faire car les jeunes évoluent tous très vite. Arthur, lui, est clairement attiré par le supercross. Il est très à l’aise dans les sauts, il scrubbe naturellement, il a cette facilité à gagner du temps en l’air, donc forcément ça l’attire. Après, le supercross implique souvent une carrière tournée vers les États-Unis, donc ça veut dire être prêt à tout mettre entre parenthèses à un moment donné. Mais on ne peut pas prévoir ce genre de trajectoire à l’avance. Pour nous, la priorité reste surtout qu’il continue à progresser, qu’il franchisse les étapes une par une et peut-être qu’un jour, si tout se passe bien, il parviendra à se faire une place. Le reste viendra en fonction de son niveau et des opportunités. S’il fait un jour partie des meilleurs pilotes, alors les États-Unis et le supercross pourront naturellement faire partie des options. Mais aujourd’hui, on en est encore très loin et il reste énormément de travail. »

 

La récente relance d’un ‘vrai’ championnat de Supercross destiné aux jeunes marque aussi une évolution importante pour le sport dans l’Hexagone. Pour Rémy Annelot, cette initiative s’inscrit dans le bon sens, à condition qu’elle puisse s’appuyer sur une pratique régulière. Car aujourd’hui, de nombreux jeunes se retrouvent encore freinés par le manque de structures disponibles dans certaines régions Françaises.

« C’est génial qu’un vrai championnat de Supercross soit mis en place. Maintenant, il faut s’entraîner correctement. Car le vrai problème, ce n’est pas le championnat en lui-même, c’est surtout le manque de terrains pour pratiquer. Chez nous, il n’y a rien. Je suis donc en train d’essayer de trouver des solutions avec un terrain que je connais, mais cette année c’est forcément un peu compliqué avec la blessure. On voulait commencer le Supercross fin avril et finalement, ça ne s’est pas fait. Je ne veux pas envoyer Arthur sur des courses en ayant roulé seulement trois fois, donc on va y aller progressivement. Mais je suis vraiment content que ce championnat existe, j’espère qu’il va attirer du monde et perdurer. On a vu l’an dernier que c’était déjà animé avec des pilotes comme Herzogenrath ou Lopes; il y a déjà du niveau. «

«Arthur, lui, est très demandeur et a de vraies qualités pour le Supercross. C’est souvent lui qui ouvre les sauts, il est précis, à l’aise sur les terrains typés Supercross. Il en a déjà fait un peu en 65cc, même si ça restait limité, mais le timing était déjà bon. En Motocross aussi, dès que les terrains sont techniques, il s’adapte très vite. Les sauts, c’est clairement son point fort, donc je pense qu’il peut vraiment s’exprimer dans la discipline. On verra avec le temps. De mon côté, je ne serai pas ce parent qui refuse le Supercross par peur de la blessure. Au contraire, on en fera régulièrement dès que j’aurai accès à un terrain, même toute l’année si possible. »

Quand vient l’heure de s’adresser aux autres parents, Rémy Annelot le fait sans détour, avec l’expérience qui le caractérise: d’abord en tant que pilote, puis ensuite en tant que parent de pilote. Accompagnement, patience et lucidité, autant de facteurs à prendre en compte, et à appliquer.

« Le premier conseil que je donne, c’est de bien s’entourer quand on ne connaît pas. En France, on a la chance d’avoir d’anciens bons pilotes avec de l’expérience, et c’est important de s’appuyer sur eux pour accompagner les jeunes. C’est vraiment le point numéro un. La principale erreur à éviter, selon moi, c’est le manque de patience. C’est quelque chose que j’ai moi-même appris avec le temps. Il faut laisser du temps au travail, rester patient dans la progression. Arthur, par exemple, est un garçon très engagé. Quand il revient d’une manche où il termine deuxième, il ne parle plus pendant une demi-heure. Ce sont des profils qui ne lâchent rien, donc je lui répète souvent de rester patient. Soit ça doit se faire, soit non, mais il faut laisser le temps. Et s’il y a un autre conseil concret, il est plutôt technique : il faut rouler avec des motos fiables. Aujourd’hui, il vaut mieux avoir une moto récente d’origine, bien réglée, plutôt qu’une machine bricolée. Beaucoup roulent avec des motos en mauvais état en pensant qu’elles sont préparées, alors que ça peut vite devenir contre-productif. Les motos d’Arthur sont très bonnes, mais c’est aussi parce que je suis mécanicien de formation, donc je fais en sorte qu’elles soient toujours au top. Et je vois trop de jeunes rouler avec du matériel approximatif, ce qui peut même devenir dangereux. Le plus important, c’est la fiabilité pour éviter les blessures. »

À seulement 11 ans, Arthur Annelot n’en est encore qu’aux prémices de son histoire. Trois saisons à peine après ses débuts en compétition, le jeune français a déjà su se faire une place parmi les meilleurs pilotes de sa génération, tout en conservant ce qui fait sans doute sa plus grande force : le plaisir de rouler. Ambition mesurée, progression méthodique et accompagnement familial: de solides bases sont déjà posées. Sa route vers le haut niveau est encore longue et sera semée d’embûches mais une chose est certaine : au rythme où les étapes sont cochées, le nom d’Arthur Annelot risque de revenir régulièrement dans l’actualité au cours des prochaines années.

 
Image: TTmecapict

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