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Aaron Plessinger “Ça semble presque irréel”

Images: Red Bull KTM

À deux tours près, Aaron Plessinger aurait décroché sa première victoire de carrière à Detroit l’an dernier mais le destin en aura décidé autrement. Ce samedi à San Diego, Aaron Plessinger a bel et bien été jusqu’au bout. L’officiel Red Bull KTM décroche son premier succès en catégorie reine et s’empare de la plaque rouge par la même occasion. Qui l’aurait cru ? Micro.

Aaron, qu’est-ce que ça te fait de décrocher cette première victoire en 450 ?

C’est génial. C’est une belle façon de rebondir et en plus, je porte la même tenue que celle que je portais à Detroit l’an dernier. Ça fait vraiment du bien de gagner. J’ai pris un bon départ, j’ai bien roulé. Kenny était devant, je lui ai un peu mis la pression et il est tombé. Ensuite, Cooper Webb était derrière moi et je devais rester sur mes gardes, Eli était d’ailleurs derrière moi aussi [rires] (ndlr: Eli avait un tour de retard). C’était une belle finale. J’ai pris un peu d’avance, j’ai fait ma propre course et je suis resté debout cette fois-ci. On a doublé beaucoup de retardataires mais bon, ça fait du bien et je suis prêt à faire de même samedi prochain !

L’an dernier, tu as rencontré quelques soucis d’adaptation à la nouvelle SX-F. Cette année, ça a l’air bien différent et tu as l’air vraiment très à l’aise sur ta KTM.

Je ne sais pas trop ce qu’il s’est passé cette année, mais depuis que j’ai repris l’entraînement moto à l’intersaison je n’ai pas vraiment fait le moindre changement. J’ai fait une bonne intersaison, solide, je n’ai pas manqué beaucoup de jours. Débuter la saison comme ça – 4,5,1- c’est mon meilleur début de saison et désormais j’ai la plaque rouge; une première. Ça semble presque irréel. Je vais retourner au boulot pour le week-end prochain.

15 tours en tête ce samedi, et un premier succès

C’était comment d’avoir Eli derrière toi pendant tout ce temps, alors que tu lui avais mis un tour ? Ça t’a perturbé ?

Au début, je croyais que c’était Cooper Webb. Je me suis retourné et j’ai vu que c’était Eli, ça m’a rassuré, mais je savais aussi qu’il n’allait pas lâcher l’affaire et qu’il serait prêt à me redoubler si je faisais une erreur. J’ai dû rester sur mes gardes. C’était une course vraiment bizarre, j’ai bien failli rentrer en collision avec une poignée de pilotes ce samedi car il n’y avait vraiment qu’une trajectoire. Eli m’a fait rester sur mes gardes pendant au moins 10 tours lors de cette finale, c’est certain.

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Qu’est-ce que tu te disais dans ta tête, pendant toute cette course ?

Je faisais en sorte que mes pieds soient bien rentrés vers l’intérieur et bien calés, je n’allais pas refaire la même erreur que l’an dernier [rires]. J’ai eu des flashbacks de Detroit et je mentirais si je disais que ce n’était pas le cas. Je me suis répété “ne tombe pas” dans le dernier tour de la finale et j’ai bien failli m’en mettre une dans les whoops quand même. J’étais nerveux, et le scénario de Detroit était bien présent dans ma tête mais je savais que si je restais sur mes roues, ça irait cette fois-ci.

Tu as grandi en roulant en GNCC, discipline dans laquelle tu rencontres souvent les pires conditions. Ton père était probablement encore meilleur que toi à ce petit jeu là.

En Ohio, on roule pratiquement tout le temps dans ces conditions. Du côté de St Clairsville, on a le Powerline Park GNCC et quand il pleuvait la bas, ça collait, il fallait ouvrir en grand pour se débarrasser d’un max de boue dans les lignes droites. C’était comme ça partout parce qu’à chaque fois qu’on passait en sous-bois, la boue s’accumulait de tous les côtés; à tel point qu’on ne pouvait plus rouler du tout donc il fallait garder de la vitesse pour virer la boue. Là, c’était pareil, si tu ralentissais, tes pneus se recouvraient complètement de boue. Mon père m’a toujours dit de garder les pieds sur les repose-pieds, mais il m’a aussi dit que plus tu allais vite, plus c’était facile. J’ai essayé d’appliquer ça. Cette boue de San Diego est vraiment similaire à celle qu’on retrouve en Ohio.

Comme un goût de revanche

On a tendance à dire que tu es bon dans les conditions difficiles. Trois épreuves, des tracés différents, des conditions différentes, et te voilà détenteur de la plaque rouge. Est-ce que tu penses que tu parviens à te débarrasser de cette étiquette, et à prouver que tu es bon dans toutes les conditions, désormais ?

Je pense que j’ai prouvé ça l’an dernier à Detroit, jusqu’à ce que l’impensable n’arrive. Je ne sais pas trop. Je suis bon dans toutes les conditions du moment que je prends un bon départ. C’est difficile de revenir dans le paquet quand tu te retrouves face à 13 mecs qui peuvent potentiellement jouer la gagne. Le plateau est vraiment énorme cette année et en trois épreuves, il n’y a qu’un seul pilote (ndlr: Sexton) qui soit monté sur le podium à deux reprises; c’est fou. Quand tu regardes la grille de départ, tu te rends compte à quel point c’est relevé. Je pense que suis bon dans toutes les conditions, il faut juste que je parvienne à croire un peu plus en moi.

Quand tu es sorti de la piste après ta victoire, tes concurrents sont venus te féliciter. Les spectateurs étaient super bruyants pour toi. Ça t’a fait quoi ?

Du bien. Pratiquement tout le monde s’est arrêté pour venir me féliciter, c’était vraiment super cool à voir. J’imagine que c’est là qu’on se rend compte qu’être un mec sympa, ça finit par payer finalement. Je suis pote avec presque tout le monde sur la piste et pour moi, c’est quelque chose d’important. J’ai grandi en roulant contre tous ces mecs, qu’ils aient été plus vieux ou plus jeunes que moi. C’est cool de les voir me rendre la pareille car à un moment donné, j’ai été content pour eux quand ils ont gagné. Les voir contents pour moi à leur tour, c’est vraiment cool.

50 ans de Supercross, et avec cette victoire – la 15ème de ta carrière toutes catégories confondues – tu es désormais 50ème sur la all time winner list avec Marty Smith, tu as dépassé Travis Pastrana, Jimmy Ellis & Co.

C’est cool, je ne le savais pas. Quand je voyais ces statistiques à la TV, je me demandais toujours où je me situais face aux autres. Pastrana ? C’est vraiment cool car je l’ai admiré en grandissant et le déborder aujourd’hui, hey, c’est quelque chose !

Question d’opinion: intégrer un système de communication intégré au casque pour communiquer avec les membres de vos équipes pendant les courses, ça te brancherait ? Ils auraient – par exemple – pu te dire qu’Eli avait un tour de retard quand il était derrière toi.

J’y ai déjà pensé par le passé. Qu’eux nous parlent, ça pourrait se faire, mais de là à ce qu’on leur réponde ? J’ai du mal à y croire. On est tellement concentré, si mon mécanicien venait à me crier dans l’oreille ça me déconcentrerait plus qu’autre chose mais je peux avoir tort, on pourrait tester pour voir.

Un trophée, et une plaque rouge

Aaron Plessinger “Ça semble presque irréel”

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