France

Enquête: Les championnats de France font-ils rêver nos pilotes ? (2/2)


(Suite et fin de notre sujet sur l’attractivité des championnats de France – lire la partie 1 avec nos pilotes SX2 )

En mondial, à travers l’Europe ou de l’autre côté de l’Atlantique, les pilotes Français excellent au sein du sport et ce, depuis des décennies. Le réservoir Français ne souffre d’aucune contestation, n’en témoignent les nombreux titres mondiaux décrochés par nos tricolores, nos récentes victoires au Motocross des Nations, la présence de pilotes Français aux avant-postes en championnats AMA mais aussi sur la plupart des championnats Nationaux à travers l’Europe. Ici ou ailleurs, la réputation du panel Français n’est plus à faire et nos championnats nationaux font partie des plus relevés; et pourtant.

S’il apparaît évident que le mondial peine à faire le plein de pilotes, les grilles de départ de nos propres championnats nationaux sont également moins fournies malgré un net regain sur le Minivert cette année. Après quelques années “Covid” difficiles à surmonter, le retour à la normale semble pourtant s’être enclenché. France, Allemagne, Danemark, Italie, Hollande, Espagne ou destinations plus exotiques, il n’est pas rare de voir nos meilleurs représentants nationaux écumer les paddocks dans le but de joindre les deux bouts, et assouvir sa soif de passion. Pilotes, promoteurs, organisateurs; autant d’acteurs clefs pour qui la situation se complique plus qu’elle ne s’améliore, saison après saison.

Dernièrement, la création d’un nouveau championnat de Supercross en Inde attirait notre attention; un championnat auquel de nombreux pilotes Français ont postulé. On est donc entré en contact avec lesdits organisateurs pour en savoir plus. Lors de notre entretien, on a voulu savoir quelle stratégie le promoteur Indien avait mis en place pour attirer plus de 150 pilotes vers l’inconnu dès la première année. Eeshan Lokhande – CEO de L’Indian Supercross Racing League – nous assurait que pour susciter l’intérêt des pilotes, un bon équilibre était capital. “Les primes c’est une chose, mais faire rêver les pilotes aussi, c’est important. Je pense qu’on a réussi. Est-ce que tu penses qu’ils rêvent de leurs championnats, en France ?”. Touché.

C’est dans le but d’avoir une réponse à cette même question qu’on est allé à la rencontre des acteurs concernés à l’occasion de la finale du championnat SX Tour à Lyon, ce week-end. Certains roulent devant, d’autres sont plus loin dans le paquet. Certains ont des années d’expérience, d’autres débarquent à peine. Certains arrivent à en vivre, d’autres essaient tant bien que mal. Qu’importe le profil, tous ces garçons ont répondu aux trois mêmes questions.

1: Les championnats de France te font-ils rêver aujourd’hui ?
2: Comment faire pour rendre ces championnats plus attractifs pour toi, mais aussi pour la future génération ?
3:
Quelles sont tes aspirations et / ou qu’est-ce qui pourrait te botter, sportivement parlant ?

Dans ce deuxième opus, les pilotes 450 témoignent et notamment Thomas Ramette, Adrien Malaval, Lucas Imbert, Jimmy Clochet, Brice Maylin (MX1/SX2), Clément Caillat ou encore Shaun Vinel.

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Thomas Ramette – 6ème du championnat SX1 2023.

 “Est-ce qu’on rêve sur les championnats de France ? Ça dépend des épreuves. Franchement, quand on voit des épreuves comme Clermont Ferrand oui, ça fait rêver. C’est notre mini SX US à nous dans un grand stade, avec 15.000 spectateurs et une super ambiance. Honnêtement, sur le championnat de France on a quand même de belles épreuves. On ne peut pas dire que ça se renouvelle mais on a Saint Thibery qui a créé une nouvelle arène et un circuit XXL, c’est quand même très sympa et c’était nouveau au calendrier. Brienon, ça fait des années que ça existe mais tous les deux ou trois ans, ils essaient de changer les circuits, d’innover et il y a beaucoup de spectateurs. Je discutais avec Jean Luc Fouchet tout à l’heure et il me disait que c’était quasiment une année record au niveau des spectateurs cette année. C’est une bonne chose. Moi, ça va faire 13 ou 14 ans que je fais le SX Tour donc forcément, une certaine routine s’installe. Lyon, c’est Lyon. C’est une petite salle, on ne peut pas pousser les murs; c’est un rond. On ne peut pas changer beaucoup de choses, il y a des contraintes de sécurité. On fait 150 tours dans le week-end mais bon, on est là, il y a de l’ambiance, c’est une course du championnat. Il ne faut pas oublier qu’on est passé par des années Covid et ce n’était pas évident donc on ne va pas cracher dans la soupe. Ce n’est pas que ça me fasse rêver, on est habitués, mais quand on a de nouveaux circuits, des stades comme Clermont Ferrand, on parle aussi du retour à Agen l’an prochain … Il y a de l’innovation, chez JLFO on se bouge. Matthieu et Cédric qui font partie de l’organisation essaient de trouver des solutions et franchement, je suis quand même fier de participer à ce championnat.

Pour réussir à faire rêver les jeunes de ces championnats, c’est compliqué. Honnêtement, je ne comprends pas la nouvelle génération qui s’obstine à rester – avec des œillères – dans un parcours Europe, et qui partent dans le sable si ça ne marche pas. Les jeunes pilotes aspirent à devenir pilotes professionnels un jour, donc il y a l’aspect financier a prendre en compte. L’avantage du Supercross c’est que même si tu ne gagnes pas énormément de sous, tu arrives à rentrer un peu dans tes frais. C’est quand même plus sympa de rouler dans une salle fermée en novembre avec des spectateurs et prendre un peu d’argent que d’aller s’entraîner à Loon pour aller faire 5e d’un CFS et gagner zéro. C’est vrai que c’est un problème, il faudrait que les jeunes arrivent. Le SX US m’a toujours fait rêver en étant jeune. Quand j’étais en Junior, j’étais le premier à vouloir faire le championnat de Supercross, et même en 85cc à l’époque; on avait Musquin, Tonus, Paulin, Larrieu, tous les tops du Cadet était là et il y avait un bon niveau; c’était pareil en 125cc.

Tu sais, on nous dit qu’il y a toujours un problème de place dans le paddock, il n’y a pas de catégorie Junior à Paris, ni à Lyon. Est-ce que les jeunes ont envie de s’investir pour 4 épreuves l’été ? Pas sûr. Il faudrait voir avec le promoteur s’il n’y a pas des solutions à trouver, si on ne peut pas proposer un championnat de 7 ou 8 courses avec de l’indoor aux jeunes. C’est dommage qu’il n’y ait pas de catégories pour eux à Paris car le Supercross de Paris, ça peut en faire rêver plus d’un, et les amener à se mettre à bloc dans le Supercross. D’un côté, on nous dit qu’il n’y a pas de place pour accueillir plus de pilotes à Paris, mais tous les Américains débarquent avec un camping-car de 12m de long alors que les pilotes SX2 étaient entassés dans 30m²; c’est la place qu’avait un Webb ou un Vialle. Il y a des solutions à trouver si on veut les trouver. Accueillons des 125cc, à Paris, et faisons rêver les jeunes.

Nous, on a eu la chance d’avoir le championnat du monde de Supercross même s’il a été décrié par les uns et les autres. Oui, d’un point de vue business et rentabilité pour le moment, on peut se dire que c’est impossible de faire des profits mais pour nous pilotes, c’est top. Je n’ai jamais eu le niveau de faire une carrière en championnat du monde et avoir cette opportunité en fin de carrière, voyager, rouler dans de beaux stades face à de tops pilotes, c’est super. Nichols était pilote officiel Honda en début d’année, on a du Roczen, du Savatgy, ce sont quand même des mecs solides du top 10 US; ce genre de truc me branche forcément. Comme tu l’as dit, il y a l’Inde, ces nouvelles opportunités de voyager, faire des nouvelles courses à l’étranger. Je pars au Zimbabwe demain, je fais partie du charter Français [rires]. On voyage, on fait de belles courses, on profite de ces bons moments. On a une vie de privilégiés; quand on est devant, que ça se passe bien, on mène une belle vie sans avoir les contraintes d’un pilote de mondial qui doit avoir une rigueur de malade à l’entraînement, qui doit bouffer du sable à Lommel pendant l’hiver, et tout ça pour ne pas gagner grand chose. On est des pilotes professionnels et l’argent rentre forcément en ligne de compte. Comme tout le monde, j’ai un crédit, j’ai des factures, on est aussi obligé de regarder ce côté-là.”

Adrien Malaval – 17ème du championnat SX1 2023.

 “Non, les championnats Français ne me font pas forcément rêver. Après, je pense qu’il n’y a que les USA et le World Supercross qui puissent faire rêver, avec les usines derrière, le matos. En France, j’aurais vraiment aimé voir plus de teams, qu’il y ait plus de moyens, plus de considération pour les pilotes et de plus beaux terrains mais mine de rien, il y a quand même de belles pistes au calendrier de l’Elite l’an prochain. Pour résumer, plus de moyens, et que ça génère plus une industrie derrière. J’ai surtout l’impression qu’on est à l’arrache, même si je suis bien aidé personnellement, et que je n’ai pas à me plaindre. Après, si on compare ce qu’il se fait en France avec le reste de l’Europe, on n’est pas mal lotis en France quand on voit la tournure que ça peut prendre à l’étranger.

Pour attirer la nouvelle génération … De ce que j’ai vécu moi en étant jeune, je rêvais d’être dans un team, d’avoir un mécanicien, d’être bien payé. Tout ça revient à ce que j’ai dit précédemment, il faudrait injecter plus de sous, que ça brasse un peu plus l’industrie. Si j’avais un jeune pilote à conseiller, et alors que beaucoup rêvent du mondial MXGP, je lui dirai de partir sur le Supercross. De baser sa carrière sur ça et pourquoi pas, avoir la chance de faire du SX US ou le World Supercross par la suite.

Moi, ce que j’aimerais au niveau d’un changement de carrière, ce serait changer de cap et vraiment de faire des voyages de quelques mois aux US. Établir un budget chaque année pour partir et essayer de rouler dans les meilleurs championnats. Concernant un changement en France, j’aurais vraiment aimé que le championnat de France Elite se dispute sur deux mois, tous les week-ends, boom, boom, boom. On pourrait se préparer pour ça avant de faire une pause d’un ou deux mois pour bien se préparer pour le SX Tour afin de ne pas avoir à alterner un coup l’un, un coup l’autre.”

Lucas Imbert – 5ème du championnat SX1 2023.

 “Après les Etats Unis, je pense qu’on a l’un des plus beaux championnats de Supercross au Monde, peut-être après l’Australie aussi. Est-ce que ça fait rêver ? Oui et non. On a de bonnes épreuves mais aussi de moins bonnes comme ici à Lyon avec des petits terrains, mais ça fait toujours des épreuves; il faut d’un peu de tout. Niveau primes, en France, on est quand même en dessous de ce qu’il se fait sur l’ADAC et dans d’autres pays dans lesquels on va parfois rouler comme la Hollande ou le Danemark. Après, je pense que ça fait quand même rêver, mais nous pilotes Français du SX tour et de l’Elite, on est habitués. Je pense que nos championnats feraient rêver les étrangers.

Moi, j’aimerais bien qu’il y ait plus de teams, de vraies structures qui s’impliquent avec des marques. Ce serait construire un bel avenir pour les jeunes pilotes, ça les pousserait à faire du Supercross. Ensuite, s’il y avait un peu moins de dates qui tombaient avec la fin de l’Elite, un peu moins de dates en été mais plus de dates en octobre/novembre/décembre, plus de pilotes d’Europe et même nos juniors pourraient venir faire du Supercross avec nous.

Moi, je suis quelqu’un qui n’a pas trop voyagé en dehors de l’Europe pour faire de la moto donc en partant de ce constat, ça m’intéressait de pouvoir partir de chez moi et de voir autre chose. Voilà pourquoi je me suis pré-inscrit pour le championnat Indien. Ils annoncent quand même de belles primes de départ et d’arrivée, ça reste bien. On pourrait bien gagner notre vie; gagner pas loin de 10.000€ en faisant trois courses sans faire trop de moto. C’est vraiment pas mal. Moi, je suis obligé de travailler un peu dans l’année pour vivre car sur l’Elite on dépense plus d’argent qu’on en gagne. Il y a aussi moins de Supercross que par le passé. Si ces courses en Inde me permettent de gagner de l’argent et de ne pas avoir à travailler dans les vignes durant l’année, je suis preneur.

Un truc qui me botterait ? Faire le World Supercross. Ça fait maintenant deux ans que je travaille dur dans l’ombre pour essayer d’avoir un guidon. J’ai bien failli rouler dessus cette année, mais ça ne s’est pas fait. Même si j’adore le Motocross, j’aimerais pouvoir délaisser cette discipline sur une saison entière – à l’exception de piges en Elite et de quelques cross inter’ – pour me consacrer au Supercross et viser le WSX. J’aimerais essayer d’exploser en Supercross.”

Jimmy Clochet – blessé cette saison.

 “Si je suis cru dans mes mots, je vais dire que les championnats de France ne me font pas du tout rêver. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas assez d’autorité et d’écoute auprès des pilotes. Ce sont les deux points nécessaires à travailler pour trouver un équilibre en championnat de France selon moi. Si ça continue comme ça, je pense que c’est la raison pour laquelle ils finiront par se perdre.

Il y a l’aspect financier à prendre en compte parce qu’on roule tous pour la même chose. On peut dire qu’ils font un bon boulot au niveau des réseaux sociaux mais j’ai quand même l’impression que c’est assez ciblé au niveau des pilotes; sur le groupe de tête. On est un petit comité, il n’y a pas beaucoup de pilotes, et je trouve ça dommage qu’on ne mette que l’accent sur les mêmes à chaque fois, même s’ils sont largement méritants. Ceci dit, on est 15 par catégorie, je pense qu’on pourrait mettre en valeur tout le monde. Ça, c’est valable pour le speaker sur la piste ou via le biais des réseaux sociaux. Parler de tout le monde, je trouve que ça rendrait ce championnat plus attrayant.

Il y a forcément le sujet des payes car très sincèrement, les 3 ou 4 premiers se régalent mais derrière, c’est l’enfer. Quand tu fais 800km avec le prix de l’essence aujourd’hui, ce n’est plus possible et ça en freine plus d’un. Il faudrait aussi attaquer le championnat de Supercross après l’Elite car c’est vraiment dur de se concentrer et de bien performer dans les deux disciplines en même temps.

Pour un truc qui me botterait, et à froid …. Sincèrement je ne sais pas. En ce moment, je rêve d’aller aux US car c’est quelque chose à faire en tant que pilote. Avec un certain niveau en Motocross, je pense être capable de le faire. Pour notre championnat à nous, qu’est-ce qui pourrait me faire rêver ? Avoir une meilleure cohésion entre les pilotes et la FFM, ça créerait de belles choses, il y aurait plus d’écoute, peut-être des pistes encore meilleures pour tout le monde. Par exemple, pour reprendre le Supercross de Paris vu depuis la TV, il y a eu des bagarres de fou, tous les pilotes ont dribblé les whoops, ce n’était pas une piste préparée que pour les pilotes Américains. Les pilotes Français ont aussi été mis en valeur parce qu’il ne faut pas oublier que les Français sont très bons. Ça peut apporter un regain à certains, et faire sourire beaucoup de monde.”

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Brice Maylin – blessé cette saison.

“Moi oui, les championnats de France me font quand même rêver parce que je retrouve certains top pilotes que je regardais depuis le bord des pistes quand j’étais petit, et aujourd’hui, pouvoir rouler contre eux, c’est super pour moi. L’envie d’évoluer et d’aller chercher des podiums dans ces championnats me motive vraiment. Dans l’ensemble, l’organisation du championnat de France Élite est bien, les terrains sont beaux ! Et en championnat de France SX Tour, on a aussi des superbes terrains sur les courses grâce à l’équipe de Cédric Lucas, et la chance d’avoir le Supercross de Paris en France qui est mythique donc; oui ça me fait rêver.

Pour faire rêver un peu plus et attirer, je dirai qu’il faudrait sûrement communiquer sur ces championnats encore plus, en mettant les pilotes, les courses et les clubs plus en avant ! En donnant plus envie aux personnes de s’investir à 100% dans ce sport, on attirerait sûrement plus de partenaires, mais aussi de pilotes. Et bien évidemment, et même si c’est toujours un sujet compliqué en tant que pilote je me dois d’en parler; il faudrait essayer d’améliorer les primes en faveur des pilotes. Aussi pour la partie Supercross, il faudrait avoir accès à plus de pistes d’entraînement dans des moto clubs comme le font Saint-Thibery et Saint-Georges de Montaigu, je trouve ça super ! Bien souvent, ce qui bloque les jeunes de pilotes et les empêchent de se lancer en Supercross – et même les pilotes plus âgés qui débutent – c’est le manque de pistes d’entraînement.

Un truc qui me brancherait bien ? Pourquoi ne pas proposer un championnat en fin de saison, type SuperMotocross sur 3 ou 4 épreuves avec les meilleurs pilotes MX & SX français qui auraient décroché la qualification. Ça a plutôt l’air d’être une réussite aux Etats-Unis alors on pourrait s’en inspirer: c’est quelque chose de nouveau qui pourrait motiver beaucoup de monde ! Et pour la partie jeunesse en Supercross, remettre une catégorie 85cc pour que certains pilotes décident de se lancer dedans plus jeune.”

Clément Caillat – 23ème du championnat SX1 2023.

 “Est-ce que les championnats de France me font rêver ? Je vais te dire oui, et je vais te dire non. Pour ma part, oui car je ne suis pas là pour l’argent. Je suis là pour prendre du plaisir, faire de la moto. On a quand même de belles courses. Il faut reconnaître qu’au Supercross de Lyon, on a de belles courses, une super ambiance, de beaux pilotes. De ce côté-là, je prends du plaisir. Est-ce que ça me fait rêver ? Pas forcément car il y a quand même des points sur lesquels on peut s’interroger. On va parler des primes … On va dire que pour moi, ce n’est pas grave. Je ne suis pas là pour jouer du résultat. Je suis content de prendre ma prime, ça me paye un peu le week-end mais pour les pilotes de devant qui comptent vivre de ça, c’est quand même difficile. Gagner la finale SX1, ça vaut le coup mais si tu fais 4 ou 5, cette prime devient vite compliquée … Il y a vraiment quelque chose qui me révolte et je pense que je ne suis pas le seul; on a quand même payé 80€ d’engagement pour rouler. Je trouve ça un peu indécent. Je paye, je sais que ce n’est pas Clément Caillat qui va remplir le stade mais j’ai quand même du mal. L’épreuve de Lyon fait stade rempli sur deux soirs. Qu’on paye un engagement, je trouve ça indécent mais c’est mon opinion.

Pour rendre ces championnats plus attractifs, il faudrait mettre l’accent sur la médiatisation. Notre sport a un gros problème de médiatisation. On s’en rend bien compte en stage; je suis moniteur à côté. Les petits jeunes qui roulent en 85cc connaissent Jett Lawrence, un peu Ken Roczen car il était à Paris mais le reste, c’est silence radio et je ne te parle même pas du SX Tour. Si tu leur demandes le classement du SX Tour ou les résultats de Grenoble, ils vont te demander quand c’était. Je pense que tu es bien placé pour le voir, il y a un gros souci de médiatisation. On sait que le SX Tour fait des efforts, il y a des reportages à la fin mais ce n’est pas suffisant; il faudrait du live. Les chaînes de télévision, ce sera trop difficile à mettre en place mais je pense que développer la médiatisation permettra de donner de la visibilité à notre sport. Le live, ça amènera aussi des sponsors, des gens, de l’argent je pense. Tout le monde en sortirait par le haut.

Qu’est-ce qui me ferait un peu rêver ? Gagner un peu plus notre vie avec ce sport; ça le démocratiserait aussi un peu plus. On sait que ça coûte de l’argent, de plus en plus, ce n’est pas un secret. Les déplacements, les entraînements, c’est de l’argent. De ce côté-là, il faudrait aider un peu plus les pilotes. Facile à dire, oui. Facile à faire ? Je ne sais pas. On pourrait aider les pilotes à financer les déplacements, à l’image du World Supercross. Bien sûr, le WSX s’adresse à des pilotes plus haut de gamme que le milieu et fin de pack SX Tour comme on peut l’être nous, mais c’est une solution aussi. Tu sais quoi, je vais reparler des 80€ d’inscription, c’est vraiment limite … C’est comme ça. Je les ai payé, je suis content d’être là, je prends du plaisir, mais on peut toujours trouver des choses à redire.”

Shaun Vinel – 24ème du championnat SX1 2023.

“À l’heure actuelle, les championnats de France ne me font plus rêver. Ça m’a fait rêver, mais plus maintenant. Est-ce que c’est parce que j’y participe ? Est-ce que c’est le championnat qui est à remettre en cause ? Est-ce que c’est parce que j’ai encore les images de quand j’étais petit ? Honnêtement, je pense qu’il peut y avoir beaucoup de raisons, pas qu’une. Ça me fait moins rêver que de partir à l’étranger, par exemple.

Ce qui me faisait rêver quand j’étais petit, c’était Demartis au Supercross de Lavaur, les pilotes passaient leur temps en l’air, c’était grandiose. Maintenant, on a beaucoup moins de proximité, question de sécurité, les temps ont changé. Les pistes sont aussi moins aériennes, on est plus bas sur les enchaînements, ça va plus vite. Peut-être qu’on pourrait revoir les pistes même si ça reste encore impressionnant. Niveau organisation, je trouve qu’on a encore de belles choses avec Brienon ou Lyon qui font de belles soirées. Le problème, c’est que c’est souvent du vu, du revu, du re-revu. On a la course de guidon à Paris … Ça va bien pendant 2 ans quand le sponsor met de l’oseille pour faire sa pub mais il faudrait se renouveler un peu. Il faudrait que le début de la soirée soit à l’image du contenu que les spectateurs vont voir. Le Supercross est quand même impressionnant à la base, on vient voir du spectacle, on vient pour une ambiance. Ce qui manque, ce sont des présentations dignes de ce nom. Il faut que quand tu croises le pilote, ce soit un monsieur pour toi, que tu sois intimidé de le voir en vrai. Quand je voyais des Vuillemin ou des Sorby gamin, j’étais impressionné. Je me souviens d’un pilote Canadien qui était venu à Lavaur et qui tremblait de peur d’aller en demi-finale, c’était plus dirty, c’est un peu pâle maintenant autant dans la présentation que dans les courses.

Le truc qui me botte, ça reste le Supercross. J’ai vachement arrêté le Motocross car ça commence à être compliqué de s’entraîner correctement dans les conditions qu’on retrouve en compétition; ça coûte très cher aussi et regarde, là, je n’ai pas eu besoin de laver la moto … [rires]. Le Supercross reste une belle discipline où on se retrouve dans de bonnes conditions. Je ne suis pas un top pilote donc pour moi, les pistes ne sont pas faciles et c’est normal car si c’était simple pour un gars de fond de paquet, ça n’irait pas pour les premiers. Sinon, une meilleure mise en avant des pilotes; je pense qu’il y en a beaucoup pour les 3 ou 4 premiers. L’an dernier, tu as mis un mot comme quoi j’avais chuté, ce n’était pas grand-chose mais ça faisait plaisir; ça montrait que j’étais quand même là… Il faudrait une meilleure mise en avant des pilotes dans l’ensemble car j’ai un peu l’impression que je suis juste là pour fermer la marche alors que je fais de mon mieux. On arrive à avoir quelques partenaires malgré tout car quand on fait du Supercross, on sait quand même faire de la moto. Que tu fasses triple/triple ou double/double/double dans les enchaînements, tu sais faire de la moto !”

Enquête: Les championnats de France font-ils rêver nos pilotes ? (2/2)

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