La 79e édition du Motocross des Nations, disputée à Ernée, s’est achevée sur une 10e place pour l’équipe de France composée de Romain Febvre, Tom Vialle et Mathis Valin. Un résultat à domicile qui ne sera pas du goût de nos bleus, qui figuraient parmi les prétendants à la victoire après être sortis vainqueurs de la journée du samedi. Suite à l’épreuve, Jean-Michel Bayle a pris la parole pour partager sa réflexion sur la stratégie de course, la gestion du risque et la notion de performance collective.
Double champion du monde de motocross, multiple champion AMA et figure majeure de l’histoire du sport moto en France, Jean-Michel Bayle connaît mieux que quiconque les exigences du haut niveau. À travers deux publications, l’ancien pilote Français a souhaité rappeler que la victoire ne repose pas uniquement sur la vitesse pure des pilotes et une communication bien rodée, mais aussi sur la capacité à prendre les bonnes décisions au bon moment.
« La Belgique gagne le Motocross des Nations avec 23 points. Un score qui était largement à la portée de nos pilotes français. Avec les 4 points de Romain Febvre, il aurait suffi de deux 5es places pour Tom Vialle et d’une 9e place pour Mathis Valin pour arriver à 23 points. Alors une question se pose : pourquoi prendre autant de risques ? Le Motocross des Nations ne se gagne pas forcément en voulant gagner chaque manche. Il se gagne aussi avec de la stratégie, de la gestion et une vision collective du résultat. » Un raisonnement qui rappelle les particularités de cette épreuve, où les performances individuelles doivent avant tout servir le résultat de l’équipe. Sans remettre en cause l’engagement des pilotes tricolores, Jean Michel Bayle souligne également l’importance de la préparation et de l’encadrement, estimant que le potentiel d’une sélection ne suffit pas à garantir le résultat espéré.

L’ancien champion a ensuite développé sa pensée en réponse à ceux qui estimaient que les Français avaient tout donné et qu’on ne pouvait rien leur reprocher. « Ça part évidemment d’un bon sentiment. Mais sportivement, je ne suis pas d’accord », explique-t-il, avant de préciser : « Le Motocross des Nations n’est pas seulement une course de vitesse. C’est aussi une course de stratégie. Et ce raisonnement vaut tout autant lorsqu’on joue un championnat sur toute une saison. À chaque instant, il faut savoir faire la balance entre ce qu’on peut gagner et ce qu’on risque de perdre. Dans une course individuelle, on peut parfois tout tenter pour aller chercher une victoire. Aux Nations, chaque décision engage aussi les deux autres pilotes et toute l’équipe. »
Une analyse qui dépasse le seul cas de la sélection française et rappelle combien l’expérience et la lucidité peuvent peser dans les moments décisifs. Pour Bayle, l’engagement d’un pilote ne suffit donc pas à juger une performance : « Il y a des jours où terminer 3e est une immense performance parce que c’était le maximum que l’on pouvait raisonnablement aller chercher. Et il y en a d’autres où terminer 3e est une déception parce qu’on avait les moyens de gagner. » Avant de conclure par un rappel qui résume sa pensée : « Tout donner ne suffit pas toujours. Il faut aussi savoir quand attaquer, quand accepter, quand assurer… et surtout ne pas tout perdre en voulant absolument gagner. »

La dixième place d’Ernée constitue le deuxième plus mauvais résultat de la France aux Nations depuis 1985. En 2000, les Bleus avaient terminé 18e du Motocross des Nations de Saint-Jean-d’Angély, après que Frédéric Bolley se soit fracturé le nez dès la première manche. Contraint à l’abandon à deux reprises, le pilote Honda avait toutefois pu compter sur ses coéquipiers Sébastien Tortelli, vainqueur en 250cc, et Stéphane Roncada, deuxième en 125cc. Ironiquement, un an après cette désillusion, la France décrochait sa toute première victoire sur l’épreuve, à Namur, avec David Vuillemin, Luigi Séguy et Yves Demaria.
Pour ce 79e Motocross des Nations, les espoirs tricolores se sont rapidement envolés après les lourdes chutes de Mathis Valin et Tom Vialle dans le premier tour de leur première manche respective du dimanche. Touchés, les deux pilotes n’ont pourtant pas baissé les bras et sont revenus en piste pour disputer leur seconde manche, malgré les douleurs et un résultat collectif déjà largement compromis. Si le podium s’était éloigné, les Bleus ont tenu à aller au bout de leur mission devant le public Français.
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