À Lacapelle-Marival, Jeffrey Herlings a encore un peu plus écrit sa légende. Vainqueur du Grand Prix de France, le pilote néerlandais porte désormais son compteur à 115 victoires en Grand Prix.
Sur une piste difficile et piégeuse balayée par la chaleur, Jeffrey a dû aller puiser dans ses ressources physiques et mentales pour décrocher ce nouveau succès, résistant notamment à la pression de Lucas Coenen en seconde manche.
« La chaleur m’a beaucoup affecté parce que j’ai commencé à avoir des crampes dans les derniers tours. Physiquement, la piste n’était pas trop exigeante. Ce n’est pas du sable profond comme à Lommel par exemple. Jusqu’ici cette saison, on n’avait pas encore roulé sous plus de 20 degrés, et ici il faisait autour des 35… J’ai tellement donné que j’ai commencé à avoir des crampes. Déjà en Chine l’an dernier, j’avais un peu souffert de la chaleur. Moi, je suis Hollandais, donc ces conditions ne sont pas vraiment en ma faveur. »
« Concernant le week-end, ça s’est bien passé. J’ai gagné le samedi et j’étais plutôt à l’aise. En première manche, j’ai perdu un peu de temps en dépassant quelques pilotes. Quand je suis enfin passé deuxième, Lucas avait déjà cinq secondes d’avance et je n’ai pas réussi à revenir. Je n’étais pas très loin, mais je ne voulais pas non plus gaspiller toute mon énergie parce que je savais que ça allait être compliqué. Revenir, c’est une chose, mais parvenir à doubler, c’en est une autre, surtout sur cette piste. »
« Avant la seconde manche, je savais que le départ allait être crucial. Avant le restart, j’étais deuxième, puis il y a eu du chaos sur la grille avec des pilotes qui se sont vu refuser le départ, mais aussi dans la manière dont on s’est placés. Ça a pris un peu de temps, mais une fois la course relancée, j’ai directement pris les commandes. J’ai été sous la pression de Lucas pendant les 20 tours complets. J’ai réussi à ne faire aucune erreur parce que je l’entendais tout le temps derrière moi, il était collé à ma roue arrière. À trois ou quatre tours de la fin, j’ai commencé à avoir des crampes. Je me suis dit : “oh merde, ce n’est vraiment pas le bon moment pour avoir des crampes”. Mais j’ai continué à attaquer et j’ai réussi à gagner. »

Le duel entre Herlings et Coenen a une nouvelle fois mis en lumière le contraste entre la jeunesse et l’expérience en MXGP. Le pilote Honda HRC a également salué les progrès réalisés par son équipe ces dernières semaines et estime que la lutte pour le titre pourrait devenir l’une des plus intenses de ces dernières années.
« Ça pourrait devenir une saison incroyable si on continue à se battre comme ça. Lucas est très fort, et j’ai hâte de le voir rouler aussi aux États-Unis pour voir où se situe vraiment le niveau du MXGP. Mais moi, je suis satisfait de mon week-end. Je veux aussi remercier le team de Gariboldi ainsi que HRC Petronas pour l’incroyable travail qu’ils accomplissent. On a disputé beaucoup de courses mais aussi fait pas mal de testing, et je sens qu’on a encore franchi un cap. Donc merci à HRC et à toutes les personnes au Japon pour leur excellent travail. J’ai hâte d’être à Teutschenthal le week-end prochain, et j’espère que ce sera moins stressant qu’aujourd’hui. »
Même à ce stade de sa carrière et à l’approche de ses 32 ans, Jeffrey Herlings ne lève pas le pied. Pendant le break de cinq semaines, le pilote Néerlandais a participé à cinq épreuves. Il explique que ce programme l’aide à rester au meilleur niveau, et lui permet notamment de rivaliser avec la jeunesse montante.
« Déjà, j’aime rouler. En Hollande, les pistes sont parfois blindées le week-end et je trouve ça presque plus dangereux que d’aller directement faire des courses. Quand je fais une course, je me sens plus concentré. C’est aussi un très bon entraînement, et l’équipe m’a soutenu dans ma démarche. Je pense que j’en ai besoin parce qu’il y a douze ans d’écart entre moi et Lucas, donc je dois rester au niveau. Je dois garder cette intensité, et quand je vais simplement m’entraîner, j’ai l’impression de mettre moins d’intensité qu’en course. Aussi, en Hollande, quand Kay (de Wolf) roule, il est très fort dans le sable. Je pense qu’il a la vitesse pour rivaliser avec moi et Lucas dans le sable. J’essaie de rester affûté parce que je dois tenir face aux jeunes. »
Jeffrey Herlings a également partagé son avis sur la prochaine participation de Lucas Coenen à l’outdoor US, ayant lui-même participé à une épreuve en 2017 – qu’il remportera à Ironman. Le quintuple champion du monde avoue être impatient de voir comment son concurrent Belge se comparera à l’élite américaine.
« Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu, et ça me suffit; je n’y retourne pas [rires]. Il y a beaucoup de rumeurs concernant Lucas et les États-Unis. Peut-être qu’il ira là-bas dans un futur proche, et même l’année prochaine; peu importe. Je pense que c’est bien qu’il y aille pour découvrir ce que c’est, et je suis très curieux. Je lui disais justement que j’étais très curieux de voir où on se situait réellement, quel est notre niveau par rapport aux USA. Déjà l’an dernier au Motocross des Nations, il était pratiquement le seul capable de rouler avec Jett. Maintenant, il faudra voir dans quelle forme Jett reviendra, et aussi où se situe Haiden. Je suis curieux. »

Le Néerlandais estime que le format et l’intensité des courses représenteront un énorme défi pour Lucas Coenen sur l’outdoor, mais aussi une vraie occasion de comparer le niveau du mondial MXGP aux championnats AMA.
« Là-bas, il faut apprendre les pistes très vite. Tu as deux séances de 10 ou 15 minutes, puis place aux courses: ça enchaîne. Il y a énormément d’intensité dès le début des manches; c’est différent. Tout se joue sur une seule journée, avec des pauses plutôt courtes. Je suis vraiment curieux de voir comment Lucas va s’en sortir aux USA. Je suis même content qu’il y aille parce que ça montrera vraiment où en est le niveau en MXGP. »
« Mais au final, j’espère aussi qu’il ne prendra pas trop de risques parce que les gens veulent nous voir nous battre pour le titre. Certains diront forcément qu’il y a plus de risques de blessure, mais l’an dernier il s’est fracturé les poignets à l’entraînement. Moi aussi, je me suis blessé plusieurs fois à l’entraînement, donc ça peut arriver partout. J’ai hâte de voir comment il va s’en sortir. »
Suite à sa victoire à Lacapelle Marival, Jeffrey Herlings revient à deux points de la plaque rouge dans sa lutte pour aller décrocher un sixième titre de champion du monde.










