Interviews

Julien Lebeau « Quand je suis sur un podium, c’est grâce à mon pilotage, mon travail et ma persévérance »

Image: Niek Kamper

Bientôt 10 ans que Julien Lebeau anime les championnats Nationaux de Supercross, en France comme en Europe. Deux fois champion de Supercross en Allemagne, Julien concilie travail et passion au mieux mais n’en reste pas moins performant lors des week-ends de course. Auteur de très belles performances au Supercross de Paris en présence de quelques pilotes Wildcard des USA et d’ailleurs, Julien Lebeau a été l’un des grands perdants suite au changement de redistribution des points. Quatrième du provisoire à huit points de la seconde place, c’est le couteau entre les dents & remonté à bloc que le garçon originaire de Vitrolles se rendra à Lyon pour tenter d’aller chercher le podium final du championnat SX Tour ce week-end. Micro.

Julien, tu fais partie de ces pilotes qui animent les championnats de Supercross tout en travaillant à côté. Les belles années où on pouvait vivre de sa passion semblent révolues. Info ou intox ?

​Je dirais un peu des deux car en effet, peu de pilotes vivent de ce sport à ce jour. Ou du moins seuls les plus grands et les plus forts sont capables d’en vivre. D’autres y arrivent en se lançant dans le monde des réseaux sociaux et en faisant influenceur. Certains ont aussi les parents derrière pour les financer. Pour ma part ce n’est pas avec la moto et encore moins en France que je peux payer mon loyer, mes factures, mes assurances… Je travaille depuis 3 ans dans un garage poids lourd en tant que mécanicien et ce, du lundi au samedi. Donc on va dire que je suis limité dans mes entrainements. J’ai déjà connu des mois ou la moto n’est sortie que 2 fois de mon garage.

​Tu as déjà roulé sur le championnat de Supercross Anglais, comme bon nombre de Français. Cette année, j’entends dire qu’ils n’acceptent aucun Français pour privilégier les pilotes Anglais. Cette décision, tu en penses quoi ?

Je pense qu’ils aimeraient voir un Anglais remporter le titre cette année. Il s’agit d’un très beau championnat, bien organisé et j’aimerais encore pouvoir y participer.​

Il va falloir que tu nous expliques un peu ton programme de cette année, je t’ai vu sur Suzuki, sur KTM, sur Kawasaki.

Cette année j’avais pour programme – avec le team JL259 que j’ai créé avec mon mécanicien David – de faire le championnat Occitanie en 250 Suzuki. Après les premières épreuves, j’ai vite compris que le niveau était élevé et que la moto ne serait pas assez performante sans y mettre un certain budget que je n’avais pas car le peu de budget que j’ai eu par le biais de nos partenaires me permettait de payer mes déplacements pour me rendre sur les épreuves. J’ai choisi de prendre ma KTM que j’avais dans le garage qui datait de l’année précédente, avec laquelle j’avais terminé la saison de Supercross, elle n’avait que 10 heures au compteur. J’ai réalisé toute la saison de la ligue avec cette dernière malgré l’usure de la moto mais elle a tenu jusqu’à la dernière épreuve, je n’étais pas très serein par moments mais je suis resté positif et je l’ai fait, j’ai remporté le titre ! Par la suite j’ai été contacté par le team Allemand Kawasaki Pfeil pour rouler pour eux sur le Supercross Allemand en catégorie 250 et pour les représenter sur d’autres courses comme celle du Supercross de Paris, d’où mon grand retour sur une Kawasaki. Et ce n’est pas fini car des changements sont encore prévus pour l’année prochaine mais ça, vous le verrez en temps voulu !

Julien a terminé second du SX Tour 250 lors des deux soirées Parisiennes @Niek Kamper

Tu as très bien roulé à Stuttgart en remportant la première soirée, tu partages la plaque rouge avec Lucas Imbert sur l’ADAC. J’ai vu ton « I’m not done ». Cette victoire en Allemagne, c’est une belle bouffée d’oxygène ?

​Bien sûr. Après les moments de doute et les difficultés rencontrées ces dernières années, quand plus personne ne croyait en mes résultats, que l’on me disait d’arrêter, que ma carrière était révolue, je suis plus qu’heureux et fier de pouvoir dire que je fais des podiums et que je remporte des épreuves en roulant aux côtés de pilotes qui font de la moto et du sport tous les jours. Mais ce n’est pas pour autant que je me repose sur mes acquis. Je garde en vue la victoire et j’ai encore des choses à faire, tout le monde sait de quoi je suis capable en Allemagne, mes grandes victoires je les ai vécues là-bas. En Allemagne, je suis comme à la maison, je suis toujours bien reçu, je travaille avec des personnes en qui j’ai entièrement confiance et qui font du bon travail et surtout, ils ont les moyens pour me permettre de viser la victoire avec une moto à la hauteur. Je leur dois beaucoup et je ferais mon maximum pour remporter le championnat ADAC. Je vais continuer à m’entraîner et persévérer pour devenir la meilleure version de moi-même.

Sans cette épreuve d’Agen, tu ne serais pas loin de la plaque rouge sur le SX tour cette saison. Tu as malgré tout fait preuve d’une belle régularité et d’un beau SX de Paris. Malheureusement, tu fais partie des pilotes qui ont le plus perdu suite au changement d’attribution de points. Un bilan de ce Supercross de Paris ?

Après ma chute lors de l’épreuve d’Agen, j’y ai laissé des points. Cela me sert d’expérience et permet de continuer à m’améliorer. En ce qui concerne le Supercross de Paris, le constat est malheureux, en France la plupart ne sont que des pleurnicheurs qui n’acceptent pas la défaite et sont prêts à tout faire pour obtenir la victoire et ce, peu importe les circonstances. Pour vous raconter ces fameux changements : on est venu me chercher le dimanche, une heure avant la première manche pour me dire que les pilotes 250 avaient une réunion concernant la paye.

Une fois installé, je me rends compte que le sujet de la réunion n’est pas celui que l’on m’a annoncé mais concerne l’histoire des points. En effet on nous avait annoncés que pour chaque manche, les points comptaient pour le championnat. Ce sujet est lancé par deux patrons de team dont les pilotes – avant le SX de Paris – étaient bien placés au championnat. Le premier soir, ces pilotes-là n’ont pas eu les résultats souhaités et ont perdu gros aux points. Ils ont donc demandé que ce ne soit que les points de la journée qui comptent, soit un total de 20 points maximums et non plus 60 points. Il y aura un vote à main levée en présence des pilotes (pas tous présents) et bien évidemment les seuls qui ont voté contre car il y avait beaucoup à perdre, c’était Yannis Irsuti et moi-même.

Le changement a donc été effectué 30 minutes avant la première manche du dimanche. À savoir que pour faire un changement de la sorte, il faut porter réclamation auprès de la Fédération en déposant un chèque d’un certain montant et cela dans un temps imparti (1h après la course). Ça ne s’est pas fait dans ce cadre. Pas de chèque déposé, et réclamation faite le lendemain… Donc j’en retiens que les grosses têtes peuvent faire comme bon leur semble tant que ça leur est bénéfique. Pour ma part je n’aurais pas de quoi être fier à leur place de gagner un championnat grâce aux manigances et pour certain, la tricherie. Ce n’est pas digne. Quand je suis sur un podium, c’est grâce à mon pilotage, mon travail et ma persévérance. La roue tourne comme on dit et le championnat n’est pas encore fini !

Le garçon est également en lice pour un nouveau titre sur l’ADAC SX, ex-aequo avec Lucas Imbert après Stuttgart – Niek Kamper

Tu n’as plus roulé sur l’Elite depuis quelques saisons. Est-ce que c’est quelque chose que tu envisages de refaire par la suite pour compléter ton programme ?

À voir selon ce qui se présente à moi, après pour pouvoir viser le top 10, il faut avoir le budget qui suit et beaucoup d’entraînement, chose qu’à l’heure actuelle, je n’ai pas.

Tu étais sur la première épreuve du Pro Hexis mais pas sur la seconde, pourquoi ?

Après le bilan de la première épreuve, j’ai vu que cela m’avait couté plus cher que ce que j’ai gagné, j’ai donc dû faire le choix de ne pas me présenter à la seconde épreuve qui se trouvait encore plus loin de chez moi afin de minimiser mes dépenses et avoir assez de budget pour réaliser les épreuves de la ligue Occitanie.

Le calendrier SX Tour 2023 est sorti, 7 épreuves sur 10 soirées. Après les années Covid difficiles, on retrouve un calendrier complet et les divers championnats nationaux de Supercross reviennent également au calendrier à temps plein. C’est de bon augure pour un garçon comme toi qui, j’imagine, a passé plus de temps à travailler qu’à rouler ces dernières saisons ?

Je retrouve le plaisir de pouvoir participer à des championnats mais au jour d’aujourd’hui, je suis obligé de concilier le travail et la moto car ce n’est pas avec les petites primes que je remporte que je pourrais réaliser mes projets perso (acheter une maison, une voiture). Bien sûr que j’aimerais me consacrer à 100% à la moto et pouvoir en vivre. Pour le moment ce n’est pas le cas mais bon, on ne sait pas de quoi demain sera fait.

​On a une rubrique sur le site intitulée « une course, une histoire », dans laquelle on demande aux pilotes de nous raconter leurs plus belles anecdotes. Tu as dû en voir des vertes et des pas mûres au fil des années.

Oui, j’en ai bien quelques-unes en tête. Celle qui me vient, c’est la fois où j’ai été champion d’Allemagne ainsi que Gregory Aranda. Le deuxième soir, on était tous les deux en tête du championnat et il restait encore une épreuve à disputer le lendemain mais bon, on a décidé de sortir boire un verre pour fêter nos résultats sauf que – pris dans l’engouement de la soirée – on est rentré à 6 h du matin, pas très frais. Je n’ai pas eu le choix, juste le temps de dormir une heure, de prendre une douche et je suis retourné au paddock. Je me rappelle encore voir Greg dormir accoudé sur la table,; on était tous les deux dans un état lamentable mais on n’avait pas le choix. Il nous restait encore une épreuve à disputer et j’ai gagné ce soir-là, et Greg aussi. On en aura bien rigolé, à croire que ce week-end-là, on a roulé au talent et surtout on avait tous les deux une bonne étoile je pense car nous avons pris de gros risques. Aujourd’hui je ne pense pas que je serais capable de le refaire [rires].

Julien décrochait le titre ADAC SX2 avec Diga Procross en 2018 – @Seven One Pictures

Julien Lebeau « Quand je suis sur un podium, c’est grâce à mon pilotage, mon travail et ma persévérance »
Retour
error: Uh, Oh !?!