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Scotty Verhaeghe « Les blessures laissent énormément de traces »

Image: Niek Kamper

Après une poignée d’années difficiles, marquées par les blessures, Scotty Verhaeghe est parvenu a rassembler les pièces du puzzle pour se reconstruire. En 2022, le pilote VHR KTM a réalisé sa meilleure saison d’Elite en catégorie MX2, mais également ses meilleures performances sur le championnat d’Europe 250. Alors qu’il n’avait marqué qu’un point sur l’EMX250 lors de ses différentes tentatives par le passé, le pilote Français était régulièrement à la bataille dans le top 10 des manches cette année, et s’est même payé la pole devant le public Français à Saint-Jean d’Angely. Ces dernières années, Scotty Verhaeghe a su garder la tête haute face à l’adversité; tactique payante. Micro.

Scotty, réussir à retracer tes dernières saisons relève du parcours du combattant. Tu as enchaîné les pépins physiques et les blessures depuis ton arrivée sur la 250 en 2018.

C’est sûr que ça va être long de tout retrouver depuis 2018 car il y a eu énormément de blessures mais en gros, j’ai été opéré quatre fois au niveau des genoux (ligament croisé antérieur), deux fois au poignet (scaphoïde), j’ai attrapé un virus (Epstein Bar) et j’ai fait beaucoup d’entorses à la cheville, dues à un ligament qui était arraché pendant ces 4 dernières années donc j’ai presque passé 6 ou 7 mois sur la touche chaque année ! 

C’est la première fois – depuis 2017 – que tu fais un championnat dans son intégralité cette année. Tu termines 4ème de l’Elite MX2, et j’ai comme l’impression qu’au-delà du résultat, c’était une saison importante pour toi pour reprendre confiance.

Oui, c’est sur que c’était une saison importante pour moi, et plus qu’importante même. Sur le papier, ce n’est qu’une 4ème place mais après toutes ces années finir un championnat est la plus grande des satisfactions. La place finale est cool mais à la base, je n’avais pas d’objectifs en tête; je voulais juste finir un championnat sans blessure. 

Tu as participé à une poignée d’épreuves de l’Europe 250 ces dernières saisons. C’est assez dingue de se dire que tu n’avais fait qu’une manche dans les points (20e) jusqu’à cette saison. Comment on explique qu’on passe de « j’essaye de me rapprocher des points » en 2021 à « je suis en mesure de viser le top 10 régulièrement » en 2022 ?

Pour être franc, je ne me souvenais même plus avoir marqué un point sur l’Europe car je n’ai pas effectué beaucoup de manches lors des années précédentes [rires].  Pour tout dire, je pense que ça vient du travail, même si je travaillais quand même avant mais peut-être pas autant que cette année car les blessures ont énormément joué sur ma tête, mon mental, et je ressentais comme une sorte de dégoût pour ce sport. Pas de miracle, il faut travailler, et c’est tout.

Après quelques années difficiles, Scotty Verhaeghe a montré ses aptitudes et surtout, le garçon termine la saison entier.

J’ai envie de remonter dans le temps, et de parler de cette première manche d’Ernée en 2017; j’imagine que tu n’es pas prêt de l’oublier, cette manche … Tu manques de la gagner de peu, tu termines second derrière Horgmo. La plus belle manche de ta vie ?

Oui, et même de loin. Jamais je ne l’oublierai, cette manche, c’était un truc de fou. et surtout d’avoir le public Français derrière moi, c’était un sentiment de dingue. Dommage pour cette petite chute qui m’a coûté la victoire mais pour moi, c’était tout comme. J’avais fait le job comme on dit. On apprend de ses erreurs. Le lendemain, la chance n’était pas avec moi par contre car j’ai rencontré un problème mécanique qui m’a coûté le podium du général alors que j’étais quatrième de la manche, en bataille avec les premiers …

Tu naviguais autour du top 4/8 sur l’Elite cette année, et aux alentours du top 10 sur l’Europe. Pourtant, je doute que le top 10 Français soit aussi homogène que le top 10 Européen. Qu’est-ce qui fait que le format Européen te réussit si bien ?

Je ne dirai pas que le format Européen me réussit mieux. C’est surtout que le championnat de France se disputait très tôt et moi en ayant repris la moto mi-janvier, je n’avais pas beaucoup d’heures de moto dans les jambes donc je n’étais pas à l’aise sur la moto et je n’avais pas vraiment la condition physique pour tenir 30 minutes à fond. J’ai commencé à me sentir bien vers le Grand Prix de France à Ernée  c’est d’ailleurs à ce moment-là que les résultats sont revenus. 

Si je te demande de me dire quelle épreuve de l’Europe est sortie du lot cette saison pour toi, tu me dirais laquelle ?

Je dirais la Finlande car c’est le meilleur résultat final signé dans la catégorie même s’il y a eu cette petite chute en deuxième manche qui m’a fait perdre des places au général. Après, il y a aussi la Suède, car ça a été mon premier top 10 donc c’était vraiment cool; j’attendais ça depuis un long moment. 

Cette saison, Scotty Verhaeghe a prouvé qu’il avait sa place dans le top 10 de l’Europe 250. @Fabien Moriset

Un mot sur l’Europe 250 à Lommel. Est-ce qu’on peut – en France – se préparer pour une épreuve comme celle-ci ?

Certainement pas. Tu ne peux pas rester en France pour t’entraîner pour ce genre de course, nos terrains sont refaits tout le temps, et puis tu t’entraînes souvent tout seul, alors que si tu vas là-bas tu arrives sur le terrain et tu retrouves 15 pilotes de grand prix, et le terrain est defoncé comme le jour des courses, ça ne peut qu’être bénéfique. Ce n’est pas pour rien que tous les pilotes habitent là-bas. Pour Lommel, je pense que tu as beau être bien préparé, cette course reste quand même l’enfer même si cette année, la Finlande était presque aussi dure que Lommel.

Signer la pole à Saint-Jean d’Angely, devant tout le gratin de l’Europe 250, c’était une belle surprise pour les fans Français. Tu t’es surpris toi-même ?

Je ne m’y attendais pas du tout. Je savais que j’avais fait un beau tour car quand j’ai passé la ligne d’arrivée j’ai entendu le speaker dire mon nom et quand je suis passé devant mon mécano’ et que j’ai vu P1 sur le pitboard, j’étais choqué. De là, je me suis dit les autres allaient améliorer mais moi aussi je pouvais encore améliorer; j’ai perdu la pole pendant la séance, j’étais passé troisième, et vers le milieu de la séance, j’ai repris la pole et là, à chaque tour, sur le panneau je voyais que j’étais P1. J’étais vraiment heureux dans mon casque; je n’y croyais pas du tout. Pendant les manches, la chance n’a pas été de mon côté mais c’est comme ça, il y a des week-ends avec et d’autres sans, mais tout ce que je peux retenir, c’est d’être rentré premier sur la grille devant tout le public Français et ça, c’est vraiment ouf !

Tu termines 15ème de l’Europe 250 cette saison en ayant participé à 6 des 10 épreuves. Avec une moyenne de 9.5 points par manche disputée cette saison, on pourrait imaginer que tu aurais terminé 9ème du championnat en participant à l’intégralité de celui-ci. Quel Bilan tires-tu de cette saison d’Europe 250; un bol d’air ?

Oui c’est sur, c’est un bol d’air comme tu dis car ça fait du bien de finir un championnat sans blessure. C’était juste ce que j’attendais de cette année et c’est ce que j’ai fait donc je suis super content même si en tant que sportif, on en veut toujours plus. Ça reste quand même une bonne année dans l’ensemble. Si j’avais fini 9ème, ça aurait été cool surtout qu’il y a un an, j’avais tout arrêté. Je ne faisais plus rien, je vivais ma vie de jeune, on va dire.

Avec le récent changement d’âge sur l’Europe 250 (de 23 à 21 ans), Scotty Verhaeghe n’est plus éligible à la catégorie l’an prochain.

J’aimerais pouvoir discuter de l’aspect mental de ce sport. Toi qui as connu pas mal de pépins, de blessures. Devoir revenir à chaque fois, ça doit laisser des traces physiques, mais aussi mentales, à force. C’est en forgeant qu’on devient forgeron ?

C’est exactement ça « c’est en forgeant qu’on devient forgeron ». Les blessures laissent énormément de traces que ce soit dans le sport ou même dans la vie de tous les jours. Finalement, ces blessures m’ont beaucoup aidé car je ne prends plus autant de risques, je réfléchis un peu plus. J’ai compris beaucoup de choses maintenant. Bon, c’est sûr que j’aurais préféré ne jamais avoir à me blesser.

Mentalement, oui, c’est très très dur. Je suis toujours embêté car par exemple, je ne peux plus courir et faire pleins d’autre chose de la vie quotidienne, quand on me dit qu’à 20 ans j’ai déjà de l’arthrose dans le genou je me demande ce que ça va être quand j’aurais 50 ans !

Et en 2023, il fera quoi, Scotty ?

Pour l’instant, je ne sais pas du tout ce que je vais faire l’année prochaine car ce sera ma dernière année en 250. Soit je pars sur le mondial pour ne pas regretter de ne pas en avoir fait dans ma « carrière » ou alors je vais sur l’Europe pour rouler devant [NDLR: Interview réalisée avant le changement d’âge sur l’Europe 250]. Je suis encore en pleine hésitation, je pense que tout dépendra de ma préparation hivernale; si tout se passe bien. 

On entend dire que l’âge de l’Europe 250 pourrait être rabaissé à 21 ans, et que les frais d’engagement pour le mondial MX2 seraient rabaissés pour renflouer les grilles du mondial MX2. Quel avis portes-tu là-dessus ?

Pour moi, cette limite d’âge n’est pas une bonne chose du tout. Il faudrait mettre l’âge maximal sur l’Europe 250 à 23 ans, et celui sur le mondial à 25 ans. Si tu restes en 250 jusqu’à la limite d’âge actuelle (23 ans), et que tu fais carrière jusqu’à tes 30 ans, tu passes 7 ans en 450 et personne ne signe pour ça. Pour ce qui est des frais d’engagement, ils s’étonnent d’avoir des grilles vides mais qui va payer 1.000€ d’engagement en tant que pilote privé ? Et même si ce privé gagne il repartira avec 0€ … Personne ne peut, ou que très peu de pilotes. Si tu vas aux USA c’est tout l’inverse; tu payes moins cher d’engagement et tu prends de l’argent aux résultats, ce n’est pas normal. On fait déjà un sport assez risqué et coûteux pour que ça nous coûte encore plus d’argent…. 

Tu viens d’effectuer ton premier GP en catégorie MX2 en Turquie, raconte-nous.

À la base c’était un pari qu’on avait fait avec le team et un sponsor. Si je faisais de bons résultats sur l’Europe, alors on partait faire un tour là-bas. Du coup, nous voilà parti en Turquie avec mon père et mon mécano. La moto était partie en caisse le mercredi après le Grand prix de Saint Jean d’Angely et nous, on a pris l’avion. Je n’avais pas du tout d’objectif, le mot d’ordre c’était juste de prendre du plaisir car je venais de finir mes championnats – EMX et Elite – et il fallait simplement rouler sans pression, mais rouler sans pression sur le mondial, ça reste compliqué [rires]. J’ai fait 18-15 lors des manches, avec une deuxième manche de folie puisque j’étais passé 13ème avant de commettre une erreur, mais ça reste une bonne manche. D’ailleurs, je tiens à remercier toutes les personnes qui ont contribué à ce week end-là et même plus généralement, qui ont contribué toute cette année. See you next year !

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