Une course, une histoire – Daily Motocross

Une course, une histoire – Daily Motocross

C’est suite à mon dernier entretien téléphonique pour la rubrique “Une course, une histoire” – que vous retrouverez en ligne d’ici peu – que j’en suis venu à me prêter à mon propre jeu et que j’ai décidé de vous raconter – pour les deux ans du site – une anecdote personnelle.

En deux saisons, j’ai eu l’occasion de couvrir quelques belles épreuves, de vivre, et de partager quelques expériences plaisantes – et moins plaisantes. La plus insolite reste – sans conteste – les 24 heures de galère vécues alors que je partais pour couvrir le grand prix de République Tchèque, en 2019.

Plantons le décors.

Nous voilà fin Juillet 2019. Après avoir couvert le grand prix de France et d’Allemagne, je décide de faire mon sac pour me rendre à Loket, en République Tchèque.

Les billets d’avion, les voitures de location et les nuits d’hôtel sont presque donnés, je booke le tout au dernier moment; c’est parti.

À l’époque, le site commençait déjà à prendre de l’ampleur et j’ai décidé de me faire un petit plaisir en m’offrant une journée de visite à Prague – le jeudi – avant de prendre la direction du GP de Loket, le vendredi après-midi.

D’habitude, je privilégie AirBnb ou les chambres d’hôtels pour pouvoir m’isoler et travailler tranquillement sur mon site, mais cette fois-ci, je décide de booker un lit dans une auberge de jeunesse pour me rappeler mes années de back packing à l’étranger.

Erreur # 1.

Balades dans PragueVoilà donc mon avion qui atterrit à Prague au départ de Paris, le gugus qui sort tout blanc après avoir passé 1 h 45 accroché aux accoudoirs du siège B45, c’est moi. Impossible de m’y faire.

Une fois sorti de l’aéroport, je tente de récupérer le véhicule de location préalablement booké sur internet. Problème: Le réceptionniste me demande de payer la location sur place, paiement qui a déjà été effectué en ligne lors de la réservation.

“Ça commence.”

Autant vous dire que j’avais plutôt moyennement envie de payer double tarif. J’ai perdu près de deux heures à défendre ma cause sur place avant de finalement récupérer ma meilleure Skoda Citigo; et la journée était déjà bien entamée.

Je me dirige donc en speed vers l’auberge de jeunesse pour déposer mes affaires et commencer ma visite de Prague, mais arrivé à l’adresse indiquée, pas la moindre trace d’une auberge de jeunesse. J’appelle le numéro indiqué sur booking.com.

“J’arrive dans 5 minutes”.

Je poireaute une heure avant que quelqu’un n’arrive finalement – comme une fleur – pour m’ouvrir la porte d’un immeuble d’habitation. Je comprends assez vite que “l’auberge de jeunesse” est en fait un immense appartement découpé en plusieurs chambres de 8 lits. le gars me file ma clef, me montre mon lit, et disparaît aussitôt.

“Ça suffira pour une nuit”.

De nombreux jeunes voyageurs de toutes nationalités sont déjà sur place. Les premiers contacts sont chaleureux mais on tient à me prévenir de la présence de locaux qui vivent sur place à l’année. Je partage la chambre de l’un d’entre-deux.

Lui, on l’appellera Yuri.

Yuri, c’est un gaillard Russe visiblement déjà bien entamé par l’alcool à mon arrivée, et Yuri est en train de monopoliser la salle de bain de la chambre pour y faire sa lessive dans la douche. Justement, j’en prendrais bien une, de douche. Je lui demande pour combien de temps il en a encore besoin.

“15 minutes”.

Okay, je décide d’aller bosser un peu, je reviendrais plus tard. Pris dans mes articles, le temps passe, et plus d’une heure s’écoule quand je vais de nouveau voir mon nouveau pote Yuri qui fait toujours sa lessive dans la salle de bain.

Encore plus bourré qu’avant, Yuri déboule hors de la salle de bain un couteau à la main quand je toque à la porte de cette dernière; me voilà face à un Russe tisé jusqu’à l’os qui me menace en hurlant des trucs à peine compréhensible.

“Chaleureux, l’accueil”‘.

Dans la chambre, l’ambiance bon enfant s’est rapidement éclipsée pour laisser place à un silence malaisant; visiblement, je ne suis pas le seul à vouloir éviter de passer une nuit en compagnie de Freddy Krueger imbibé de 8-6.

La police est rapidement prévenue, et intervient … une heure plus tard. Yuri est embarqué et …. moi aussi.

À ce moment-là, je comprends que je vais passer une bonne soirée de merde.

Arrivé au commissariat, on me fait passer un test d’alcoolémie et puisqu’on me suspecte d’avoir pris de la drogue, on me teste également pour déceler une éventuelle consommation de stupéfiants … Et Yuri ? Yuri, rien.

Yuri discute tranquillement avec les policiers. Le type est en caleçon dans un commissariat, caleçon dans lequel est toujours rangé son couteau. Relax, les Tchèques.

On me pose des questions dans un anglais très approximatif et on me demande pourquoi j’ai tenté d’agresser le pauvre Yuri qui aurait – selon ses dires – simplement tenté de se défendre lors de mon attaque dans la salle de bain.

“C’est une blague ?”

Les policiers refusent de prendre ma déclaration, car je suis Français et que ça ne “servirait à rien”. On me précise que le gentil Yuri “ne porte pas plainte” contre moi et ce dernier repart dans la nuit, toujours en caleçon, et avec son couteau. On me conseille toutefois de ne pas retourner à “l’auberge de jeunesse” pour “éviter les problèmes”.

J’ai du mal à garder mon calme face à la situation, et on me jette presque hors du commissariat. Dehors, il fait déjà nuit, et tout est désormais fermé. Je dégaine mon téléphone et je booke un autre hôtel en catastrophe dans le centre de Prague, le seul qui accepte ma réservation tardive est un hôtel 4 étoiles, et le budget du weekend est déjà explosé. La nuit me coûte 10 fois plus cher que prévu.

“J’ai besoin de décompresser”

L’histoire est à peine croyable, mais c’est comme ça et je préfère en rire. Mais là, tout de suite, j’ai bien envie de me faire une petite bière, un bon repas, prendre cette foutue douche, et dormir. Tant pis pour la visite de Prague.

“Prague, c’est génial, tu verras”

Avant de prendre la direction du nouvel hôtel, je décide de retirer du liquide à un distributeur automatique. N’ayant aucune idée du taux de conversion Euro / Couronne Tchèque, je décide de retirer le plus petit montant proposé par le distributeur: 10000 CZK.

Dans le doute, je décide quand même de vérifier la conversion …. 10000 CZK, c’est 380€. Bref, je ne retire pas d’argent et je trace à l’hôtel. Si vous avez déjà fait le centre-ville de Prague en voiture, vous savez à quel point il est difficile de s’y garer. Malgré tout, je trouve une place, mais loin, bien loin de l’hôtel; place payante “Forcément …” Sauf que n’ayant toujours pas retiré de couronnes tchèques, je ne peux pas payer le parcmètre.

“Avec un peu de chance ….”

Erreur #2

Me voilà finalement posé dans ma nouvelle chambre d’hôtel qui m’aura coûté un rein.

“Seul, c’est bien, aussi.”

Pour le repas, vu l’heure, je suis obligé de me résigner à me faire le bon vieux McDo de la galère. Je trouve une épicerie ouverte sur le chemin du retour et demande des conseils pour me faire au moins servir une bière locale, un truc qui s’avère finalement se rapprocher dangereusement d’un Smecta mal mélangé.

Erreur #3

Autant dire que la nuit est courte et le réveil du vendredi matin difficile.

“Alors, Prague ?”, pas forcément envie de répondre aux copains, là, tout de suite.

Comme si je n’en avais pas eu assez, le vendredi matin, je suis malade, et bien malade comme il faut. Impossible d’avaler quoi que ce soit au petit-déjeuner que j’ai pourtant payé avec la chambre d’hôtel … Bref, je retourne récupérer la voiture pour prendre la direction de Loket. Les amendes de stationnement sont empilées sur le pare-brise.

“Moi et ma chance”

De Prague à Loket, 140 kilomètres, soit 2 heures de route pour moi, et environ 45 minutes pour un Tchèque.

Mon état ne s’améliore pas, il empire même. Nauséeux, je m’arrête tous les 3KM en jurant que je vais rendre le Mcdo de la veille d’une minute à l’autre. Je tente la micro-sieste, l’heure tourne, je décide finalement de rouler fenêtre ouverte, prêt à passer la tête dehors en catastrophe. L’expression “être au bout de sa vie” prend tout son sens et je me demande ce que je fais paumé au fin fond de la République Tchèque à survivre. Ah, oui, le GP !

Après 3 heures de lutte au volant à éviter quelques tarés sur la route, j’arrive tant bien que mal sur le tracé de Loket, je prends mes marques et repère les lieux.

Avant mon départ, j’avais booké un AirBnb à Karlovy Vary, à 15KM de Loket. Un charmant village avec des bâtiments de toutes les couleurs, apparemment connu pour ses spas. De nombreux pilotes de GP déambulent dans la ville à l’heure du diner.

Mon AirBNB est plutôt sommaire, mais cette fois-ci, pas de mauvaise surprise… Complètement HS, je bosse un peu avant de me faire à manger et de m’écrouler de fatigue.


Finalement, la fin des emmerdes pointe le bout de son nez. Le weekend du grand prix de Loket se déroule sans encombres. Frais comme un gardon après une nuit de presque 12 heures, je découvre les jeunes de l’Europe 65 et 85 à Loket et je suis scotché de voir la vitesse affichée par les minots sur un tracé de GP. Maxime Grau, Cayenne Danion, David Guillemot, Mano Faure, Felix Cardineau, Basile Pigois, Quentin Prugnières; la relève Française se trouve probablement là…

Le dimanche, j’assiste à la première victoire de saison de Romain Febvre qui signe un magnifique doublé et explose de joie à l’arrivée, de loin, j’ai le sentiment de partager l’émotion de Romain après ses galères du début de saison.

En catégorie MX2, Jorge Prado s’impose plutôt facilement – sans grande surprise – alors que Tom Vialle s’accroche avec Calvin Vlaanderen en seconde manche.

Je rencontre la famille Toriani et rédige un article sur la structure E2T Racing Team ce weekend là; je fais également mes interviews du weekend avant de plier bagages tard, toujours très tard, le dimanche soir.

Après un très beau weekend de compétition, je prends la direction du retour gonflé à bloc et paré à affronter toutes les galères possibles.

Finalement, ce sera un retour sans le moindre problème mais tout de même une belle anecdote à raconter pour couronner mon troisième GP en tant que média …

En 2020, j’avais prévu de revenir en République Tchèque – et à Prague – pour prendre ma revanche et ne pas rester sur un mauvais souvenir, mais le Covid-19 en a malheureusement décidé autrement.

Pour résumer, n’appelez pas votre enfant Yuri, et rendez-vous à Loket en 2021.

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